Andrée Maillet, récipiendaire

Naissance le 7 juin 1921 à Montréal, décès le 3 décembre 1995 à Montréal

Prix remis le 30 octobre 1990

Biographie

Issue d’un milieu familial de journalistes et d’artistes, Andrée Maillet
a commencé jeune une œuvre personnelle et une carrière de
correspondante de presse en Europe – dès 1941, en fait. Membre de
l’Anglo American Press Association, éditorialiste au Petit Journal,
propriété de son père, directrice de la revue Amérique
française
, fondatrice du Pen Club canadien-français, candidate
du R.I.N. dans Westmount, Andrée Maillet a mené tambour battant
une vie militante et produit une œuvre féconde : des contes et des
romans pour enfants et adultes, des poèmes, du théâtre à
la scène, à la radio et à la télévision.

Ses œuvres les plus connues demeurent, en poésie, Le Chant de
l’Iroquoise
(1967), en roman, le mythique Profil de l’orignal (1952),
Les Remparts de Québec (1964), À la mémoire d’un
héros
(1975) et Lettres au surhomme I-II (1976-1977), en nouvelles,
le recueil, désormais classique, Les Montréalais (1963).

Jean Éthier-Blais disait que l’œuvre d’Andrée Maillet « 
enseigne le réel ». Elle plonge au cœur des couches sociales
les plus variées, qui faisaient les délices de Balzac, et s’attarde
à démonter les mécanismes subtils et souvent cruels, d’intérêt
multiple et stratégique, de la passion qui s’empare des êtres de
chair comme des êtres de papier, cette maladie romantique qui permet de
se fuir soi-même en plongeant dans une altérité déraisonnable.
Féministe avant l’heure, libre penseuse engagée, elle a su explorer
les cœurs et les ambitions des héroïnes canadiennes-françaises
de la petite bourgeoisie, aussi bien que ceux des anarchistes en chambre, de
la faune subversive de Radio-Canada des années cinquante et soixante,
des millionnaires de Westmount et des néo-Canadiens qui s’intègrent
mal à la nouvelle réalité d’un Québec en pleine
mutation, surtout à la suite des tragiques et ambigus événements
d’octobre 1970 qui ont, aux yeux de la romancière, profondément
stigmatisé l’imaginaire artistique d’ici, lui imposant un nouveau rapport
à l’Histoire. À propos de Profil de l’orignal, qui a donné
la mesure de son talent dans des pages fastueuses et épiques, le poète
Gaston Miron a écrit : « Premier roman d’imagination et des métamorphoses
de notre littérature. »

Le regard qu’Andrée Maillet porte sur la société québécoise
en mouvement et sur les changements de mentalité des femmes fait état
des transformations du monde du travail, des conditions familiales, des modèles
de l’amour. D’une écriture fine et large, audacieuse et dénonciatrice,
engagée jusqu’au bout des mots, réaliste jusqu’au poétique,
l’œuvre d’Andrée Maillet est enracinée dans la modernité
littéraire et politique du Québec.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
30 octobre 1990

Membres du jury :
Jean Royer (président)
Anne-Marie Alonzo
Noël Audet
France Théoret
Michel Vaïs

Crédit photo :
Lyn Hobden

Texte :
Pierre Filion