Francine Bernier compte parmi les personnalités les plus influentes du milieu culturel québécois. À la tête de l’Agora de la danse depuis 33 ans à titre de directrice générale et artistique, cette passionnée des arts vivants a su transformer ce lieu en un pôle incontournable de création, d’innovation et de diffusion en danse contemporaine. Très nombreuses sont d’ailleurs les personnes à saluer sa vision ambitieuse et audacieuse, de même que son apport précieux comme bâtisseuse. Et pour cause : grande rassembleuse, animée d’une détermination sans faille, elle a joué un rôle majeur dans le développement et le rayonnement de la danse tant à Montréal et au Québec qu’à l’international, et elle continue d’y œuvrer avec une constante vivacité.
Francine Bernier dit recevoir le prix Denise-Filiatrault comme une reconnaissance de l’importance du métier de gestionnaire en culture. « Ce prix reconnaît la valeur du travail que nous faisons pour soutenir la création québécoise, s’exprime-t-elle. Il honore aussi, à travers moi, tous ceux et celles qui s’affairent quotidiennement à ce que la création artistique puisse s’épanouir dans les meilleures conditions possibles. »
Dès le début de sa carrière dans les années 1980, Francine Bernier se consacre au développement des arts de la scène, d’abord comme travailleuse en théâtre jeunesse, notamment à la Nouvelle Compagnie théâtrale (l’ancêtre du Théâtre Denise-Pelletier), au Théâtre de l’Œil et au Festival québécois de théâtre pour enfants. Elle se spécialise par la suite dans le théâtre pour adultes, alors qu’elle occupe un poste de gestionnaire au Centre des auteurs dramatiques, puis de conseillère en théâtre au Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal, avant de mettre son expertise au service des institutions reconnues que sont le Théâtre d’Aujourd’hui, ESPACE GO et Espace Libre, où elle agit à titre de coordonnatrice.
Lorsque Francine Bernier prend la barre de l’Agora de la danse en 1992, elle hérite d’un lieu où tout est à bâtir pour assurer sa pérennité et son développement, un défi qu’elle relèvera avec brio grâce à son remarquable leadership et à sa forte capacité à innover dans la recherche de solutions. Endossant simultanément les fonctions de directrice générale et de directrice artistique, elle démontrera une habileté prodigieuse à conjuguer rigueur administrative et vision artistique, s’employant à créer un lieu plus dynamique et accueillant, d’abord et avant tout au service des artistes et de leur inventivité. Elle se dit d’ailleurs particulièrement fière d’œuvrer à « soutenir le développement du travail d’artistes québécois, que ce soit en théâtre ou en danse ».
Pour concrétiser ses visées, celle qui ne manque pas d’ambition ni de ténacité opérera, de 2013 à 2017, le déménagement de l’Agora de la danse de la rue Cherrier vers l’édifice Wilder, au cœur du Quartier des spectacles, faisant de l’organisme culturel montréalais l’institution phare de création et d’innovation en danse que l’on connaît aujourd’hui. Cette importante réalisation témoigne sans contredit de l’aptitude exceptionnelle à convaincre et à mobiliser de cette pionnière visionnaire.
Si l’Agora s’est imposée comme un pilier de la danse contemporaine sous la gouverne de Francine Bernier, accueillant quelque 370 productions, dont une majorité d’œuvres du Québec, elle doit aussi son essor à l’engagement de sa directrice à développer des partenariats artistiques durables avec des institutions, des compagnies ou encore des festivals d’un peu partout dans le monde, notamment de France, de Catalogne, de Belgique, d’Italie et du Japon. En favorisant ainsi l’établissement de ponts entre les cultures, Francine Bernier contribue, depuis le début de son mandat, à renforcer significativement le rayonnement international de la danse contemporaine québécoise.
« La visibilité du travail des créateurs et des créatrices en danse est un défi », reconnaît-elle. Ce qu’elle souhaite par-dessus tout est « que leurs spectacles soient accessibles sur l’ensemble du territoire québécois et que plus de gens puissent découvrir la richesse de la danse québécoise, notamment dans les régions éloignées des grands centres urbains ».
Travailleuse de l’ombre dotée à la fois d’un franc-parler et d’une admirable capacité d’écoute, Francine Bernier incarne un modèle remarquable de gestionnaire culturelle. Grâce à ses initiatives novatrices, à son esprit de collaboration et à sa profonde compréhension des enjeux artistiques et politiques, elle a contribué concrètement à revitaliser l’écosystème de la danse contemporaine québécoise et, encore aujourd’hui, participe à le faire briller plus que jamais.