Ludmilla Chiriaeff, récipiendaire

Naissance le 10 janvier 1924 à Riga (Lettonie), décès le 22 septembre 1996 à Montréal

Prix remis le 26 novembre 1980

Biographie

La grâce et la résistance du roseau de la fable, une détermination
n’ayant d’égal que le calme courage de qui a vu la mort de près
: telle était Ludmilla Chiriaeff. Femme exemplaire, elle reste, au-delà
de la mort, une inspiration pour ceux et celles qui l’ont approchée ou
qui connaissent son œuvre.

Qui aurait pu prévoir que la petite Ludmilla de six ans, qui dansait
pour les amis de ses parents dans le Berlin d’avant-guerre, allait devenir celle
que l’on nomme, à juste titre, la mère de la danse au Québec
?
Ludmilla Otzup est née à Riga en Lettonie de parents russes. Son
père, Alexander Gorny, est écrivain et la famille, exilée
à Berlin, au cœur d’une petite colonie russe, accueille les artistes
et organise des spectacles à la maison. Dès l’adolescence, Ludmilla
montre une grande force de caractère et s’engage dans le monde de la
danse avec passion. Apprentie aux Ballets russes, elle devient soliste à
l’Opéra de Berlin. Quand elle découvre la danse moderne allemande,
elle envisage sérieusement d’y consacrer sa carrière.

Mais le destin va la pousser sur des chemins qu’elle n’aurait jamais imaginés.
En 1941, elle a 17 ans, elle est internée dans un camp de travail nazi
; séparée de sa famille jusqu’à la fin de la guerre, elle
retrouve son père par un de ces miracles dont sa vie sera jalonnée.
En janvier 1952, Ludmilla Chiriaeff, enceinte de huit mois, arrive à
Montréal. Devant l’inconnu, la jeune femme, qui a appris « à
voir la petite fleur qui pousse dans les décombres, le mince rayon de
soleil qui traverse les ruines », s’émerveille des beautés
qui s’offrent à elle. Celle qui affirmera que « la vie, c’est en
avant » trouve du travail, fonde une école de ballet, commence
à chorégraphier et à danser pour la télévision
de Radio-Canada. Elle participe à plus de 300 émissions de L’Heure
du concert
, fonde Les Ballets Chiriaeff qui deviendront Les Grands Ballets
canadiens, la première troupe professionnelle au Québec.

Pourtant, rien n’est facile ; quand la société québécoise
juge immorale « cette mère de famille qui ose montrer ses jambes
 », Ludmilla Chiriaeff répond par une campagne de sensibilisation
sur l’histoire de la danse. Pour elle, l’essentiel est d’assurer l’enseignement
de la danse, alors elle crée ce qui est désormais l’École
supérieure de danse du Québec, devient l’instigatrice du premier
programme d’enseignement intégrant la danse aux études et fonde
le Jeune Ballet du Québec.

Récipiendaire d’importantes distinctions reconnaissant sa contribution
exceptionnelle à la vie culturelle, Ludmilla Chiriaeff laisse derrière
elle une œuvre dont elle a su assurer la survie.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
26 novembre 1980

Membres du jury :
Jean-Pierre Perreault (président)
Françoise Faucher
Claudine Monfette
Gilles Potvin
Michèle Rossignol

Crédit photo :
Michel Pilon

Texte :
Janette Biondi