Gérard Bessette, récipiendaire

Naissance le 21 février 1920 à Sabrevois, décès le 21 février 2005 à Kingston

Prix remis le 26 novembre 1980

Biographie

Écrivain, critique et professeur de littérature, Gérard
Bessette a signé une œuvre dense et remarquée par son double
volet de fiction et de critique. Les livres fétiches de ce romancier
psychologique demeurent Le Libraire (1960), L’Incubation (1965)
et Le Cycle (1971).

À travers une dizaine de romans aux structures narratives audacieuses,
ce fin observateur de la nature humaine a développé une voix souvent
cynique, attachée à une perception personnelle des désordres
de l’univers qu’il se plaît à grossir à dessein et à
explorer sans ménagement. Influencé par ses études perspicaces
sur l’inconscient, il a apporté à son œuvre les affects de
cette réflexion analytique sur la névrose du Québec moderne
qu’il a vu prendre forme sous ses yeux, urbain, industriel, au regard d’une
fin de monde rural et d’un passé catholique aliénant dont il était
issu.

Écriture protéiforme souvent prise à partie par la critique
et l’institution littéraire qu’elle a maintes fois malmenées,
sa création traverse le temps avec une force qui impose la justesse de
son regard et la profondeur de son investigation. Jules Lebeuf (La Bagarre,
1958), Jodoin (Le Libraire), Gordon (L’Incubation) sont des êtres
tourmentés, non conformistes, de doux révoltés qui n’en
font qu’à leur tête, défiant tabous et interdits. Gérard
Bessette fouille les entrailles de ses personnages comme les siennes, insidieusement
et sans censure. Névroses, refoulements, complexes d’Œdipe, douces
perversions, pulsions primitives, voilà le monde intérieur où
évoluent ses créatures, au demeurant plus réalistes que
nature. Leurs centres vitaux sont rongés par le virus des instincts et
des forces ambivalentes de l’amour immature, qui tourmente et obsède.
Ces travers et ces richesses de l’être humain, Bessette ira les débusquer
à l’origine même de l’humanité dans Les Anthropoïdes
(1977) tout en célébrant le pouvoir libérateur de la parole
et du récit.

Si le deuxième volet de l’œuvre de Gérard Bessette, Une
littérature en ébullition
(1968) et Trois romanciers québécois
(1973), permet d’apprécier ses fines analyses de la psyché québécoise,
cette réflexion critique culmine dans un exercice d’autoanalyse inusité
: l’essai qu’il consacre à ses propres romans, Mes romans et moi (1979),
apporte un éclairage audacieux, largement autobiographique, sur sa vie
et son œuvre. Et la critique littéraire se fera même partie
intégrante de la création dans Le Semestre (1979) et dans
Les Dires d’Omer Marin (1985).

L’entreprise générale de cet univers riche et douloureux, à
l’humour caustique, tient sans doute plus à une volontaire esthétique
du langage qu’à une froide sociologie de l’acte d’écrire.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
26 novembre 1980

Membres du jury :
Andréanne Lafond (présidente)
André Belleau
Paul-André Bourque
Jacques Godbout
Armande Saint-Jean

Crédit photo :
Michel Pilon

Texte :
Pierre Filion