Marie-Éva de Villers, récipiendaire

Naissance le 14 décembre 1945 à Montréal, décès le à 

Prix remis le 8 novembre 2006

Entrevue

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Biographie

Peu de ressources sont aussi nécessaires à la culture, surtout
pour une collectivité exposée à tous les vents et à bien
des modes, qu’un repère linguistique lumineux et fiable. Rien,
toutefois, de plus crispant que le comportement du pion qui prend plaisir à rendre
honteuse la moindre faute. Le délicat équilibre entre la vigilance
et l’accompagnement, tel que le réussit Marie-Éva de Villers
depuis son « entrée en vocation linguistique »,
comble donc une double attente : celle d’un diagnostic pénétrant
et celle d’une pédagogie chaleureuse. Avec elle, les repères
sont nets, constants, de haut niveau, tandis que surabondent les exemples,
que se diversifient les éclairages et que s’épanouissent
l’autonomie et la fierté de ceux et celles qui savourent ses conseils.

Pareil mérite ne tombe pas du ciel. Ses années comme terminologue à l’Office
de la langue française ont familiarisé Marie-Éva de Villers
avec les besoins langagiers de multiples univers professionnels, en plus de
lui donner une vue générale de la situation linguistique québécoise.
Quand viendra le temps d’affronter les difficultés propres au
secteur de la gestion, elle investira dans sa contribution la connaissance
approfondie du domaine, mais aussi l’ample vision qui intègre
l’avancée pointue dans l’offensive générale.
Tout en fournissant aux entreprises les vocabulaires utiles à leurs
activités quotidiennes, Marie-Éva de Villers savait les traiter
en partenaires de l’effort collectif. La minutie du lexique renforçait
le tissu social.

Ce double souci transparaît dans les innombrables écrits de
Marie-Éva de Villers. La langue importe, mais aussi la prise en compte
des exigences sectorielles. La forêt, mais aussi chacun des arbres. La
langue exige le respect, mais la réciproque lui incombe : à elle
de refléter fidèlement les particularités et les aspirations
de tous les mondes qu’elle irrigue. Marie-Éva de Villers n’hésite
d’ailleurs pas à payer de sa personne pour assurer la cohérence
du tout avec ses parties. Ainsi, appelée à aider l’univers
de la gestion à vivre en français, elle affina son intelligence
de ce monde en s’inscrivant à la maîtrise en administration
des affaires (M.B.A.) à l’École des HEC de Montréal,
grade qu’elle obtient en 1982.

Du coup, s’expliquent le respect que vouent ses pairs à Marie-Éva
de Villers et l’écho que suscitent ses oeuvres dans le grand
public et chez les groupes spécialisés. Car les prix et les distinctions
s’accumulent dans sa gibecière. Elle reçoit en 1990 le
Mercure de l’innovation pour son Multidictionnaire de la langue française.
En 1998, la Médaille de l’Académie des lettres du Québec
la récompense pour l’ensemble de son oeuvre et sa « défense
et illustration » de la langue française. Elle devient,
l’année suivante, chevalière de l’Ordre national
du Québec. Déferlent ensuite les témoignages convergents
et cumulatifs des milieux professionnels. En 2001, elle devient la première
lauréate du Mérite de l’Ordre des traducteurs, terminologues
et interprètes agréés du Québec; en 2002, l’Union
des écrivaines et des écrivains québécois, l’Union
des artistes et la Société des auteurs, recherchistes, documentalistes
et compositeurs joignent leurs voix à celle de l’Office québécois
de la langue française pour lui décerner le Mérite du
français dans la culture; en 2004, Marie-Éva de Villers reçoit
de l’Office québécois de la langue française le
prix Camille-Laurin pour sa contribution exceptionnelle à la qualité de
la langue au Québec.

Le public ne lésine pas non plus sur l’empathie. Réédité à plusieurs
reprises, le Multidictionnaire de la langue française dépasse
le demi-million d’exemplaires. Grâce à lui, spécialistes
et humbles plumes trouvent en un seul lieu réponse aux questions éparses
que posent la grammaire, l’orthographe, la prononciation, la ponctuation,
etc. De leur côté, les médias se plaisent à amplifier
la voix de Marie-Éva de Villers, tant ils apprécient son aptitude à insuffler
vie, enthousiasme et humour dans les débats à teneur linguistique.

L’importance accordée par Marie-Éva de Villers aux concepts
et aux termes de la gestion montre à quel point la langue peut et doit
vivifier toute la vie sociale, y compris celles de ses composantes qui se croyaient
peut-être dispensées de la préoccupation. Les moeurs
du monde des affaires, dont le rapport Gendron fit à l’époque
une assez abrupte description, lui étaient déjà connues
quand parut le document. Elle y trouva un défi plutôt qu’une
révélation et en fit l’une des sources de la détermination
qui anime sa féconde carrière. De 1972 à 1985, l’Office
de la langue française publia une quinzaine d’ouvrages visant à fournir
aux entreprises et aux ordres professionnels les outils qu’exige le maniement
d’un français articulé; la main de Marie-Éva de
Villers y est presque toujours clairement identifiable. Ainsi disparaissait
l’excuse de l’ « intraduisible » dont certains
milieux avaient tendance à abuser.

Par deux autres versants encore, le travail de Marie-Éva de Villers
mérite l’attention et les éloges. Dans un cas, c’est
le Québec qui est à l’avant-scène; dans l’autre,
c’est la féminisation des titres et des métiers. Sur les
deux fronts, la polémique ne devenait féconde qu’à condition
de cultiver l’art de la nuance et la rigueur. Heureusement, les deux
qualités sont logées depuis belle lurette dans le carquois de
Marie-Éva de Villers.

De ses années comme terminologue jusqu’à sa thèse
de doctorat au Département de linguistique et de traduction de l’Université de
Montréal, jamais ne s’est affadi en Marie-Éva de Villers
l’intérêt pour « la norme réelle du français
québécois ». Elle défendra avec une égale
ferveur le droit du Québec aux audaces langagières que réclament
son histoire, son décor et sa tessiture sociale et la nécessité pour
le Québec de se rattacher fermement au tronc linguistique de la francophonie.
Puisqu’il faut « en toutes choses savoir raison garder »,
bon nombre de faits lexicaux propres au français du Québec ont
droit de cité, sans que soient jamais justifiés le repli ou l’isolement.

Même sens de la mesure à propos de la féminisation des
titres et des métiers. Depuis longtemps, les montantes aspirations féminines
bénéficient de l’analyse équilibrée et courageuse
de Marie-Éva de Villers. Vingt-cinq ans déjà se sont écoulés
depuis la parution, grâce à elle, d’un avis de recommandation
officielle préconisant la féminisation des titres par l’Office
de la langue française. Depuis, au rythme de leur accès à des
fonctions naguère exclusivement masculines, les Québécoises
optent majoritairement pour des titres féminins, des titres qui respectent
la logique de la langue.

La rigueur, mais sans sécheresse de coeur ou d’attitude.
L’ouverture d’oreille et d’esprit, mais sans populisme de
mauvais aloi. Le Vif Désir de durer, tel qu’il s’affirme
dans un très beau titre, mais sans les susceptibilités de l’immobilisme.
L’empathie avec l’effort des enfants, des humbles, des cultures
tardives, mais aussi l’aiguillon dans la chair de ceux qui influent sur
la vie collective. Pour toutes ces manifestations d’équilibre
et d’intelligence, Marie-Éva de Villers devait recevoir du Québec
qu’elle aime le prix Georges-Émile-Lapalme.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
8 novembre 2006

Membres du jury :
Renée Hudon, présidente
Jean-Marc Carpentier
Ariane Émond
Claude Germain

Crédit photo :
Alain Désilets

Crédit vidéo :
Production : Donald Charest, Les Productions Donald Charest inc.
Réalisation : Donald Charest
Caméra, direction photo : Daniel Desrosiers
Prise de son extérieure : Thierri Frankel
Prise de son studio  : Jean-Pierre Limoges, Studio JPL
Montage : Donald Charest / Sylvain Rioux
Compression numérique : Joël Bertrand
Infographie : Alain Dubois
Musique originale : Alexis Le May
Musiciens : Katia Durette, Yana Ouellet, Stéphane Fontaine, Annie Morier, Caroline Béchard, Suzanne Villeneuve, Benoît Cormier, Jean Robitaille, André Villeneuve, Daniel Tardif, Alexis Le May, Éric Pfalzgraf.
Narrateurs : Stéphane Garneau, Suzanne Laberge
Entrevues : Suzanne Laberge
Mixage son  : Jean-Pierre Limoges, Studio JPL

Texte :
Laurent Laplante