Alfred Pellan, récipiendaire

Naissance le 16 mai 1906 à Québec, décès le 31 octobre 1988 à Laval

Prix remis le 23 octobre 1984

Biographie

On aura compris que ce sont des considérations d’ordre strictement biographique
(assez malvenues, en l’occurrence !) qui expliquent le retard avec lequel le
prix qui porte le nom de Borduas vient couronner l’œuvre de son vieil
ennemi
. De toute manière, cette année-là, le prix revient
enfin à Alfred Pellan qui ne l’accepte pas sans maugréer
un peu : « Il me semble que j’aurais été le premier
à la mériter, cette récompense ; il n’y a qu’à comparer
ma biographie à celle des autres… » Et on aurait mauvaise
grâce de ne pas lui donner raison !

Rappelons, en effet, que Pellan n’a que 16 ans quand la Galerie nationale du
Canada acquiert une de ses toiles, et qu’il sera, en 1926, le premier peintre
boursier du gouvernement du Québec. Il s’embarque alors pour Paris d’où
il ne rentrera que 14 ans plus tard, chassé par la guerre. Rappelons
aussi que le séjour parisien du jeune diplômé de l’École
des beaux-arts coïncide avec un certain âge d’or de Montparnasse
et de Saint-Germain-des-Prés. L’art moderne y éclate de partout
et Pellan rencontre la plupart des ténors de l’École de Paris
(parmi lesquels, bien sûr, Picasso). L’année de son prix, Pellan
répétait encore avec un sourire narquois, à propos de ce
foisonnement de la modernité : « Il fallait vraiment être
Borduas, qui a étudié à Paris avec ses peintres religieux
vers la fin des années vingt, pour ne pas le voir ou le comprendre ! »

Rappelons surtout que Pellan ne fait pas figure de touriste au milieu de toute
cette effervescence : il travaille dans les grandes académies libres,
comme Colarossi et La Grande chaumière, tout en remportant, en 1928,
un premier prix de peinture à la vénérable École
des beaux-arts ; en 1935, l’année de sa première exposition particulière
à Paris, il gagne le premier prix au Salon de l’art mural, décerné
par un jury où siègent Robert Delaunay et Zadkine ; l’année
suivante, le Musée du Jeu de Paume acquiert une de ses natures mortes
; en 1939, Pellan entre à la galerie Jeanne Bûcher (qui montre
déjà Braque, Kandinsky, Giacometti, Picasso…) et expose au Museum
of Modern Art de Washington en compagnie de Dufy, Derain, Fautrier et, toujours,
Picasso…

De retour au Québec, en 1940, Alfred Pellan présente ses travaux
au Musée du Québec puis au Musée des beaux-arts de Montréal,
et l’exposition marque d’une pierre blanche l’histoire de notre peinture. « On
ne s’en est pas encore remis, a écrit François-Marc Gagnon. Avec
lui, nous cessions de balbutier comme des post-impressionnistes attardés
ou de miauler comme des fauves timides. »

Information complémentaire

Date de remise du prix :
23 octobre 1984

Membres du jury :
Pierre Boulva (président)
Lucien Desmarais
Marcelle Ferron
Suzanne Joubert
Jean-Paul Mousseau

Crédit photo :
Daniel Lessard

Texte :
Gilles Daigneault