Michael Brecher, récipiendaire

Politicologue

Naissance le 14 mars 1925 à Montréal, décès le à 

Prix remis le 7 novembre 2000

Biographie

L’étude des relations internationales

Le 29 septembre 1938, les accords de Munich donnent à Hitler le territoire
des Sudètes, en Tchécoslovaquie. La Seconde Guerre mondiale n’est
plus très loin. À Montréal, jour après jour, Michael
Brecher découpe les articles de presse relatifs aux événements
qui se déroulent à des milliers de kilomètres de chez lui.
Jeune juif anglophone en terre francophone et catholique, à 11 ans, il
suit la guerre d’Espagne dans les journaux. Tant d’horreur le trouble profondément.
Toutefois, comment agir pour éradiquer la guerre, l’injustice ou la pauvreté?
Le jeune Michael réalise que les intellectuels jouent un rôle majeur
dans la lutte pour les droits de la personne. « L’université n’est
pas une tour d’ivoire : elle mobilise des ressources intellectuelles pour combattre
les grands maux du siècle et permet d’éduquer un grand nombre
de personnes à des préoccupations telles que la paix, la réconciliation,
la compréhension mutuelle », insiste-t-il déjà. Son
idée est faite : il consacrera sa vie à étudier les relations
internationales.

Une fascination pour l’Asie du Sud

En 1946, après des études de sciences politiques et économiques
à l’Université McGill, Michael Brecher entreprend des études
de troisième cycle à l’Université Yale, où il analyse
le conflit qui oppose l’Inde et le Pakistan à propos de la région
du Cachemire : « Tout dans ce pays m’attirait irrésistiblement
: l’histoire, les relations raciales, la politique, l’organisation sociale…
 » Sa thèse est le premier ouvrage d’un Occidental sur ce conflit.

Michael Brecher part ensuite en Israël, pays dont il se sent proche idéologiquement.
Il y étudie, passe six mois dans un kibboutz et se marie avec Eva, une
jeune Israélienne qui l’a accompagné tout au cours de son voyage
de découvertes, aujourd’hui mère de leurs trois enfants. En 1952,
il retourne à l’Université McGill, à laquelle il restera
fidèle. Il y est actuellement titulaire de la Chaire Angus de sciences
politiques.

Dès ses débuts, Michael Brecher se fait remarquer. Sa biographie
politique du leader indien Jawaharlal Nehru (1959) reçoit le prix Watumull
de la prestigieuse American Historical Association et sera traduite en hindi,
en allemand, en italien et en japonais. Observateur privilégié
des premiers pas de l’Inde indépendante, Michael Brecher s’entretient
avec Lord Mountbatten en Angleterre, puis voyage en Inde aux côtés
de Nehru. Près de 50 ans plus tard, l’homme se souvient du choc de sa
première rencontre avec l’Inde : « Des dizaines de milliers de
personnes vivaient dans les rues de Bombay, à la limite de la survie.
C’était bouleversant. »

En quelques années, Michael Brecher devient un des meilleurs spécialistes
mondiaux de la politique de l’Asie du Sud. Auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages
sur cette région du monde, publiés par des éditeurs aussi
prestigieux que Oxford University Press, il est alors l’un des seuls indianistes
canadiens. En 1968, il fonde le Shastri Indo-Canadian Institute, véritable
pont culturel entre le Canada et l’Asie qui regroupe aujourd’hui 25 universités
et bibliothèques canadiennes.

La compréhension des conflits

À la fin des années 60, le politologue se sent de nouveau attiré
par Israël. Professeur invité à l’Université hébraïque
de Jérusalem de 1970 à 1974, il étudie la politique étrangère
du pays. Témoin de la période troublée qui suit la guerre
des Six Jours et précède la guerre du Kippour, Michael Brecher
publie The Foreign Policy System of Israël (1973), récompensé
par le prix Woodrow Wilson de l’American Political Science Association.

Le chercheur entame ensuite le troisième volet de sa carrière
: « J’ai voulu comprendre ce qu’est réellement une crise. En quoi
diffère-t-elle d’un conflit, d’une guerre? Quelles sont les conditions
nécessaires et suffisantes pour qu’elle se produise? Comment expliquer
le comportement des acteurs en cause, les jeux de pouvoir, l’engagement des
organisations internationales? » À partir de cette réflexion,
Michael Brecher construit un modèle théorique de gestion de crise
rapidement reconnu par la communauté universitaire internationale et
par les décideurs de pays en crise. En 1975, il fonde l’International
Crisis Behaviour Project (ICBP), qui regroupe des chercheurs du monde entier
sur ce sujet peu étudié. Le politologue se lance alors dans l’analyse
systématique des crises qui ont marqué le XXe siècle dans
le monde et publie son dix-septième ouvrage, A Study of Crisis (1997),
un travail colossal de plus de 1 000 pages.

Une influence indéniable

En près d’un demi-siècle de carrière, Michael Brecher
aura une profonde influence sur les études internationales. Il parviendra
à se hisser au rang de la poignée de grands esprits qui feront
preuve de leadership intellectuel pendant plus de deux générations.
En 1986, il reçoit de l’Université McGill le prix Fieldhouse d’excellence
en enseignement et en 2000 le Prix d’excellence en recherche de la Faculté
des arts de la même université. Nombre de ses étudiants
sont aujourd’hui professeurs, politiciens ou diplomates dans divers pays.

Pour souligner le nouveau millénaire, Michael Brecher choisit de se
lancer dans un ambitieux projet : avec 50 auteurs de différents pays,
il prépare un ouvrage en plusieurs volumes qui fera le point sur les
études internationales. La sortie est prévue pour 2002.

1953 Doctorat en relations internationales de l’Université Yale
1954- Professeur au Département de sciences politiques de l’Université
McGill

Résumé de la carrière de Michael Brecher

1964 et 1965
Bourse de la fondation Rockfeller

1976
Membre de la Société royale du Canada

1986
Prix Fieldhouse d'excellence en enseignement de l'Université McGill

1995
Prix d'excellence de l'International Studies Association

2000
Prix d'excellence en recherche de la Faculté des arts de l'Université McGill

2000
Prix Léon-Gérin

Information complémentaire

Date de remise du prix :
7 novembre 2000

Membres du jury :
Vincent Lemieux (président)
Léon Bernier
Marcel Boyer
Pierre Landreville
Stanislas Slosar

Crédit photo :
Yves Provencher

Texte :
Valérie Borde

Mise à jour : Nathalie Dyke