Anne Hébert, récipiendaire

Naissance le 1 août 1916 à Sainte-Catherine-de-Fossambault, décès le 22 janvier 2000 à Montréal

Prix remis le 4 octobre 1978

Biographie

Poète, romancière et dramaturge, Anne Hébert a marqué
la littérature québécoise par une œuvre d’une grande
amplitude symbolique. Sa carrière d’écrivaine a été
ponctuée de prix et de reconnaissances qui témoignent de la qualité
et de la puissance d’un univers chargé de songes et porteur de drames
humains provoqués par les implacables lois de l’existence. Avec Les
Chambres de bois
, elle méritait en 1958 le prix France-Canada et
le prix Duvernay, avec Kamouraska le Prix des libraires en 1971, avec
Les Fous de Bassan le prix Femina en 1982.

Ses héros, anges ou démons, parfois les deux, sont des êtres
enchaînés dans les lignes de l’existence en même temps que
des exilés de la condition humaine, à la frontière trouble
où la vie et le rêve se côtoient dangereusement. Les enfants
de son monde, depuis Le Torrent (1950) jusqu’aux dernières œuvres,
naissent dans de cruelles ambivalences : en eux luttent sans merci, jusqu’à
les mener à des névroses tragiques, les forces du bien et du mal.
Fortement teintée des valeurs chrétiennes dans lesquelles a grandi
Anne Hébert, cousine du mythique poète Saint-Denys Garneau, son
œuvre a poussé au paroxysme les pulsions primitives qui entraînent
ses personnages au cœur de leurs passions obsessionnelles.

Dans Kamouraska (1970), roman porté à l’écran par
Claude Jutra, Anne Hébert met en scène le personnage du docteur
Nelson aux prises avec l’idée de tuer le mari de sa maîtresse Élisabeth
Rolland. À travers une folle équipée de 400 milles aller-retour
en traîneau dans la neige, elle atteint des sommets d’écriture
épique qui comptent parmi ses pages les plus saisissantes : le froid,
la neige, le sang, la mort, la transgression des interdits, le meurtre, le dépassement
de soi, l’ivresse de la chair et le bonheur de tout détruire se conjuguent
pour retrouver un paradis perdu aux couleurs d’une enfance du monde avant le
péché originel. Sortis d’un château mensonger qui s’appelle
le chaos, ces personnages y retournent malgré eux car la fureur qui les
fait agir est trop grande pour les lois de la terre, qui referment toujours
leur étreinte éprouvante sur eux : solitude, culpabilité,
misère de vivre à l’intérieur d’un destin compromis.

Enfant d’un Québec fortement marqué par les valeurs du christianisme,
Anne Hébert a su porter en elle les destins de personnages mus davantage
par les lois de leur chair que celle de leur raison.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
4 octobre 1978

Membres du jury :
Jacques Blais (président)
Gertrude Lemoyne
Wilfrid Lemoyne
Suzanne Paradis
Jean Paré

Crédit photo :
Gisèle Freund

Texte :
Pierre Filion