Denys Arcand, récipiendaire

Naissance le 25 juin 1941 à Deschambault, décès le à 

Prix remis le 2 novembre 1989

Biographie

Denys Arcand est marqué par la formation d’historien qu’il a reçue
ainsi que par une conscience exceptionnelle des règles de la dramaturgie.
Arcand, en effet, aborde à travers ses documentaires le présent
comme histoire en devenir : c’est d’abord le déclin de l’industrie du
textile dans On est au coton (1970), puis les élections québécoises
de 1970 dans Québec : Duplessis et après… (1972),
et enfin le référendum du 20 mai 1980 dans Le Confort et l’Indifférence
(1981). Dans ces trois documentaires, Arcand utilise la comparaison pour donner
à son discours une perspective historique, citant par exemple Le Prince
de Machiavel
pour analyser les jeux de pouvoir à l’œuvre lors
de la campagne référendaire de 1980.

Sur le plan dramaturgique, ses films de fiction renvoient à la tragédie
et à l’opéra (Réjeanne Padovani, 1973) tout comme
ils puisent certains procédés dans la théorie brechtienne
(La Maudite Galette, 1971 ; Gina, 1975). Arcand est fondamentalement
un intellectuel et la plupart de ses films reposent sur des dispositifs précis
et complexes, comme Jésus de Montréal (1989), qui actualise
les principaux événements de la vie du Christ pour confronter
morale religieuse et morale artistique.

Sur le plan thématique, le thème de la décadence domine
nettement. Du crime minable qui tourne mal dans La Maudite Galette à
l’ascension puis à la descente du top model de Stardom (2000),
Arcand semble fasciné par les fins de règne, par la vanité
absurde des actions humaines qui n’ont pour effet que d’accélérer
l’inévitable entropie. C’est pourquoi Réjeanne Padovani reprend
les grandes lignes de l’exécution de l’impératrice Messaline,
Le Confort et l’Indifférence cite abondamment les écrits
du principal témoin de la chute des Médicis, tandis que le plus
grand succès de la carrière du cinéaste s’intitule, simplement,
Le Déclin de l’empire américain (1986).

Observateur attentif de la société québécoise,
Denys Arcand a toujours résisté à la tentation de dicter
une conduite politique au spectateur. Il a plutôt préféré
montrer le présent à la lueur des déterminations historiques,
ce que ses détracteurs ont appelé du cynisme et ses défenseurs
de la lucidité. Il est tout de même remarquable de constater que
dès ses premiers essais réalisés alors qu’il était
dans la jeune vingtaine (Champlain, 1964 ; Les Montréalistes,
1965), Arcand posait sur le Québec ce même regard rigoureux teinté
d’un humour aux allures de désespoir poli.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
2 novembre 1989

Membres du jury :
Werner Nold (président)
Francine Allaire
Paule Baillargeon
Robert Favreau

Crédit photo :
Marc Lajoie

Texte :
Marcel Jean