John Newmark, récipiendaire

Naissance le 12 juin 1904 à Brême (Allemagne), décès le 14 octobre 1991 à Montréal

Prix remis le 17 octobre 1988

Biographie

Son interprétation nuancée et sensible d’un vaste répertoire
musical a valu à John Newmark d’être reconnu comme l’un des plus
grands accompagnateurs de son temps. Son jeu était à ce point
remarquable que souvent il en venait à partager en parts presque égales
le succès de l’artiste qu’il accompagnait. À preuve, cette critique
d’un grand journal de Toronto au lendemain d’un récital de Maureen Forrester,
au début des années soixante, dans laquelle le journaliste, tout
en reconnaissant la superbe performance de la chanteuse, n’en attribue pas moins
la qualité exceptionnellement grande du récital à John
Newmark. « Toujours un accompagnateur fiable, il offrit tout au long de
la soirée une participation inspirée, son jeu devenant partie
intégrante de chaque mélodie, cela sans se rendre coupable de
donner trop ou pas assez. »

John Newmark fait partie de ces artistes errants que le nazisme et la guerre
ont condamnés à l’exil. Il naît en Allemagne de parents
juifs qui vivent pour l’art et la musique. Très jeune, il travaille avec
sérieux le piano et il n’a pas 20 ans qu’il est déjà sollicité
pour des tournées. Mais son père a d’autres visées pour
lui. Il l’envoie à Dresde pour y étudier le dessin. C’est ce qui
explique qu’il aura aussi une carrière de peintre d’envergure internationale.
C’est là que commence sa véritable carrière d’accompagnateur
puisqu’il y fait la connaissance du violoniste Szymon Goldberg avec lequel il
donnera plusieurs récitals et effectuera des tournées. Il se fixe
à Berlin l’année même où le parti nazi prend le pouvoir
en Allemagne. Comme il est juif, il lui sera rapidement interdit de jouer en
public. Il gagne alors Londres mais aussitôt que la guerre se déclare,
il est détenu d’abord dans l’île de Man, puis au Canada. À
sa libération, il se fixe à Montréal où il s’impose
immédiatement par son talent. Dès lors, d’éminents solistes
canadiens et étrangers le réclament.

Pendant deux ans, John Newmark accompagne la célèbre contralto
Kathleen Ferrier, et leur enregistrement de Vier Ernste Gesänge
de Brahms remporte le Grand Prix du disque de l’Académie Charles-Cros
en 1952. Puis commence sa longue collaboration avec la Canadienne Maureen Forrester
avec qui il parcourra le Canada et le monde. C’est pour John Newmark le début
d’une longue et brillante carrière internationale. Recherché pour
son jeu inspiré, il a accompagné au cours de sa carrière
plus de 80 chanteurs et instrumentistes étrangers et 160 artistes canadiens.
« Le véritable plaisir, dira-t-il, est d’en arriver à une
synchronisation absolue des deux tempéraments en présence sur
la scène. » C’est justement ce grand talent que la critique lui
a toujours unanimement reconnu.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
17 octobre 1988

Membres du jury :
Gilles Potvin (président)
Henri Barras
Fernand Lindsay
Gisèle Schmidt

Crédit photo :
André Le Coz

Texte :
Gaëtan Lemay