Jacques Genest, récipiendaire

Médecin, chercheur clinicien

Naissance le 29 mai 1919 à Montréal, décès le 5 janvier 2018 à 

Prix remis le 19 décembre 1977

Nous sommes redevables et reconnaissants au docteur Jacques Genest de sa contribution remarquable à la science et à la médecine […] Parmi les équipes de recherche qui se consacrent à l'étude des problèmes de haute pression sanguine et des sciences cliniques et fondamentales, celle de l'Institut de recherches cliniques de Montréal est actuellement l'une des plus compétentes au monde.

James C. Hunt, professeur et directeur, Département de médecine, Clinique Mayo (Rochester, États-Unis).</p

Biographie

Une remarquable contribution
à la recherche biomédicale

Le témoignage du docteur James C. Hunt, de la célèbre
Clinique Mayo, reflète la considérable envergure des activités
de recherche et d’enseignement de Jacques Genest. Ce dernier est d’ailleurs
unanimement considéré par les membres de la communauté
scientifique, tant québécoise qu’étrangère, comme
le Québécois ayant le plus contribué à l’avancement
de la recherche biomédicale au cours des 40 dernières années.
Pièce maîtresse d’une carrière jalonnée de succès
scientifiques, l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM)
représente l’œuvre à laquelle Jacques Genest demeure le plus
attaché. Il l’imagine, le conçoit et le fonde en y consacrant
quinze années d’efforts (1951-1967), puis il le dirigera jusqu’en 1984.

Faire fleurir la médecine

Parallèlement à ses démarches pour créer l’IRCM,
Jacques Genest obtient ses premières lettres de noblesse avec son équipe
du Département de recherche de l’Hôtel-Dieu de Montréal,
au début des années 50, dans le domaine de l’hypertension artérielle.
Ses succès font naître chez lui l’idée d’accroître
les communications et les échanges d’idées entre les chercheurs.
C’est ainsi que le Club de recherches cliniques (1959) voit le jour, organisme
qui rassemble les chercheurs cliniciens du Québec de toutes les disciplines
de la santé.

En 1951, le gouvernement du Québec invite Jacques Genest à faire
une enquête sur les grands centres médicaux et de recherche en
Europe. Le jeune médecin constate ainsi le retard scientifique et médical
du Québec. Entre autres, la Faculté de médecine de l’Université
de Montréal est menacée de perdre son accréditation. Le
conseil des gouverneurs de l’Université de Montréal demande alors
à Jacques Genest de présider un comité spécial des
affaires médicales. Des réformes sont faites et, trois ans plus
tard, la Faculté est sauvée. Cependant, à plus long terme,
il faut également assurer le développement de la recherche. Le
docteur Genest donne l’exemple en créant le Département de recherche
de l’Hôtel-Dieu en 1952 et en devenant le premier chercheur clinicien
salarié à temps plein.

Certes, Jacques Genest plaide la cause des chercheurs québécois
au Conseil de recherches médicales du Canada, principal organisme de
subventions dont il fait partie dès 1953 (jusqu’en 1976). Il fonde ainsi,
en 1963, le Conseil de la recherche en santé du Québec (qui deviendra
le Fonds de la recherche en santé du Québec en 1981). Le docteur
Genest anime une vaste opération de rattrapage. Il élabore un
concept original qui marie la recherche fondamentale et clinique, afin de hisser
la recherche biomédicale vers les sommets. C’est précisément
ce que parviennent à faire les équipes de l’IRCM. Celui-ci regroupe
actuellement plus de 400 chercheurs fondamentalistes et cliniciens, étudiants
et techniciens. Il constitue l’un des plus importants centres de recherche biomédicale
au Québec et au Canada. Ses liens, d’une part avec l’Université
de Montréal et l’Université McGill, d’autre part, avec l’Hôtel-Dieu
de Montréal, expliquent son caractère de carrefour scientifique
multidisciplinaire et de centre de santé.

Contrôler l’hypertension

Les résultats des études effectuées à l’IRCM et
leurs applications sont aussi importants que variés. Le docteur Genest
lui-même a réalisé des découvertes décisives
dans le domaine de l’hypertension artérielle, mettant notamment en lumière
les perturbations du sodium et de l’aldostérone, le rôle de l’angiotensine
II dans le contrôle de la sécrétion d’aldostérone,
la mesure de l’activité de rénine dans le plasma et son importance
dans le diagnostic de l’hypertension rénovasculaire ainsi que la nature
et le rôle du facteur natriurétique des oreillettes. De mortelle
qu’elle était, l’hypertension artérielle peut être maîtrisée
chez tous les patients, grâce aux nouveaux médicaments antihypertenseurs.

Cependant, Jacques Genest ne se contente pas de favoriser son domaine de recherche
: il invite des chercheurs d’autres disciplines à constituer des groupes
qui, à leur tour, acquièrent une renommée mondiale dans
des domaines comme l’artériosclérose, le cancer, le sida, la biologie
et la génétique moléculaire. Dès 1976, il intègre
à l’IRCM un centre de bioéthique dont le responsable est membre
à part entière du comité scientifique. Cette initiative
est absolument unique. Aujourd’hui, l’IRCM brille par la renommée de
ses chercheurs, mais surtout il fait figure de modèle d’organisation
moderne de recherche biomédicale dans le monde.

Fort de nombreux prix et distinctions, dont 12 doctorats honoris causa, et
des 700 articles et trois ouvrages qu’il a écrits, Jacques Genest s’inscrit
de plain-pied dans l’histoire des sciences et sans doute aussi dans l’Histoire,
avec un grand H, du Québec moderne. La formule qu’exprime à son
sujet le docteur Irvine Page, chercheur américain attaché à
la Cleveland Clinic et père de la recherche en hypertension artérielle,
s’applique bien à sa personnalité : « Jacques Genest, one
of our great. » C’est tout dire.

Résumé de la carrière de Jacques Genest

1942
Doctorat en médecine de l'Université de Montréal

1952-1967
Directeur du Département de recherche de l'Hôtel-Dieu de Montréal

1959
Fondateur du Club de recherches cliniques du Québec

1963
Fondateur du Conseil de la recherche médicale du Québec ;
Prix Gairdner et
Compagnon de l'Ordre du Canada

1967-1984
Fondateur et directeur scientifique de l'Institut de recherches cliniques de Montréal

1967-1985
Douze doctorats honoris causa dont un de la Rockefeller University de N.Y.

1969
Prix Stouffer de l'American Heart Association, Council for High Blood Pressure Research de Cleveland
- Douze doctorats honoris causa dont un de la Rockefeller University de N.Y.

1976
Créateur du premier Centre de bioéthique au Canada

1977
Prix Marie-Victorin

1980
Prix de la Banque Royale du Canada ;
Prix de l'oeuvre scientifique de l'Association des médecins de langue française du Canada

1984-1994
Conseiller spécial de l'Institut de recherches cliniques de Montréal

1985
Distinguished Achievement Award de l'American Heart Association

1986
Prix Killam

1991
Grand Officier de l'Ordre national du Québec

1994
Nommé au Canadian Medical Hall of Fame

1996
Professeur émérite de l'Université de Montréal;
Prix Armand-Frappier

1996-1998
Président de l'Ordre national du Québec

1999
Prix du Conseil du patronat du Québec

2000
Grand Montréalais de l'année 2000

2001
Prix FCAR

Information complémentaire

Prix Marie-Victorin 1977
Date de remise du prix :
19 décembre 1977

Membres du jury :
Maurice Brossard
Gilles -G. Cloutier
Germain Gauthier
Yves Morin
Jacques Saint-Pierre

Prix Armand-Frappier 1996
Date de remise du prix :
7 décembre 1996

Membres du jury :
Mireille Mathieu (présidente)
Joël de la Noüe
Claude Pichette
Jacques Plamondon
François Tavenas

Crédit photo :
Jules Rochon

Texte :
Bernard Lévy

Mise à jour : Nathalie Kinnard