Isabelle Clerc a consacré sa carrière à rendre plus intelligibles les communications écrites en français et destinées au grand public. Professeure à l’Université Laval depuis 1991, où elle a créé des programmes de rédaction professionnelle, elle a contribué à poser les bases de la rédactologie, discipline dont l’objet est l’étude des pratiques de rédaction professionnelle. Elle a fondé le Groupe Rédiger, groupe de recherche dont la mission est de cerner les problèmes qui nuisent à la compréhension communicationnelle à l’écrit pour améliorer son efficacité. Elle a également collaboré à plusieurs ouvrages importants sur la rédaction et la langue, contribuant ainsi à la vitalité du français parlé et écrit au Québec.
La lauréate affirme recevoir le prix Geoges-Émile-Lapalme comme un « immense honneur ». « C’est une grande joie de voir mon travail récompensé. Je suis surtout contente que cela rejaillisse sur toutes les personnes qui y ont participé. Je souhaite que cela contribue à inspirer les prochaines générations », espère-t-elle.
Que ce soit comme professeure, chercheuse, directrice ou vice-doyenne (poste qu’elle a occupé à deux reprises) à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Laval, Isabelle Clerc a toujours placé l’efficacité des communications au cœur de sa pratique. Elle a accompagné plusieurs acteurs publics dans l’amélioration de leurs communications avec la population (l’ex-ministère des Relations avec le citoyen et de l’lmmigration, Retraite Québec, la Société de l’assurance automobile du Québec, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, etc.).
Avec la création du Groupe Rédiger en 1997, elle a participé à une transformation majeure des pratiques de communication de l’État québécois. Elle a amené l’Administration à changer de paradigme : dorénavant, l’État cherche à rédiger les messages qu’il adresse aux citoyennes et aux citoyens de leur point de vue plutôt que du sien. Ce changement constitue une avancée significative dans la relation des ministères et organismes avec le public.
Ce travail a ouvert des voies de collaboration qui ont contribué à faire briller, à l’échelle de la francophonie, l’expertise québécoise en simplification des communications. À travers le groupe de recherche qu’elle dirige, Isabelle Clerc exerce une influence indéniable, avec son équipe, tant sur le terrain que dans des colloques scientifiques internationaux. La chercheuse a ainsi prononcé des conférences à Singapour, en Italie, en Belgique, en Suisse, en France et plus récemment, au Maroc, où elle s’est engagée auprès de l’Agence universitaire francophone et de l’Académie internationale de la francophonie scientifique.
En matière de publication, Isabelle Clerc a contribué à des ouvrages clés dans le domaine de la rédaction, tels que La démarche de rédaction (2000), publication fondatrice en rédactologie; Le français apprivoisé (2004), qui en était à sa 5e édition en 2020 avec plus de 50 000 exemplaires vendus; et De la lettre à la page Web : savoir communiquer avec le grand public (2006), qui constitue encore aujourd’hui une référence pour la fonction publique. Plus récemment, en 2020, elle a dirigé le volet francophone de Discourse and Writing/Rédactologie; mis sur pied, en 2023, Facteurs humains, une revue savante multidisciplinaire en français; puis, en 2025, la Revue québécoise de rédactologie. Ces revues en ligne sont toutes libres d’accès, ce qui correspond au désir d’Isabelle Clerc de rendre la science compréhensible par toutes et tous. Pour soutenir le développement des connaissances et la réussite étudiante aux cycles supérieurs, elle a créé le Centre d’appui à la réussite en lettres et sciences humaines de l’Université Laval.
Depuis plus de trois décennies, la professeure défend avec passion et exemplarité l’importance du français en tant que langue de recherche, de création, de formation et de diffusion du savoir. Lorsqu’on lui demande de quelle réalisation elle est le plus fière, Isabelle Clerc répond : « C’est d’avoir contribué à rendre les communications de l’État plus intelligibles à l’ensemble de la société, ce qui permet à chacun, chacune, quel que soit son bagage, de prendre sa place et de participer à la vie démocratique. » Elle ajoute : « Être compris des personnes à qui on s’adresse exige un effort de clarification, sans quoi la fracture entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas s’aggrave, contribuant ainsi à marginaliser des franges de la population. »
Assurément, les contributions d’Isabelle Clerc ont servi à améliorer la qualité du français de milliers de personnes. Soucieuse que son héritage se prolonge au-delà de son propre parcours, la professeure et chercheuse n’a pas lésiné à soutenir celles et ceux qui sont appelés à poursuivre le travail et à ouvrir de nouvelles voies.