Jean-Marc Fontan

Jean-Marc Fontan est un sociologue engagé et un pionnier de la recherche partenariale au Québec. Professeur en sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis 1994, il a consacré sa carrière à bâtir des ponts entre le monde universitaire et les communautés, redéfinissant le rôle du chercheur comme acteur de changement social. Codirecteur du Réseau PhiLab, directeur de la collection Innovation sociale des Presses de l’Université du Québec, il a mis sur pied le premier dispositif québécois de recherche-intervention universitaire hors les murs : l’Incubateur universitaire Parole d’excluEs. Il valorise une approche scientifique où la recherche s’allie à l’action concrète pour répondre aux défis sociaux contemporains.

« Recevoir le prix Marie-Andrée-Bertrand est une reconnaissance publique du travail réalisé par les idéatrices et idéateurs du développement local afin de sortir des sentiers battus et d’ouvrir le champ des possibles. Ce prix reconnaît le leadership exercé par l’UQAM et le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) dans le développement de connaissances critiques au service du bien-être des collectivités et des territoires. Il valide la pertinence de modalités de croisement des savoirs visant des changements significatifs aux niveaux individuel, collectif, organisationnel ou institutionnel. »

Titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en anthropologie de l’Université de Montréal, il a poursuivi des études post-maîtrise en économie à Osaka, au Japon, avant d’obtenir son doctorat en sociologie à l’Université de Montréal. Cette formation multidisciplinaire lui a permis de développer une approche intégrée combinant sociologie économique, économie sociale, innovation sociale, philanthropie, développement territorial et théorie critique. Dès le début des années 1990, il a fait le choix de la recherche partenariale visant à coconstruire le savoir avec les personnes qui sont sur le terrain.

Son parcours se distingue par une série de réalisations majeures. Il a contribué à structurer le champ de l’économie sociale au Québec, notamment à travers le Consortium de recherche partenariale en économie sociale, projet qui a jeté les bases théoriques et accompagné la structuration du secteur. Il a participé au développement du CRISES et, plus tard, à la création de PhiLab, un réseau consacré à l’étude de la philanthropie et du rôle des fondations subventionnaires dans le changement social. À travers ces initiatives, il a favorisé la création de modèles méthodologiques de recherche collaborative, transdisciplinaire et critique, repris par des universitaires du Québec et d’ailleurs.

Jean-Marc Fontan a également innové par son engagement direct sur le terrain. Avec l’Incubateur universitaire Parole d’excluEs à Montréal-Nord, il a mis en place un modèle de recherche-action hors les murs pour lutter contre l’exclusion socioéconomique par la revitalisation territoriale. Ses travaux ont engendré des répercussions concrètes en matière de mobilisation des savoirs citoyens, de développement de politiques publiques, de réduction de l’exclusion, de veille et de transfert en évaluation de projets et en développement de communautés marginalisées. Ses publications et la direction de la collection Innovation sociale des PUQ ont légitimé l’innovation sociale comme champ de recherche universitaire et outil d’intervention publique.

Jean-Marc Fontan se dit profondément fier d’avoir accompagné « par la recherche, la formation et l’accompagnement universitaire, des initiatives locales innovantes mises en place par des spécialistes et la population, afin de revitaliser des territoires orphelins du développement. Cette implication, fondée sur la mobilisation de savoirs théoriques et pratiques, l’écoute et l’apprentissage conjoint, [lui] a permis de soutenir, avec des collègues du milieu universitaire, des innovations sociales dans différents secteurs et milieux : public, communautaire, syndical, de l’économie sociale et solidaire et philanthropique. »

Son engagement se manifeste également par la formation et le mentorat : il a formé de nombreuses cohortes d’étudiantes et d’étudiants aux cycles supérieurs, favorisant leur intégration à des projets de recherche appliquée et leur inscription dans la relève universitaire et communautaire. Son approche interdisciplinaire, son humilité, sa rigueur méthodologique et son leadership rassembleur ont inspiré tant ses collègues que la relève étudiante.

Pour lui, la recherche partenariale reste un idéal à poursuivre. Comme il le dit : « Au début de ma carrière, mon idéal était de contribuer, tant par le développement de nouvelles connaissances, la formation universitaire que le travail collaboratif, à l’établissement d’une société plus juste, plus solidaire, plus démocratique et plus écologique. Cet objectif n’est pas atteint et demeure d’actualité. Aujourd’hui, un regard rétrospectif sur ma carrière m’indique que cet idéal doit s’inscrire dans la modestie où les petits progrès, auxquels j’ai contribué à ma façon et en équipe, représentent de modestes apports indispensables à la poursuite et à l’atteinte de ce grand rêve. »

Aujourd’hui, Jean-Marc Fontan poursuit son travail au sein de PhiLab, de l’UQAM et de comités stratégiques, consolidant un héritage où la recherche et l’action sociale se conjuguent pour bâtir des sociétés plus inclusives, solidaires et écologiques.

Clément Gosselin

Pionnier internationalement reconnu de la robotique, Clément Gosselin a profondément marqué son domaine par ses innovations et son engagement pour l’excellence scientifique. Professeur titulaire au Département de génie mécanique de l’Université Laval, il dirige le Laboratoire de robotique et le Centre de recherche en robotique, vision et intelligence machine (CeRVIM), deux pôles majeurs d’innovation technologique au Québec. Ses travaux ont révolutionné la robotique grâce à l’introduction du concept d’intelligence mécanique : cette approche intègre directement des fonctionnalités intelligentes dans la structure même du robot, rendant les machines plus sûres, intuitives et robustes, sans qu’elles dépendent uniquement de logiciels complexes. 

Recevoir ce prix représente beaucoup pour le professeur Gosselin : « Il couvre le spectre complet des sciences naturelles et du génie et reconnaît par le fait même la nature fondamentale de mes travaux. En plus de la fierté, je ressens beaucoup de reconnaissance par rapport à ce prix. Il me rappelle la chance que j’ai eue d’avoir été formé par des chercheurs de calibre international, le privilège qui m’est donné de pouvoir travailler sur des sujets qui me passionnent et la satisfaction que j’éprouve à encadrer une relève brillante. » 

Formé à l’Université McGill, où il a obtenu son doctorat en génie mécanique en 1988, et après un parcours postdoctoral en France, Clément Gosselin s’est donné pour mission de rapprocher la robotique de la nature en repensant la mécanique, les transmissions et les architectures. Sa contribution la plus emblématique demeure le développement de la main robotique sous-actionnée, un modèle innovant, plus simple et adaptable, capable de fonctionner avec moins de moteurs. Cette technologie a été adaptée à des milieux exigeants, comme la décontamination nucléaire, la chirurgie robotique, les prothèses et la robotique spatiale, notamment en collaboration avec MDA Space pour le perfectionnement du Canadarm. En 2008, elle a été commercialisée pour des applications industrielles par la compagnie Robotiq, fondée par d’anciens étudiants de Clément Gosselin. Il est aussi l’inventeur de l’œil agile, un mécanisme sphérique d’orientation de caméra qui demeure une référence mondiale pour sa rapidité et sa précision. 

Ses travaux sur les robots parallèles ont transformé plusieurs secteurs industriels. Les chaînes de montage de General Motors s’appuient sur les principes de ses inventions pour développer des robots plus performants. Plus que de simples avancées techniques, ces innovations ouvrent la voie à des robots mieux intégrés dans notre société, plus accessibles et collaboratifs. 

« Un de mes rêves de recherche est de pouvoir concevoir des robots simples qui pourraient être utilisés par tout le monde de façon conviviale, par exemple à la maison. Ces robots n’existent pas encore, mais les multiples avancées de la robotique nous rapprochent pas à pas de cet objectif. En effet, on développe des robots pour le bien de l’humanité, et un chercheur n’a jamais terminé ses travaux, il restera toujours des objectifs et idéaux à poursuivre. » 

Au-delà de ses réalisations scientifiques, Clément Gosselin s’est illustré comme mentor et pédagogue. Fondateur du Laboratoire de robotique de l’Université Laval, il a formé 145 étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs. Il prône un enseignement d’excellence en français : en contribuant au vocabulaire de la robotique francophone pour l’Office québécois de la langue française en 1993 et en publiant un manuel de référence en 2023, il a facilité l’accès à la science pour la relève étudiante francophone au Québec et en Europe. 

Clément Gosselin confie : « Ma plus grande fierté réside dans les réalisations de mon équipe de recherche, dont plusieurs ont véritablement fait avancer la science de la robotique, entre autres dans le domaine des robots parallèles et des mains robotiques. Je suis particulièrement fier des travaux que j’ai menés sur les robots parallèles au début de ma carrière, car ceux-ci ont été repris par un grand nombre de chercheurs partout dans le monde. C’est aussi une très grande fierté pour moi de voir toutes les réalisations de la relève que j’ai formée aux cycles supérieurs. » 

Son travail continue de façonner l’avenir de la robotique. Il reste concentré sur la conception de robots collaboratifs, capables d’interagir naturellement et en toute sécurité avec les humains. Son rôle moteur dans le regroupement stratégique FRQNT-REPARTI, qui rassemble six universités et 400 étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs, atteste sa volonté de bâtir une relève dynamique et solidaire. 

Avec plus de 44 000 citations et des distinctions majeures, telles que le prix Killam en génie, le prix Urgel-Archambault de l’Acfas et l’Ordre du Canada, dont il est officier, son œuvre influence durablement l’industrie, la recherche et la formation à l’échelle internationale. Par la force de sa vision, ses inventions emblématiques et son engagement envers la relève, Clément Gosselin lègue un héritage indélébile à la science robotique moderne.

Philippe Pibarot

Philippe Pibarot est une référence mondiale en cardiologie structurelle et en maladies valvulaires cardiaques. Professeur titulaire à la Faculté de médecine de l’Université Laval, il dirige la recherche en cardiologie et le laboratoire central d’échocardiographie (Echo Core Lab) à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ). Rédacteur en chef du Journal of the Heart Valve Society, il conjugue leadership scientifique et engagement en transfert des connaissances et des technologies vers la pratique clinique.

Originaire de France, Philippe Pibarot a d’abord obtenu un doctorat en médecine vétérinaire à l’Université Claude Bernard de Lyon en 1987, avant d’effectuer un internat, une maîtrise en sciences vétérinaires et, enfin, un doctorat en sciences biomédicales, obtenu en 1995 à l’Université de Montréal. Ce parcours singulier, combinant médecine vétérinaire et sciences biomédicales, lui a permis d’acquérir une double culture scientifique et d’aborder les maladies cardiaques dans une perspective interdisciplinaire.

Son programme de recherche vise à améliorer le diagnostic, la prévention et le traitement des maladies valvulaires cardiaques, en particulier la sténose aortique, et à garantir un accès équitable aux soins pour l’ensemble de la population. Il a développé des outils d’imagerie cardiovasculaire novateurs pour déterminer, entre autres, l’indice de perte d’énergie, l’impédance valvulo-artérielle, la surface valvulaire aortique projetée et le score calcique de la valve aortique. Ces paramètres permettent aux spécialistes d’évaluer avec précision la sévérité des maladies valvulaires et de mieux anticiper le pronostic des patientes et patients.

En 2007, avec son équipe, Philippe Pibarot a découvert une nouvelle entité pathologique de la sténose valvulaire aortique, la « sténose aortique à bas débit et bas gradient paradoxal », qui touche jusqu’à 20 % des patients atteints, et était auparavant sous-diagnostiquée et sous-traitée. « Cette découverte majeure a conduit à l’intégration, dans les recommandations nord-américaines et européennes pour la prise en charge des maladies valvulaires cardiaques, d’une nouvelle directive concernant le remplacement de la valve aortique chez ces patients. Cette découverte est considérée comme l’une des plus importantes dans le domaine au cours des 30 dernières années », explique-t-il.

Philippe Pibarot a également été un acteur central du développement et de l’évaluation du remplacement valvulaire aortique par cathéter (TAVI) et de la prévention des complications liées aux prothèses valvulaires. Il a dirigé ou codirigé plusieurs essais cliniques internationaux de grande envergure, dont EARLY TAVR, TAVR UNLOAD et PROGRESS, qui démontrent l’importance d’une intervention précoce pour améliorer la durée et la qualité de vie des patients. Il a supervisé l’essai Lp(a) FRONTIERS CAVS, visant à évaluer le Pelacarsen, un traitement innovant pour ralentir la progression de la sténose aortique.

Chercheur prolifique, Philippe Pibarot a publié plus de 850 articles et présenté plus de 1 500 conférences à travers le monde. Ses travaux ont été cités plus de 115 000 fois et lui ont valu de nombreuses distinctions, dont le Prix d’excellence en recherche de la Société canadienne de cardiologie, le Prix de la Conférence Feigenbaum de la Société américaine d’échocardiographie, un doctorat honoris causa de l’Université de Liège et le prix Fondation – carrière en recherche en santé de l’Université Laval. Il est membre de plusieurs sociétés savantes, notamment de la Société cardiovasculaire du Canada, de la Société européenne de cardiologie, de l’American Heart Association et de l’American College of Cardiology.

Mentor passionné et engagé, il a encadré plus de 80 étudiantes et étudiants, favorisant le développement de leaders en cardiologie et en recherche translationnelle. Son engagement humanitaire l’a mené au Népal en 2006 pour la mission « La Cordée du Cœur », visant à sensibiliser la population à la santé cardiaque et à la prévention. « Ce prix du Québec scientifique est très important pour moi et me touche particulièrement, d’abord parce que c’est un grand honneur et une grande reconnaissance pour moi et mon équipe à l’IUCPQ-UL. De plus, j’ai immigré au Québec pour étudier il y près de 35 ans, et le Québec a donc été ma terre d’accueil sur le plan personnel, professionnel et scientifique », confie-t-il.

Aujourd’hui, Philippe Pibarot fait partie d’un consortium de recherche multidisciplinaire axé sur l’avancement des connaissances sur les mécanismes, le diagnostic et le traitement des maladies cardiovasculaires, et réunissant des collègues d’expertises complémentaires en recherche fondamentale et translationnelle. Il reste animé par son idéal : « Mon objectif a toujours été de réaliser des découvertes qui améliorent le diagnostic, le traitement et la prévention des maladies valvulaires, et donc la qualité et la longévité de vie des patients. Avec mon équipe, je crois que nous avons atteint, en grande partie, cet idéal. Mais un chercheur ne doit jamais s’arrêter de rêver », affirme-t-il.

Grâce à la portée de ses découvertes, à son engagement pour les patients et à son rôle de mentor, Philippe Pibarot incarne l’excellence en cardiologie moderne. Son héritage se mesure autant par l’innovation scientifique que par l’amélioration concrète de la vie des personnes atteintes de maladies valvulaires, au Québec et dans le monde entier.

Helen Doyle

Helen Doyle s’impose comme une voix incontournable du cinéma documentaire depuis plus de cinq décennies. Son approche résolument féministe et empreinte d’humanité, combinée à sa volonté constante d’innovation et d’expérimentation artistique, alliant fiction, poésie, information et émotion, lui permet d’attirer l’attention sur des enjeux sociaux et politiques avec autant d’acuité que d’audace. Pionnière de l’art vidéo au Québec, la réalisatrice et scénariste a su faire de son engagement et de sa créativité les points d’ancrage d’un parcours qui se révélera remarquable et des plus inspirants, notamment pour les jeunes générations de femmes cinéastes et vidéastes.

Recevoir le prix Albert-Tessier représente pour Helen Doyle une occasion « de remercier ceux et celles qui [l’]accompagnent depuis [ses] premiers balbutiements pour devenir une « fille des vues ». Je pense particulièrement à toutes ces personnes derrière et devant la caméra qui m’ont fait confiance, qui m’accompagnent encore dans mes efforts de créer des « tatouages de la mémoire » », précise-t-elle.

C’est au sein de Vidéo Femmes, l’un des premiers centres de production, de diffusion et de distribution d’œuvres vidéographiques et cinématographiques féministes au Québec, dont elle participe à la fondation en 1973, qu’Helen Doyle amorce sa prometteuse carrière de documentariste. Ses premiers films, dont plusieurs sont réalisés en collaboration, accordent une place centrale à la libération de la parole féminine. Parmi ceux-ci, notons Philosophie de boudoir (1975), qui dénonce le caractère archaïque du Salon de la femme de Québec; Chaperons rouges (1979), qui traite des violences sexuelles et sexistes à l’endroit des femmes; C’est pas le pays des merveilles (1981) et Les mots… maux du silence (1982), portant respectivement sur la santé mentale et l’isolement des femmes. 

Plus tard dans les années 1980, après avoir quitté le collectif, Helen Doyle s’oriente davantage vers le cinéma, continuant de façonner sa signature singulière en explorant de nouveaux thèmes. Dans Le rêve de voler (1986), la cinéaste revisite le mythe d’Icare, en mettant en lumière l’univers fascinant des trapézistes, alors que dans Je t’aime gros, gros, gros (1994), elle propose une célébration de la rondeur, sur un ton humoristique et dans un esprit fantaisiste. C’est néanmoins avec Le rendez-vous de Sarajevo (1997) que la filmographie d’Helen Doyle connaît un véritable tournant, inaugurant une nouvelle étape de création, cette fois-ci basée sur une réflexion sur la guerre, la barbarie et l’engagement artistique.

En 2000, déterminée à poursuivre sur ce chemin jusque-là peu exploré dans son œuvre, la réalisatrice fonde sa propre maison de production : les Productions Tatouages de la mémoire. S’ensuit la création de documentaires tous plus percutants les uns que les autres. Sous la forme de fiction documentée, Soupirs d’âme (2004) porte un regard bouleversant sur le sort des enfants abandonnés et victimes des guerres, en faisant se côtoyer de manière inédite danse, photographie et document d’archives, soutenus par une narration personnelle. Puis, dans Birlyant, une histoire tchétchène (2008), Helen Doyle aborde le conflit tchétchène à travers la vie d’une musicienne. Tous deux produits par InformAction Films, Les messagers (2002) expose la mobilisation d’artistes en contexte de violences guerrières, tandis qu’avec Dans un océan d’images (2013), la cinéaste braque les projecteurs sur le travail des photojournalistes en zones de combat. Sa plus récente offrande cinématographique, Au lendemain de l’odyssée (2024), met en lumière la traite des femmes nigérianes. Abondamment récompensés au Québec comme à l’international, ces deux derniers films révèlent une fois de plus le talent extraordinaire de la documentariste à concevoir et à réaliser des œuvres aussi poignantes qu’empreintes d’espoir. 

Quand on lui demande de quel accomplissement professionnel elle est la plus fière, Helen Doyle répond d’emblée son plus récent film, Au lendemain de l’odyssée, avant de nuancer : « Mais je me sens comme le Petit Poucet : chacune de mes réalisations représente un petit caillou que je laisse sur mon passage [et] qui me permet à la fois de baliser mon parcours et de faire quelques retours en arrière pour mieux me projeter dans l’avenir. »

Tout au long de sa carrière, Helen Doyle a créé des objets de mémoire, de résistance et de dialogue, à travers une œuvre documentaire riche, au langage visuel distinctif, qui lui a valu de nombreux prix aussi bien au Québec et au Canada qu’à l’étranger. Son parcours brillant et son originalité font d’elle une cinéaste d’exception, incarnant parfaitement l’alliance entre l’exigence artistique et l’engagement social. Pour l’avenir, elle dit souhaiter « continuer de jouer un rôle de passeuse ». « Les femmes artistes, on ne peut pas s’asseoir sur nos modestes acquis. Il faut encore que nous fassions notre place dans toutes les formes d’art », souligne-t-elle en terminant. 

Yvon Rivard

Aimer, enseigner… et écrire. Tout au long de sa carrière et à l’image du titre de l’un de ses plus brillants essais, Yvon Rivard a su tisser des liens entre ses passions, qui constituent autant de piliers d’un parcours marqué par une grande humanité, une volonté continue de transmettre son savoir et de présenter un travail d’écriture d’une qualité irréprochable et dont le style, à la fois raffiné et limpide, demeure inimitable. Figure influente de la littérature des 50 dernières années au Québec, l’essayiste, romancier et professeur se distingue grâce à une œuvre d’une profondeur et d’une richesse exceptionnelles, révélant une sensibilité aiguë à l’expérience humaine et aux enjeux du monde.

Considérant avoir été formé « d’abord par des œuvres étrangères », Yvon Rivard reçoit le prix Athanase-David comme un « retour à la maison, heureux d’être accueilli par tous ces écrivains et ces écrivaines qui ont fait et continuent de faire du Québec une histoire sans fin, un pays où naître et à naître ».

Le talent d’Yvon Rivard retient l’attention aussi bien de la critique que du public dès la parution de ses premiers romans, Mort et naissance de Christophe Ulric, en 1976, et L’ombre et le double, en 1979. Celui qui dit trouver son inspiration « dans les lieux isolés, les gens simples, les séjours à l’étranger, les grandes souffrances et les petites joies » (L’actualité, 2014) est l’auteur d’une œuvre romanesque puissante, façonnée par une écriture toujours à la frontière entre la réalité et la fiction. Les silences du corbeau, premier volet d’une tétralogie mettant en scène son alter ego, poursuivie par Le milieu du jour (1995), Le siècle de Jeanne (2005) et Le dernier chalet (2018), viendront confirmer le statut influent de l’écrivain dans le paysage littéraire québécois. 

Acteur incontournable de la vie intellectuelle au Québec, Yvon Rivard a aussi écrit plusieurs essais remarquables contribuant significativement au rayonnement de ce genre littéraire, plus discret dans l’espace public, dont : Le bout cassé de tous les chemins (1993); Personne n’est une île (2006); Une idée simple (2010); Exercices d’amitié (2015), qui nous rappelle que le premier devoir de l’intellectuel est de porter assistance à autrui; Aimer, enseigner (2012), son grand plaidoyer pour une éducation émancipatrice; et Le chemin de l’école (2019). 

En plus de signer une œuvre marquante et abondamment récompensée, le titulaire d’un doctorat en littérature française de l’Université d’Aix-en-Provence a exercé un rôle de mentor auprès de la relève. À titre de professeur de création littéraire et de littérature à l’Université McGill de 1973 à 2008, Yvon Rivard a exercé une influence déterminante sur le parcours de plusieurs créatrices et créateurs qui occupent aujourd’hui une place importante dans la culture québécoise. Également poète, éditeur, critique et scénariste, il a été notamment membre de la revue Liberté de 1977 à 1995; chroniqueur littéraire à Radio-Canada de 1978 à 1988; a participé à la fondation, en 2002, de la revue Contre-jour, Cahiers littéraires; a collaboré à la revue L’inconvénient; a été conseiller en scénarisation; et a enseigné à l’Institut national de l’image et du son.

En rétrospective de son impressionnant parcours, Yvon Rivard se dit particulièrement « fier d’avoir pu écrire sans négliger l’enseignement et d’avoir pu enseigner sans [s’]éloigner de l’expérience littéraire, qui est toujours une découverte de soi passant par le souci de l’autre ». « Je suis fier de mes livres et de mes élèves, fier de ces livres écrits par quelqu’un à peine sorti du bois, fier de ces élèves qui ont fait beaucoup du peu reçu dans leurs cours », renchérit-il, en faisant allusion à ses racines, ancrées dans la campagne et les forêts en Mauricie.

Aujourd’hui à la retraite, Yvon Rivard est pourtant loin d’avoir dit son dernier mot. À l’aube de ses 80 ans, il vient de publier, en août 2025, un ouvrage intitulé La mort, la vie toujours recommencée : essai sur l’au-delà de la violence, dans lequel il pose un regard lucide sur l’omniprésence de la violence dans les rapports humains, tout en esquissant des solutions pour la résorber. Il mentionne d’ailleurs vouloir « contribuer à repenser l’éducation pour former des êtres moins violents, capables d’aimer, de désirer ce qu’ils ne voient pas, ne comprennent pas, ne sont pas encore ».

Pilier de la vie littéraire au Québec, le romancier et essayiste figure sans aucun doute parmi les grands bâtisseurs de la culture québécoise. Son talent extraordinaire d’écrivain magnifie la profondeur de ses réflexions, faisant de lui un véritable modèle pour ses héritiers et héritières.

Pierre Boyer-Mercier

Personnalité importante de l’architecture au Québec, Pierre Boyer-Mercier a mené une fructueuse carrière avec, pour fil conducteur, deux ambitions principales : construire et instruire. La première l’a amené à réaliser des projets d’envergure, notamment les Habitations Saint-Hubert, la bibliothèque Robert-Bourassa et la station de métro Acadie, tandis que la seconde, à cofonder la revue ARQ Architecture & design Québec et à former la relève. Pendant près de cinq décennies, le créateur, auteur, éditeur, chercheur et professeur a démontré une volonté continue de faire rayonner la qualité et l’inventivité de l’architecture québécoise, tout en contribuant à l’avancement de la profession. 

À ses yeux, recevoir le prix Ernest-Cormier ne constitue pas un achèvement, mais plutôt « une renaissance, en quelque sorte ». « J’y vois une incitation à continuer certains projets que j’avais entrepris pour les amener à leur plein aboutissement », précise-t-il. 

Dès le début de son parcours professionnel, Pierre Boyer-Mercier fait du domaine de l’habitation son champ d’études de prédilection, se concentrant particulièrement sur l’action prépondérante de l’architecture sur les communautés et les rapports de voisinage. Cet intérêt se manifeste aussi concrètement dans sa pratique. Pour lui, la démocratisation de l’architecture passe par la construction de lieux inspirants et agréables à habiter et à fréquenter. 

D’une élégante sobriété, les bâtiments qui portent la signature de Pierre Boyer-Mercier reflètent un souci d’intégration harmonieuse dans l’environnement et une réelle sensibilité aux besoins des différentes clientèles. L’école secondaire spécialisée Joseph-Charbonneau, à Montréal, dont la construction s’est terminée en 1980, en est un excellent exemple, tout comme les Habitations Notre-Dame (1987), qui attestent de l’intention de l’architecte d’articuler de manière cohérente le lien entre les espaces privés et partagés. Il en va de même pour les Habitations Saint-Hubert, construites en 1992, lesquelles se démarquent grâce à leur articulation au sol des domaines du privé et du public. Pierre Boyer-Mercier a en outre conçu, en 1988, la station de métro Acadie, un projet exemplaire d’intégration des arts à l’architecture publique, ainsi que la bibliothèque Robert-Bourassa, inaugurée en 1998, dont l’architecture se veut lumineuse et conviviale, contribuant à la qualité de vie des citoyennes et des citoyens de l’arrondissement d’Outremont. 

En parallèle de son travail de créateur, Pierre Boyer-Mercier cofonde, en 1981, la revue ARQ Architecture & design Québec, une véritable référence pour le milieu québécois de l’architecture, qu’il a dirigée pendant plus de 40 ans. Reconnue au Canada et à l’international, cette publication a mis en lumière le meilleur de l’architecture au Québec, sa riche histoire ainsi que celles et ceux qui l’ont façonnée. Comportant plus de 200 numéros, dans lesquels l’architecte montréalais a signé pas moins de 60 articles et 50 éditoriaux, elle représente un legs précieux laissé par Pierre Boyer-Mercier aux futures générations d’architectes.

« Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir contribué, par la publication de la revue ARQ, au rayonnement de l’architecture du Québec et de ses architectes, ici et à l’étranger, en plus d’avoir constitué, au fil de ses 42 ans de parution, des archives couvrant une grande partie de la période moderniste au Québec. C’est aussi une grande fierté d’avoir fait connaître et d’avoir encouragé la jeune architecture, ainsi que [d’avoir] fait découvrir notre patrimoine, de même que celles et ceux qui en ont été les protagonistes », se réjouit Pierre Boyer-Mercier.

En tant que professeur à l’École d’architecture de l’Université de Montréal pendant plus de 3 décennies, établissement où il a d’ailleurs lui-même obtenu son diplôme en 1967, celui pour qui l’architecture est une affaire de feu sacré s’est appliqué avec passion à transmettre son savoir à ses étudiantes et étudiants et à les sensibiliser à l’important rôle social et culturel de l’architecte. 

Mainte fois récompensé, Pierre Boyer-Mercier a pensé l’architecture tel un véritable art social. À travers l’enseignement, la pratique, la recherche et l’écriture, il a érigé un patrimoine architectural et culturel diversifié, révélant un désir profond de toujours intervenir avec pertinence, efficacité et humanité. 

Pour l’avenir, l’architecte dit souhaiter « mettre [son] expérience à profit et relancer, avec une nouvelle équipe, une publication sur l’architecture du Québec, voire une anthologie qui pourrait couvrir un plus large éventail de son histoire que celui couvert précédemment par ARQ Architecture & design Québec ». 

Robert Auclair

Avocat de formation, puis successivement conseiller, haut fonctionnaire et juge, Robert Auclair a consacré sa carrière à l’amélioration de la qualité de la langue française au Québec. Si l’homme presque centenaire a mené ses batailles linguistiques dans une relative discrétion, il n’en a pas moins laissé une empreinte forte, tangible et durable sur la société québécoise. En témoigne son impressionnante liste de victoires, fruits d’une rigueur et d’une persévérance exceptionnelles. C’est grâce à lui si, par exemple, les Québécoises et les Québécois achètent leur vin à la Société des alcools et non plus à la « Commission des liqueurs » et s’ils produisent leurs déclarations de revenus, plutôt que leurs « rapports d’impôt ». Celui qui a promu avec vigueur l’emploi d’équivalents français en remplacement des anglicismes et autres calques de l’anglais, notamment dans le monde du travail, laisse un héritage inspirant aux plus jeunes générations, à qui il appartient de poursuivre sa noble mission.

« Je ne surprendrai personne en disant qu’obtenir un Prix du Québec culturel à l’âge de 99 ans, ça vient… boucler la boucle », répond le principal intéressé lorsqu’on lui demande ce que représente pour lui le fait de recevoir le prix Georges-Émile-Lapalme. « C’est une marque de reconnaissance qui me va droit au cœur. Ce prix vient me confirmer que mes interventions ont pu être pertinentes et que mes efforts ont pu donner quelques bons résultats. J’accepte cette distinction honorifique avec joie, bien humblement », poursuit-il.

Après avoir grandement contribué à l’implantation de termes français dans les entreprises de pâtes et papiers alors qu’il était conseiller à la Fédération des travailleurs des pâtes et des papiers de 1962 à 1964, Robert Auclair s’est affairé à corriger le vocabulaire juridique et administratif de l’État comme conseiller au ministère du Travail dans les années 1960 et 1970, en participant notamment à la modernisation des lois relatives au travail. Puis, de 1979 à 1996, à titre de juge au Tribunal administratif du travail, il a continué de promouvoir un bon usage du français dans la rédaction des jugements et des actes de procédure. Également conférencier et chargé de cours à l’Université Laval pendant plusieurs années, l’homme de loi, aujourd’hui à la retraite, a en outre collaboré à la production de plusieurs ouvrages, dont Vocabulaire des conventions collectives (1982), Dictionnaire canadien des relations du travail (1986) et Rédaction d’une convention collective (2005). 

C’est en 1986 que le travail de l’ombre de Robert Auclair reçoit davantage de lumière avec la mise sur pied de l’Association des usagers de la langue française, devenue l’Association pour l’usage et le soutien de la langue française, mieux connue sous le nom de l’ASULF. Pendant les 22 années qu’il a présidé l’organisme, l’ardent défenseur du mot juste a contribué à faire changer de nombreuses formulations dans le français courant, luttant sans relâche contre l’emploi d’anglicismes. Toujours lié étroitement à l’Association, il en a été désigné président honoraire au terme de son dernier mandat, en 2008.

Sa contribution à la fondation de l’ASULF demeure une des plus grandes fiertés de Robert Auclair. « Je suis heureux de constater que l’Association est toujours bien vivante et active, bientôt 40 ans après des débuts enthousiastes, mais modestes. Nous avons réuni des gens qui, au moyen de suggestions constructives et d’interventions respectueuses, ont pu faire changer des choses pour améliorer la qualité de notre langue », se réjouit-il.

De « place de la justice » à « palais de justice », de « mail » à « courriel » ou de « Black Friday » à « Vendredi fou », le succès des contributions de Robert Auclair est plus vaste qu’il n’y paraît tant ses nombreuses propositions de francisation de termes ont fini par s’implanter tout aussi subtilement que solidement dans l’usage quotidien des Québécois et des Québécoises francophones. En agissant sur plusieurs fronts, notamment auprès des gouvernements, des associations, des entreprises et des médias, l’infatigable ambassadeur d’un français précis a contribué à enrichir la langue parlée et écrite au Québec de manière plus que significative.

Robert Auclair a consacré pas moins de sept décennies à sensibiliser la société québécoise à l’importance d’un bon usage du français. Son apport, en ce sens, demeure sans égal. Comment entrevoit-il l’avenir de langue française au Québec? « L’importance de la langue pour affirmer notre identité québécoise est évidente. La nécessité de la défendre et de la promouvoir dans le contexte nord-américain me paraît tout aussi évidente. Il faudra donc toujours se tenir debout et continuer le combat. Mais, je crois qu’il y a lieu d’être optimiste », soutient-il.

Céline Galipeau

Figure emblématique du journalisme au Québec, Céline Galipeau se distingue par sa rigueur et son approche humaine de l’actualité depuis plus de quatre décennies. Au fil de ces années, que ce soit comme correspondante à l’étranger ou chef d’antenne du Téléjournal de Radio-Canada, elle a su développer un lien fort avec le public et démontrer un talent inébranlable à traiter de sujets complexes avec autant de clarté que de profondeur. Officière de l’Ordre national du Québec, récipiendaire de la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale ainsi que lauréate du prix Guy-Mauffette en 2021, elle obtient cette année le non moins prestigieux prix René-Lévesque, créé en 2023, faisant d’elle la toute première femme à remporter 2 Prix du Québec dans l’histoire de ceux-ci. Ce nouvel exploit vient s’ajouter au vaste palmarès des réussites de la journaliste aguerrie dont le parcours continue de briller sans faiblir.

Lorsqu’on lui demande ce que recevoir le prix René-Lévesque représente pour elle, Céline Galipeau répond spontanément : « Je n’y crois pas encore, c’est une immense surprise! ». Puis, elle ajoute : « Au-delà de son legs politique, René Lévesque restera à mes yeux un correspondant de guerre, un journaliste qui a marqué son époque. C’est grâce à lui, debout devant son tableau noir à l’émission Point de mire, que les Québécois et les Québécoises se sont ouverts au monde. Alors, recevoir ce prix me touche profondément. C’est une reconnaissance qui rejaillit sur toute l’équipe du Téléjournal, notamment nos correspondants à l’étranger, qui poursuivent courageusement dans cette voie tracée par monsieur Lévesque. »

C’est en 1984 que Céline Galipeau amorce sa carrière à Radio-Canada comme journaliste. Celle qui a longtemps caressé l’ambition d’occuper un poste de correspondante se verra accorder cette responsabilité, d’abord à Toronto, de 1989 à 1992, puis à Londres, à Moscou, à Paris et à Pékin. Ces différentes affectations l’amèneront à couvrir certains des plus importants conflits de la fin du 20e siècle et du début du 21e, notamment la guerre du Golfe, la guerre civile algérienne ainsi que les guerres de Tchétchénie et du Kosovo. Au cours de ces années, Céline Galipeau réalise aussi plusieurs reportages percutants, entre autres sur les femmes chinoises aux pieds de lotus, les femmes afghanes brûlées vives ou encore les veuves blanches de l’Inde. 

De retour au Québec en 2003, la grande reporter obtient le poste de présentatrice de l’édition de la fin de semaine du bulletin de fin de soirée de Radio-Canada, continuant néanmoins d’effectuer des reportages à l’étranger. Il en sera de même lorsqu’elle s’installera aux commandes du Téléjournal en 2009, alors qu’elle deviendra la première femme francophone à occuper un poste de chef d’antenne d’une télévision publique au Canada, fonction qu’elle exerce d’ailleurs toujours avec brio. 

« J’ai toujours voulu rapporter l’histoire en train de se faire, qu’elle soit belle ou horrible, mentionne Céline Galipeau. Sur le terrain d’abord, et depuis que je suis à la barre du Téléjournal, mon objectif, c’est de permettre aux téléspectateurs et aux téléspectatrices de mieux comprendre les enjeux, les conflits, de les rendre accessibles et de toucher les gens. »

Dans les dernières années, Céline Galipeau a également été à la barre d’émissions portant sur des enjeux sociaux et mondiaux cruciaux, notamment En direct du monde (2016-2018), Minuit moins une pour la planète (2019), Ces femmes qu’on tue (2020) et Une (autre) vie (2021), sur les conséquences humaines de la pandémie de COVID-19. Animée d’une passion indéfectible pour le reportage sur le terrain, celle qui a vu évoluer le métier de journaliste, en raison non seulement de la circulation toujours plus rapide de l’information, mais aussi des risques accrus pour les reporters en territoire étranger, s’est en outre rendue en Ukraine, en 2022, ainsi qu’en Israël, déterminée à offrir au public une information juste et éclairée sur les conflits qui s’y déroulent. 

Estimée tant par ses pairs que par son auditoire, Céline Galipeau a contribué et contribue toujours à hisser la profession de journaliste vers l’excellence, ce qui fait de cette pionnière un véritable modèle pour la relève en journalisme. Sa plus grande fierté? « Sans doute d’avoir réussi, au fil du temps, à établir un lien de confiance avec le public », conclut-elle en espérant « pouvoir continuer longtemps d’aller à la rencontre des gens, d’ici ou d’ailleurs, des hommes et des femmes qui ouvrent la voie aux changements, qui aident à améliorer le sort des populations ».

France Castel

Plus qu’une artiste aux 1000 talents, France Castel s’est révélée authentique et généreuse tout au long de son impressionnante carrière de près de 60 ans, suscitant l’affection et l’admiration tant de ses pairs que du public, toutes générations confondues. Au fil de ces années, la chanteuse, comédienne et animatrice a toujours su se réinventer grâce à son audace et à son ouverture. C’est assurément la raison pour laquelle cette grande amoureuse de la vie a suivi un parcours artistique jusqu’ici si riche et passionnant.

« Cette reconnaissance, à l’aube de mes 81 ans, me touche au plus profond », répond France Castel quand on lui demande ce que représente pour elle le fait de recevoir le prix Guy-Mauffette. « Elle me dit que, peut-être, j’ai laissé derrière moi quelque chose de tangible, de vrai et de valable », continue-t-elle.

France Castel fait officiellement son entrée dans l’industrie du spectacle en 1969 avec l’enregistrement de ses premières chansons originales, après avoir été soliste pour un groupe de jeunes musiciens de Sherbrooke, sa ville natale, et l’hôtesse de la populaire émission Les Couche-tard pendant Expo 67. 

Dans les années 1970, elle connaît ses plus grands succès en tant qu’interprète avec des chansons comme Château de sable et Du fil, des aiguilles et du coton. C’est aussi au cours de cette période qu’elle fait ses premières armes en tant qu’animatrice, à la CBC, à Toronto.

Au total, la chanteuse a contribué à plus d’une quinzaine d’albums et de compilations, en plus de participer au spectacle musical 1  fois 5 en 1976, considéré parmi les plus mémorables de l’histoire de la fête nationale du Québec. En 1980, elle prête sa magnifique voix à Stella Spotlight dans le célèbre opéra rock Starmania, un autre moment fort de sa carrière d’interprète. 

Depuis le milieu des années 1970, France Castel brille aussi merveilleusement au petit et au grand écran qu’au théâtre. Elle a joué dans pas moins d’une quarantaine d’émissions, une trentaine de films et de très nombreuses pièces. À la télé, elle a tenu des rôles remarqués dans une foule d’émissions à succès, comme le téléroman Sous un ciel variable (1993-1997), la série Les jeunes loups (2014-2016) et, plus récemment, la quotidienne STAT (2023-2024). Celle qui est tout aussi capable de faire rire que d’émouvoir a également pris part à quelques Bye bye. Au cinéma, elle a été de la distribution de plusieurs films d’André Forcier et de productions québécoises marquantes, telles que les comédies Karmina (1996) et Crème glacée, chocolat et autres consolations (2001). 

Véritable touche-à-tout, France Castel possède également un talent exceptionnel pour l’animation. Sa remarquable capacité d’écoute, son insatiable curiosité et son enthousiasme contagieux font d’elle une animatrice entière et sincère, habile à tisser des liens forts avec son équipe tout autant qu’avec ses invités et invitées. Que ce soit à la coanimation de Deux filles le matin et de Droit au cœur au début des années 2000, ou encore de Pour le plaisir de 2007 à 2015, elle a démontré de grandes qualités de communicatrice, qu’elle a aussi mises à profit à la radio, entre autres à la barre d’une émission consacrée au blues, en 2010, sur les ondes d’Espace musique.

Modèle de résilience et de bienveillance, France Castel s’est associée à plusieurs causes sociales, notamment à la lutte des femmes contre la pauvreté lors de la marche Du pain et des roses, en 1995. Elle se dit d’ailleurs profondément fière d’avoir eu « la chance de naviguer dans plusieurs univers artistiques et d’utiliser cette diversité d’expressions comme levier d’influence, notamment pour contribuer, à [sa] manière, à l’évolution de la condition féminine ». « J’ai tenté, à travers mes œuvres et mes prises de parole, de porter un message d’équité, de sensibilité et d’affirmation. Aujourd’hui, je suis fière d’avoir participé à cette progression, même humblement », ajoute-t-elle.

Malgré sa très prolifique carrière, France Castel n’a pas l’intention d’arrêter de nous surprendre. En plus d’avoir présenté un nouvel album de chansons originales en 2022, 46 ans après son dernier, elle est de la distribution du long métrage Habiter la maison, sorti en 2025. « Je souhaite que ma présence contribue à redéfinir la représentation des femmes de mon âge dans le paysage culturel, bien au-delà des modèles figés ou dépassés. Il est temps de revendiquer notre espace, de rappeler que l’art ne connaît pas d’âge, seulement la passion », conclut l’artiste au regard toujours pétillant.

William Moss

Pionnier de l’archéologie urbaine au Québec, William Moss a développé une expertise d’exception dans ce domaine, notamment comme responsable de l’archéologie à la Ville de Québec pendant plus de trois décennies, le premier à occuper un tel poste au Canada. Son approche novatrice, fondée sur le développement durable et la collaboration avec les partenaires, a eu une influence déterminante sur la pratique de l’archéologie non seulement au Québec, mais également ailleurs dans le monde. Grâce à elle, celui que plusieurs qualifient de visionnaire a contribué de manière significative à faire reconnaître l’archéologie comme un enjeu prioritaire par le milieu municipal, favorisant du même coup la préservation et la mise en valeur des trésors du patrimoine québécois.

William Moss dit recevoir le prix Gérard-Morisset « avec modestie, car, par sa nature même, l’archéologie est un travail d’équipe ». « Néanmoins, je me réjouis de constater que tous les axes de ma carrière soient reconnus comme un ensemble intégré, que les liens entre les différents volets de mes actions soient profitables à la collectivité », ajoute l’archéologue pour qui « cette reconnaissance [lui] rappelle [son] devoir de continuer à faire découvrir ce patrimoine qui nous fait mieux connaître notre présence dans ce beau coin du monde, pendant des millénaires, dans la longue durée ».

C’est en 1985 que William Moss obtient le poste d’archéologue principal au Service de l’aménagement du territoire de la Ville de Québec, alors que le Vieux-Québec vient tout juste d’être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sous sa direction, jusqu’en 2018, quelque 200 études archéologiques seront réalisées avec la collaboration de partenaires importants, notamment l’Université Laval, sans compter celles effectuées auparavant pour Parcs Canada sur les fortifications de Québec, le ministère de la Culture et des Communications sur la Côte-Nord et la Municipalité de Tadoussac.

Cette collaboration, qu’il établit entre la Ville et l’Université Laval dès son entrée en fonction, mène à la réalisation de plusieurs chantiers-écoles sur des sites d’une valeur inestimable, dont l’îlot des Palais et l’îlot Hunt. D’autres recherches tout aussi majeures seront réalisées sous sa direction, entre autres à la place Royale, au Monastère des Récollets, sur le chantier naval du Roi et le complexe du Séminaire de Québec.

L’une des grandes fiertés de William Moss est, dit-il, « d’avoir pu intégrer la présence du patrimoine archéologique à la pensée municipale et contribué à implanter une pratique d’archéologie préventive enracinée dans la vision du développement durable du site du patrimoine mondial du Vieux-Québec et de l’ensemble du territoire de la ville de Québec ».

Soucieux de mettre en valeur et de rendre accessibles à la population les découvertes de ses équipes, celui pour qui l’archéologie constitue un bien commun et un héritage à partager a déployé plusieurs projets d’aménagement et d’interprétation. En témoignent le parc du Vieux-Passage dans le quartier Limoilou ou encore le parc du Sacré-Cœur dans l’arrondissement de Charlesbourg, qui intègrent harmonieusement les vestiges du passé dans le paysage contemporain, ou encore l’Auberge Saint-Antoine, cet hôtel-musée qui célèbre si bien le patrimoine de l’îlot Hunt.

Au fil de sa carrière, et bien au-delà de celle-ci, William Moss a publié de nombreux articles scientifiques, prononcé des dizaines de conférences dans des événements nationaux et internationaux, siégé à de multiples comités et organisé plusieurs colloques, notamment ceux de 2000 et de 2014 de la prestigieuse Society for Historical Archaeology, dont il a été le président au milieu des années 2000. Il a également participé à l’organisation de la 16e assemblée générale du Conseil international des monuments et des sites, qui s’est tenue à Québec en 2008, à l’occasion du 400e anniversaire de la ville. 

Comme si cet engagement déjà considérable ne lui suffisait pas, l’archéologue passionné a aussi enseigné à son alma mater, l’Université Laval, de 1997 à 2014, ainsi qu’à la School of Continuing and Professional Studies de l’Université de Virginie, aux États-Unis, et au programme Ville et villages d’art et du patrimoine. Il a été conférencier invité à l’Université de Zhengzhou, en Chine. 

Reconnu pour sa rigueur et ses qualités de rassembleur, William Moss a été un promoteur inlassable du patrimoine québécois sur la scène internationale et apôtre de la pratique de l’archéologie en français. Il a d’ailleurs obtenu de nombreux éloges et plusieurs distinctions tant au Québec et au Canada qu’à l’international. Aujourd’hui à la retraite, il continue d’intervenir dans les médias, de donner des conférences et de collaborer à des projets à titre de conseiller, comme pour le futur Musée national de l’histoire du Québec. Sans contredit, son legs est immense, car au-delà des pratiques innovantes qu’il a mises en place, il a déployé une vision unique servant de guide pour l’avancement de l’archéologie urbaine et la valorisation du patrimoine.

Chloé Sainte-Marie

Véritable incarnation de l’artiste libre et engagée, Chloé Sainte-Marie qualifie sa démarche de « travail de pollinisation ». « Comme la petite abeille qui sème son champ, je vais d’un poème à un autre, d’un poète à un autre », illustre-t-elle lors d’une entrevue diffusée à ICI Première en décembre 2022. Pourtant, l’œuvre de cette grande amoureuse des mots est beaucoup plus vaste que celle de porter la parole des poètes québécois et autochtones. Insufflant sa propre audace et sa fougue créatrice aux textes qu’elle habille de sa voix avec une touchante sincérité, celle qui est aussi comédienne possède en plus le don sublime de transformer chacun de ses spectacles en une expérience exaltante et inoubliable.

Pour cette artiste entière, recevoir le prix Denise-Pelletier lui « permet d’exprimer, sur la place publique, toute [sa] gratitude et [sa] reconnaissance à tous ceux et celles qui [lui] ont partagé leur savoir, leur langue, leur rêve, leur territoire ».

Révélée au public par ​​Gilles Carle, dont elle a été la muse et la conjointe, Chloé Sainte-Marie commence sa carrière comme actrice dans les films du célèbre cinéaste, notamment dans ​​Cinéma, cinéma (1985),​​ La Postière (1991) et Pudding chômeur (1996). Elle a en outre joué​​​ au théâtre​ dans la pièce La Terre est une pizza en 1990.

Son tout premier album lancé en 1993, L’emploi de mon temps, marque le début d’un impressionnant parcours musical pour Chloé Sainte-Marie, alors à l’aube de la trentaine. Ses trois suivants, Je pleure, tu pleures (1999), Je marche à toi (2002) et Parle-moi (2005), consacrés surtout à la poésie de Gaston Miron,​ de Joséphine Bacon, de Roland Giguère, de Patrice Desbiens, de Philippe McKenzie, de Denise Boucher et de Bruno Roy, viendront​ confirmer son statut d’artiste majeure de la chanson québécoise, saluée autant par le public que par la critique.

À la fin des années 2000, Chloé Sainte-Marie présente un album entièrement en langue innue, Nitshisseniten e tshissenitamin (Je sais que tu sais), langue qu’elle a apprise avec l’aide de son amie et mentore, la poète Joséphine Bacon. « Joséphine Bacon m’a dit un jour : « Je veux que tu chantes ma langue. » Cette rencontre a changé le cours de ma vie », confie-t-elle. 

Suivent, en 2011, le conte musical de Gilles Carle Une étoile m’a dit et, en 2014, À la croisée des silences qui, avec ses 57 textes, se révèle une véritable anthologie de la poésie québécoise. Sa plus récente offrande, Maudit Silence, un disque-livre publié en 2022, rassemble, quant à lui, 18 poèmes, mettant en lumière ce qui unit les cultures et les langues des 3 Amériques. L’interprète considère cette œuvre multiple et foisonnante comme la synthèse de son parcours des 25  dernières années. « Chanter les poètes des Amériques en innu, français, canayen, michif, exploréen, latin, créole haïtien, espagnol, portugais et anglais, m’a donné une profonde compréhension de notre histoire​ et a créé un dialogue entre les différentes nations transcendant les frontières ​», indique l’artiste.

Néanmoins, Chloé Sainte-Marie est loin de se limiter à faire entendre la voix des poètes. En parallèle de sa vie artistique déjà bien remplie, elle soutient aussi celle des personnes proches aidantes, une cause qui lui tient énormément à cœur, ayant elle-même pris soin de son conjoint atteint de la maladie de Parkinson et décédé en 2009. Cette rassembleuse a démontré une détermination exemplaire afin de mettre sur pied la Fondation Maison Gilles-Carle en 2008 ​et de créer la première maison en 2012, laquelle servira de tremplin pour la mise en place du​ réseau des Maisons Gilles-Carle en 2018, des lieux destinés à donner un répit aux personnes aidantes. Régulièrement sollicitée pour parler de son engagement, l’artiste représente sans aucun doute un modèle de ténacité et de solidarité.

Entre sa quête perpétuelle de liberté et son attachement profond au territoire, Chloé Sainte-Marie s’est forgé une identité artistique bien à elle en faisant briller non seulement les poètes francophones et autochtones, mais aussi toutes les personnes qui l’accompagnent dans la réalisation de ses ambitions. Cette humilité, combinée à son indéniable talent, fait d’elle l’une des artistes québécoises parmi les plus respectées et aimées. 

Qu’envisage Chloé Sainte-Marie pour la suite de sa carrière? « Publier une anthologie de tous les poèmes que j’ai chantés et dits, accompagnés d’un film hommage avec tous leurs auteurs », souhaite-t-elle. Puis, elle ajoute : « Je fais de la poésie une consommation quotidienne, une respiration naturelle, alors je ne m’arrête pas. Je suis actuellement en processus de création d’un nouvel album. Le sujet : une enquête musicale portant sur le désir de liberté, à travers les mots et les voix de celles qui ont entrepris cette quête envers et contre tout ».

Hany Moustapha

Figure centrale de l’innovation aérospatiale au Québec, Hany Moustapha est reconnu pour avoir bâti des ponts durables entre l’industrie, le milieu universitaire et la recherche. Professeur titulaire au Département de génie mécanique de l’École de technologie supérieure (ÉTS), il dirige les programmes en aérospatiale et le Pôle Innovation 4.0, un regroupement de professeures et professeurs engagés dans la transition numérique et technologique. Visionnaire et rassembleur, il a consacré sa carrière à créer des passerelles entre les sphères universitaire, industrielle et gouvernementale afin de faire avancer conjointement la technologie et la formation.

Hany Moustapha a exercé chez Pratt & Whitney Canada (P&WC) de 1978 à 2010, d’abord chercheur puis gestionnaire de technologie. Au cours de cette carrière au sein de l’industrie, il a dirigé des projets de conception et de développement de turbines, publié des articles et des livres de référence et acquis une réputation internationale dans le domaine de la propulsion aéronautique. Ses recherches et innovations ont notamment amélioré les performances des moteurs d’aéronefs avec des retombées économiques considérables pour le Québec et le Canada. Son action a largement dépassé la technique : il a mis en place des structures pour que l’industrie puisse travailler main dans la main avec les universités, former la relève et accélérer l’innovation.

C’est dans cette perspective qu’il a cofondé le Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale du Québec (CRIAQ), en 2002, dont la mission est de promouvoir des projets de recherche collaborative précompétitive entre les universités et l’industrie, avec un financement public et privé, afin d’encourager le transfert technologique, la formation de personnel hautement qualifié et l’émergence de solutions communes à des défis majeurs du secteur aéronautique. 

Depuis son arrivée à l’ÉTS en 2010, Hany Moustapha a fondé AÉROÉTS et renforcé les liens industrie-université. Il a été le titulaire de la première Chaire industrielle du Canada CRSNG-P&WC dans le domaine de la recherche aérospatiale, qui a permis de combler un manque important de données et de critères dans la littérature sur la phase de conception préliminaire des moteurs d’aéronefs. Il est directeur de la Chaire de recherche industrielle Siemens sur l’intégration des technologies de l’industrie 4.0, en plus d’être l’instigateur et le gestionnaire, en 2019, du Réseau d’innovation intelligente, numérique et verte (devenu le Réseau SDG InnovationTM), regroupant 8 universités québécoises, en collaboration avec plus de 60 entreprises. La recherche aéronautique de l’ÉTS a vu ses financements et le nombre de stages étudiants atteindre des niveaux record, tandis que ses collaborations touchent des partenaires comme la NASA, Airbus et Volvo Aero, pour ne nommer que ceux-là.

Hany Moustapha est également le directeur du projet Mobilité Aérienne Avancée, qui vise des services de transport aérien régional et urbain plus abordables, plus efficaces et plus respectueux de l’environnement, possibles grâce à des avancées technologiques majeures en propulsion électrique, secteur émergent dans le transport aérien.

Pour Hany Moustapha, la collaboration passe aussi par l’organisation de conférences et d’événements internationaux en aérospatiale, et il a travaillé à la promotion de Montréal comme un lieu de choix pour ces activités. Pas moins de 27 congrès en aérospatiale s’y sont tenus, avec des retombées économiques de plus de 10 M$. Son engagement lui a d’ailleurs valu le Prix de Grand Ambassadeur du Palais des congrès de Montréal en  2024.

Récompensé par de nombreuses distinctions, dont le titre de chevalier de l’Ordre national du Québec en 2013, il dit que recevoir le prix Lionel-Boulet le touche particulièrement parce que ce prix « reconnaît véritablement ce pour quoi [il s’est] investi, en matière de promotion et d’implication dans la recherche industrielle en collaboration avec les universités tout au long de [s]a carrière industrielle et universitaire ».

À l’approche de sa retraite, prévue en 2028, ses objectifs restent tournés vers l’avenir : « assurer la pérennité du Réseau Innovation SDGTM, préparer une relève solide pour le leadership du réseau, et soutenir Espace Aéro, la zone d’innovation en aérospatiale, en menant des recherches collaboratives industrie et universités sur la mobilité aérienne avancée, afin d’ouvrir la voie à des avions électriques à décollage et atterrissage verticaux pour transporter marchandises ou fournitures médicales dans des régions éloignées ».

Hany Moustapha laisse un héritage qui dépasse les réalisations techniques : il a transformé la façon dont on conçoit la recherche appliquée, non pas comme des projets isolés mais comme des efforts collectifs. Par sa contribution à de nombreuses initiatives de collaboration dans le secteur de l’aérospatiale, il incarne une innovation humaine : l’art de relier les gens, les idées et les institutions.

Edel Pérez-López

Natif de Güines, dans la province de Mayabeque à Cuba, Edel Pérez-López a grandi dans un environnement agricole qui a façonné sa passion pour l’agriculture et l’environnement. Après des études de biochimie à l’Université de La Havane, il a poursuivi un doctorat en écologie et biotechnologie appliquée à l’Université Veracruzana, au Mexique, où il a étudié une maladie bactérienne menaçant des variétés autochtones de maïs. Ses recherches postdoctorales l’ont ensuite conduit à l’Université Auburn, en Alabama, puis à l’Université de la Saskatchewan, où il s’est consacré à élucider les mécanismes moléculaires de la hernie des crucifères, une maladie causant d’importantes pertes économiques en Amérique du Nord.

En 2020, il s’est établi à Québec et a rapidement appris le français afin de lancer son propre programme de recherche à l’Université Laval. Il y est aujourd’hui professeur agrégé au Département de phytologie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les invasions d’insectes vecteurs et les maladies émergentes des plantes, et directeur de l’EdeLab, laboratoire de phytoprotection durable. Ce laboratoire unique au Canada intègre la phytopathologie, l’entomologie, la microbiologie et l’intelligence artificielle pour développer des stratégies novatrices visant à protéger les cultures et à réduire l’usage des pesticides.

Entre 2021 et 2024, son équipe a démontré que les cicadelles, petits insectes vecteurs de bactéries, constituent d’excellents indicateurs des effets des changements climatiques sur l’agriculture. Ses travaux ont révélé l’arrivée de nouvelles espèces au Québec et mis en évidence les limites des insecticides actuellement utilisés par les productrices et producteurs agricoles. Pour offrir des solutions concrètes, le laboratoire a aussi étudié la diversité écologique et génétique des guêpes parasitoïdes locales capables de réguler naturellement ces insectes, ce qui a ouvert la voie à des stratégies de biocontrôle mieux adaptées aux réalités agricoles canadiennes.

Dans ce contexte, Edel Pérez-López a lancé le projet LeafHope, une initiative pancanadienne réunissant 18 partenaires, dont 8 associations représentant plus de 40 000 agricultrices et agriculteurs. Doté de plus de 7 M$ de financement du CRSNG et de contributions industrielles, le projet associe intelligence artificielle, biocontrôle et outils de suivi de terrain afin de mettre au point une « trousse de réduction des insecticides ». Le chercheur est comblé : « Je suis particulièrement fier d’avoir lancé LeafHope, un projet rassemblant chercheurs, producteurs et partenaires autour d’un objectif commun : réduire l’usage des insecticides. Mais je suis tout aussi fier de mes étudiantes et étudiants, de mes techniciennes, techniciens et postdocs, qui commencent déjà à bâtir leurs propres carrières indépendantes. Grâce au soutien du Québec, leurs réussites résonnent désormais du Québec vers le monde. »

Un autre pilier de ses recherches porte sur la hernie des crucifères. Grâce à la création de la seule collection mondiale de cet agent pathogène, son laboratoire a identifié des gènes essentiels que l’agent utilise pour manipuler la plante et favoriser la maladie. Ces découvertes, réalisées en collaboration avec l’industrie semencière, sont déjà intégrées à des programmes de sélection visant à développer de nouvelles variétés résistantes, à réduire leur dépendance aux pesticides et à renforcer la productivité agricole.

« Mon rêve de recherche est d’avoir une agriculture véritablement durable où les pesticides ne sont plus une nécessité, mais une exception. Dès mes premières études sur les maladies du maïs au Mexique, j’ai rêvé d’offrir aux agriculteurs des solutions scientifiques fiables, accessibles et respectueuses de la nature. Aujourd’hui, mes projets associent intelligence artificielle, biologie et écologie, et je crois qu’il reste encore beaucoup à accomplir. »

Depuis son arrivée à l’Université Laval, Edel Pérez-López a publié près de 40 articles scientifiques, et plus de 90 au total dans sa carrière. Il accorde une grande importance à la communication en français, un engagement récompensé par le prix Publication en français Gisèle-Lamoureux. Il a notamment contribué à la mise à jour du manuel de référence Nom des maladies des plantes au Canada et à la rédaction d’un chapitre d’anecdotes scientifiques visant à rendre la phytopathologie accessible au grand public.

Son influence dépasse la recherche universitaire. Cofondateur du réseau Pride in Microbiology, il a contribué à instaurer plusieurs initiatives en équité, diversité et inclusion au sein des sociétés savantes canadiennes. Il anime aussi le balado EdeLab & la Recherche expliquée, diffusé en français, en anglais et en espagnol, et écouté dans plus de 65 pays.

« Recevoir le prix Hubert-Reeves est un immense honneur. Ce prix symbolise la valeur de la recherche inclusive, collaborative et tournée vers la société. Il illustre comment un petit projet local a pu se transformer en une initiative pancanadienne à l’impact international. Cette distinction souligne le rôle essentiel des sciences dans la protection de l’environnement, la sécurité alimentaire et l’équité. »

Yves Bergeron

Pionnier de l’écologie forestière, Yves Bergeron a consacré sa carrière à transformer la compréhension et la gestion des forêts boréales et tempérées. Professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM depuis 1985 et de l’Institut de recherche sur les forêts de l’UQAT de 1998 à 2024, il est professeur émérite dans ces deux universités. Il est reconnu comme l’un des chercheurs les plus influents dans son domaine.

Dès ses premières recherches, il s’intéresse aux perturbations naturelles – incendies, épidémies d’insectes, chablis – et à leur rôle dans la dynamique forestière. Grâce à l’analyse des cernes de croissance des arbres et à des études paléoécologiques couvrant plusieurs millénaires, il démontre que ces perturbations ne sont pas de simples catastrophes, mais bien des forces structurantes de la biodiversité et de la résilience des écosystèmes. Cette conclusion le conduit à promouvoir l’aménagement écosystémique, une approche qui s’inspire du fonctionnement naturel de la forêt pour concilier aménagement forestier et préservation de la biodiversité.

À la tête de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable pendant 22 ans et de la Chaire de recherche du Canada en écologie et aménagement forestier durable pendant 19 ans, il a su créer un environnement scientifique fertile. Cofondateur en 1985 du Groupe de recherche en écologie forestière (devenu le Centre d’étude de la forêt), de l’Institut de recherche sur les forêts (IRF) en 2012 et du Laboratoire international de recherche sur les forêts froides (LIRFF) en 2021, il a contribué à structurer la recherche dans ce domaine au Québec et à l’international. 

Ses recherches ont eu un impact direct sur les politiques publiques. Il a participé aux travaux de la commission parlementaire sur la réforme de la Loi sur les forêts (2002) et du comité scientifique sur la limite nordique (2006-2015). Ses résultats ont contribué à inscrire l’aménagement écosystémique au cœur de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier et à établir la limite nordique des forêts attribuables. « J’ai participé à mettre un peu plus de science dans l’aménagement forestier, souligne-t-il, notamment en contribuant à ce que l’aménagement écosystémique soit maintenant au centre de la Loi sur les forêts. J’ai aussi contribué à ce que le Québec fixe une limite nordique au-delà de laquelle l’aménagement forestier n’était plus durable. »

Auteur ou coauteur de plus de 650 publications scientifiques, dont 8 ouvrages et 55 chapitres, Yves Bergeron est aujourd’hui l’un des chercheurs les plus cités dans son domaine, avec plus de 45 000 citations. Ses collaborations internationales l’ont mené à travailler avec la France, la Finlande, la Norvège, la Chine et la Russie, et à mettre sur pied une maîtrise bidiplômante entre l’Université de Montpellier et l’UQAT.

Ses contributions scientifiques et gouvernementales lui ont valu de nombreuses distinctions, dont le prix Marie-Victorin (2007), la médaille Romanowski de la Société royale du Canada (2014), la médaille Lawson de l’Association botanique du Canada (2020), un doctorat honoris causa de l’Université de Montpellier (2022) et le titre de chevalier de l’Ordre national du Québec (2024).

Recevoir le prix Armand-Frappier 2025 s’avère pour lui une grande fierté, mais qui s’accompagne d’un devoir. « Bien sûr, je suis honoré de recevoir le prix aujourd’hui. Cependant, je ne peux m’empêcher d’éprouver le sentiment du travail inachevé. Je demeure optimiste, car les ressources existent dans toutes les régions du Québec : il ne reste qu’à les fédérer autour d’un objectif commun, faire de la foresterie réellement durable. »

Au-delà des distinctions, il considère que son plus grand héritage est la relève qu’il a formée : « Je laisse derrière une relève étudiante bien préparée à relever les défis actuels et futurs. » Encadrer plus de 260 étudiantes et étudiants représente pour lui un accomplissement durable, plusieurs d’entre eux occupant aujourd’hui des postes clés dans le milieu universitaire, gouvernemental ou industriel.

Malgré ses succès, Yves Bergeron garde un regard lucide sur les défis à venir. « Il reste encore pas mal de chemin à faire avant que l’aménagement forestier vise la durabilité des forêts. Les contraintes économiques empêchent la mise en place sur le terrain d’une foresterie vraiment durable. Les liens entre les connaissances écologiques et l’action sur le terrain restent encore à se concrétiser. J’ai souvent rêvé d’une structure permanente de recherche qui puisse regrouper des chercheurs universitaires, gouvernementaux et les praticiens, mais bien que les ponts aient pu être créés, ce rêve reste à réaliser. »

Aujourd’hui, Yves Bergeron poursuit son engagement pour une foresterie durable, convaincu que la science, la formation et le dialogue – entre chercheurs, praticiens, décideurs et communautés, notamment autochtones – sont les clés d’un avenir résilient pour les écosystèmes forestiers.

Myriam Denov

Myriam Denov est une figure majeure dans le domaine du travail social, reconnue pour ses recherches révolutionnaires sur les enfants et les familles touchés par la guerre. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enfants, les familles et les conflits armés, elle dirige des équipes multidisciplinaires Sud-Nord afin de relever les défis posés par les enfants soldats, les filles dans les groupes armés, et les migrations forcées. Professeure à l’Université McGill et membre de la Société royale du Canada, elle est une référence mondiale sur ces questions.

« Recevoir ce Prix du Québec est bien plus qu’une reconnaissance personnelle. Je le partage avec mes partenaires de recherche engagés au Sierra Leone, en Ouganda, au Rwanda, et c’est un hommage aux familles et aux enfants remarquables et courageux touchés par la guerre. Il met en lumière l’importance de donner une voix aux enfants touchés par les conflits », dit-elle en écho à son engagement continu.

Myriam Denov a mené des recherches majeures tout au long de sa carrière, apportant des contributions durables dans le domaine du travail social. Après avoir obtenu son baccalauréat à l’Université McGill, elle a poursuivi des études avancées en criminologie à l’Université d’Ottawa et à l’Université de Cambridge. Ses travaux se concentrent sur les enfants vivant dans des zones de conflit.

Elle a sensibilisé les gouvernements et les organisations internationales, dont l’ONU, aux violations des droits des enfants dans les conflits armés. En redéfinissant la perception des enfants soldats, elle a démontré qu’ils ne sont pas uniquement des victimes passives, mais qu’ils possèdent des stratégies de résistance malgré les conditions extrêmes. Ses recherches ont influencé des politiques internationales, notamment lors de sa collaboration avec le ministère de la Défense nationale du Canada.

Mme Denov a aussi mis en lumière le rôle des filles dans les conflits armés, montrant que leur contribution est cruciale au sein des groupes militaires. Même si les filles sont marginalisées dans les programmes de réhabilitation, ses travaux ont contribué à les inclure dans les politiques de reconstruction d’après-guerre.

Elle s’est également distinguée par ses recherches pionnières sur les enfants nés de viols en temps de guerre. En révélant les défis uniques auxquels ces enfants font face, que ce soit la violence, la stigmatisation ou la marginalisation, elle a influencé les initiatives internationales pour prévenir les violences sexuelles dans les conflits.

Ses approches innovantes, comme l’utilisation de méthodes artistiques pour sensibiliser et autonomiser les jeunes affectés par la guerre, ont changé la manière dont les chercheuses et chercheurs et les praticiennes et praticiens travaillent avec les enfants victimes de conflits. Grâce à des initiatives telles que la fondation du Global Child McGill, Myriam Denov a réussi à améliorer les politiques concernant les enfants réfugiés de guerre au Québec et au-delà.

« Dès le début de ma carrière scientifique, j’ai réalisé que des méthodes novatrices étaient nécessaires pour étudier les enfants touchés par la guerre. J’ai ainsi formé des jeunes à devenir des cochercheurs, les intégrant pleinement dans la collecte et l’analyse des données. » C’est dans cette démarche participative, donnant la voix aux enfants eux-mêmes, qu’elle trouve sa plus grande fierté.

Myriam Denov considère toutefois qu’il reste encore beaucoup à accomplir. Avec plus de 450 millions d’enfants vivant dans des zones de conflit, elle reste déterminée à poursuivre ses efforts pour protéger ces populations vulnérables. Elle l’explique ainsi : « mon travail continuera de tenter de défendre les intérêts des enfants affectés par la guerre, à travers la réalisation de projets scientifiques. Il reste tant à faire pour alléger le fardeau de ces enfants, victimes des stratégies violentes des belligérants. »

Robert J. Vallerand

Reconnu pour ses contributions révolutionnaires, qui ont transformé la compréhension de la motivation humaine et du bien-être, Robert J. Vallerand est une figure emblématique de la psychologie. Professeur titulaire au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les processus motivationnels et le fonctionnement optimal, il a repoussé les frontières du savoir grâce à des théories novatrices. Ses recherches sur la passion et la motivation ont eu des effets considérables, faisant avancer la psychologie moderne et influençant de nombreux domaines pratiques, tels que l’éducation, le sport, le travail et la santé mentale.

Pour lui, recevoir un Prix du Québec représente non seulement une reconnaissance personnelle, mais aussi un hommage à ses collaborateurs. « Ce prix représente une appréciation positive pour le travail accompli et un encouragement à poursuivre le travail entamé. Je ressens de la fierté pour moi-même, mais aussi pour mon université, mes collègues et étudiants actuels et anciens, ainsi que pour ma discipline, la psychologie. Je suis très reconnaissant envers ceux qui m’ont soutenu et ceux qui ont ouvert le chemin avant moi. »

Robert J. Vallerand a commencé sa carrière universitaire par une solide formation en psychologie sociale du sport et de la santé, comprenant un doctorat à l’Université de Montréal et des études postdoctorales en psychologie sociale expérimentale à l’Université de Waterloo. Ses recherches initiales sur la motivation intrinsèque et extrinsèque ont culminé dans le Modèle hiérarchique de la motivation. Cette théorie, qui évalue différents niveaux hiérarchiques de motivation, a révélé l’importance de la qualité de la motivation, et non uniquement son intensité, pour le bien-être psychologique, entre autres. Cette perspective a été validée par de nombreuses études et a trouvé des applications pratiques dans divers domaines, y compris la prévention des comportements à risque et la promotion de la santé mentale.

Son Modèle Dualiste de la Passion, présenté en 2003, a marqué une avancée majeure en ouvrant un nouveau champ d’étude scientifique sur la passion, qui distingue la passion harmonieuse de la passion obsessive. Cette théorie, qui explore les effets positifs et négatifs des deux types de passion, a été un tournant pour la compréhension de la motivation humaine. À ce sujet, son livre The Psychology of Passion: A Dualistic Model a reçu le prestigieux prix William James de l’American Psychological Association, qui souligne l’impact considérable de ses recherches.

Les contributions de Robert J. Vallerand vont au-delà de ses théories. En tant que président de l’International Positive Psychology Association, il a joué un rôle clé dans la promotion de la psychologie positive à l’échelle mondiale. Ses efforts ont contribué à une meilleure compréhension du bien-être et du bonheur dans divers contextes, influençant des communautés et organisations à travers le monde. Avec 12 ouvrages et plus de 450 articles et chapitres scientifiques, il est le psychologue social le plus cité au Canada et l’un des plus cités au monde (plus de 110 000 citations) : son influence est immense.

« L’accomplissement dont je suis le plus fier est d’avoir eu un impact global sur ma discipline. Ceci a été atteint à travers ma contribution en tant que directeur de départements et président de diverses associations scientifiques, celle de formateur de futures générations de professeurs universitaires et l’impact scientifique et appliqué de mes théories sur les processus motivationnels. J’ose espérer que cette contribution globale aura permis de faire progresser la psychologie de manière durable. »

Robert J. Vallerand a réalisé des avancées essentielles dans le domaine de la psychologie, mais il lui reste des objectifs à atteindre. « J’avais un idéal initial de contribuer à faire progresser mon champ de recherche et de le laisser un peu plus complet qu’à mon arrivée. Bien que j’aie accompli une partie de cet idéal, il reste encore beaucoup à faire. C’est notamment le cas en ce qui concerne le raffinement de nos modèles théoriques, menant ainsi à une meilleure compréhension du fonctionnement optimal humain, ainsi que la poursuite de la formation de futurs professeurs universitaires. » Il continue donc à œuvrer avec passion et détermination pour enrichir le champ de la psychologie et préparer les futures générations de chercheuses et chercheurs.

René Doyon

René Doyon est une figure emblématique de l’astrophysique moderne, et ses recherches ont révolutionné l’exploration des exoplanètes et l’observation de l’univers. Il repousse les frontières de la recherche en développant des instruments d’observation de pointe, permettant de détecter les planètes situées au-delà de notre système solaire et d’analyser leur atmosphère. Il est reconnu mondialement pour ses innovations dans l’imagerie à haut contraste et la détection d’atmosphères d’exoplanètes, rapprochant l’humanité de la découverte de signes de vie extraterrestre.

 « Je suis extrêmement honoré de cette distinction prestigieuse. Je ne peux m’empêcher de penser que ce prix n’est pas que le mien, mais celui de toute mon équipe d’étudiants et de chercheurs à qui je dois en très grande partie mes réalisations. Je ne suis que le maestro d’un orchestre scientifique très bien accordé! »

Titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en physique de l’Université de Montréal, ainsi que d’un doctorat en astrophysique de l’Imperial College à Londres, René Doyon a occupé plusieurs postes universitaires et est professeur titulaire à l’Université de Montréal depuis 2013. Son influence apparaît dans la formation de nombreux étudiants et étudiantes en astrophysique. Il a également contribué à élargir les perspectives de recherche grâce à ses observations au moyen de la technologie infrarouge.

L’une de ses percées majeures est le développement de la caméra Trident, spécialisée dans la détection de naines brunes riches en méthane, ouvrant la voie à l’observation de planètes auparavant invisibles. En 2008, il a coréalisé la première photographie d’un système planétaire multiple par imagerie directe à haut contraste, une première mondiale et un tournant dans l’astronomie.

Il a également joué un rôle central dans la mission du télescope spatial James Webb, pour lequel il a dirigé le développement de deux instruments clés : la caméra de guidage de précision et le spectrographe NIRISS. Ces outils ont favorisé des avancées spectaculaires dans l’observation de l’univers. Ses contributions lui ont valu la médaille de la NASA pour service exceptionnel en 2023.

Sommité en exoplanétologie, René Doyon est à l’avant-garde de projets d’instrumentation pour grands observatoires terrestres et spatiaux. Il a codéveloppé le spectrographe SPIRou au télescope Canada-France-Hawaï, spécialisé dans la détection d’exoplanètes autour d’étoiles de faible masse. En 2022, il a supervisé l’installation du spectographe NIRPS à l’Observatoire européen austral, promettant des découvertes dans l’exploration des exoplanètes. Il dirige également la participation canadienne au projet ANDES, un spectrographe à haute résolution du télescope de 39 mètres capable de détecter des biosignatures dans les atmosphères d’exoplanètes proches, comme Proxima b.

« Je suis particulièrement fier d’avoir [lancé] le programme de recherche sur le développement de nouvelles techniques d’imagerie qui a culminé, environ dix ans plus tard, en 2008, avec la première découverte d’une image d’un système d’exoplanètes menée par un de mes étudiants, impliquant aussi un autre de mes étudiants », confie-t-il.

René Doyon est le seul chercheur à avoir reçu deux fois le prix de Scientifique de l’année de Radio-Canada, en 2008 et en 2023. Au cours de sa carrière, il a obtenu près de 50 millions de dollars en subventions et financements, ce qui montre la confiance de la communauté scientifique dans ses capacités à repousser les limites de notre connaissance. Il est aussi un communicateur prolifique, faisant régulièrement part de son expertise dans les médias et lors de nombreuses conférences. Ses travaux ont fait l’objet de différents reportages, renforçant son influence non seulement dans la communauté scientifique, mais aussi auprès du grand public.

Sous sa direction, l’Observatoire du Mont-Mégantic est devenu un centre majeur de l’astrophysique expérimentale au Canada. Il a également fondé l’Institut Trottier pour la recherche sur les exoplanètes. Les techniques développées par René Doyon sont aujourd’hui utilisées par des astronomes du monde entier pour caractériser les systèmes exoplanétaires.

Membre de la Société royale du Canada depuis 2020, René Doyon non seulement a fait progresser l’astrophysique, mais a contribué à former une nouvelle génération d’astronomes. Sa carrière est à l’image de son engagement à l’égard de l’excellence scientifique et de l’innovation, et ses contributions continueront d’influencer durablement la recherche astrophysique mondiale.

Et ce n’est pas terminé! « Je suis un grand rêveur! Une fois l’un réalisé, je passe à un autre! Après les images d’exoplanètes, je rêve maintenant de participer à la découverte d’une atmosphère sur une planète tempérée avec le télescope Webb, un grand pas vers la recherche de la vie ailleurs, mon obsession professionnelle. Ce grand rêve ne peut se réaliser que par un travail d’équipe, ce que j’affectionne particulièrement. C’est la raison fondamentale qui m’a motivé à créer un institut de recherche (l’IREx) entièrement [consacré] à l’étude des nouveaux mondes. »

Anne-Marie Mes-Masson

Anne-Marie Mes-Masson, professeure titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal et chercheuse renommée en cancérologie, incarne l’excellence dans le domaine de la recherche scientifique au Québec. Ses travaux ont profondément influencé la science de la santé, notamment en ce qui concerne les mécanismes sous-jacents au cancer et les biobanques. Son engagement va au-delà de ses recherches, car elle a aussi joué un rôle clé dans la formation des générations futures de scientifiques, en particulier les femmes. Auteure de plus de 300 publications, elle a marqué de son empreinte la recherche oncologique mondiale.

« J’accepte ce Prix du Québec en mon nom, mais je tiens à reconnaître tous ceux qui ont contribué à notre programme de recherche au fil des années. Cette distinction confirme ma conviction que la science avance de manière plus significative lorsqu’elle est abordée de façon collaborative, et que le leadership est crucial pour progresser dans ce cadre. J’espère servir de modèle pour la prochaine génération de scientifiques, et particulièrement pour les femmes dans le domaine de la recherche, qui ont énormément à apporter aux découvertes scientifiques. »

Le parcours d’Anne-Marie Mes-Masson est jalonné d’initiatives marquantes qui ont laissé un effet durable sur la recherche en cancérologie. Dès ses études doctorales à l’Université McGill, elle s’est intéressée aux virus oncogéniques, ce qui a façonné sa future carrière. En tant que postdoctorante à l’Université de Californie à Los Angeles, elle a été la première à cloner le transcrit complet de la protéine BCR-ABL, ce qui a ouvert la voie à de nouvelles avancées dans la compréhension de la leucémie myéloïde chronique.

De retour au Québec en 1989, Anne-Marie Mes-Masson a intégré l’Institut du cancer de Montréal et le Département de médecine de l’Université de Montréal, où elle a joué un rôle pionnier dans le développement de biobanques de matériels biologiques issus de patients atteints de cancer. Ces biobanques ont révolutionné la recherche en fournissant des échantillons cruciaux pour le diagnostic et le traitement du cancer.

En 2009, elle a lancé le programme CŒUR, un projet pancanadien consacré à la recherche sur le cancer de l’ovaire. Cette initiative, soutenue par l’Institut de recherche Terry Fox, a permis à plus de 40 équipes de recherche d’accéder à des ressources essentielles pour faire progresser leurs études. Ses contributions ont également été marquantes au sein du Réseau des centres d’oncologie du Marathon de l’espoir, qu’elle co-dirige encore aujourd’hui.

Tout au long de sa carrière, Anne-Marie Mes-Masson a été un pilier du Réseau de recherche sur le cancer du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS). Pendant 20 ans, elle a dirigé ce réseau, qui regroupe plus de 700 chercheuses et chercheurs, et étudiantes et étudiants, contribuant ainsi à l’évolution de la recherche fondamentale, translationnelle, clinique et populationnelle.

Lorsqu’on lui demande l’accomplissement dont elle est la plus fière, Anne-Marie Mes-Masson explique : « Bien que mon laboratoire ait réalisé plusieurs découvertes en recherche fondamentale liées au cancer, je suis particulièrement fière de l’approche collaborative que j’ai favorisée tout au long de ma carrière. Cette approche a permis à la communauté scientifique d’avancer plus rapidement en matière de découverte. Les projets d’envergure tels que l’initiative CŒUR, une étude pancanadienne centrée sur les biomarqueurs dans le cancer de l’ovaire et celui du Réseau des centres d’oncologie du Marathon de l’espoir sont deux exemples de recherche fondamentale et translationnelle qui transforment notre compréhension du cancer et modifient la manière dont ces nouvelles connaissances peuvent être intégrées dans les soins cliniques. »

Anne-Marie Mes-Masson estime qu’il reste encore beaucoup à faire dans son domaine : « À mon avis, un chercheur n’atteint jamais le but ultime de son travail, car chaque découverte ouvre de nouvelles avenues à explorer. Pour les chercheurs en oncologie, l’idéal sera atteint que lorsque tous les cancers seront soit prévenus, soit guéris. Il est évident que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour y arriver. »

Mentore inspirante, elle est déterminée à transmettre son savoir et ses valeurs à la prochaine génération. « Mon héritage repose en grande partie sur les systèmes modèles que nous avons créés et continuons à partager avec la communauté. »

Avec sa passion inébranlable pour la recherche et son engagement pour l’avenir de la science, Anne-Marie Mes-Masson laisse un héritage impressionnant, non seulement par ses découvertes scientifiques, mais aussi par son dévouement à former la relève de la recherche en oncologie.

Noémie-Manuelle Dorval Courchesne

Professeure agrégée au Département de génie chimique de l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les matériaux d’origine biologique, Noémie-Manuelle Dorval Courchesne est une figure de la relève scientifique. Native de l’Outaouais, elle a fait ses études en Ontario et au Massachusetts avant de s’installer à Montréal pour établir sa carrière indépendante en 2017. Lors de son parcours universitaire, elle s’est consacrée à la fusion du génie et de la biologie synthétique, visant à développer des matériaux fonctionnels d’origine biologique pour des applications plus écologiques. Sa motivation principale est le développement durable avec la conviction que les matériaux inspirés de la nature peuvent mener à des technologies propres et intégrées de manière harmonieuse à l’environnement.

« Recevoir le prix Hubert-Reeves représente une reconnaissance fantastique de mes travaux et de mes efforts pour bâtir un groupe de recherche créatif, multidisciplinaire et inclusif. C’est un honneur d’être reconnue par un prix qui porte le nom d’un scientifique passionné par la recherche, la protection de l’environnement et la vulgarisation scientifique. Ces thèmes me tiennent à cœur, et ce prix solidifie ma volonté de m’impliquer dans toutes ces facettes du milieu de la recherche. »

Noémie-Manuelle Dorval Courchesne consacre sa carrière à l’intersection du génie chimique et de la biologie synthétique, une combinaison qui lui permet de repousser les frontières de l’innovation dans les matériaux d’origine biologique. Dès le début de ses études universitaires, elle a plongé dans la recherche, travaillant dans des laboratoires de chimie et de génie biochimique et électrochimique. Cette expérience variée a été la base de ses travaux actuels, qui se concentrent sur trois principaux domaines : la bioélectronique, les bioplastiques et les tissus « intelligents » biodérivés.

Ses recherches sur les protéines qui s’autoassemblent ont contribué à la modification de fibres amyloïdes, dont la résistance mécanique est exceptionnelle, pour leur donner de nouvelles propriétés. Ces protéines sont extrêmement prometteuses pour la fabrication de matériaux avancés en raison de leur capacité à résister à divers environnements tout en étant génétiquement modifiables pour offrir de nouvelles fonctionnalités.

On note également, parmi ses réalisations marquantes, le développement de bioprocédés simples, rapides et peu coûteux pour créer des fibres protéiques. Ces fibres, produites par des bactéries inoffensives, peuvent être utilisées comme biopolymères pour fabriquer des pellicules biologiques, offrant une solution de rechange aux plastiques traditionnels. Ce procédé breveté a comblé un fossé entre la production de protéines en solution et leur utilisation pratique à grande échelle.

« Je suis particulièrement fière d’avoir contribué à la progression des matériaux fonctionnels faits à base de protéines. Les protéines sont traditionnellement employées dans des dispositifs microscopiques; mon équipe et moi avons comblé un fossé permettant la fabrication de matériaux solides ou semi-solides facilement manipulables à une échelle macroscopique. Ces matériaux protéiques pourraient servir [de solutions de rechange] à certains plastiques. »

En matière de bioélectronique, Noémie-Manuelle a lancé un projet d’évolution dirigée de fibres protéiques pour les rendre conductrices d’électricité, en s’inspirant de phénomènes naturels. Ce projet ambitieux implique la collaboration de biochimistes et de physiciennes et physiciens pour produire et isoler des protéines mutantes à haut débit, avec l’espoir de révolutionner le domaine de la bioélectronique.

Son engagement dans la recherche est également soutenu par une solide base de financement, comprenant une subvention de 1,8 M$ du Fonds des leaders John-R. Evans pour l’acquisition d’instruments spécialisés. Ces instruments facilitent la caractérisation avancée des matériaux biologiques, dont peut profiter la communauté scientifique de McGill et de Montréal.

Au-delà de ses contributions scientifiques, cette chercheuse de la relève est une fervente défenseuse de l’équité et de la diversité en génie. Elle sert de modèle pour les jeunes filles intéressées par les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques, et travaille à intégrer des groupes sous-représentés dans ces disciplines. Son implication se traduit également par son rôle de défenseuse de l’égalité, par des participations à des formations et à des conférences pour promouvoir des perspectives pour les femmes en génie.

Et quant à l’avenir, elle souligne : « […] en recherche, il est toujours possible d’aller plus loin. De nouvelles questions surgissent constamment, et de nouveaux objectifs se créent. Dans mon laboratoire, nous avons développé plusieurs procédés innovants, mais il reste encore de nombreux domaines d’application à explorer et de nombreuses façons d’améliorer ces matériaux pour les rendre encore plus performants ou plus écologiques. »

Frantz Saintellemy

Frantz Saintellemy est un entrepreneur, technologue et philanthrope reconnu pour ses contributions majeures à l’innovation au Québec et à l’international. Il est président et chef de la direction de LeddarTech, une entreprise spécialisée dans les solutions logicielles d’intelligence artificielle pour l’aide à la conduite. En 2012, il a cofondé le Groupe 3737, l’un des plus grands centres d’innovation et de démarrage d’entreprises au Canada, qui soutient des entrepreneuses et entrepreneurs issus de la diversité culturelle. Avec plus de 25 ans d’expérience dans le secteur de l’électronique et de l’automobile, ses initiatives ont généré des retombées économiques importantes, créant de nombreux emplois à haute valeur ajoutée et favorisant l’innovation sociale.

Pour lui, recevoir ce prix est bien plus qu’une distinction personnelle : « Ce prix est une reconnaissance et un clin d’œil à tous ceux et celles qui ont cru en moi, notamment ma famille, mes amis proches, mes collaborateurs, mais aussi tous mes collègues. C’est un message d’espoir, pour les jeunes de quartiers marginalisés, qu’au Québec, il est possible d’aspirer aux plus grandes distinctions avec un peu d’audace et le soutien des bonnes personnes. Mais surtout, il ne faut pas avoir peur de prendre des risques et parfois d’échouer. Tant qu’on progresse, il est possible de réussir! »

Né en Haïti, Frantz Saintellemy est arrivé au Québec à l’âge de 7 ans. Il a toujours été animé par une curiosité profonde pour la technologie. Après avoir obtenu un baccalauréat en génie électronique et informatique à l’Université Northeastern, il a entamé sa carrière à Analog Devices dans le secteur des semi-conducteurs. Ses études en gestion à HEC Montréal, son postdoctorat en innovation au MIT-Sloan, ainsi que son MBA (McGill et HEC Montréal) lui ont permis d’acquérir des compétences variées, le conduisant à occuper des postes stratégiques à l’international, notamment la présidence de ZMDI en Allemagne. Lors de l’acquisition de cette entreprise par Integrated Device Technology (Nasda  : IDTI), il est devenu premier vice-président et directeur général de la division automobile et industrielle basée dans la Silicon Valley.

De retour au Québec, Frantz Saintellemy a pris les rênes de LeddarTech avec une mission claire : « Mon objectif est que LeddarTech devienne une entreprise de référence mondiale en matière de logiciels d’aide à la conduite. »

C’est peu après son retour qu’il a cofondé avec son épouse, Vickie Joseph, le Groupe 3737, un organisme à but non lucratif consacré au soutien des entrepreneuses et entrepreneurs issus de la diversité culturelle. Avec plus de 20 millions de dollars d’investissements privés, cet incubateur et accélérateur a accompagné plus de 3 500 entrepreneuses et entrepreneurs à travers le Canada, générant plus de 250 millions de dollars de revenus annuels et créant près de 2 000 emplois.

Frantz Saintellemy explique : « Nous croyons que la réussite vient avec une responsabilité : celle de réinvestir dans sa communauté. Nous le faisons en donnant notre temps, notre savoir et notre argent. Nous sommes le fruit d’investissements humains et financiers, et il est naturel pour nous de redonner ». Aujourd’hui, le Groupe 3737 est un modèle reconnu au Canada pour l’accompagnement des entrepreneuses et entrepreneurs sociaux et commerciaux, avec des retombées économiques dépassant 1,8 milliard de dollars.

En plus de ses rôles à LeddarTech et pour le Groupe 3737, il est chancelier et président du conseil d’administration de l’Université de Montréal depuis 2021 et soutient activement de nombreuses organisations caritatives et éducatives, telles que la Fondation Kanpé, Centraide, le Musée national des beaux-arts du Québec, la Maison d’Haïti, le BCHM, la Mission Old Brewery, le Fonds 1804 pour la persévérance scolaire et plusieurs autres organismes d’aide humanitaire.

« Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir convaincu une communauté d’entrepreneurs de collaborer pour réussir ensemble à travers la création du Groupe 3737. C’est une initiative qui, dès sa fondation en mars 2012, a été entièrement financée par des fonds privés. Cela a permis à de nombreuses personnes de réaliser leurs projets et de transformer leurs rêves en réalités tangibles », confie Frantz Saintellemy avec humilité.

Quant à savoir si Frantz Saintellemy a réalisé tous ses rêves, il répond : « Pour la suite, mon objectif est de faire de LeddarTech la référence mondiale en matière de logiciels d’aide à la conduite. Mais mon plus grand souhait est de voir émerger le prochain Meta, Google ou Tesla d’un entrepreneur du Groupe 3737. Il reste encore tant de possibilités à explorer, et je crois fermement que nous sommes sur la bonne voie pour voir se réaliser des projets incroyables. »