Lawrence A. Mysak, récipiendaire

Spécialiste des climats

Naissance le 22 janvier 1940 à Saskatoon (Saskatchewan), décès le à 

Prix remis le 8 novembre 2006

Entrevue

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Biographie

Certains considèrent que la science se conjugue mal avec la patience,
comme s’il fallait trouver rapidement toutes les réponses aux
nombreuses questions que soulève encore aujourd’hui la complexité de
notre environnement. Lawrence A. Mysak, professeur au Département des
sciences atmosphériques et océaniques de l’Université McGill,
est d’avis contraire. « Il faut du temps et une forte capacité de
remise en question pour être un bon chercheur, alors qu’une grande
partie de notre travail va bien souvent à la corbeille »,
affirme-t-il sans ambages. Or, ce spécialiste des climats doit aussi
faire preuve d’une immense capacité à remonter dans le
temps à des époques encore riches de découvertes possibles.

Chercheur prolifique depuis près de 40 ans, Lawrence A. Mysak est une
sommité internationale dans le domaine de l’océanographie
et des changements climatiques. Titulaire de la Chaire Canada Steamship Lines
de météorologie de l’Université McGill, il se consacre à l’étude
des climats de la période des ères glaciaires et étudie
le déplacement des glaces de l’Arctique selon des échelles
annuelles et décennales. Ses recherches actuelles permettent d’établir
des liens entre les climats du passé et les scénarios de réchauffement
climatique de l’avenir. Selon ses calculs, malgré le réchauffement
accéléré de la planète, les prochaines ères
glaciaires ne devraient pas survenir avant 50 000 à 100 000 ans. « C’est
la bonne nouvelle », avance-t-il, tout en étant fort soucieux
des impacts de la société de consommation sur l’environnement.

Ce coloré chercheur, grand pédagogue, s’est d’abord
fait connaître par ses découvertes dans le domaine de la dynamique
des fluides. En 1978, il publie un traité théorique, Waves
in the Ocean,
sur la modélisation des vagues océanographiques, écrit
avec un ancien collègue, Paul LeBlond. Cet ouvrage le propulse littéralement
sur la scène universitaire internationale. Ayant nécessité trois
ans de labeur, cet ouvrage de 600 pages, paru alors que Lawrence A. Mysak n’avait
que 38 ans, a depuis servi de référence à plusieurs générations
d’étudiants. Il a aussi été traduit en chinois et
en russe.

Né en 1940, loin de la mer à Saskatoon, c’est-à-dire
en pleines prairies (« mais là où il y a déjà eu
des kilomètres d’océan », précise Lawrence
A. Mysak), ce passionné de sciences est convaincu que sa vie a été marquée
par des points tournants qu’il n’a jamais vraiment planifiés.
Jeune étudiant, il s’inscrit d’abord en dentisterie à l’Université de
l’Alberta. Or, dès les premières dissections de grenouilles
dans son cours de zoologie, il comprend que ce métier n’est pas
pour lui. Il entreprend alors une longue formation en mathématiques
appliquées aux phénomènes naturels qui le mène à l’Université d’Adélaïde
en Australie du Sud et à l’Université Harvard où il
obtient son doctorat en 1967.

Après avoir enseigné pendant 19 ans à l’Université de
la Colombie-Britannique où il a fondé l’Institut de mathématiques
appliquées, Lawrence A. Mysak sent le besoin de travailler sur de nouveaux
sujets. En 1986, il entreprend la seconde grande étape de sa carrière à l’Université McGill
et fonde le Centre de recherche sur le climat qui réunit des chercheurs
de disciplines aussi variées que l’agriculture, l’océanographie,
l’économie, la géographie et la physique. « Cela
a été une expérience déterminante d’avoir
réussi à rassembler des chercheurs qui travaillaient dans leur
discipline respective, alors que l’interdisciplinarité n’était
pas encore une pratique courante », explique-t-il.

Lawrence A. Mysak est, en effet, un véritable rassembleur. Très
engagé personnellement auprès de la Société royale
du Canada, il joue un rôle de premier plan en présidant l’Académie
des sciences de 1993 à 1996. Pendant cette période, il favorise
de nombreux échanges avec d’autres académies, notamment
en Belgique, aux États-Unis, en France, au Japon et en Ukraine. « Mon
objectif était de réunir les meilleurs scientifiques afin de
faire valoir le point de vue de la communauté scientifique sur les grands
dossiers de l’heure », affirme-t-il.

Le souci du partage et de l’échange manifesté par Lawrence
A. Mysak provient sans nul doute de ses parents, tous deux enseignants, qui
lui ont inculqué non seulement l’importance des connaissances,
mais aussi celle de la communication. Visiblement ému lorsqu’il
parle de ses propres étudiants, Lawrence A. Mysak les considère
d’ailleurs comme des membres de sa famille. Depuis plus de 15 ans, sa
conjointe et lui les reçoivent à leur chalet dans la région
de l’Estrie chaque année pour une fête de partage. « Mes étudiants
représentent le plus bel héritage de mon travail »,
reconnaît-il. Fier de les voir s’établir à leur tour
en recherche, Lawrence A. Mysak n’hésite pas à leur rendre
visite lors de ses nombreuses conférences à l’étranger
et à cultiver des liens privilégiés avec plusieurs d’entre
eux.

Ce chercheur occupe un bureau à l’image de ce qui compte pour
lui : des photos de sa famille, de nombreuses cartes géographiques
dont celle de l’Ukraine, pays d’origine de son père et de
son grand-père arrivé au Canada en 1908, un globe terrestre qu’il
n’hésite pas à faire tourner pour expliquer ses théories
et des dizaines de livres. Il est indéniable que Lawrence A. Mysak aime
discuter, confronter les points de vue et trouver des solutions à des
problèmes scientifiques. Ayant passé quatre années sabbatiques
en Angleterre, aux États-Unis, en Suisse et en Italie, et fait des conférences
dans près de 25 pays, il a développé un plaisir évident
pour les langues étrangères dont il glisse un mot ou deux dans
ses conversations.

Pour ce chercheur, outre la nécessité d’avoir un esprit
curieux, de faire preuve d’ouverture à l’égard des
nouvelles idées et de savoir à quel moment changer de direction,
il est essentiel aussi de s’engager dans la communauté sociale
des chercheurs. Lawrence A. Mysak a été rédacteur en chef
de prestigieux périodiques et anime des rencontres de vulgarisation
scientifique sur le campus ainsi que dans d’autres établissements
scolaires. Il joue également de la flûte dans l’orchestre
symphonique I Medici de l’Université McGill depuis plusieurs
années.

Parmi ses prochains projets, Lawrence A. Mysak souhaite aider ses étudiants à mener à terme
leurs études supérieures. Il compte occuper son éventuelle
retraite à offrir bénévolement des concerts de flûte
aux personnes âgées dans les centres de soins de longue durée
et, peut-être, à écrire des livres biographiques sur la
vie de grands scientifiques qui l’ont lui-même inspiré. « Mais
je crois que j’ai déjà écrit mon meilleur livre! »,
s’exclame-t-il.

Lawrence A. Mysak a été élu membre de l’Ordre du
Canada en 1996 et membre (fellow) de l’American Meteorological
Society ainsi que de l’American Geophysical Union en 2000. Il s’est
vu décerner également le prix Michel-Jurdant de l’Association
francophone pour le savoir du Québec. Enfin, la prestigieuse Union européenne
des géosciences lui a remis en 2006 la médaille Alfred-Wegener
pour sa contribution novatrice aux sciences du climat et des océans.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
8 novembre 2006

Membres du jury :
Jean Bousquet (président)
Carole Beaulieu
Paul Del Georgio
Jean-Claude Kieffer
James D. Wuest

Crédit photo :
Alain Désilets

Crédit vidéo :
Production : Donald Charest, Les Productions Donald Charest inc.
Réalisation : Donald Charest
Caméra, direction photo : Daniel Desrosiers
Prise de son extérieure : Thierri Frankel
Prise de son studio  : Jean-Pierre Limoges, Studio JPL
Montage : Donald Charest / Sylvain Rioux
Compression numérique : Joël Bertrand
Infographie : Alain Dubois
Musique originale : Alexis Le May
Musiciens : Katia Durette, Yana Ouellet, Stéphane Fontaine, Annie Morier, Caroline Béchard, Suzanne Villeneuve, Benoît Cormier, Jean Robitaille, André Villeneuve, Daniel Tardif, Alexis Le May, Éric Pfalzgraf.
Narrateurs : Stéphane Garneau, Suzanne Laberge
Entrevues : Suzanne Laberge
Mixage son  : Jean-Pierre Limoges, Studio JPL

Texte :
Nathalie Dyke