Marc Favreau, récipiendaire

Naissance le 9 novembre 1929 à Montréal, décès le 17 décembre 2005 à Montréal

Prix remis le 23 novembre 1999

Biographie

C’est parce que c’est tout simple que Sol a passé l’épreuve du
temps. Aujourd’hui comme hier, parler de cet auguste poète aux allures
de clochard, c’est un peu comme vouloir expliquer un mot d’enfant. Le secret
du succès de Marc Favreau est pourtant facile à expliquer. Parce
que la recette derrière Sol est aussi simple que le personnage lui-même.
Elle découle de la définition la plus dépouillée
qui soit du processus créatif : « Se faire plaisir en espérant
que ce soit contagieux pour le public. »

D’abord dessinateur, comme son père, Marc Favreau s’approche ensuite
du théâtre, puis de la télévision naissante, par
l’entremise de la fabrication de décors. C’est là qu’il prend
le goût de la scène. Il fait alors son apprentissage de comédien
à l’école du Théâtre du Nouveau Monde. En 1958, Marc
Favreau sera retenu au cours d’une audition pour le rôle d’un clown (Bim
et Sol) dans l’émission La Boîte à surprises à
la télévision de Radio-Canada. C’est là que le personnage
de Sol prend son véritable envol aux côtés de l’autre drôle
de pistolet, Gobelet, interprété par Luc Durand.

En 1972, après 14 ans de présence continue à la télévision,
les deux complices se décident à mettre fin à leur populaire
émission. Marc Favreau rêve des planches, du contact direct avec
le public. Son premier spectacle solo a lieu l’année suivante, au Patriote
de la rue Sainte-Catherine, à Montréal. Les spectacles et les
tournées ne cessent de s’enchaîner par la suite pour mener au succès
que l’on connaît.
Même s’il refuse de se considérer comme un véritable écrivain,
Marc Favreau est conscient que c’est lui qui alimente le personnage de Sol,
ce personnage auquel il dit s’abreuver tout autant qu’il le nourrit lui-même.
Et le grand amour et le respect de la langue qu’il cultive depuis l’enfance
en sont la source. Cette fascination pour les mots qu’il prend plaisir à
déconstruire et à triturer, il l’a développée de
concert avec cet autre pouvoir qu’il s’est aussi découvert : celui de
faire rire. Cependant, le désir de faire rire ne se réalise jamais
au détriment de la langue, bien au contraire. On s’aperçoit vite
que la tentation du joual n’a jamais effleuré Sol ni Marc Favreau : «
Elle est riche la langue, elle est imagée ; on n’a pas le droit de l’appauvrir
et de la garder pauvre. Au contraire, on doit s’exciter autour de la langue.
Et s’amuser, pourquoi pas ? » Marc Favreau a toujours cru en une langue
française universelle. Cette caractéristique lui a d’ailleurs
permis d’être reconnu rapidement et sans soubresauts en France et dans
l’ensemble des pays de la francophonie. Et d’être élevé
au rang des grands agitateurs de mots et de sens comme Raymond Devos et Bernard
Haller.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
23 novembre 1999

Membres du jury :
Anne-Marie Dussault (présidente)
Monique Cormier
André Gaulin

Crédit photo :
Louis-Michel Major

Texte :
Gaëtan Lemay et Claude Janelle