Marie-Claire Blais, récipiendaire

Naissance le 5 octobre 1939 à Québec, décès le 30 novembre 2021 à 

Prix remis le 23 novembre 1982

Biographie

Dès son entrée en littérature, à 20 ans, avec La Belle Bête (1959), suivie de Tête blanche (1960), Le Jour est noir (1962) et surtout Une saison dans la vie d’Emmanuel (1965), Marie-Claire Blais s’est imposée par la force de son univers et la qualité exceptionnelle de son écriture. Le père Georges-Henri Lévesque a encouragé ses premiers pas dans le monde des lettres, et la suite de son œuvre s’est vue récompensée de plusieurs distinctions de marque : en 1966, elle est lauréate du prix Médicis pour Une saison dans la vie d’Emmanuel, traduit en plus d’une douzaine de langues, puis elle reçoit le Prix de l’Académie française pour Visions d’Anna (1982), et sera récipiendaire à trois reprises du Prix du Gouverneur général, notamment pour Soifs en 1996.

L’abondance de son œuvre romanesque fait souvent oublier la qualité musicale de sa poésie et la force des dialogues de ses textes pour la scène et la radio. Sa pièce L’Exécution (1968), entre autres, a fait date dans l’histoire du théâtre des années soixante. C’est que la galerie de personnages qu’elle a inscrits dans le grand répertoire du roman québécois appartient à la famille des éternels : Jean-Le Maigre, Grand-mère Antoinette, Anna, Pauline Archange, Pierre… Certes, ces personnages traversent tous la nuit de leur destinée avec douleur et souffrance ; ils font face à l’injustice de leur naissance, à la difficulté d’apprivoiser la vie et ses multiples déroutes, à la solitude dans ce qu’elle a de plus physique et de plus métaphysique. Mais au-delà de cette nuit du roman, selon l’expression de Marguerite Duras, ces ténèbres que les personnages de Marie-Claire Blais traversent avec angoisse et courage, il y a parfois la lumière et des lambeaux de tendresse, aussi fugaces soient-ils. Et il y a l’art, cette activité qui pourrait bien sauver le monde si seulement ce dernier se laissait pénétrer de ses vertiges et de ses forces vives.

Le regard que Marie-Claire Blais porte sur les folies de l’Amérique actuelle, en proie aux démences sociales et écologiques les plus absurdes, donne à ses œuvres récentes une qualité critique de première force. Dans la cacophonie générale – celle des guerres, des fléaux humains, des enfances bafouées, des innocences perdues, des bonheurs jaloux, des jeunesses sacrifiées –, elle sait entendre les notes justes et solitaires de l’être humain qui se révolte pour sauver le monde et donner un sens à sa lutte.

La reconnaissance internationale de l’œuvre de Marie-Claire Blais et l’universalité de son propos viennent à nouveau d’être confirmées par l’attribution, à Rome, en 1999, du Prix de l’Union latine et du prix Mitchell, décerné pour la première fois à Toronto en l’an 2000.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
23 novembre 1982

Membres du jury :
Madeleine Ouellette-Michalska (présidente)
André Major
Louise Milot
Pierre Morency
Hélène Ouvrard

Crédit photo :
Daniel Lessard

Texte :
Pierre Filion