George Karpati, récipiendaire

Neurologue

Naissance le 17 mai 1934 à Debrecen (Hongrie), décès le 6 février 2009 à Montréal

Prix remis le 8 novembre 2006

Entrevue

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Biographie

Malgré les fulgurants progrès scientifiques, les maladies du
système nerveux chez l’être humain posent encore de sérieux
défis aux chercheurs et aux cliniciens. Pouvant frapper n’importe
qui et survenir à tout âge, ces maladies sont connues pour être
difficiles à diagnostiquer et à traiter. Or, grâce au travail
et à la persévérance du docteur George Karpati, directeur
du Groupe de recherche neuromusculaire à l’Institut et hôpital
neurologiques de Montréal (INM), communément appelé « le
Neuro » de l’Université McGill, des milliers de patients
aux prises avec ces maladies dévastatrices peuvent espérer voir
un traitement être mis en marché au cours des prochaines années. « Nous
y sommes presque, affirme cet éminent neurologue. Plusieurs de nos procédés
expérimentaux sont sur le point d’être testés sur
des sujets humains. »

Discret en ce qui a trait à sa propre contribution, le docteur Karpati,
titulaire aussi depuis 1985 de la Chaire de neurologie Isaac Walton Killam,
est spécialisé dans le domaine des dystrophies musculaires. Parmi
la communauté de chercheurs, il sera le premier à démontrer
où se trouve la dystrophine dans les fibres musculaires. Ses recherches
ont permis de constater que cette protéine était absente chez
les patients qui souffrent de la dystrophie musculaire de Duchenne, celle sur
laquelle s’est particulièrement penché le neurologue. Outre
cette découverte, il sera aussi le premier à établir que
le profil histochimique des fibres neuromusculaires peut être transformé par
le croisement des nerfs moteurs lents et rapides, indication que les nerfs
moteurs contrôlent les mécanismes chimiques des fibres musculaires.

En thérapie génique, la recherche médicale a fait des
bonds énormes depuis vingt ans. « L’arrivée
de la science moléculaire durant les années 80 a fait avancer
les connaissances dans le domaine des dystrophies musculaires plus que dans
tout autre champ de la neurologie », souligne le docteur Karpati.
Confiant que ces nouvelles formes de traitement ultra-évoluées
permettront encore de faire des percées importantes, le neurologue met
alors sur pied une solide équipe pluridisciplinaire spécialisée
dans la conception de thérapies géniques pour traiter les maladies
neuromusculaires.

Né en Hongrie, George Karpati émigre au Canada à la fin
des années 50. « Je voulais étudier dans un domaine
qui se démarquait et qui était d’envergure internationale,
raconte le chercheur. La neurologie était une discipline très
avant-gardiste. » Et le Canada est, à ce moment-là,
beaucoup plus accessible que les États-Unis où plusieurs de ses
compatriotes qui fuient la Hongrie souhaitent émigrer. Le docteur Karpati
commence ainsi ses études de médecine en 1960 à l’Université Dalhousie à Halifax
et est vite attiré par la qualité des recherches menées à l’INM
de l’Université McGill. « La science était en
plein essor, se souvient-il. Les troubles neuromusculaires représentaient
le champ de la neurologie le plus en vogue. »

Le jeune médecin reçoit en 1965 une bourse pour étudier
aux National Institutes of Health à Bethesda dans le Maryland. Or, juste
avant son départ, Francis McNaughton (« un saint homme »,
selon George Karpati), neurologue en chef et l’un des pionniers de l’INM,
le pressent pour s’assurer qu’il reviendra au Québec afin
de poursuivre ses recherches à l’INM. En 1967, le docteur Karpati
crée le Groupe de recherche neuromusculaire à l’INM, lequel,
sous sa direction, n’a cessé de se développer et figure
aujourd’hui comme l’un des plus importants centres de recherche
au monde dans ce domaine. « La suite n’est qu’histoire »,
affirme-t-il.

En fait, le docteur Karpati voue un attachement très fort à l’INM, à son
histoire et à son fondateur, le docteur Wilder Penfield, dont il parle
volontiers lors de ses nombreuses conférences à l’étranger.
Maintes fois invité à aller travailler aux États-Unis,
le docteur Karpati conservera toujours sa loyauté envers l’INM.
Mal à l’aise avec le style de vie nomade que certains scientifiques
choisissent, il considère comme plus important de bâtir son oeuvre
au même endroit, ce qui a porté des fruits. « L’INM
est, en quelque sorte, devenu un empire en neurologie au Canada »,
déclare-t-il, fier d’indiquer que son collègue de l’INM,
le docteur Frederick Andermann, a aussi été lauréat du
prix Wilder-Penfield en 2003.

Pour ce chercheur déterminé, le succès universitaire
ne repose que sur le travail et la créativité. « J’ai
tout simplement travaillé fort, je suis resté concentré sur
mon travail, j’ai publié le résultat de mes recherches,
et cela a fait boule de neige », avance-t-il humblement. Or, le
docteur Karpati a apporté une contribution exceptionnelle au développement
de la recherche ainsi qu’à la formation de chercheurs et de médecins
travaillant maintenant au Québec, au Canada et dans plusieurs autres
pays. Très apprécié de ses étudiants, il a reçu
le prix « Meilleur professeur » décerné par
les résidents en neurologie de l’Université McGill.

Le docteur Karpati tente depuis longtemps d’accroître la formation
en neurologie des futurs médecins. « Les maladies neuromusculaires
sont difficiles à diagnostiquer avec précision, et la plupart
des médecins de famille ne connaissent pas la gamme des symptômes
qu’elles peuvent générer », mentionne-t-il.
Compte tenu de la méconnaissance qui règne encore en ce qui a
trait aux dystrophies musculaires, et du pénible isolement que connaissent
les personnes atteintes, le docteur Karpati considère que le public
devrait également être sensibilisé davantage à la
réalité de ces troubles. « Le travail bénévole
des associations de patients est fondamental », affirme-t-il en
soulignant que les médecins ne sont pas toujours les meilleures sources
d’information. « L’arrivée d’Internet a
cependant permis de faire circuler l’information sur ces troubles et
de mieux renseigner les personnes atteintes. »

Homme de principes, George Karpati est aussi loyal à sa famille qu’à son
lieu de travail. Par exemple, il a pris soin de sa mère âgée
jusqu’à son décès. Ce fait explique également
sa présence stable à Montréal. « Cela a scellé mon
destin à cet égard », reconnaît-il. Père
de deux fils dans la vingtaine (l’un a suivi ses traces en santé publique à New
York, tandis que l’autre se bâtit une carrière en journalisme),
le docteur Karpati est, en outre, amateur d’antiquités. Il a longtemps
collectionné les verres et les meubles anciens « à l’époque
où ils étaient encore abordables! »,
précise-t-il.

En près de 40 ans de carrière, le docteur Karpati s’est vu
remettre de nombreux prix et distinctions : il a reçu la Médaille
commémorative du Gouverneur général du Canada; il est membre
de la Société royale du Canada et membre élu de l’Académie
des sciences hongroises; et il a été nommé officier de l’Ordre
du Canada. Le docteur Karpati a aussi obtenu le Prix d’excellence professionnelle
de la section du Québec de l’Association canadienne de la dystrophie
musculaire et de la Société canadienne de recherches cliniques.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
8 novembre 2006


Membres du jury :
Rémi Quirion (président)
Léa Brakier-Gingras
Lucie Germain
Donna Mergler
Raymund J. Wellinger

Crédit photo :
Alain Désilets

Crédit vidéo :
Production : Donald Charest, Les Productions Donald Charest inc.
Réalisation : Donald Charest
Caméra, direction photo : Daniel Desrosiers
Prise de son extérieure : Thierri Frankel
Prise de son studio  : Jean-Pierre Limoges, Studio JPL
Montage : Donald Charest / Sylvain Rioux
Compression numérique : Joël Bertrand
Infographie : Alain Dubois
Musique originale : Alexis Le May
Musiciens : Katia Durette, Yana Ouellet, Stéphane Fontaine, Annie Morier, Caroline Béchard, Suzanne Villeneuve, Benoît Cormier, Jean Robitaille, André Villeneuve, Daniel Tardif, Alexis Le May, Éric Pfalzgraf.
Narrateurs : Stéphane Garneau, Suzanne Laberge
Entrevues : Suzanne Laberge
Mixage son  : Jean-Pierre Limoges, Studio JPL

Texte :
Nathalie Dyke