Professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval et chercheuse au RAIV, un centre de recherches appliquées et interdisciplinaires sur les violences intimes, familiales et structurelles, Julie Desrosiers a consacré sa carrière au droit criminel et aux droits fondamentaux en lien avec les violences sexuelles et la pénologie. Elle s’est particulièrement concentrée sur l’effet de la justice sur les personnes adolescentes et sur les femmes, faisant valoir que la vision traditionnelle du droit criminel ou de la pénalité mériterait d’être élargie pour mieux prendre en considération leurs besoins.
En près de vingt années vouées à l’enseignement et à la recherche, Mme Desrosiers a contribué à faire évoluer la société et à générer des changements concrets. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2005, a inspiré une modification de la Loi sur la protection de la jeunesse, proposant de nouvelles balises pour l’isolement, les mesures disciplinaires et l’encadrement intensif dans les centres de réadaptation pour jeunes. Autrice, elle a publié plusieurs textes portant sur les violences sexuelles et sur la place des femmes en droit. Sa monographie L’agression sexuelle en droit canadien a notamment reçu en 2010 le prix du meilleur ouvrage de doctrine de la Fondation du Barreau du Québec. Avec le professeur Hugues Parent, elle a aussi cosigné le troisième tome du Traité du droit criminel, cité à des centaines de reprises, y compris dans plusieurs décisions marquantes de la Cour suprême du Canada.
Son parcours a également mené la chercheuse à s’intéresser aux peines communautaires et au développement des mesures de rechange en matière criminelle, dans une optique de déjudiciarisation du traitement de la délinquance. Son équipe de recherche a d’ailleurs contribué, sous la direction de la professeure Catherine Rossi, à implanter le premier Programme de mesures de rechange général pour adultes. Il a permis de remplacer le casier judiciaire de plusieurs milliers d’accusés par une mesure de réparation, au bénéfice d’autant de victimes d’actes criminels. Ce programme est désormais utilisé dans toute la province et est un exemple pour plusieurs pays de la francophonie.
Le rapport Rebâtir la confiance, autre projet marquant de la carrière de Mme Desrosiers, représente un jalon déterminant de l’innovation sociale au Québec en matière de lutte contre les violences sexuelles et conjugales. Elle est très fière de ce projet, auquel elle a participé à titre de coprésidente du comité d’experts et d’autrice principale avec la juge Élizabeth Corte. Le document propose 190 recommandations dans le but de transformer l’accompagnement psychosocial et judiciaire et d’améliorer l’accès à la justice pour les personnes victimes. Il est notamment à l’origine d’initiatives structurantes, comme le déploiement d’un tribunal et d’effectifs policiers spécialisés ainsi que la mise en place de cellules d’intervention rapide pour prévenir les homicides conjugaux. La rigueur et la qualité de la démarche ayant mené au dépôt de ce manuscrit en font une référence officielle pour le gouvernement du Québec.
Mme Desrosiers a caressé plus d’un rêve en matière de recherche. « J’en ai réalisé quelques-uns, souligne-t-elle, dont la restriction du recours aux unités sécuritaires pour les jeunes en protection de la jeunesse, ou l’amélioration de l’accompagnement sociojudiciaire des personnes victimes de violence sexuelle ou conjugale. Je voulais aussi contribuer à « décarcéraliser » la justice et à améliorer les réponses communautaires à la délinquance et, à cet égard, beaucoup reste à faire. Mon idéal était que mes recherches juridiques contribuent à une plus grande justice sociale. »
C’est dans cette optique qu’elle poursuit ses activités d’enseignement et de recherche ainsi que ses engagements dans le domaine du droit. Elle s’assure de transmettre sa passion et ses connaissances auprès de la relève afin de continuer à changer les choses. D’ailleurs, elle encadre et dirige un nombre très important d’étudiantes et d’étudiants, dont plusieurs ont décroché un diplôme avec mention, figurent aux tableaux d’honneur de la faculté ou ont accédé à de prestigieux postes.
À ce parcours déjà impressionnant s’ajoute l’obtention de 24 subventions de recherche, la rédaction de 25 articles dans des revues scientifiques ou juridiques et la publication de 3 monographies, 12 chapitres de livre et plusieurs rapports de recherche majeurs. Elle a aussi à son actif plus d’une centaine de communications scientifiques et des dizaines d’interventions publiques. Au-delà des nombres, ce sont l’excellence et la pertinence des travaux de Mme Desrosiers, ses qualités humaines, son éthique et sa fiabilité qui font d’elle une professeure, une collègue et une femme d’exception.
« Je suis fière de m’inscrire dans la trajectoire de Marie-Andrée Bertrand, que j’ai lue étudiante, et qui m’a inspirée. Comme elle, je sais très bien qu’une seule personne peut nourrir des perspectives d’innovation sociale, mais qu’elle ne peut pas les mettre en œuvre à elle seule. En recevant ce prix, je ressens de la joie, de l’humilité et de la reconnaissance. »