Henri Dorion, récipiendaire

Géographe

Naissance le 4 mai 1935 à Québec, décès le à 

Prix remis le 9 novembre 2004

Entrevue

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Biographie

Loin d’être un simple récit des noms de capitales, la géographie
qu’incarne Henri Dorion, professeur à l’Université Laval
depuis 40 ans, est vivante, captivante même, et fait place à l’humain, à la
culture, à la politique aussi. Le géographe a le don rare de
faire parler les lieux.

Dans le Québec des années 30, déjà, Henri Dorion
n’est pas un petit garçon ordinaire. Son père est un homme
sévère, mais juste, capable d’enfermer Henri et son frère
dans la bibliothèque pour les forcer à lire. Sa mère,
de nationalité russe, fait figure de curiosité dans cette société bien
peu multiculturelle. À Québec, la famille vit recluse. Cependant,
elle multiplie les voyages en Amérique puis, dès la fin de la
guerre, en Europe. Henri a hérité des talents de pianiste de
son grand-père. De 1952 à 1956, il donne dix-huit récitals
et concerts au Québec et en France, où il fréquente l’American
School of Arts de Fontainebleau avant d’entrer au Conservatoire de Québec.
Un accident de voiture mettra fin prématurément à une
carrière prometteuse. Toutefois, Henri Dorion a aussi le sens de la
justice de son père : en même temps que ses études au Conservatoire,
il fait son droit et est admis au Barreau du Québec en 1958. Il exercera
quelques années dans le cabinet familial, aux côtés de
son frère.

Ce sont finalement le goût du voyage et une curiosité sans fin
pour la Russie, inculquée depuis sa tendre enfance par un oncle belge, érudit
russophile, qui entraînent Henri Dorion sur la voie de la géographie.
Sa première incursion en Russie remonte à 1958, en pleine guerre
froide. De retour à Québec, il s’inscrit en géographie à l’Université Laval.
Son mémoire de maîtrise, consacré à la frontière
entre le Québec et Terre-Neuve au Labrador, conjugue droit international
et géographie politique. L’Université l’engage aussitôt
comme professeur, spécialiste à la fois des questions territoriales
et de l’Union soviétique dont il devient vite un expert recherché.
Il a tout juste 30 ans lorsque le gouvernement du Québec lui confie
la présidence de la Commission d’étude sur l’intégrité du
territoire – la commission Dorion – chargée de la première étude
exhaustive des frontières du Québec. Son rapport en 64 volumes
fait depuis office de référence.

En parallèle, le géographe, travailleur infatigable, fonde
avec Louis-Edmond Hamelin le Groupe d’études de choronymie et de
terminologie géographique de l’Université Laval, puis il
dirige le Département
de géographie à partir de 1973. Il parcourt le monde, comme professeur
puis comme conférencier invité, notamment à Strasbourg,
Mexico et Moscou, ou comme simple voyageur, préférant toujours
cheminer par voie de terre pour prendre le temps de connaître les pays
qu’il traverse. Aventurier, il prend des risques, se rend de Paris en
Iran en autocaravane et il collectionne chemin faisant les rencontres et les
objets les plus hétéroclites – instruments de musique,
images de l’église d’un petit village russe, menus, cartes,
etc. C’est dans le Caucase, où se côtoient une centaine
d’ethnies, qu’il saisit le mieux l’importance du nom des
lieux, reflet d’une histoire géopolitique et humaine qui prend
racine dans la terre. Le géographe se fait alors toponymiste et linguiste.
Il parle couramment français, anglais, espagnol, russe, polonais et
hongrois et il maîtrise les bases de plusieurs autres langues romanes
et slaves. Partout, il cherche à percer les mystères des noms,
tout en s’enrichissant sans cesse de ses expériences de voyage.
Au Québec, Henri Dorion est proche des nations autochtones et participe
largement au renouveau de la toponymie amérindienne. En 1976, l’Unesco
le nomme membre d’un comité chargé de l’élaboration
d’un code d’éthique pour la recherche en milieu autochtone.

Deux ans plus tard, l’approche multidisciplinaire du professeur
Henri Dorion marque la toute nouvelle Commission de toponymie du Québec
dont il est le premier président, mandat qu’il acceptera de nouveau
en 1985 et en 1996. Son magistral Dictionnaire illustré des noms
et lieux du Québec
, publié en 1994, lui vaut une notoriété internationale.
Sous son égide, la Commission devient un modèle dont s’inspireront
plusieurs pays. Henri Dorion n’hésite jamais à faire profiter
les autres de son savoir. De 1987 à 1991, par exemple, il préside
le Groupe d’experts des Nations Unies pour les noms géographiques;
depuis 2002, il dirige le projet Québec-France-ONU pour la toponymie
francophone du monde entier.

Généreux de son temps comme de ses connaissances et curieux
de tout, le géographe cumule les mandats qui lui sont confiés : délégué général du Québec à Mexico
de 1980 à 1982, délégué du Québec pour la
Russie et l’Ukraine en 1996 et 1997, chef de mission pour le projet
SOS-Arménie
en 1995, directeur de la recherche, de la conservation et des relations internationales
au Musée de la civilisation de 1988 à 1993, auquel il fait don
de sa collection d’instruments de musique, Henri Dorion dit humblement
qu’il s’éparpille, alors qu’il intègre expériences
et expertises pour former un tout. Auteur de près de 400 conférences
et de 300 ouvrages ou rapports, il accumule les distinctions, dont le prix
Jacques-Rousseau de l’Acfas en 1989, le Prix du Gouverneur général
du Canada pour la muséologie en 1993 et la médaille Vincent-Massey
(géographie) en 1994. Il est aussi chevalier de l’Ordre national
du Québec depuis 1997 et officier de l’Ordre du Canada depuis
2000.

Par plaisir, Henri Dorion n’a jamais cessé d’enseigner et
se rend presque chaque année depuis 30 ans en Russie. Avide de partager
ses connaissances, toujours ouvert aux autres, il accompagne étudiants,
membres de sa famille, amis ou touristes en Russie, organise des échanges
et des circuits thématiques en fonction des centres d’intérêt
de chacun. En vacances, il voyage, évidemment, éternel adepte
du camping auquel il a converti sa conjointe il y a 25 ans. Père de
quatre filles, toutes artistes-nées, elles sont actrice, éditrice,
chorégraphe et productrice audiovisuelle!, neuf fois grand-père,
Henri Dorion ne connaît pas le sens du mot « retraite ».
Au cours des dernières années, il a copublié plusieurs
livres grand public, comme Le Québec vu du ciel, en 2001, Le
Québec : 40 sites incontournables
, en 2003, et L’art de vivre au Québec,
en 2004. Sa petite boîte à projets, posée sur son bureau,
déborde depuis longtemps. Qui sait où elle le mènera?

Information complémentaire

Date de remise du prix :
9 novembre 2004

Membres du jury :
Mireille Mathieu (présidente)
Mario Fortin
Denis Jeffrey
Carmen Lambert
Jacques Lévesque

Crédit photo :
Denis Chalifour

Texte :
Valérie Borde