Adrien Pinard, récipiendaire

Psychologue

Naissance le 14 février 1916 à Montréal, décès le 3 septembre 1998 à Montréal

Prix remis le 21 octobre 1986

Biographie

Le penseur de la psychologie cognitive

« Dès mes premiers contacts avec la psychologie, j’ai vite été
fasciné par le problème de l’intelligence », précise
Adrien Pinard, scientifique mondialement reconnu comme l’un des penseurs de
la psychologie canadienne. Il décrit ainsi l’intérêt de
recherche à l’origine de sa carrière scientifique. Pour en comprendre
la nature et le développement, le psychologue a consacré plus
de 40 années de recherche à l’exploration de cet obscur labyrinthe
qu’est l’intelligence. Sa collègue Monique Lefebvre souligne l’apport
scientifique du chercheur : « Ses travaux d’envergure internationale sur
les mécanismes de la pensée auront permis de mieux saisir le développement
de l’intelligence et auront ouvert la voie au développement de la psychologie
cognitive. »

De la psychologie philosophique
à la psychologie scientifique

En 1944, Adrien Pinard est l’un des premiers diplômés de l’Institut
de psychologie de l’Université de Montréal, devenu par la suite
un département. Il y entreprend une première série de travaux
qui situe l’orientation de ses futures recherches. Le professeur Pinard veut
se dégager de la psychologie philosophique, dont il constate les insuffisances,
et il s’oriente vers la psychologie scientifique qui lui apparaît être
« une démarche de recherche plus objective et plus conforme aux
canons scientifiques ».

Au cours de cette période, il travaille, avec son collègue Gérard
Barbeau, sur la mesure du fonctionnement intellectuel, dont les instruments
de mesure proviennent surtout des États-Unis et du Canada anglais. Les
recherches effectuées par le professeur pendant une dizaine d’années
conduisent à l’élaboration de tests psychométriques adaptés,
enfin, aux Canadiens francophones. Utilisés par les psychologues afin
d’évaluer le profil intellectuel d’un individu et de prédire le
succès de leurs interventions, ces tests sont, quelque 30 années
plus tard, toujours utilisés.

À l’enseigne de la psychologie piagétienne

Les activités du professeur Pinard s’inscrivent rapidement dans le sillon
des études sur la structure du fonctionnement intellectuel. Il souhaite
donner des assises théoriques plus solides à ses recherches sur
l’intelligence et se tourne vers les travaux du psychologue suisse Jean Piaget,
dont l’œuvre, vers le milieu des années 50, est en pleine expansion.

Ce sera l’amorce d’une collaboration entretenue sur une période de plus
de vingt années, qualifiée par le professeur Pinard d’âge
piagétien. Ses travaux, portant sur le développement mental chez
l’enfant et les processus d’acquisition de la connaissance, font autorité
chez les psychologues nord-américains et européens, conférant
ainsi au chercheur québécois un statut international. Ses études
expérimentales confirment les hypothèses de Piaget. Le laboratoire
du professeur Pinard, véritable porte d’entrée des théories
de l’éminent psychologue en Amérique du Nord, sera l’un des premiers
à vérifier la crédibilité scientifique des théories
piagétiennes.

Ce travail donne aussi lieu à de nombreuses publications, dont certaines
sont traduites en anglais, en espagnol et en italien. En collaboration avec
Monique Laurendeau, Adrien Pinard publie La pensée causale (1962)
et Les premières notions spatiales (1968), deux volumes devenus
des classiques.

De l’éveil de l’intelligence chez l’enfant
à son déclin chez l’adulte

À l’âge de la retraite, le professeur Pinard, désormais
attaché à l’Université du Québec à Montréal,
poursuit ses recherches sur les mécanismes de l’intelligence mais, cette
fois-ci, chez l’adulte. Il explore le développement cognitif dans le
domaine, en plein essor et encore peu connu, de la métacognition. Il
étudie plus précisément comment l’individu devient conscient
de son propre fonctionnement cognitif, de ses propres modes de connaissance,
en vue d’optimiser son développement intellectuel.

En fait, les recherches du professeur Pinard ont pour objet de contrer ce qu’il
décrit de façon imagée comme les « rhumatismes intellectuels
 ». Il veut sortir de l’impasse à laquelle conduisent les conceptions
courantes vouant irrémédiablement le développement mental
à une courbe tendant vers le zéro, une fois passé l’âge
de la vingtaine. Dans ses derniers travaux, le professeur suggère que
« le modèle génétique le plus apte à caractériser
le développement de la pensée adulte pourrait être fondé
sur la capacité progressive de se livrer à un contrôle conscient
et délibéré de ses démarches cognitives ».
Il faudra probablement attendre le plein développement de la psychologie
cognitive, encore mal définie, avant d’apprécier toute la portée
des travaux du psychologue.

Adrien Pinard est l’un des scientifiques dont l’apport à l’histoire
de la psychologie au Québec est le plus considérable et, de surcroît,
il participe de très près durant sa carrière au développement
de l’enseignement de sa discipline. Directeur de l’Institut de psychologie de
l’Université de Montréal pendant 15 ans et professeur pendant
plus de 35 ans, il contribue ainsi à la formation des premiers psychologues
québécois. Il prend part aussi à la fondation de la Corporation
professionnelle des psychologues du Québec, qui obtiendra sa reconnaissance
légale en 1962.

Résumé de la carrière de Adrien Pinard

1944-1981
Professeur au Département de psychologie de l'Université de Montréal

1954
Doctorat en psychologie de l'Université de Montréal

1964
Président de la Société canadienne de psychologie

1983
Prix Marcel-Vincent de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1983-1989
Professeur au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal

1986
Membre de la Société royale du Canada

1986
Prix Léon-Gérin

1988
Doctorat honoris causa de l'Université d'Ottawa

1989
Professeur émérite de l'Université du Québec à Montréal

Information complémentaire

Date de remise du prix :
21 octobre 1986

Membres du jury :
Gérard Bouchard
Paul T. Davenport
Philippe Faucher
Patrice Garant
Annick Germain

Crédit photo :
Bernard Vallée

Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour : Nathalie Dyke