John J. Jonas, récipiendaire

Ingénieur métallurgiste

Naissance le 8 décembre 1932 à Montréal, décès le à 

Prix remis le 3 décembre 1995

Biographie

« J’ai vécu 55 années de ma vie autour de la rue University…
sur environ 300 m2 », plaisante le professeur John J. Jonas. Le regard
pétillant, il aime rappeler que, né à l’hôpital Royal
Victoria de Montréal, en 1932, il fait ses études primaires et
secondaires au Montreal High School, puis étudie à l’Université
McGill, où il enseigne depuis 1960. Sa boutade ne fait état ni
de son doctorat en génie mécanique obtenu à Cambridge,
ni de ses six brevets d’invention, ni de sa carrière jalonnée
de récompenses par d’aussi prestigieuses institutions que la Société
française de métallurgie et de matériaux, l’Institut canadien
des mines et de la métallurgie, l’Ordre du Canada et l’Iron and Steel
Institute, du Japon. John J. Jonas est également titulaire de la Chaire
de transformation des métaux à l’Université McGill (depuis
1985) et codirecteur du Centre de transformation des métaux de la même
université (depuis 1990).

C’est naturellement au-delà d’une modestie qui s’habille volontiers
d’humour que s’ouvre l’univers du professeur John J. Jonas, « l’un des
meilleurs scientifiques et ingénieurs du Québec et du Canada »,
selon l’expression du professeur J.E. Gruzleski, doyen de la Faculté
de génie de l’Université McGill.

La recherche et les applications industrielles

John J. Jonas figure parmi les métallurgistes les plus cités
dans le monde. Depuis le début des années 80, ses travaux marquent
profondément la recherche faite dans le domaine de la sidérurgie.
Ils permettent d’expliquer nombre de phénomènes associés
aux traitements thermomécaniques des alliages, tels que la recristallisation
statique, dynamique ou métadynamique, la précipitation des carbonitrures
induite par déformation dans les aciers et la mécanique des essais
de torsion. Spécialiste de la métallurgie physique et mécanique,
John J. Jonas est le pionnier de la simulation en laboratoire des procédés
de mise en forme des matériaux utilisés par l’industrie. Au fil
des ans, l’ingénieur se distingue à maintes reprises sur le double
plan de la recherche fondamentale et de l’application industrielle.

Outre de notables améliorations apportées aux procédés
de laminage chez Ipsco, à Regina, on doit à John J. Jonas plusieurs
innovations techniques, dont la fabrication de tubes d’acier microallié
sans soudure, pour la firme Algoma Steel, et la prévention des effets
néfastes du vieillissement dans les barres d’acier, chez Ivaco Steel
au Québec. Grâce à sa parfaite connaissance des processus
mécaniques de déformation plastique et des transformations microstructurales
des aciers, il arrive à concevoir de nouveaux types d’essais de torsion
ou de compression à chaud et à démontrer l’effet des traitements
thermomécaniques sur l’affinement des microstructures.

Un premier brevet

La première invention de John J. Jonas date de l’époque où
il mène des études de troisième cycle à Cambridge.
L’automatisation se trouve alors au centre des préoccupations du monde
industriel. Au cours de ses recherches, il s’aperçoit que, en raison
des normes de qualité et de fiabilité, les usines de roulements
à billes affectent un plus grand nombre d’employés à l’inspection
qu’à la production. Il conçoit et met au point un dispositif de
contrôle automatique à suspension magnétique des billes
témoins, le Magnetic Rotating Apparatus, qui sera breveté en Angleterre
(1959). D’autres inventions suivront (méthodes, appareils et dispositifs),
apportant chaque fois une réponse concrète aux problèmes
liés à la mise en forme des métaux, au traitement ou à
l’amélioration des alliages, ainsi qu’à la production d’aciers
de haute technologie.

Depuis 1965, le laboratoire de recherche avancée mis sur pied par John
J. Jonas à l’Université McGill travaille de concert avec les entreprises
spécialisées du Québec, du Canada et de l’étranger.
Son importance sur le double plan économique et scientifique justifie
le soutien dont il ne cesse de bénéficier de la part de plusieurs
organismes, dont l’Association pour la recherche dans l’industrie sidérurgique
canadienne (ARISC). Plus de 200 étudiants diplômés et chercheurs
postdoctoraux venus du monde entier y seront formés au cours des années.
Ils occupent aujourd’hui des postes clés au sein d’universités,
d’aciéries et de laboratoires gouvernementaux d’ici et de 25 autres pays.
Par ailleurs, à titre d’expert-conseil, le professeur John J. Jonas collabore
directement avec plus d’une cinquantaine d’entreprises américaines, canadiennes
et québécoises mondialement connues.

Communiquer les découvertes

Au long de sa carrière, John J. Jonas participe aussi à la rédaction
de plusieurs ouvrages spécialisés, notamment Metal Forming
: Interrelation Between Theory and Practice
(1971), Mise en forme de
métaux et alliages
(1976) et The Encyclopedia of Materials Science
and Engineering
(1986). Il coécrit également quatre monographies,
dont Formability and Workability of Metals (1984) et Direct Rolling
and Hot Charging of Strand Cast Billets
(1989). En outre, il signe un nombre
impressionnant d’articles dans plusieurs revues qui font autorité en
ce qui a trait à la recherche scientifique de pointe.

En raison de sa remarquable contribution à l’avancement de sa discipline,
John J. Jonas est appelé à prononcer de nombreuses conférences,
que ce soit au Québec, au Canada, aux États-Unis, en Chine, au
Brésil, en Hongrie ou au Japon. Outre l’anglais et le français,
il parle couramment le hongrois, sa langue maternelle. Il séjourne souvent
à l’étranger comme professeur invité ou en tant qu’organisateur
de congrès internationaux. Ce scientifique siège actuellement
à divers conseils universitaires et professionnels, commissions provinciales,
comités d’édition ou de planification au Québec, en Ontario,
en France et au Japon.

En 1980, la Société française de métallurgie et
de matériaux décerne à John J. Jonas la médaille
Réaumur et, en 1991, elle lui attribue sa plus haute distinction, soit
la grande médaille d’or Le Châtelier. La médaille Hatchett
de la Metals Society (Royaume-Uni, 1982), la Médaille d’or de la Canadian
Metal Physics Association (1983), le prix Michael Tenenbaum de l’Iron and Steel
Society (États-Unis, 1989), le prix Alcan (1990) et le prix Sawamura
(1992 et 1995) comptent parmi les distinctions témoignant du rayonnement
international du professeur Jonas. En 2000, il est lauréat du prix Killam
de génie du Canada et se voit nommer chevalier de l’Ordre national du
Québec. Il sera fait officier du même ordre en 2001. Tant de récompenses
ne peuvent qu’attester l’ampleur et la qualité des travaux de John J.
Jonas, dont les réalisations contribuent largement au fil des années
aux progrès de la sidérurgie moderne, ce qui confirme du même
coup, aux yeux du monde, l’excellence et le prestige des milieux industriels
et scientifiques du Québec et du Canada.

Résumé de la carrière de John J. Jonas

1960
Doctorat en sciences mécaniques de l'Université Cambridge

1983
Médaille d'or de la Canadian Metal Physics Association

1985-
Titulaire de la Chaire de transformation des métaux de l'Université McGill

1990-
Codirecteur du Centre de transformation des métaux de l'Université McGill

1991
Grande Médaille d'or de la Société française de métallurgie et des matériaux

1993
Officier de l'Ordre du Canada

1995
Prix Marie-Victorin

2000
Chevalier de l'Ordre national du Québec

2000
Prix Killam du Conseil des arts du Canada

2001
Prix Urgel-Archambault de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

2001
14e Prix Khwarizmi International, Iran

Information complémentaire

Date de remise du prix :
3 décembre 1995

Membres du jury :
René Tinawi (président)
Yvan Barrette
Gilles Y. Delisle
Mohammed El-Sabh
Sylvio J. Tessier

Crédit photo :
Marc-André Grenier

Texte :
Alix Renaud

Mise à jour : Nathalie Kinnard