Margaret Lock, récipiendaire

Anthropologue

Naissance le 25 février 1936 à Angleterre, décès le à 

Prix remis le 6 décembre 1997

Biographie

Une passion pour l’anthropologie médicale

Kônenki, tel est le mot par lequel les Japonaises désignent
la période qui marque le milieu de leur vie. Pour elles, contrairement
à la plupart des femmes d’Europe et d’Amérique du Nord, la fin
des règles n’est qu’un événement banal qui prend place
au cours de la phase de maturité de leur existence. De plus, elle ne
s’accompagne pas des mêmes effets. Voilà ce qu’observe Margaret
Lock, professeure d’anthropologie au Département d’études sociales
de la Faculté de médecine de l’Université McGill, au cours
de l’une de ses plus brillantes études comparées.

« La Kônenki englobe une étape de la vie qui peut
s’étendre sur vingt ans, sinon davantage », précise l’anthropologue
qui constate que la plupart des Japonaises ignorent les bouffées de chaleur
si courantes chez les Nord-Américaines. En revanche, une certaine proportion
d’entre elles se plaignent de katakori, soit de raideur des épaules,
une douleur qui affecte également les hommes. Ce phénomène
serait-il exclusif au Japon?

Le grand mérite de Margaret Lock est de savoir repérer et expliquer
de tels écarts de perception et de comportement. Un véritable
travail de déconstruction du discours médical standard et de ses
échos dans les médias parcourt toute son œuvre. Elle éclaire
sans cesse les lignes de rupture et les oppositions qui séparent l’expression
des subjectivités de ce que l’on considère comme des objectifs
acquis. Aux différences classiques liées aux conceptions socioculturelles
particulières de l’adolescence, du vieillissement, de l’intégration
sociale et de la mort, elle ajoute une série d’observations déterminantes
qui l’amènent à établir la notion subtile de biologie
locale
, dont tiennent compte aujourd’hui de plus en plus de chercheurs en
sciences humaines et sociales.

De la biochimie à l’anthropologie

Bachelière en biochimie de l’Université de Leeds en Angleterre,
Margaret Lock travaille d’abord dans des laboratoires de recherche à
Toronto puis à Berkeley. Au bout de quelques années, elle quitte
l’univers des molécules, trop éloigné à son goût
des enjeux de la vie sociale qui l’intéressent davantage. Elle profite
d’un séjour de quelques années au Japon pour se familiariser avec
la culture de ce pays et en maîtriser la langue. De retour en Amérique
du Nord, elle entreprend un doctorat en anthropologie à l’Université
de Californie à Berkeley et des études postdoctorales à
San Francisco. Un an plus tard, en 1977, elle accepte le poste de professeure
d’anthropologie médicale à l’Université McGill.

Pionnière d’une discipline hybride, Margaret Lock saura implanter un
programme d’enseignement de l’anthropologie médicale qui est aujourd’hui
considéré comme l’un des trois meilleurs en Amérique du
Nord avec ceux de Harvard et de l’Université de Californie.

Une auteure prolifique

Les travaux de Margaret Lock traitent de questions essentielles relatives à
la vie, à la santé, à la maladie et à la mort. Ils
se fondent aussi sur des analyses comparées soit à une échelle
restreinte (médecins, communautés ethniques minoritaires, etc.),
soit à l’échelle de groupes sociodémographiques (adolescents,
femmes, personnes âgées, etc.) et de communautés nationales,
principalement celles du Japon et du Canada.

Son ouvrage intitulé : Encounters with Aging : Mythologies of Menopause
in Japan and North America
(1993) constitue un modèle d’étude
sociale et humaine. L’auteure, tout en s’appuyant sur des données statistiques,
enrichit ses analyses de témoignages de femmes qui dévoilent la
singularité culturelle de leur condition. Arthur Kleinman, directeur
du Département de médecine sociale à la Harvard Medical
School, considère que ce livre fait partie des dix meilleurs publiés
au cours des dernières années dans le domaine de l’anthropologie
médicale. Il a été couronné de prix prestigieux,
dont celui de l’American Anthropological Association.

Depuis 30 ans, Margaret Lock plaide en faveur de l’instauration d’une médecine
qui tient davantage compte des perceptions et des attitudes tant des personnes
bien portantes que des patients à l’égard de leur état
de santé. À propos de l’intégration de la médecine
traditionnelle à la médecine scientifique, le modèle japonais,
que présente Margaret Lock dans son ouvrage ayant pour titre : East
Asian Medicine in Urban Japan : Varieties of Medical Experiences
(1980),
ouvre des pistes dont pourraient s’inspirer les administrateurs de la santé
ainsi que les praticiens occidentaux. La reconnaissance relativement récente
au Canada des propriétés de l’acupuncture et de son enseignement
dans les facultés de médecine est un exemple d’ouverture sur cette
médecine pluraliste.

Les travaux actuels de Margaret Lock portent sur les technologies biomédicales
(greffes d’organes, procréation assistée, etc.) et leurs effets.
Elle intervient aussi auprès d’instances publiques dont les recommandations
et les décisions revêtent une portée non seulement morale
mais également politique. Elle fait partie du comité des questions
médicales, éthiques, juridiques et sociales du projet canadien
sur le génome humain, du comité du ministère de la Santé
du Canada chargé d’établir des directives concernant la recherche
sur l’embryon humain et du comité du gouvernement du Québec qui
doit rédiger un rapport sur la santé mentale des réfugiés
et immigrants au Québec. À l’étranger, elle est membre
du Culture, Health and Human Development Committee du Social Science Research
Council (États-Unis) et du Forum international sur l’éthique des
greffes (Organisation mondiale de la santé).

Résumé de la carrière de Margaret Lock

1976
Doctorat en anthropologie médicale de l'Université de Californie à Berkeley

1977-
Professeure d'anthropologie médicale à l'Université McGill

1992
Bourse Killam du Conseil des arts du Canada

1994
Membre de la Société royale du Canada

1997
Prix Léon-Gérin

1997
Médaille Wellcome du Royal Anthropological Institute of Great Britain

Information complémentaire

Date de remise du prix :
6 décembre 1997

Membres du jury :
Jennifer Stoddart (présidente)
Colin H. Davidson
Guy Lachapelle
Sylvie Montreuil
Lydia White

Crédit photo :
Marc-André Grenier

Texte :
Bernard Lévy

Mise à jour : Nathalie Dyke