Janette Bertrand, lauréate

Naissance le 25 mars 1925 à Montréal, décès le à 

Entrevue

Lire la vidéo sur Entrevue

Biographie

Auteure prolifique et femme de cœur, Janette Bertrand a profondément marqué le monde de la radio et de la télévision au Québec. Journaliste, comédienne, animatrice, conceptrice, elle a su insuffler sur les ondes et au petit écran son audace et sa générosité. Et si la télévision québécoise est aujourd’hui reconnue pour sa pertinence et son originalité, c’est en partie grâce à ses talents de communicatrice et à son esprit visionnaire.

NĂ©e Ă  MontrĂ©al, celle qu’on appellera la psychologue du peuple a grandi au coin des rues Frontenac et Ontario, dans l’est de MontrĂ©al. « Quand j’ai terminĂ© mon primaire Ă  l’école GĂ©dĂ©on-Ouimet, se souvient-elle, j’étais l’une des seules Ă  poursuivre mon Ă©ducation. Les petites filles de ma classe, pour la plupart, sont parties travailler Ă  l’usine MacDonald Tobacco, en face de chez nous. Â»

En 1950, après avoir fait des Ă©tudes en lettres Ă  l’UniversitĂ© de MontrĂ©al, Janette Bertrand amorce une carrière dans la presse Ă©crite. Responsable du courrier du cĹ“ur au Petit Journal, elle conservera ce poste pendant 17 ans. « Le courrier du cĹ“ur, observe-t-elle, c’est l’ancĂŞtre des mĂ©dias sociaux. Â»

Son intĂ©rĂŞt pour l’intime et le quotidien lui attire des sarcasmes. Les intellectuels la snobent, les journalistes « sĂ©rieux Â» la traitent avec hauteur. « J’ai dĂ©butĂ© dans ce mĂ©tier Ă  la fin de la grande noirceur. L’obscurantisme religieux cĂ©dait la place Ă  l’individualisme moderne. De mon cĂ´tĂ©, j’étais scandalisĂ©e par notre ignorance comme peuple. Je ne pouvais pas fermer les yeux sur les injustices, l’inceste, la violence faite aux femmes. Il fallait que ça cesse. Mon engagement est nĂ© de la rĂ©volte et de la colère. Je  voulais ĂŞtre utile. Â»

Janette Bertrand s’est tout de suite gagnĂ© la confiance du public. « Peut-ĂŞtre parce que je m’épanouissais en mĂŞme temps que lui, suggère-t-elle. Dans le milieu artistique durant mes jeunes annĂ©es, je cĂ´toyais des homosexuels alors que je ne savais pas ce qu’était l’homosexualitĂ© la veille. Je n’ai jamais cherchĂ© Ă  dire aux gens comment se comporter du haut d’une chaire. Il y a peut-ĂŞtre une certaine naĂŻvetĂ© dans mon cheminement. Si j’ai eu un don, ce fut celui de me rendre compte que j’avais tout Ă  apprendre. Â»

Parallèlement Ă  sa carrière dans la presse Ă©crite, Janette Bertrand dĂ©bute Ă  la radio oĂą elle tient le micro et Ă©crit des textes conjointement avec son mari Jean Lajeunesse. Quand Radio-Canada les invite Ă  adapter leur Ă©mission Toi et moi pour la tĂ©lĂ©vision en 1952, ils acceptent de tabler sur l’énorme potentiel de ce nouvel outil de communication. « Mon patron Ă  CKAC n’était pas convaincu. Vous avez tort de partir, m’a-t-il confiĂ©. Des images dans une petite boĂ®te. Personne ne va regarder ça. Â»

Les Québécois et les Québécoises la regarderont énormément la petite boîte, les chiffres sont là pour en témoigner. À elle seule, Janette détient plusieurs records dans sa catégorie. Après avoir animé quantité de jeux-questionnaires et d’interviews-variétés à Télé-Métropole, elle invente le téléroman québécois moderne avec la série Quelle famille! à Radio-Canada, une aventure qui confirme son talent d’auteure et de comédienne. Après une dizaine de saisons à l’enseigne du succès avec cette émission qui sera diffusée en France sous le titre Les Tremblay, elle enchaîne avec un autre portrait type de la famille québécoise, Grand-Papa, dont la cote d’écoute atteint 2,73 millions de téléspectateurs durant la soirée du 6 mars 1979, du jamais vu depuis pour un téléroman.

Dans un registre plus intimiste et ambitieux, Janette Bertrand atteint le sommet de son art en signant les 52 épisodes de la série dramatique Avec un grand A, un projet d’écriture sans équivalent dans l’histoire de la télévision québécoise. Nous sommes en 1985. Misant sur sa polyvalence et ses multiples talents, Télé-Québec lui confie également la conception et l’animation de Parler pour parler, une heure de débats où elle reçoit les gens du public pour une discussion sur des sujets osés, d’une brûlante actualité, sujets dont on n’avait jamais parlé en ondes.

Première à parler crûment et sans détour des questions délicates comme l’inceste, le sida, le suicide, la prostitution, l’obésité, la transsexualité, Janette Bertrand a travaillé pour les trois principales chaînes généralistes, sans jamais se trahir ou renoncer à ses valeurs. Sa connaissance profonde de la nature humaine a fait d’elle une formidable éducatrice populaire. Elle a pavé la voie vers une société plus tolérante face à la différence, plus généreuse à l’égard des exclus, plus juste aussi. Elle a été une inspiration pour les femmes, en particulier à l’époque du féminisme naissant. Elle fait partie de ceux et celles qui ont permis au Québec d’accéder à la modernité.

Première laurĂ©ate du prix Guy-Mauffette, consacrĂ© Ă  la radio et Ă  la tĂ©lĂ©vision, elle accepte cet honneur avec reconnaissance et humilitĂ©, « Ă©tonnĂ©e et comblĂ©e Â» que l’on ait songĂ© Ă  elle. Elle a beaucoup Ă©coutĂ© M. Mauffette Ă  la radio de Radio-Canada Ă  l’époque du Cabaret du soir qui penche. « J’admirais sa fantaisie, mais comme femme, j’avais trop Ă  prouver. Il ne pouvait ĂŞtre un modèle pour moi. Â»

En 60 ans, elle a signĂ© plus de 800 textes pour la radio et la tĂ©lĂ©vision, publiĂ© deux romans, des succès de librairie, vendu 200 000 copies de son autobiographie publiĂ©e en 2004 sous le titre Ma vie en trois actes. Depuis 15 ans, comme formatrice Ă  l’Institut national de l’image et du son (INIS), elle partage son enthousiasme et son immense savoir avec la relève.

Au fil des ans, Janette Bertrand a su gagner le respect et l’admiration de ses pairs, et ses qualitĂ©s humaines et intellectuelles ont Ă©tĂ© maintes fois reconnues. NommĂ©e femme du siècle en 1990 par le Salon de la femme de MontrĂ©al, puis chevalière de l’Ordre national du QuĂ©bec (1992) et officier de l’Ordre du Canada (2002), celle qui avait Ă©tĂ© couronnĂ©e Miss Radio-TĂ©lĂ©vision lors du Gala Artis en 1964 a obtenu une dizaine de prix GĂ©meaux pour ses dramatiques, ainsi que le prestigieux Prix du Gouverneur gĂ©nĂ©ral du Canada pour les arts de la scène en 2000 et le Prix du grand public du Salon du livre de MontrĂ©al en 2005. La CinĂ©mathèque quĂ©bĂ©coise et l’association Femmes du cinĂ©ma, de la tĂ©lĂ©vision et des nouveaux mĂ©dias lui ont rendu hommage respectivement, en 2001 et 2005. De plus, elle figure au palmarès des grandes femmes du QuĂ©bec aux cĂ´tĂ©s de Madeleine Parent et de ThĂ©rèse Casgrain. Ă€ 86 ans, dĂ©terminĂ©e Ă  ne jamais prendre sa retraite, Mme Bertrand s’apprĂŞte Ă  publier son troisième roman, Lits doubles.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
8 novembre 2011

Membres du jury :
Claude Bédard (président)
Marie-France Bazzo
Richard Blaimert
Jacquelin Bouchard
Christiane Suzor

Crédit photo :
  • RĂ©my Boily
Crédit vidéo :

Production : Sylvain Caron Productions Inc
Réalisation :
Sylvain Caron
Coordinatrice de production :
Lynda Malo
Caméra et direction photo :
Jacques Desharnais, Vincent Chimisso
Prise de son :
Luc Gauthier
Maquillage :
Hélène-Manon Poudrette
Montage :
Sylvain Caron, Frédéric Blais-Bélanger
Infographie :Jean-Maxime Couillard
Mixage sonore : Studio SonG
Musique originale : Christine Boillat
Musiciens :
André Bilodeau, Christine Boillat, David Champoux et Daniel Marcoux
Entrevues :
Christian St-Pierre
Lieu des tournages :
Centre d'archives de Montréal

Texte :
  • HĂ©lène de Billy