Lionel Boulet, récipiendaire

Ingénieur

Naissance le 19 juillet 1919 à Québec, décès le 1 mai 1996 à 

Prix remis le 28 novembre 1993

Biographie

À Varennes, dans la banlieue sud-est de Montréal, trois immenses
bâtiments sont visibles à une dizaine de kilomètres à
la ronde. Il s’agit des laboratoires de l’Institut de recherche en électricité
du Québec (IREQ) d’Hydro-Québec, dont la taille est à la
mesure de l’envergure de l’institution. Dans le domaine de la recherche sur
l’énergie, l’IREQ jouit d’une renommée internationale. On peut,
sans exagérer, en attribuer l’existence à la vision et à
la ténacité d’un homme : Lionel Boulet. Ce dernier a conçu
l’IREQ dans ses moindres détails et il en a assuré l’essor, à
titre de directeur, pendant quinze ans.

Un scientifique dans l’âme

Né à Québec en 1919, passionné de sciences, Lionel
Boulet renonce aux carrières prestigieuses de l’époque, la médecine
et le droit, pour s’orienter en 1938 vers des études de génie
électrique. « Je croyais à l’importance des sciences appliquées,
explique-t-il, et je trouvais que les Canadiens français n’y étaient
pas assez présents. » Après l’obtention de son diplôme,
il travaille comme ingénieur pour la compagnie RCA Victor, à Montréal,
où il met au point le premier train d’atterrissage automatique. En 1947,
alors que les diplômes supérieurs en sciences appliquées
se comptent sur les doigts de la main au Québec, il termine une maîtrise
en génie électrique à l’Université de l’Illinois,
l’une des plus prestigieuses écoles dans ce domaine en Amérique
du Nord. « Il faut s’ouvrir l’esprit, poursuit Lionel Boulet, voir ce
qui se fait ailleurs pour être capable de s’y mesurer. » Lorsqu’il
termine ses études, l’Université de l’Illinois lui offre un poste
et quatre fois le salaire d’un professeur de l’Université Laval, mais
il « préfère revenir faire quelque chose pour le Québec
 ».

Les projets que Lionel Boulet entreprend dès son retour marquent encore
de nos jours les sciences appliquées au Québec. Il devient « 
assistant-professeur » de génie électrique à l’Université
Laval en 1948. Plus tard, à la tête du Département de génie
électrique de la même université, il en développe
les études supérieures. Aujourd’hui, le Département accueille
annuellement plus de 150 étudiants de deuxième et de troisième
cycle. Puis, au début des années 60, il s’attaque à la
création de l’IREQ.

La naissance de l’IREQ

Avant que son rêve prenne forme, Lionel Boulet doit toutefois travailler
d’arrache-pied pendant une décennie pour le « vendre » aux
gouvernements et aux hautes instances d’Hydro-Québec. Dans un Québec
sans grande tradition de recherche en physique, fonder un tel centre semble
presque utopique. Cependant, la carrière de Lionel Boulet se déroule,
depuis plusieurs années déjà, sous le signe de l’avant-gardisme.
« Dès 1955, j’étais convaincu de l’importance de doter le
Québec d’un centre de recherche sur l’énergie », déclare
Lionel Boulet. Voyant déjà poindre à l’horizon les grands
projets hydroélectriques, il met le doigt sur une lacune : le manque
de chercheurs dans ce qui deviendra au Québec un domaine de premier plan.
« Lionel Boulet voulait que nous soyons parmi les meilleurs au monde en
ce qui concerne notre principale ressource. Pour cela, il fallait que le Québec
ait un centre où l’on puisse à la fois faire de la recherche de
calibre international et démontrer le potentiel du génie québécois.
Il a véritablement ouvert une fenêtre sur le monde », explique
Ashok Vijh, l’un des premiers scientifiques engagés par l’IREQ et lauréat
du prix Marie-Victorin en 1998.

Le projet de l’IREQ est accepté en 1965, l’Institut voit officiellement
le jour en 1967 et loge dans ses locaux actuels depuis 1970. Au total, 18 des
24 chercheurs de la première équipe viennent de l’extérieur
du pays. La plupart d’entre eux sont personnellement recrutés par Lionel
Boulet lors de ses voyages de reconnaissance. Afin de bien les intégrer
à la collectivité québécoise, il organise d’ailleurs
à leur intention des stages d’immersion en langue française. L’ingénieur
fait également sa marque comme responsable du développement des
programmes de recherche de l’IREQ, nageant souvent à contre-courant des
préjugés. Entre autres exemples, il entreprend des recherches
sur le courant continu, peu exploité à l’époque, mais qui
depuis lors s’est avéré très utile au transport de l’électricité
sur les lignes à haute tension. À partir de 1987, le Tokamak (réacteur
à fusion nucléaire) assure au Québec une participation
au réseau mondial de recherche sur cette source d’énergie, dans
lequel chaque équipe occupe un créneau unique.

Un héritage imposant

La fenêtre ouverte par Lionel Boulet n’a depuis lors cessé d’être
source d’un vent nouveau. Les quelque 300 chercheurs de l’IREQ publient dans
les plus prestigieux périodiques internationaux et présentent
leurs travaux dans les colloques et les congrès du monde entier. Leur
savoir-faire a servi à implanter des laboratoires à l’étranger,
notamment au Mexique, au Brésil et en Algérie. L’IREQ s’acquitte
de contrats non seulement pour Hydro-Québec, mais pour bon nombre de
manufacturiers d’ici et d’ailleurs. La recherche fondamentale continue néanmoins
de cohabiter avec la recherche appliquée, à côté
de laboratoires qui peuvent reproduire « concrètement » tous
les domaines tels que la chimie des matériaux et les nouvelles sources
d’énergie comme l’hydrogène ou la fusion nucléaire. Grâce,
notamment, à des ententes de collaboration avec les départements
de génie de plusieurs universités, l’IREQ est devenu une véritable
pépinière de chercheurs québécois.

Après son départ de l’IREQ en 1982, Lionel Boulet occupe divers
postes, dont celui de vice-président à la technologie et aux affaires
internationales, à Hydro-Québec, de conseiller au président
d’Hydro-Québec et de directeur intérimaire de l’Institut Armand-Frappier,
autre institution d’envergure créée par un précurseur.

Premier lauréat du prix Armand-Frappier en 1993, Lionel Boulet a été
décoré, à titre posthume, de l’Ordre national du Québec,
en juin 1996. Son décès, le 1er mai 1996, attriste particulièrement
les scientifiques et les ingénieurs québécois. Ceux-ci
se souviendront du fondateur de l’IREQ comme d’un bâtisseur de la recherche
moderne au Québec, d’un pionnier dans le domaine de l’ingénierie
électrique et d’un créateur d’institutions scientifiques. « 
Non seulement Lionel Boulet nous a taillé une place importante sur la
scène internationale de la recherche, résume Ashok Vijh, mais
il a démontré de façon éclatante qu’il n’y a aucune
contradiction entre la recherche et la rentabilité. L’IREQ ne cesse de
prouver que les applications de demain se trouvent dans la recherche fondamentale
d’aujourd’hui. »

Résumé de la carrière de Lionel Boulet

1947
M. Sc. en génie électrique de l'Université de l'Illinois

1953-1964
Directeur du Département de génie électrique à l'Université Laval

1967
Créateur de l'Institut de recherche en électricité du Québec

1967-1982
Directeur de l'Institut de recherche en électricité du Québec

1993
Prix Armand-Frappier

1996
Officier de l'Ordre national du Québec, à titre posthume

Information complémentaire

Date de remise du prix :
28 novembre 1993

Membres du jury :
Pierre Coulombe (président)
Guy Berthiaume
Lise Frappier-Davignon
Robert Lacroix
Jacques L'Écuyer

Crédit photo :
François Brunelle

Texte :
Marie-Claude Ducas

Mise à jour : Nathalie Kinnard