Noël Mailloux, récipiendaire

Psychologue

Naissance le 25 décembre 1909 à Napierville, décès le 21 janvier 1997 à Napierville

Prix remis le 16 octobre 1979

Biographie

Fort heureusement, Noël Mailloux appartenait à cette catégorie
de savants qui ne refusent aucune des sources pouvant alimenter leur connaissance
de l’humain.

Gilles Gendreau, psychoéducateur et professeur émérite
de l’Université de Montréal.

Une conception de l’être humain

Philosophe, moraliste et théologien, le dominicain Noël Mailloux
est avant tout de nos jours un « monument » de la psychologie au
Québec. Profondément humaniste et convaincu de l’importance de
créer des liens entre la philosophie thomiste et la psychologie psychodynamique,
il réussit à faire une synthèse féconde entre ces
deux courants. Premier à implanter l’enseignement de la psychanalyse
freudienne à l’Université de Montréal, il contribuera aussi
à l’évolution de la psychoéducation et de la criminologie.

Décochant des flèches aux administrateurs des établissements
de réhabilitation, Noël Mailloux aide à changer les mentalités
en proposant de prendre en considération les besoins profonds des enfants
délinquants et des criminels, qu’il respecte malgré leurs déviations
et faiblesses. Son objectif est clair : rétablir leur dignité
afin de leur permettre de donner un sens à leur existence. Intraitable
sur certains principes d’éducation, il sera un mentor pour plusieurs
générations d’intervenants.

La psychologie : une science

À la fin des années 30, après de longues études
en Italie et en Allemagne, le dominicain de 32 ans rentre au pays. Alors que
le contexte sociopolitique est plutôt réfractaire aux idées
nouvelles, il fonde, en 1942, au sein de la Faculté de philosophie de
l’Université de Montréal, l’Institut de psychologie qu’il dirige
pendant vingt ans. Le père Mailloux s’engage dès lors dans une
démarche d’exploration de l’humain, inédite jusque-là au
Québec. Il opte pour une approche pédagogique ouverte aux grands
courants européens et américains de la psychologie contemporaine
et il fait connaître aussi bien Freud et Dumas que Piaget ou Lewin. Le
nouvel établissement donne un enseignement rigoureux de la psychologie
scientifique et, rapidement, sa réputation atteint l’Europe. De nombreux
étrangers, surtout des Italiens, viennent y étudier, encadrés,
entre autres, par Adrien Pinard et Gérard Barbeau, alors jeunes enseignants.

Véritable bourreau de travail, servi par un rare esprit de synthèse,
Noël Mailloux applique sa réflexion à d’autres projets. En
1943, attiré par le problème de la délinquance, il met
sur pied le Centre d’orientation pour la rééducation des enfants
difficiles, afin de leur offrir du soutien psychologique, et s’engage profondément
dans l’œuvre de Boscoville, encore toute neuve. Pendant de nombreuses années,
il se penche sur les besoins psychologiques criants de ces jeunes et offre aux
futurs cliniciens, formés à l’Institut de psychologie de l’Université
de Montréal, une occasion unique d’acquérir une expérience
pratique dans leur domaine. Mondialement connue pour sa contribution à
l’avancement de la criminologie, sa méthode psychothérapeutique
pour la réhabilitation des jeunes délinquants fait école.

La réhabilitation, la foi et la psychanalyse

Le père Mailloux demeure préoccupé par les rapports entre
la foi et la psychopathologie. Il entraîne, dans sa réflexion avant-gardiste,
des psychologues et des psychiatres du monde entier. En 1948, il se retrouve
devant un auditoire américain de 1 200 professionnels qui s’intéressent
à cette épineuse question encore peu documentée. Ensuite,
il anime pendant dix ans les ateliers pastoraux organisés chaque été
par les bénédictins de la Saint John’s University au Minnesota.
En 1984, le prix William James de l’American Psychological Association souligne
son apport exceptionnel à la fructueuse association de la psychologie
aux sciences religieuses.

Se révélant très actif sur tous les fronts, Noël
Mailloux fonde en 1951 le Centre de recherches en relations humaines, destiné
à la recherche dans le domaine de la psychologie des groupes et de l’anthropologie
culturelle, et en assume la direction. La revue Contributions à l’étude
des sciences de l’Homme
voit le jour à la même époque.
Elle réunit au sein du comité de rédaction une brochette
de noms prestigieux, dont le fameux psychiatre américain Gregory Zilboorg.
Au total, l’œuvre écrite de Noël Mailloux compte une quinzaine
de livres, rédigés seul ou en collaboration, et près de
150 articles publiés dans diverses revues scientifiques.

Noël Mailloux fonde aussi avec le docteur Miguel Prados, psychiatre espagnol
attaché à l’Université McGill, le controversé Club
psychanalytique de Montréal. Ce groupe s’est réuni à Montréal
pendant 22 ans et est devenu, par la suite, la Société canadienne
de psychanalyse.

Professeur durant près de 40 ans à l’Université de Montréal,
Noël Mailloux sera également vice-doyen de la Faculté de
philosophie pendant 12 ans. Sans cesse, il exprime sa foi en l’être humain.
Interrogé un jour sur le leitmotiv de sa vie, il répond : « 
Je vais vous dire… C’est assez simple, voyez-vous… Toute ma vie n’a
été guidée que par un seul motif : répondre aux
besoins. »

Résumé de la carrière de Noël Mailloux

1934
Doctorat en philosophie de l'Université San Tommaso de Rome

1938
Licence en théologie de l'Université San Tommaso de Rome

1942
Fondateur de l'Institut de psychologie de Montréal

1942-1957 et 1969-1973
Directeur de l'Institut de psychologie de Montréal

1942-1975
Professeur au Département de psychologie de l'Université de Montréal

1943-1974
Fondateur et directeur scientifique du Centre d'orientation à Montréal

1975
Professeur émérite du Département de psychologie de l'Université de Montréal

1975
Médaille Innis-Gérin de la Société royale du Canada

1978
Prix Hermann-Mannheim du Centre international de criminologie comparée

1979
Prix Léon-Gérin

1984
Prix William James de l'American Psychological Association

1990
Membre émérite de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

Information complémentaire

Date de remise du prix :
16 octobre 1979

Membres du jury :
Ludger Beauregard
Denise Dagenais
Hélène David
Roland Gendron
Stanley Bréhault Ryerson

Crédit photo :
Bernard Vallée

Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour : Nathalie Dyke