Louis-Edmond Hamelin, récipiendaire

Géographe

Naissance le 21 mars 1923 à Saint-Didace, décès le 11 février 2020 à 

Prix remis le 9 novembre 1987

Biographie

Le géographe des pays froids

« Au Québec, le Nord est omniprésent, et non un monde lointain
situé à gauche du soleil levant », affirme Louis-Edmond
Hamelin, homme de terrain tout autant qu’intellectuel, après 50 années
de recherches dans la zone circumpolaire.

Selon ce géographe de réputation internationale, la perception
du Québec est trop souvent réduite à la seule vallée
du Saint-Laurent, tandis que 70 p. 100 de son territoire se situe en zone nordique.

Une relecture des lieux

Louis-Edmond Hamelin s’inscrit dans le sillon des grands explorateurs des mers
arctiques, comme le capitaine Joseph-Elzéar Bernier au début du
siècle. Dès 1948, il va en canot à la baie James. Par de
très nombreux voyages d’études dans le Nord, il consacre la boutade
de son maître Raoul Blanchard de Grenoble : « La géographie
s’apprend d’abord par les pieds. » En réalité, il parcourt
en tous sens les zones arctiques et subarctiques, du Moyen Nord québécois
à la Sibérie intérieure.

Au fil des ans, ce géographe élabore une approche et une méthode
permettant d’aborder de nouveaux thèmes comme ceux des frontières,
de l’identité du Nord de même que des relations entre le Nord et
le Sud à l’intérieur des pays froids. « Louis-Edmond Hamelin
a réussi à définir cette entité abstraite et inconnue
qu’était le Nord. Il a amené les autorités, les chercheurs
et nous, gens du Sud, à se familiariser avec la pertinence de se tourner
vers cette région trop longtemps oubliée », reconnaît
Henri Dorion.

Comprendre les autochtones

Les recherches de Louis-Edmond Hamelin contribuent également à
exposer en plein jour les préjugés dont sont victimes les descendants
des peuples premiers. De la même façon, sa préoccupation
à l’égard de leur culture transparaît dans ses recherches.
Ainsi, lorsqu’en 1971 le gouvernement décide de développer le
potentiel hydroélectrique du Moyen Nord, les ingénieurs sont décontenancés
par le spécialiste des questions nordiques qui leur demande tout simplement
s’ils ont également pensé aux Cris et aux Inuits.

À la fin des années 60, le géographe, quant à lui,
sait gagner l’estime des habitants du Nord et acquiert ainsi un statut particulier.
Affirmant sans hésitation que les artéfacts nordiques sont l’œuvre
des ancêtres autochtones, Louis-Edmond Hamelin laisse supposer qu’il a
connu ces derniers de leur vivant, d’où le surnom humoristique de ka
apitshipaitishut
, « le ressuscité » que leurs descendants
lui donnent.

Une vision unifiée

Louis-Edmond Hamelin conjugue harmonieusement la formation rigoureuse du scientifique
et la vision globale d’un homme de culture encyclopédique, comme en témoignent
ses articles dont les thèmes peuvent se rattacher aussi bien aux sciences
humaines qu’aux sciences de la nature. Cette démarche globalisante l’influence
dans sa tâche de premier directeur de l’Institut de géographie
de l’Université Laval de 1955 à 1961.

La personnalité unique de ce chercheur pluridisciplinaire se reflète
admirablement au Centre d’études nordiques qu’il fonde en 1961 et dirige
jusqu’en 1972. Grâce à l’effort de ses collègues et successeurs,
ce centre, notamment par sa station permanente à Kuujjuarapik sur la
mer d’Hudson, est devenu l’un des plus importants établissements du genre
dans le monde universitaire nord-américain. Puis Louis-Edmond Hamelin
approfondit son propre concept de « nordicité » dans ses
aspects tant économique que politique, historique ou toponymique. Par
son approche transdisciplinaire, il rend accessibles les multiples facettes
du Nord et permet de comprendre comment elles s’articulent.

Le langage du Nord et de l’hiver

La recherche d’une vision d’ensemble des pays froids sollicite toujours la
créativité du géographe qui, voulant « échapper
à la gravité du déjà connu », se tourne aussi
vers la terminologie. Par l’analyse des notions, il laisse à la langue
française un abondant vocabulaire riche de mots bien adaptés aux
réalités québécoises du Nord comme du Sud dont quelques-uns
sont inscrits dans le Petit Larousse illustré et le Grand Robert.
Au nombre des néologismes créés par le chercheur, outre
nordicité et ses 200 dérivés, on compte aussi glaciel
(ensemble des glaces flottantes), ainsi que glissité afin de rendre
compte de l’état traître d’une surface de neige glacée.
En français, il emploie pergélisol à la place de
permafrost pour exprimer la condition d’un sol durablement gelé.

Cette incursion en linguistique est à l’image de ce géographe
du Nord pour qui l’acquisition perpétuelle de connaissances constitue
un mode de vie. Sa philosophie n’est d’ailleurs pas sans faire écho à
ses recherches : « Je n’aime pas le cloisonnement des disciplines. Un
édifice intellectuel doit avoir des fenêtres afin d’assurer une
ample vision de toutes choses et permettre de vivre, si possible, leur intégration.
 » Six doctorats honoris causa lui ont été attribués
et l’Université Laval l’a nommé professeur émérite
de géographie en 1985. Parmi ses nombreux livres, il faut compter, entre
autres, Le Canada (1969) et Écho des pays froids (1996)
et, sans nul doute, celui sur lequel il travaille présentement : Le
Québec par des mots
, dont le premier tome est paru (2000).

Résumé de la carrière de Louis-Edmond Hamelin

1948
Maîtrise en économique, Université Laval

1975
Doctorat d'État en géographie de l'Université de Paris

1951-1978
Professeur à l'Université Laval

1971-1975
Membre du Conseil des Territoires-du-Nord-Ouest à Yellowknife

1974
Officier de l'Ordre du Canada

1978-1983
Recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières

1979 et 1980
Président de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1987
Prix Léon-Gérin

1989
Maîtrise en linguistique, Université Laval

1989
Correspondant de l'Institut de France à Paris

1998
Grand officier de l'Ordre national du Québec

Information complémentaire

Date de remise du prix :
9 novembre 1987

Membres du jury :
Patrice Garant
Jonathan Derek Kaye
Roland Parenteau
Gérard Poulin

Crédit photo :
Marc Lajoie

Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour : Nathalie Dyke