Gérard Bouchard, récipiendaire

Historien

Naissance le 26 décembre 1943 à Jonquière, décès le à 

Prix remis le 28 novembre 1993

Biographie

La reconstitution des dynamiques collectives

Parmi les chercheurs ayant le plus contribué au développement
des sciences humaines au Québec, Gérard Bouchard occupe une place
de premier plan. La portée de ses interrogations et la valeur de sa contribution
à l’établissement de nouveaux outils de recherche sont reconnues
au pays comme à l’étranger. Ainsi, le généticien
français Albert Jacquard affirme que « sa capacité à
dominer les avancées conceptuelles, tout en gardant le souci du service
à rendre aux hommes, fait de lui un modèle de chercheur en sciences
humaines ».

Dès le début de sa carrière, Gérard Bouchard fait
le choix exigeant de la pluridisciplinarité. Sa conception du travail
de chercheur est basée sur la conviction que, pour bien circonscrire
un trait ou un comportement, il convient de reconstituer la dynamique collective
dont il procède. Aux fins de ses recherches sur les populations, menées
depuis plus de 30 ans, il tente d’intégrer à sa pratique des méthodes
issues de diverses disciplines. Fort de sa formation de sociologue et d’historien,
il n’hésite pas à explorer les champs de la démographie,
de l’ethnologie, de la génétique des populations, de la biochimie,
de l’épidémiologie, de l’informatique et du droit.

Natif de Jonquière, au Saguenay, Gérard Bouchard étudie
la sociologie à l’Université Laval, où il travaille avec
Leon Dion et Fernand Dumont. En 1968, après une maîtrise
en sociologie, il décide de faire un doctorat en histoire à l’Université
de Paris. Sa thèse, intitulée Le village immobile. Sennely-en-Sologne
(1972), lui attire un article élogieux dans Le Nouvel Observateur
qui souligne notamment la clarté du propos et le caractère novateur
de l’approche proposée.

Une expertise unique sur les populations

Gérard Bouchard revient au Québec en 1971 avec l’intention d’utiliser
tous les moyens techniques et méthodologiques à la disposition
des chercheurs, sans égard aux frontières maintenues entre les
disciplines. Il entreprend la construction d’un fichier informatisé sur
la population saguenayenne et fonde ensuite la Société interuniversitaire
de recherches sur les populations (SOREP), qui deviendra, en 1993, l’Institut
interuniversitaire de recherches sur les populations (IREP). Lorsqu’il en quitte
la direction en 1998, l’IREP repose sur une entente de coopération entre
sept universités québécoises et regroupe plus de 150 personnes,
dont 50 chercheurs. Outre le développement et la gestion des banques
de données, les travaux menés à l’Institut sont alors répartis
en trois volets : génétique humaine, dynamiques culturelles, ainsi
que famille, économie et société.

Bâti d’après les renseignements que renferment les actes de l’état
civil qui ponctuent les principaux événements de la vie des populations,
ce fichier informatisé, achevé en 1986, permet d’établir
les histoires individuelles et familiales, ainsi que les généalogies.
À cet égard, les administrateurs de l’IREP assurent la confidentialité
des données du fichier par un système de protection conçu
et mis à jour sous la supervision de juristes de l’Université
Laval et de l’Université de Montréal.

Après avoir évalué le potentiel du fichier sur la population
du Saguenay, Gérard Bouchard juge nécessaire d’en étendre
les possibilités à l’ensemble de la population du Québec.
Il lance donc en 1988 la construction du fichier BALSAC qui doit englober un
jour l’ensemble de la population du Québec, du XVIIe au XXe siècle.
Ce nouveau fichier constitue à vrai dire une entreprise gigantesque,
puisqu’il s’agit d’informatiser et de traiter plus de 5 millions de documents.
En outre, il permet d’effectuer des analyses comparatives avec des populations
qui ont évolué dans des conditions semblables. Les résultats
de certaines de ces études, parfois inattendus, démentent bon
nombre de stéréotypes sur les caractéristiques de la population
québécoise.

De nouveaux concepts en matière de génétique
des populations

Les thèmes de recherche de Gérard Bouchard sont variés
: économie rurale, reproduction familiale, comportements démographiques,
idéologies, dynamiques culturelles, nation et pluriethnicité,
imaginaires collectifs, classes et mobilité sociales, évolution
de l’historiographie. Il compte à son actif 22 ouvrages rédigés
en majorité en collaboration avec d’autres chercheurs ou sous sa direction,
dont Histoire d’un génome, premier ouvrage québécois
portant sur la génétique des populations et l’épidémiologie
génétique. Depuis quelques années, il travaille également
sur les collectivités neuves ou cultures fondatrices étudiées
dans une perspective comparée.

Certains des concepts élaborés par Gérard Bouchard, grâce
à l’exploitation des fichiers de population, sont mondialement diffusés.
Comme sociologue et historien, il innove grandement lorsqu’il s’intéresse
à la signification sociale et culturelle des données démographiques.
Gérard Bouchard se démarque notamment par ses efforts de modélisation
en adaptant aux sciences humaines le mode de fonctionnement et certains éléments
de méthodologie des sciences naturelles et médicales.

Résumé de la carrière de Gérard Bouchard

1971
Doctorat en histoire de l'Université de Paris

1971-
Professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi

1972-1998
Fondateur et directeur de la Société interuniversitaire de recherches sur les populations, devenue l'Institut interuniversitaire de recherches sur les populations

1985
Prix Jacques-Rousseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1993
Prix Léon-Gérin

1996
Publication de l'ouvrage intitulé : Quelques arpents d'Amérique. Population, économie, famille au Saguenay, 1838-1971, honoré par le prix Lionel-Groulx, le prix François-Xavier-Garneau et le prix John A. Macdonald

2000
Prix du Gouverneur général pour l'ouvrage intitulé : Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde

2001
Prix Gérard-Parizeau - Histoire du fonds Gérard-Parizeau

Information complémentaire

Date de remise du prix :
28 novembre 1993

Membres du jury :
Serge Courville (président)
François Duchesneau
Micheline Dumont
Pierre Fortin
Lisa Serbin

Crédit photo :
François Brunelle

Texte :
Viateur Boutot

Mise à jour : Nathalie Dyke