Marie-Victorin
Création de :
Catherine Villeneuve

Récipiendaire

Bengio, Yoshua

Prix Marie-Victorin 2017
Catégorie : Scientifique



Yoshua Bengio - lauréat
Photo : © Éric Labonté

Sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle, fin janvier, le chercheur Yoshua Bengio a été accueilli en vedette. « Vous êtes une méga rock star! », lui a lancé un homme d’affaires. Dans le milieu des technologies de pointe, les superlatifs ne manquent pas pour décrire cette sommité mondiale qui a fait de Montréal un pôle d’attraction en intelligence artificielle.

Professeur d’informatique à l’Université de Montréal, Yoshua Bengio rêvait depuis longtemps de faire éclore l’intelligence des machines. Pour cela, il sondait les couches profondes des réseaux de neurones artificiels. En s’inspirant de la façon dont le cerveau humain calcule, il a pu démontrer que l’ordinateur arrivait à découvrir plusieurs niveaux de représentation correspondant à plusieurs niveaux d’abstraction. « Autrement dit, j’ai vu que la machine pouvait apprendre à se représenter les concepts qui expliquent ses observations », résume le chercheur.

Ses travaux ont largement contribué à révolutionner l’intelligence artificielle. Si bien qu’il est aujourd’hui considéré comme l’un des pionniers de l’apprentissage profond (deep learning), une approche basée sur des réseaux de neurones artificiels numériques, qui se trouve à l’origine d’avancées spectaculaires dans plusieurs domaines, dont la reconnaissance de la voix et des images, la vision par ordinateur et la compréhension du langage. Par exemple, si Google propose de meilleures traductions automatiques depuis environ un an, c’est grâce à ses recherches. Né à Paris de parents venus du Maroc, Yoshua arrive à Montréal à l’âge de 12 ans. Il obtient son doctorat en informatique de l’Université McGill en 1991, puis effectue un postdoctorat au Massachusetts Institute of Technology. Deux ans plus tard, il devient professeur à l’Université de Montréal. Il y crée le Laboratoire d’informatique des systèmes adaptatifs, qui donnera naissance, en 2014, à l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal. Le voici donc maintenant à la tête du plus important groupe de recherche universitaire de la planète sur l’apprentissage profond. Et depuis un certain temps déjà, il dirige deux chaires, l’une sur les jeux vidéo, l’autre sur l’apprentissage statistique.

En quelque 25 ans de carrière, le professeur a dirigé près d’une centaine d’étudiants, de la maîtrise jusqu’au postdoctorat. Certains enseignent dans de grandes universités, d’autres occupent des postes importants dans des entreprises telles que Google, Amazon ou Facebook. Il a publié plus de 250 articles scientifiques et 3 livres. Il est lu : ses travaux ont été cités plus de 78 000 fois dans des publications scientifiques. Sa parole est écoutée : il a prononcé plus de 250 conférences à travers le monde. Il est médiatisé : les journalistes d’ici et d’ailleurs le sollicitent sans cesse. En 2015, la revue française La Recherche a classé ses découvertes parmi les 10 meilleures de l’année.

Mais la contribution de Yoshua Bengio dépasse la portée de ses travaux scientifiques. Pour favoriser le partage de la connaissance, le développement de son domaine et le transfert technologique, il a créé Theano, une bibliothèque logicielle basée sur le langage Python, à code source ouvert, permettant une collaboration entre plus de 800 développeurs à travers le monde. Ses travaux ont eu un effet catalyseur pour le secteur technologique de Montréal. En 2001, il a cofondé l’entreprise ApSTAT Technologies, qui offre des produits et services pour la mise en œuvre et l’organisation du forage de données chez les clients. Maintenant, il veut aider les entreprises à prendre le virage de l’intelligence artificielle – souvent une question de survie. C’est pourquoi il a cofondé l’an dernier Element AI, une plateforme pour soutenir le virage des organisations en intelligence artificielle. En tout, depuis 2000, il a été conseiller ou cofondateur de six sociétés.

« On sent un élan incroyable », dit celui qui voit avec bonheur les capitaux investis à Montréal, plaque tournante de l’intelligence artificielle. L’an dernier, l’Institut de valorisation des données (IVADO), dont il est directeur scientifique, a reçu plus de 200 millions de dollars en subventions du privé et du public, notamment en provenance des géants des technologies, tels que Microsoft, IBM, et Intel. Certains ont même ouvert des laboratoires dans la métropole.

Pour Nando de Freitas, chercheur chez Google DeepMind, Yoshua Bengio est un géant parmi les scientifiques de son domaine. Et le meilleur ambassadeur de la science informatique au Canada. « Il nous a montré que la recherche fondamentale peut transformer le monde », formule l’expert. Et Yoshua Bengio est l’un des rares chercheurs susceptibles d’apporter une réponse à certaines questions. Entre autres : qu’est-ce que l’intelligence? Et comment harnacher celle-ci pour le bien de notre planète et de notre société?

Vulgarisateur infatigable, le scientifique montréalais ne manque pas une occasion de rappeler les enjeux éthiques que pose l’intelligence artificielle. Plus les ordinateurs évolueront, plus ils nous rendront service. Dans le domaine de la santé, par exemple, ils pourront aider les équipes médicales à poser des diagnostics précis. Mais la nouvelle révolution industrielle qui s’annonce entraînera aussi des bouleversements sociaux et aura possiblement des répercussions au sein de certaines catégories d’emplois. « La réflexion sur ces enjeux ne peut pas être laissée aux ingénieurs dans les entreprises, prévient l’expert. Elle exige un dialogue collectif. »

Enfant, Yoshua Bengio aimait déjà réfléchir sur le monde qui l’entourait. À parcourir la planète en tous sens, il a désormais bien peu de temps pour laisser libre cours à sa pensée créatrice. Ça lui manque. Car les neurones de l’humain ont besoin de jeu. Il le sait mieux que quiconque.


Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Membres du jury :
Normand Mousseau (président)
Monique Lacroix
Sophie Larochelle
Christian Messier
François Gagnon



Texte :
MESI