Michel Boivin

Professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le développement de l’enfant de 2004 à 2025 à l’École de psychologie de l’Université Laval, Michel Boivin se démarque par ses recherches novatrices sur le développement de l’enfant. Son approche interdisciplinaire s’appuie sur le suivi longitudinal de grandes cohortes d’enfants et vise à comprendre comment les facteurs environnementaux et génétiques se combinent dès les premières années de vie pour orienter les trajectoires de développement sur les plans affectif, cognitif et social.

Après avoir obtenu un doctorat en psychologie à l’Université Laval, M. Boivin poursuit sa formation avec des stages postdoctoraux à l’Université du Colorado et à l’Université Vanderbilt. À son retour au Québec, il entreprend une carrière universitaire remarquable qui lui permettra de réaliser plusieurs avancées importantes.

Il a notamment été parmi les premiers chercheurs à s’intéresser aux causes et aux conséquences du rejet et de la victimisation par les pairs durant l’enfance. Il a démontré que les premières années de vie jouent un rôle clé dans les trajectoires de développement, et que les interactions entre les caractéristiques individuelles de l’enfant et ses environnements familial, scolaire et social sont essentielles pour comprendre son parcours.

Pour arriver à ces constats, M. Boivin s’est donné comme mandat de suivre le développement d’enfants, dès leurs premières années de vie, et d’évaluer les déterminants génétiques et environnementaux. Il a été un pionnier des études mesurant les caractéristiques biologiques et l’environnement des individus sur une longue période. Il codirige depuis trente ans l’Étude des jumeaux nouveau-nés du Québec, qui suit plus de 1 200 enfants depuis leur naissance. Cette étude lui a permis d’exposer la synergie entre les gènes et l’environnement dans l’émergence de différences individuelles précoces et persistantes sur une variété de traits complexes, notamment l’attention, les comportements sociaux et les habiletés cognitives.

Malgré les avancées importantes des dernières années, beaucoup reste encore à faire, selon lui. « Il est difficile d’envisager la fin de la recherche en développement humain. Nos outils de recherche sont de plus en plus raffinés et ouvrent de nouveaux horizons sur le plan des connaissances. Les récents progrès en génétique humaine et surtout l’étendue des suivis longitudinaux des cohortes québécoises nous permettent maintenant de documenter de façon inégalée la transmission intergénérationnelle de plusieurs dimensions du capital humain et du bien-être. »

M. Boivin se distingue également par un engagement exceptionnel dans la mobilisation des connaissances sur le développement du jeune enfant. Il est directeur de l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants (EDJE), une source d’information unique, actuelle et accessible gratuitement en ligne. Depuis vingt ans, elle mobilise les meilleurs experts internationaux pour produire des synthèses rigoureuses sur des thèmes clés. Plus de 500 synthèses ont d’ailleurs été publiées, puis adaptées en bulletins thématiques et feuillets d’information destinés à divers publics. L’EDJE constitue aujourd’hui l’une des initiatives de diffusion des connaissances les plus influentes dans le domaine de la petite enfance.

Le professeur, qui a accompagné 84 personnes aux études supérieures, souligne avec fierté son apport en matière de formation de la relève. Par son implication, il souhaite leur transmettre le sens de la rigueur, de la collaboration interdisciplinaire et de la responsabilité sociale, des qualités primordiales pour la recherche sur le développement des enfants. « Au-delà des contributions scientifiques, de leur rayonnement et de la mise en place d’infrastructures de recherche conséquentes, ce qui me donne le plus de satisfaction est d’avoir contribué au fil des ans à former une nouvelle génération de chercheurs à la recherche interdisciplinaire en développement de l’enfant et de les voir se déployer avec succès sur la scène nationale et internationale. »

Ses travaux sur le développement humain sont parmi les plus cités dans le monde et exercent une influence marquante qui traverse les années. Il a présenté plus de 500 communications scientifiques à l’international en plus de publier trois livres et plus de 430 articles. Ses réalisations ont été saluées par de nombreuses distinctions, dont le prix Adrien-Pinard de la Société québécoise pour la recherche en psychologie en 2009, le prix Thérèse-Gouin-Décarie de l’Acfas en 2020 et la médaille Innis-Gérin 2026 de la Société royale du Canada, dont il est membre depuis 2009.

Pour l’ensemble de son œuvre scientifique, pour sa contribution au mieux-être des enfants et de la collectivité et pour son influence durable sur les connaissances dans ce domaine, il mérite pleinement le prix Léon-Gérin, qu’il accepte avec « fierté, gratitude et espoir ».

 

Mathieu Lapointe

Reconnu pour ses recherches environnementales innovantes, Mathieu Lapointe est à l’origine de plusieurs avancées scientifiques dans le domaine de la protection des eaux. Professeur et chercheur à l’École de technologie supérieure (ÉTS), il veille à préserver les ressources hydriques du Québec et à renforcer la résilience environnementale. Il est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la protection des eaux et de la Chaire en traitement des eaux de l’ÉTS, cotitulaire de la Chaire FRQ-AdapT pour la gestion des eaux de ruissellement ainsi que directeur et fondateur du Laboratoire de génie des eaux à l’ÉTS. Ses travaux de recherche font du traitement des eaux une priorité pour la santé, le climat et la biodiversité. Ils sont soutenus par trois ministères au Québec de même que plusieurs villes et entreprises, bénéficiant de subventions qui totalisent plus de 7 millions de dollars.

Après l’obtention de son doctorat en génie civil et de l’environnement à Polytechnique Montréal en 2018, M. Lapointe a poursuivi ses recherches postdoctorales en génie chimique à l’Université McGill jusqu’en 2022. Il a développé des approches intégrées combinant de nouveaux matériaux avancés, des procédés ultraperformants et des stratégies d’implantation réalistes, qui ont fait l’objet de publications dans la prestigieuse revue Nature Sustainability.

Le chercheur se distingue par sa capacité à proposer des solutions non seulement théoriques, mais aussi concrètes. Ses travaux ont aidé à augmenter considérablement le taux d’enlèvement des contaminants éternels (PFAS), des microplastiques et des nanoplastiques, sans investissements majeurs en infrastructures. Grâce à cette approche, les municipalités peuvent améliorer leur performance environnementale tout en respectant leurs contraintes budgétaires.

Entre autres réalisations, M. Lapointe a développé une méthode pour quantifier les nanoplastiques dans les eaux usées et traitées, une première à l’échelle mondiale. Cette avancée a permis au Québec d’être parmi les pionniers de la gestion des contaminants. Ses travaux ont d’ailleurs été publiés dans la prestigieuse revue Nature Water. Le scientifique a aussi contribué au développement de la filtration granulaire – une technologie employée pour produire 75 % de l’eau potable au Québec – en créant des médias filtrants perfectionnés qui améliorent la qualité et la sécurité de cette ressource. Sa technologie, brevetée à l’ÉTS en 2025, est mise à la disposition de plusieurs villes et partenaires industriels majeurs au Québec et ailleurs dans le monde.

Ses travaux favorisent également la lutte contre l’une des principales sources de contamination de l’eau au Québec : les eaux agricoles. Il a mis au point de nouvelles technologies peu coûteuses pour les filtrer, une première au Québec. Ses recherches ont mené à la conception d’unités de stockage ultraporeuses à base de verre recyclé modifié chimiquement, permettant à la fois de réduire les inondations en milieu urbain et d’intercepter les contaminants émergents avant leur rejet dans les milieux naturels.

Lapointe est également récipiendaire de 42 distinctions soulignant la qualité de ses travaux et leur pertinence pour la société québécoise. Il a notamment été récompensé par le Prix d’excellence de la relève de l’Université du Québec, deux prix Honoris Genius de l’Ordre des ingénieurs du Québec dans les catégories Développement durable et Relève ainsi que le prix Mitacs pour innovation exceptionnelle. Le prix Hubert-Reeves représente pour lui une belle reconnaissance et une occasion en or de parler d’environnement au Québec. « Comme d’autres chercheurs, ajoute-t-il, je ressens aussi une certaine responsabilité d’obtenir de nouvelles solutions rapidement et des retombées concrètes pour l’environnement. Le temps presse! »

De plus, le professeur accorde beaucoup d’importance à la formation de la relève. Son groupe de recherche à l’ÉTS compte une trentaine de membres actifs. Depuis 2021, il a supervisé plus de 60 étudiantes et étudiants, dont plusieurs occupent un poste contribuant directement à l’amélioration des pratiques de gestion des eaux au Québec. « Ce qui me rend réellement fier, c’est assurément la formation de nouveaux ingénieurs et chercheurs dans le domaine de l’eau. Parvenir à leur faire comprendre l’importance du génie de l’environnement et à leur transmettre ma passion, c’est ce qui est le plus marquant pour moi. » Il a aussi développé un cours consacré aux étudiants aux cycles supérieurs et aux ingénieurs en exercice, leur permettant de faire fonctionner des usines de traitement en intégrant les enjeux liés aux contaminants émergents. À L’ÉTS, il travaille activement à la création d’un nouveau baccalauréat en génie de l’environnement, prévu pour 2029. Toutes ces contributions offrent un large soutien aux municipalités du Québec et les aideront à relever les défis en matière de qualité de l’eau au cours des décennies à venir.

Les recherches de M. Lapointe ont également été mentionnées dans plus de 50 interventions médiatiques. Cette visibilité donne l’occasion de sensibiliser la population québécoise à la problématique des PFAS, des microplastiques et des nanoplastiques ainsi qu’aux limites des infrastructures actuelles de traitement des eaux. Son objectif n’est pas uniquement de transmettre le résultat de ses recherches, mais aussi de vulgariser les enjeux techniques qui influencent la santé des écosystèmes et la qualité de l’eau potable.

Depuis 2021, il a collaboré avec plus de 60 municipalités et entreprises à travers le Québec. Il a fait partie de divers regroupements professionnels et scientifiques, comme le Réseau Environnement, l’American Water Works Association et le Centre québécois sur les matériaux fonctionnels. De plus, il détient plusieurs brevets et a publié plus de 40 articles scientifiques dans des revues de très haut niveau. Son expertise lui a permis de faire des présentations à l’occasion de 60 conférences scientifiques et plus de 150 activités de transfert de technologie auprès de partenaires municipaux et industriels au Québec, en Amérique du Nord et en Europe. Figure très engagée, il participe régulièrement à des ateliers et à des événements destinés aux municipalités pour expliquer l’impact des contaminants et présenter les solutions technologiques disponibles.

Les recherches de Mathieu Lapointe transforment les pratiques de gestion des eaux. Par ses contributions technologiques indispensables, il aide à résoudre les défis posés par les contaminants émergeant au Québec et ailleurs dans le monde.

Nathalie Tufenkji

Nathalie Tufenkji, professeure et titulaire d’une chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les biocolloïdes et les surfaces à l’Université McGill, est reconnue mondialement pour ses contributions en ingénierie environnementale. Ses recherches innovantes dans les domaines de la pollution plastique, de la nanotechnologie environnementale et des matériaux antimicrobiens ont permis de soulever d’importantes problématiques liées à l’environnement et à la santé publique.

Diplômée de McGill et Yale en génie chimique, Mme Tufenkji a mis au point des technologies durables permettant de contrôler la diffusion des contaminants nocifs, de traiter l’eau, de développer des méthodes avancées pour la détection et l’identification de la contamination par les plastiques ainsi que de caractériser le transport et la toxicité des microplastiques dans les environnements naturels. Parmi ses réalisations les plus marquantes figure son modèle de filtration largement cité. Cette contribution est devenue une pierre angulaire de l’enseignement de l’ingénierie environnementale à travers le monde et s’est méritée le prestigieux Outstanding Publication Award de l’Association of Environmental Engineering and Science Professors. Ce prix récompense chaque année un article de référence en ingénierie et en sciences de l’environnement qui a résisté à l’épreuve du temps et influencé de manière significative la pratique dans ces domaines.

Une de ses découvertes les plus connues lève le voile sur le relargage de microplastiques de certains emballages de breuvages en plastique. Cette nouvelle s’est rapidement propagée dans les médias internationaux, motivant des changements dans les procédés industriels et dans les habitudes des consommateurs. La scientifique a également contribué aux recherches antimicrobiennes en montrant que des molécules dérivées de l’érable et de la canneberge peuvent rendre les bactéries résistantes plus sensibles aux antibiotiques. La découverte pourrait aider à réduire la résistance aux traitements causée par la surconsommation d’antibiotiques, une menace qui pourrait provoquer davantage de décès que le cancer d’ici 2050.

Figure exemplaire et source d’inspiration pour les étudiants ainsi que défenseure de l’équité, de la diversité et de l’inclusion, cette pionnière a grandement contribué au soutien des jeunes femmes dans le domaine du génie. Elle encadre activement des femmes scientifiques et des étudiants autochtones en tant que conseillère pour les branches de la Society for Women Engineers et de l’Advancing Indigenous Science and Engineering Society à l’Université McGill. Les stagiaires de son laboratoire ont remporté 100 prix de recherche et 135 bourses, reflétant la qualité de leur travail et du mentorat qu’elle leur offre. « Leur réussite témoigne de la vitalité de notre laboratoire et reste ma plus belle contribution au rayonnement de la recherche scientifique actuelle. »

Les travaux acharnés de Mme Tufenkji dans le domaine de la pollution plastique suscitent de l’intérêt à l’international, comme le prouvent les 30 000 citations générées par ses quelque 190 articles de recherches. Parmi ces derniers, plusieurs ont été publiés dans des revues prestigieuses et cités dans plus de 80 documents politiques. Son article « Microplastics and Nanoplastics in Aquatic Environments: Aggregation, Deposition, and Enhanced Contaminant Transport », fut le plus lu en 2018 dans la revue Environmental Science & Technology. Explorant l’impact des microplastiques et des nanoplastiques dans les eaux, il a été cité plus de 3 000 fois et a été couvert par 3 médias d’actualité et 6 sources politiques.

Grâce à son expertise, la professeure a été invitée à présenter ses travaux à l’occasion de 44 conférences internationales et 70 ateliers, symposiums et séminaires dans de prestigieuses universités telles que Yale, Harvard, l’ETH Zurich et Cambridge. Active et impliquée, Mme Tufenkji a aussi participé à plusieurs activités collaboratives, avec des partenaires universitaires, gouvernementaux et industriels ainsi que diverses institutions du Québec, du Canada et de l’étranger. Elle a notamment dirigé des projets de recherche avec les Producteurs et productrices acéricoles du Québec, Veolia Water Technologies, Kemira Water Solutions et Ocean Spray. Ses recherches en pollution plastique ont incité les organisateurs d’événements politiques d’envergure à solliciter sa participation. Elle a entre autres conseillé la scientifique en chef du Canada sur la pollution microplastique lors d’une table ronde du G7.

Les contributions marquantes de Mme Tufenkji lui ont permis d’accumuler de nombreux prix et distinctions. Elle a d’ailleurs été la première ingénieure au Québec à obtenir la prestigieuse bourse de recherche Dorothy Killam et la première femme de la Faculté d’ingénierie de McGill à occuper une chaire de recherche du Canada. Le prix Marie-Victorin représente pour elle un grand hommage, qu’elle reçoit humblement. « À titre personnel, c’est une validation profonde d’une carrière consacrée à résoudre des questions complexes, souligne-t-elle. Cette reconnaissance honore toute mon équipe et salue le soutien essentiel de mes mentors, de mes collaborateurs et des organismes de financement. »

Son leadership et sa détermination reflètent l’influence qu’elle a eue à travers le monde dans le domaine de l’ingénierie environnementale. Les recherches de Nathalie Tufenkji ont grandement contribué aux avancées scientifiques qui ont eu des retombées positives sur l’environnement et la santé publique.

Julie Desrosiers

Professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval et chercheuse au RAIV, un centre de recherches appliquées et interdisciplinaires sur les violences intimes, familiales et structurelles, Julie Desrosiers a consacré sa carrière au droit criminel et aux droits fondamentaux en lien avec les violences sexuelles et la pénologie. Elle s’est particulièrement concentrée sur l’effet de la justice sur les personnes adolescentes et sur les femmes, faisant valoir que la vision traditionnelle du droit criminel ou de la pénalité mériterait d’être élargie pour mieux prendre en considération leurs besoins.

En près de vingt années vouées à l’enseignement et à la recherche, Mme Desrosiers a contribué à faire évoluer la société et à générer des changements concrets. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2005, a inspiré une modification de la Loi sur la protection de la jeunesse, proposant de nouvelles balises pour l’isolement, les mesures disciplinaires et l’encadrement intensif dans les centres de réadaptation pour jeunes. Autrice, elle a publié plusieurs textes portant sur les violences sexuelles et sur la place des femmes en droit. Sa monographie L’agression sexuelle en droit canadien a notamment reçu en 2010 le prix du meilleur ouvrage de doctrine de la Fondation du Barreau du Québec. Avec le professeur Hugues Parent, elle a aussi cosigné le troisième tome du Traité du droit criminel, cité à des centaines de reprises, y compris dans plusieurs décisions marquantes de la Cour suprême du Canada.

Son parcours a également mené la chercheuse à s’intéresser aux peines communautaires et au développement des mesures de rechange en matière criminelle, dans une optique de déjudiciarisation du traitement de la délinquance. Son équipe de recherche a d’ailleurs contribué, sous la direction de la professeure Catherine Rossi, à implanter le premier Programme de mesures de rechange général pour adultes. Il a permis de remplacer le casier judiciaire de plusieurs milliers d’accusés par une mesure de réparation, au bénéfice d’autant de victimes d’actes criminels. Ce programme est désormais utilisé dans toute la province et est un exemple pour plusieurs pays de la francophonie.

Le rapport Rebâtir la confiance, autre projet marquant de la carrière de Mme Desrosiers, représente un jalon déterminant de l’innovation sociale au Québec en matière de lutte contre les violences sexuelles et conjugales. Elle est très fière de ce projet, auquel elle a participé à titre de coprésidente du comité d’experts et d’autrice principale avec la juge Élizabeth Corte. Le document propose 190 recommandations dans le but de transformer l’accompagnement psychosocial et judiciaire et d’améliorer l’accès à la justice pour les personnes victimes. Il est notamment à l’origine d’initiatives structurantes, comme le déploiement d’un tribunal et d’effectifs policiers spécialisés ainsi que la mise en place de cellules d’intervention rapide pour prévenir les homicides conjugaux. La rigueur et la qualité de la démarche ayant mené au dépôt de ce manuscrit en font une référence officielle pour le gouvernement du Québec.

Mme Desrosiers a caressé plus d’un rêve en matière de recherche. « J’en ai réalisé quelques-uns, souligne-t-elle, dont la restriction du recours aux unités sécuritaires pour les jeunes en protection de la jeunesse, ou l’amélioration de l’accompagnement sociojudiciaire des personnes victimes de violence sexuelle ou conjugale. Je voulais aussi contribuer à « décarcéraliser » la justice et à améliorer les réponses communautaires à la délinquance et, à cet égard, beaucoup reste à faire. Mon idéal était que mes recherches juridiques contribuent à une plus grande justice sociale. »

C’est dans cette optique qu’elle poursuit ses activités d’enseignement et de recherche ainsi que ses engagements dans le domaine du droit. Elle s’assure de transmettre sa passion et ses connaissances auprès de la relève afin de continuer à changer les choses. D’ailleurs, elle encadre et dirige un nombre très important d’étudiantes et d’étudiants, dont plusieurs ont décroché un diplôme avec mention, figurent aux tableaux d’honneur de la faculté ou ont accédé à de prestigieux postes.

À ce parcours déjà impressionnant s’ajoute l’obtention de 24 subventions de recherche, la rédaction de 25 articles dans des revues scientifiques ou juridiques et la publication de 3 monographies, 12 chapitres de livre et plusieurs rapports de recherche majeurs. Elle a aussi à son actif plus d’une centaine de communications scientifiques et des dizaines d’interventions publiques. Au-delà des nombres, ce sont l’excellence et la pertinence des travaux de Mme Desrosiers, ses qualités humaines, son éthique et sa fiabilité qui font d’elle une professeure, une collègue et une femme d’exception.

« Je suis fière de m’inscrire dans la trajectoire de Marie-Andrée Bertrand, que j’ai lue étudiante, et qui m’a inspirée. Comme elle, je sais très bien qu’une seule personne peut nourrir des perspectives d’innovation sociale, mais qu’elle ne peut pas les mettre en œuvre à elle seule. En recevant ce prix, je ressens de la joie, de l’humilité et de la reconnaissance. »

Carl-Éric Aubin

Carl-Éric Aubin, l’une des figures les plus influentes du génie biomédical au Québec et à l’international, cumule plusieurs rôles : professeur titulaire au Département de génie mécanique de Polytechnique Montréal et à l’Institut de génie biomédical; professeur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal; chercheur et conseiller spécial à l’innovation au Centre de recherche Azrieli du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine et directeur de l’Institut TransMedTech. Il a consacré plus de trente-cinq ans à métamorphoser les soins de santé grâce à l’innovation scientifique. Ses travaux ont transformé notre compréhension de la biomécanique de la colonne vertébrale et contribué à améliorer les traitements destinés aux personnes atteintes de déformations rachidiennes.

Diplômé en génie mécanique de Polytechnique Montréal, M. Aubin a obtenu un baccalauréat en 1991, puis un doctorat en 1995, avant de poursuivre sa formation postdoctorale en biomécanique à l’Université du Vermont. Il s’est spécialisé dans le fonctionnement de la colonne vertébrale afin de concevoir des traitements plus efficaces et moins invasifs pour les patients. Ses travaux portent notamment sur la scoliose, les pathologies dégénératives du rachis et le développement de nouvelles approches pour les soins orthopédiques. Grâce à des modèles numériques avancés et à des outils de simulation, il aide à mieux personnaliser les interventions chirurgicales et les orthèses. L’une de ses contributions les plus marquantes est le développement d’une catégorisation tridimensionnelle des scolioses de l’adolescent, la classification 3D SRS-Lenke-Aubin. Cette avancée représente un changement de paradigme en traduisant la complexité des déformations rachidiennes en une classification cliniquement pertinente et exploitable.

Au-delà de ses découvertes, le professeur Aubin se distingue par sa capacité à tisser des liens entre les scientifiques, les cliniciens, les décideurs et les entreprises. Il se dit « particulièrement fier d’avoir contribué à créer et à structurer des écosystèmes inter et transdisciplinaires de recherche et d’innovation en technologies médicales, réunissant durablement des expertises complémentaires autour de défis complexes ». Il est le fondateur et directeur de l’Institut TransMedTech, un modèle d’écosystème transdisciplinaire de recherche ouverte en innovation, qui a soutenu plus de 140 projets de recherche collaborative, mobilisé plus de 120 millions de dollars pour appuyer les initiatives et participé à la formation de plus de 400 étudiantes et étudiants.

Son leadership a aussi été déterminant dans la création du Technopôle en réadaptation pédiatrique du CHU Sainte-Justine, inauguré en 2019. Fruit de plus d’une décennie de travail et d’une vision stratégique ambitieuse, cette initiative a aidé à transformer le milieu pour mieux soutenir la recherche, le développement et l’innovation dans le domaine des technologies de réadaptation pédiatrique. Le chercheur a également contribué à mettre en place le iLab-Spine, un laboratoire international en imagerie et biomécanique du rachis réunissant huit établissements québécois et français. Le iLab-Spine mise sur une approche de mutualisation des expertises et des ressources dans le but d’accélérer les collaborations scientifiques et le transfert des connaissances vers les milieux clinique et industriel.

C’est particulièrement pour souligner le dévouement de M. Aubin à développer des écosystèmes d’innovation que le prix Armand-Frappier 2026 lui est attribué. « J’y vois une reconnaissance du chemin parcouru, mentionne-t-il, mais aussi de cette volonté qui m’a toujours animé de porter des visions nouvelles, de mobiliser autour d’elles et de contribuer à faire évoluer les façons de faire en recherche transdisciplinaire et en innovation. » Cette reconnaissance met également en lumière la force des collectifs et des collaborations durables.

Convaincu que les grandes avancées scientifiques passent entre autres par la formation de la relève, le professeur s’investit depuis le début de sa carrière dans l’enseignement et le mentorat. Il a dirigé plus de 130 personnes aux études et stagiaires au postdoctorat ainsi qu’une quarantaine de professionnels spécialisés, dont plusieurs occupent aujourd’hui des postes dans le corps professoral et les équipes de recherche d’universités de renommée internationale. Il a également joué un rôle crucial dans la création, en 2009 à Polytechnique Montréal, du premier baccalauréat en génie biomédical au Canada. Plus récemment, il a lancé le programme Boost MedTech avec cinq universités québécoises. Ce programme vise à former à l’innovation interdisciplinaire et inclusive, une nouvelle génération de scientifiques capables de relever les défis complexes du secteur des technologies médicales.

Son implication dépasse largement le milieu universitaire. Par son travail, M. Aubin fait rayonner la recherche québécoise sur la scène mondiale. Il est directeur scientifique de la Société de la scoliose du Québec, ancien président de l’International Research Society of Spinal Deformities, fellow de la Scoliosis Research Society et de l’Académie canadienne du génie et membre de nombreux autres conseils scientifiques. Depuis plusieurs années, il participe également aux Entretiens Jacques Cartier, notamment par l’organisation de colloques consacrés aux écosystèmes d’innovation en santé, favorisant le rapprochement entre les milieux de la recherche et hospitalier, l’industrie et les politiques publiques.

L’ampleur de la production scientifique de cet auteur prolifique et détenteur de neuf brevets témoigne de l’influence exceptionnelle de ses travaux. M. Aubin a écrit plus de 340 articles et ouvrages spécialisés, et cumule plus de 12 600 citations scientifiques, ce qui illustre les retombées durables de ses recherches ainsi que leur portée internationale. Il se déplace d’ailleurs à travers le monde à titre de conférencier invité.

Par son leadership rassembleur, sa rigueur scientifique et sa capacité à faire dialoguer le génie, la médecine et l’innovation, il a profondément transformé la recherche biomédicale québécoise. En poursuivant le développement de technologies qui améliorent les soins aux patients et en formant une relève hautement qualifiée, Carl-Éric Aubin façonne une œuvre scientifique et collective qui continuera d’inspirer les générations à venir.

Germain Lamonde

Investir 100 dollars pour se lancer en affaires, et devenir un chef de file mondial des télécommunications : voilà le parcours remarquable de Germain Lamonde. Cet entrepreneur visionnaire a démontré qu’une compagnie québécoise pouvait conquérir la planète tout en demeurant fièrement enracinée ici. Fondateur, président et chef de la direction d’EXFO, il a consacré plus de quatre décennies à bâtir l’une des plus grandes réussites technologiques de l’histoire du Québec. Il est également vice-président du conseil d’administration du Conseil de l’innovation du Québec et membre fondateur du Réseau QG100.

Diplômé en génie physique de Polytechnique Montréal, il obtient ensuite une maîtrise en optique à l’Université Laval, en 1989. En 2011, il termine le programme de gestion de l’Ivey Business School à la Western University. Cette combinaison unique de rigueur scientifique et de vision entrepreneuriale lui permet de transformer une intuition audacieuse en une entreprise de renommée mondiale.

Bien avant que la fibre optique ne devienne l’épine dorsale de l’économie numérique, l’homme d’affaires avait déjà compris son potentiel révolutionnaire. En fondant EXFO en 1985, il a fait le pari que les réseaux de télécommunications s’imposeraient comme infrastructures essentielles du commerce électronique, de l’infonuagique et, plus récemment, de l’intelligence artificielle. Cette vision s’est révélée remarquablement juste.

Sous sa direction, EXFO développe des technologies qui assurent la performance, la fiabilité et la sécurité des infrastructures numériques très critiques en lien avec la fibre domestique, les réseaux sans fil et longue distance, les centres de données et même les câbles sous-marins. Grâce à une exceptionnelle capacité à anticiper les grandes transitions technologiques, l’entreprise accompagne aujourd’hui 95 des 100 plus importants opérateurs de télécommunications de la planète ainsi que l’ensemble des géants du Web.

Convaincu que l’innovation n’a de valeur que lorsqu’elle crée des retombées concrètes, M. Lamonde a investi de manière soutenue en recherche et développement dans le but d’être parmi les premiers à commercialiser les découvertes technologiques. Cette approche a permis à EXFO de devenir le leader mondial dans son domaine et un symbole de l’excellence technologique québécoise.

Son parcours est marqué par une remarquable capacité à saisir les occasions dans un marché hautement concurrentiel et en constante évolution. Sous son leadership, EXFO s’est implantée dans 25 pays et compte aujourd’hui près de 1 400 employés, dont plus de la moitié au Québec. Malgré son expansion internationale, il a choisi de maintenir le siège social de l’entreprise dans la Vieille Capitale, contribuant directement au rayonnement mondial de l’expertise québécoise.

Les origines de la compagnie sont source de grande fierté pour l’entrepreneur. « Fondée dans mon appartement avec seulement 100 dollars, souligne-t-il, EXFO a su développer une culture unique où l’innovation ne se mesure pas en nombre de brevets, mais en parts de marché qu’elle permet de conquérir, et c’est cet esprit d’innovation que je souhaite voir se généraliser au Québec. »

Les retombées économiques de cette réussite sont considérables. EXFO a généré plus de 10 milliards de dollars en exportations et versé près de 3 milliards de dollars en salaires au Québec. L’entreprise a également contribué à bâtir un véritable pôle d’excellence dans le domaine des technologies de validation et de performance des infrastructures numériques critiques. En réunissant des équipes multidisciplinaires issues de plusieurs pays, M. Lamonde a créé un cadre où la recherche, l’innovation et l’expertise en gestion se nourrissent mutuellement.

Persuadé que la prospérité durable repose sur le développement des talents, il entretient depuis le début des liens étroits avec les établissements d’enseignement supérieur. EXFO accueille chaque année des stagiaires, soutient la formation de la relève par l’entremise de bourses d’études et offre à de nombreux ingénieurs et scientifiques québécois l’occasion de lancer leur carrière dans un environnement de calibre international. Il s’implique également comme mentor auprès de jeunes entrepreneurs, notamment à l’École d’entrepreneurship de Beauce et dans le cadre du parcours IME de Québec International. Il y transmet non seulement son expérience, mais aussi sa conviction profonde que le Québec possède tous les atouts pour devenir l’un des territoires les plus innovants au monde.

L’engagement de M. Lamonde dépasse la sphère des affaires. Il a soutenu généreusement l’Université Laval grâce à un don personnel d’un million de dollars consacré à la formation et à l’entrepreneuriat technologique. Il a également versé plus de cinq millions de dollars à Centraide, participé à plusieurs éditions du Grand défi Pierre Lavoie et présidé des campagnes de financement pour la Société canadienne du cancer et Leucan.

Au fil de sa carrière, près de 200 distinctions ont été décernées à EXFO ou à son fondateur, dont le titre d’entrepreneur de l’année au Canada attribué par EY. Ces reconnaissances témoignent de l’ampleur de sa contribution au développement économique, technologique et social du Québec.

Mais au-delà des chiffres, des prix et des succès en affaires, son plus grand héritage réside dans l’inspiration qu’il offre aux générations futures. Il a démontré qu’il est possible de bâtir un champion international de la technologie sans renoncer à ses racines, à ses valeurs ou à son engagement envers sa communauté.

Par son audace, sa capacité exceptionnelle à anticiper les révolutions technologiques et sa volonté constante de redonner à la société, Germain Lamonde a contribué à façonner le Québec moderne. Son parcours incarne le meilleur de l’entrepreneuriat québécois : l’ambition, la résilience, l’innovation et la conviction profonde que les idées d’ici peuvent transformer le monde.

Nada Jabado

Originaire du Liban, la Dre Nada Jabado est une figure de premier plan de la recherche sur les cancers pédiatriques. Elle est reconnue mondialement pour ses travaux sur les tumeurs cérébrales de l’enfant et sur le rôle de l’épigénétique dans le développement d’un cancer. Professeure de pédiatrie à la Faculté de médecine de l’Université McGill, hématologue-oncologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et directrice de programme en oncologie à l’Institut de recherche du CUSM, sa carrière s’oriente vers la recherche, la médecine et l’enseignement.

Mme Jabado a obtenu un doctorat en médecine de l’Université Pierre et Marie Curie en France, avec une spécialisation en pédiatrie, puis un doctorat en immunologie. Elle s’est ensuite spécialisée en hémato-oncologie pédiatrique à Paris, avant de se joindre au Département de biochimie de l’Université McGill pour un stage de recherche postdoctoral. Ce parcours lui a permis de conjuguer expertise clinique et recherche de pointe, une approche caractérisant encore aujourd’hui ses travaux, qui portent principalement sur les tumeurs de l’enfant, leurs causes génétiques et les mécanismes favorisant leur apparition. Elle s’est particulièrement distinguée par ses travaux sur les oncohistones et l’épigénétique, démontrant leur rôle dans différents cancers, comme les tumeurs du cerveau. Ses recherches ont entre autres mis en lumière comment certaines mutations détournent le développement normal des cellules du cerveau.

Dre Jabado a la capacité de faire passer une découverte fondamentale du laboratoire vers la pratique clinique. L’une de ses contributions les plus importantes concerne les gliomes pédiatriques, un type de tumeur du système nerveux central. Ses travaux ont démontré que les gliomes de l’enfant sont distincts de ceux de l’adulte sur le plan moléculaire. Les avancées qui en découlent ont profondément amélioré la compréhension des mécanismes à l’origine de ces tumeurs et ont eu des répercussions directes sur la classification internationale des cancers. En 2021, l’Organisation mondiale de la santé a intégré le génotypage des oncohistones comme critère essentiel pour la classification des gliomes et a reclassifié plusieurs tumeurs cérébrales pédiatriques, en partie grâce aux découvertes de Dre Jabado.

Son approche repose également sur l’importance de mobiliser les milieux de la recherche et des soins. Dès 2015, elle a regroupé des médecins et des chercheurs des quatre centres pédiatriques du Québec afin de réaliser le séquençage à haut débit des tumeurs et de mieux orienter les traitements. Elle a ensuite codirigé plusieurs initiatives, dont les programmes Signature, PROFYLE et ACCESS, qui ont permis d’étendre l’utilisation de cette technique au bénéfice de l’ensemble des enfants et des jeunes adultes atteints de cancer au Canada. Ces efforts ont notamment contribué à l’adoption, par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, d’outils diagnostiques de première ligne pour ces patients, faisant du Québec la première province à intégrer une technologie de séquençage à haut débit.

Mme Jabado joue également un rôle majeur pour structurer la recherche internationale. Elle a créé le Consortium ICHANGE, qui rassemble des chercheurs de plus de 20 pays, dont les travaux ont transformé les connaissances sur la classification et l’origine des cancers étudiés, ouvrant entre autres la voie à des traitements ciblés. Son rayonnement scientifique se mesure aussi à l’ampleur de sa production. En effet, elle compte à son actif environ 300 publications, dans des revues prestigieuses telles que Nature, Nature Genetics, Science, Cell et Cancer Cell, ainsi que plus de 56 500 citations. Elle a également reçu plus de 230 invitations à titre de conférencière lors de congrès internationaux à propos du cancer, des neurosciences et de l’épigénomique.

La formation de la relève occupe aussi une place importante dans son parcours. La professeure participe au comité de gouvernance du programme double MDCM-Ph. D. de la Faculté de médecine de l’Université McGill. Dans cet établissement, elle enseigne à de nombreux étudiants et étudiantes aux cycles supérieurs, dont plusieurs pratiquent maintenant la médecine ou sont chercheurs principaux au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde, aidant à leur tour à développer la recherche biomédicale. « Je suis particulièrement fière d’avoir bâti, au Québec, une équipe reconnue internationalement et d’avoir contribué à former une nouvelle génération de chercheurs et de cliniciens-chercheurs. Les voir aujourd’hui tracer leur propre voie et poursuivre des questions ambitieuses donne tout son sens à mon parcours. »

Ses contributions exceptionnelles lui ont valu plusieurs distinctions. En décembre 2024, elle a notamment été nommée officière de l’Ordre du Canada en reconnaissance de ses travaux au bénéfice des enfants atteints de tumeurs cérébrales partout dans le monde. Remporter un Prix du Québec « est un immense honneur et une reconnaissance qui me touche profondément, souligne-t-elle. Le recevoir au Québec, où j’ai construit ma carrière scientifique et médicale et où mes enfants sont nés et ont grandi, lui donne une signification toute particulière. »

Par sa rigueur, son esprit d’innovation, sa détermination et sa compassion, la Dre Nada Jabado incarne une recherche scientifique dont les retombées ont le potentiel de changer complètement la vie de ses jeunes patients. En faisant progresser la compréhension des cancers pédiatriques, en transformant les pratiques diagnostiques et en formant une nouvelle génération de chercheurs et de cliniciens, elle contribue à améliorer les perspectives offertes aux patients. « Mon rêve ultime reste le même : que nos découvertes nous permettent un jour de guérir tous les enfants et jeunes adultes atteints de cancer, avec beaucoup moins de séquelles. »

Joanne Burgess

Joanne Burgess a contribué de manière significative à la préservation et au rayonnement du patrimoine québécois pendant plus de quatre décennies. Professeure émérite, chercheuse et historienne passionnée, elle a exercé une influence directe sur l’évolution de son champ d’expertise, notamment grâce à ses travaux qui ont servi à créer des ponts entre le monde universitaire et la pratique de terrain, ainsi qu’entre plusieurs disciplines, telles que l’histoire appliquée, la muséologie et la pédagogie. Celle qui est reconnue pour ses remarquables qualités de communicatrice et de rassembleuse a démontré un leadership exceptionnel comme fondatrice, puis directrice, du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal. Véritable pionnière, Joanne Burgess a enrichi les connaissances sur le patrimoine montréalais qui ont favorisé la conservation et la valorisation d’éléments historiques constitutifs de l’identité de la métropole québécoise.

« Lorsque je consulte la liste des lauréates et des lauréats du prix Gérard-Morisset depuis sa création, je ressens un certain étonnement en constatant que je me joins à toutes ces personnes remarquables qui ont contribué au savoir, à la culture et au patrimoine québécois », répond Joanne Burgess lorsqu’on lui demande ce que représente de recevoir ce prix. « Comme historienne, je suis particulièrement touchée et honorée. Il s’agit, je crois, d’une reconnaissance de la place centrale de la discipline historique dans la culture québécoise et de son apport essentiel à la connaissance et à la valorisation de tous les patrimoines. »

Joanne Burgess commence sa carrière en 1981 comme professeure au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), après y avoir fait ses études supérieures. Elle y enseigne jusqu’à sa retraite, en 2023. Spécialiste de l’histoire socioéconomique du Québec et du Canada des 19e et 20e siècles, elle s’intéresse particulièrement aux activités portuaires, au développement de l’industrie de l’alimentation et à la culture ouvrière de Montréal.

En 2006, l’historienne fonde le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, qu’elle dirigera jusqu’en 2025. Cette structure novatrice réunit des spécialistes du milieu universitaire et des personnes issues de divers milieux de pratique, comme des institutions muséales ou encore des organismes en patrimoine et en histoire. Le modèle de gouvernance mis en place permet donc à ces dernières de participer pleinement aux projets en tant que partenaires. Sous la direction de Joanne Burgess, le Laboratoire est à l’origine de nombreuses recherches, expositions et publications, favorisant ainsi la diffusion des connaissances auprès de la communauté scientifique tout autant que du grand public. La lauréate se dit fière « d’avoir développé, avec les partenaires du Laboratoire, des moyens novateurs pour faire rayonner les résultats de [leurs] recherches collaboratives ».

La professeure et chercheuse se démarque aussi par son engagement et sa rigueur dans ses collaborations avec, entre autres, Parcs Canada, Pointe-à-Callière, l’Écomusée du fier monde, le Musée McCord et Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Parmi ses réalisations phares, notons sa riche contribution à la création des expositions Run de lait (2011), Nourrir le quartier, nourrir la ville (2017-2018) et Tranches d’histoire : pain et boulangeries à Montréal (2021-2022), présentées à l’Écomusée du fier monde; Le Plateau de Michel Tremblay (2015), à BAnQ; et Montréal capitale, à Pointe-à-Callière (2023-2024), pour ne nommer que celles-là.

En plus de ses activités d’enseignement, Joanne Burgess a occupé les fonctions de directrice de l’Institut du patrimoine de l’UQAM de 2010 à 2016 et est membre de la Commission de toponymie depuis 2017. Également cochercheuse au sein du partenariat Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940), explorant la genèse et l’évolution des populations francophones sur le continent nord-américain, elle a présenté ses travaux dans le cadre de nombreux colloques nationaux et internationaux. Cette vulgarisatrice hors pair transmet aussi sa passion et son précieux savoir à l’occasion d’interventions radiophoniques, d’entrevues et de conférences.

Considérée comme l’une des plus importantes spécialistes du patrimoine industriel au Québec, Joanne Burgess a contribué à la formation de la relève dans son domaine, pour laquelle elle représente une source d’inspiration grâce à son extraordinaire capacité à concevoir et à mener des projets multidisciplinaires, collaboratifs et novateurs. Les nombreuses distinctions qu’elle a reçues témoignent non seulement de l’excellence de ses travaux, mais aussi de sa grande force mobilisatrice.

Pour la suite, Joanne Burges souhaite « terminer des projets entrepris ces dernières années, mais aussi étudier la réaction de l’État à l’incendie du parlement de Montréal en 1849 et les séquelles juridiques de cet événement. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour se laisser séduire par de nouvelles avenues de recherche! », conclut-elle, enthousiaste à l’idée de poursuivre ses découvertes.

Pierre Séguin

Pierre Séguin contribue à façonner l’identité télévisuelle du Québec depuis plus de 40 ans. De l’humour à la musique, en passant par les émissions de variétés et la captation de grands événements, celui pour qui le 8e art n’a plus de secret a signé plusieurs œuvres marquantes diffusées au petit écran. On lui doit d’ailleurs une part importante du succès de La petite vie, qui demeure à ce jour la série la plus regardée de l’histoire de la télévision québécoise. Grâce à son admirable sens de la mise en scène, appuyé par une maîtrise technique exemplaire, le prolifique réalisateur laissera assurément une empreinte durable sur notre culture avec quelque 200 œuvres réalisées, un legs qu’il continue d’enrichir.

Obtenir le prix Guy-Mauffette ne constitue donc pas une fin en soi à ses yeux. Au contraire, cela représente « une formidable tape dans le dos » qui l’encourage à poursuivre, comme si on lui disait : « Vas-y, continue, t’es bien parti! », se réjouit-il.

Aussi loin qu’il s’en souvienne, Pierre Séguin a toujours voulu être derrière la caméra. C’est sa passion pour l’image, cultivée tout au long de son enfance, qui l’a mené à étudier à l’École supérieure en Art et technologie des médias du Cégep de Jonquière. À sa sortie en 1983, il a notamment occupé les fonctions de monteur et d’aiguilleur avant de devenir officiellement réalisateur en 1987.

Bien que le travail de Pierre Séguin ait été vu par des millions de personnes, l’apport exceptionnel de cet artisan de l’ombre à l’univers télévisuel québécois demeure méconnu du grand public. Et pourtant, de nombreux scénarios, créations et événements culturels mémorables des dernières décennies ont pris forme sous sa direction et ont été portés par sa vision. Il est même un pionnier dans la réalisation de vidéoclips au Québec.

Pierre Séguin a réalisé une foule d’émissions, en différé ou en direct, couvrant à peu près tous les styles. Qu’il s’agisse de séries de variétés, telles que Métropolis (1989-1992), de magazines culturels, comme Studio libre (1992-1993), d’émissions d’humour, de jeux télévisés ou encore du télé-théâtre L’Odyssée, diffusé en 2004, il a abordé chaque projet avec la même rigueur et le même souci de qualité artistique.

En tant que réalisateur des 5 saisons (1993-1998 et 2023) et des spéciales hors saisons (2000, 2002 et 2009) de l’émission La petite vie, sans contredit l’un des plus importants phénomènes culturels de l’histoire de la télévision québécoise, Pierre Séguin a contribué à donner à cette production enregistrée devant public une signature unique qui a marqué l’imaginaire collectif du Québec. L’épisode « Réjean reçoit », diffusé en 1995, a d’ailleurs rassemblé plus de 4 millions de téléspectateurs et de téléspectatrices, un record toujours inégalé.

Au fil des projets, Pierre Séguin, tout en démontrant une polyvalence hors du commun, s’est forgé une solide expertise dans les captations en direct, à tel point qu’il est aujourd’hui considéré comme le spécialiste incontournable des galas télévisés et des spectacles de toute envergure. Certaines des captations parmi les plus inoubliables de ce passionné de musique ont connu un vaste rayonnement, telles que celles du spectacle-bénéfice De concert avec le Saguenay (1996), diffusé en simultané sur 4 chaînes, et du spectacle de Paul McCartney sur les plaines d’Abraham lors du 400e anniversaire de la ville de Québec (2008). Plus récemment, Pierre Séguin a aussi été aux commandes des captations de plusieurs des grands spectacles de la fête nationale de Québec et de Montréal, ainsi que des funérailles nationales de Jean-Pierre Ferland (2024) et de Serge Fiori (2025), 2 monuments de la culture québécoise.

L’engagement du réalisateur maintes fois primé à l’égard de la relève est tout aussi remarquable que ses réalisations. Reconnu pour sa sensibilité et ses qualités de rassembleur, il continue de contribuer à l’évolution de la télévision québécoise, non seulement à travers ses œuvres, mais également par la transmission de son précieux savoir-faire aux jeunes générations de créateurs et de créatrices.

Pierre Séguin se dit particulièrement fier « d’avoir contribué à la diffusion et la connaissance de la culture d’ici » et souhaite « continuer le plus longtemps possible ». « Si je peux perpétuer la volonté de faire connaître notre culture partout dans le monde par le truchement de mes créations, à travers les conférences que je donne aux étudiants et aux étudiantes en communication et en accueillant des stagiaires sur certaines productions, eh bien, je ne vois pas le moment où je prendrai ma retraite… Il y a encore trop à faire! », conclut-il avec enthousiasme.

Marie-Josée Lacroix

Figure incontournable de la promotion du design au Québec, Marie-Josée Lacroix a joué un rôle déterminant dans la reconnaissance de ce domaine pour son apport significatif à la qualité des milieux de vie. Sa nomination à titre de première commissaire au design à la Ville de Montréal, au début des années 1990, fait d’ailleurs d’elle une véritable pionnière, marquant du même coup le début de son influence durable sur le développement urbain et culturel de la métropole québécoise. Tout au long de sa carrière, celle qui a contribué à la désignation de Montréal comme Ville créative de l’UNESCO a porté avec conviction l’ambition de faire rayonner l’excellence québécoise et montréalaise en design, tant au Canada qu’à l’international, grâce à ses réalisations novatrices et inspirantes.

Recevoir le prix Ernest-Cormier représente une double reconnaissance aux yeux de Marie-Josée Lacroix. « D’abord, ce prix confirme la pertinence des actions que j’ai menées, avec mes équipes, sur trois décennies, et leur influence positive sur la qualité de notre cadre de vie, l’attractivité de notre économie et l’affirmation de notre culture. Ensuite, il met en lumière l’expertise souvent méconnue au sein de la fonction publique et sa capacité à porter des missions de manière innovante, avec conviction et dans la continuité. Cette haute distinction représente pour moi un puissant levier et un incitatif à poursuivre mon engagement », fait valoir la lauréate.

Formée en design de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal, puis en bibliothéconomie spécialisée en design et en architecture aux universités McGill et Columbia (New York), Marie-Josée Lacroix devient, en 1991, la toute première commissaire au design de la Ville de Montréal. Son mandat initial, qui était de développer ce secteur, sera élargi, en 2005, avec la création du Bureau du design, dont la mission consistera à stimuler le marché pour les professionnelles et les professionnels, à susciter l’intérêt du public à l’égard de la qualité de l’environnement bâti et à offrir un accompagnement pour la réalisation de projets municipaux en design, en architecture et en paysage. Sous sa direction jusqu’en 2021, le Bureau aura réussi à s’affirmer comme un acteur clé de la promotion d’une culture de la qualité au Québec.

Parmi les réalisations phares de Marie-Josée Lacroix figure la mise en place de concours et d’ateliers de design comme modes alternatifs d’attribution des mandats publics, privilégiant l’innovation et la qualité des projets plutôt que la recherche du plus bas prix. S’y trouvent également la création du programme Commerce Design Montréal pour stimuler la qualité en aménagement commercial, dont le concept a été repris par plusieurs villes du monde; la bourse Phyllis-Lambert, destinée à encourager la relève; ou encore les Portes ouvertes Design Montréal, pour sensibiliser le public aux diverses professions du design. Marie-Josée Lacroix se dit d’ailleurs ravie d’« avoir porté une démarche de nature intrapreneuriale au sein d’une administration publique ».

La désignation de Montréal comme Ville créative de l’UNESCO dans le domaine du design, en 2006, constitue un jalon majeur du parcours professionnel de Marie-Josée Lacroix. Instigatrice de la démarche auprès de l’UNESCO, puis représentante de la Ville de Montréal au sein de ce réseau mondial de villes créatives pendant 15 ans, elle a ainsi contribué à placer le Québec en tant qu’interlocuteur crédible dans les discussions sur le rôle du design dans le développement des villes contemporaines. « Obtenir ce statut constitue un honneur pour Montréal, mais aussi un engagement, celui d’être exemplaire. Nous avons toujours considéré ce titre comme un incitatif à mieux concevoir la ville avec l’expertise des designers, en fait comme un projet ou une aspiration plutôt qu’une consécration. En 2026, année du 20e anniversaire de cette désignation, je constate avec fierté que cette ambition a trouvé un écho durable dans la culture et les politiques municipales », se réjouit Marie-Josée Lacroix. À ce titre, l’adoption, en 2019, de l’Agenda montréalais pour la qualité et l’exemplarité en design et en architecture, constitue l’une de ses réussites exceptionnelles en matière d’intégration des principes de qualité en design dans l’ensemble des pratiques municipales.

Saluée par plusieurs distinctions, la pertinence des initiatives de Marie-Josée Lacroix fait d’elle une chef de file dans son domaine. L’engagement de celle-ci s’étend, en outre, au-delà de l’exercice de sa profession, notamment comme cofondatrice, en 1998, du Festival international de jardins, des Jardins de Métis, ainsi qu’à titre de conseillère spéciale auprès du conseil d’administration du Festival international du film sur l’art depuis 2025 et d’ambassadrice du Collectif des créateurs canadiens depuis 2026.

Aujourd’hui conseillère en stratégies de valorisation du design et de l’architecture, Marie-Josée Lacroix continue à explorer de nouvelles approches et à transmettre ses enseignements.

Sylvain Émard

Pour Sylvain Émard, « la danse, c’est la vie », affirme-t-il en ouverture de Penseur du mouvement de Kevin McIntyre (Office national du film, 2026), un court-métrage soulignant sa réception, plus tôt cette année, du Prix du gouverneur général pour son excellence dans les arts du spectacle. Figure majeure de la danse contemporaine au Québec, l’artiste aurait pu tout aussi bien préciser que c’est sa vie, se disant incapable de « [s’]imaginer une autre vie qu’une vie de danseur et de chorégraphe ». Cet attachement indéfectible et continu à son art transparaît dans toutes les réalisations du créateur et pédagogue, qui se démarque grâce à son riche vocabulaire chorégraphique s’appuyant sur la musicalité des corps. En 45 ans de carrière, Sylvain Émard a travaillé avec passion et talent à l’évolution et au rayonnement de la discipline. Son Grand Continental constitue assurément l’exemple phare de ce qui fait de lui un réel ambassadeur de l’audace et de l’excellence québécoises en danse.

Celui qui se considère comme « un artiste comblé » dit recevoir le prix Denise-Filiatrault « avec une profonde joie, mais aussi avec humilité ». « J’y vois une reconnaissance qui embrasse le parcours de mes réalisations, et cela me touche profondément. Mais je l’accueille également comme une invitation à poursuivre, avec la même curiosité et la même ferveur, mon exploration du mouvement. »

Formé auprès de grands maîtres à Paris, à Tokyo et à Montréal, Sylvain Émard amorce son parcours artistique dans les années 1980. En 1987, il cofonde Circuit-Est centre chorégraphique, lequel modèle s’est révélé novateur dans le domaine de la gestion des arts et de la mise en commun des ressources. Il crée ensuite sa propre compagnie, Sylvain Émard Danse, en 1990.

D’Ozone, ozone (1987), son premier solo, jusqu’aux Champs Magnétiques (2025), en passant par Terrains Vagues (1993), Scènes d’intérieur (2001) et Le chant des sirènes (2017), Sylvain Émard explore la nature humaine au moyen d’une gestuelle précise et raffinée. Aujourd’hui, son répertoire compte plus de 30 pièces originales, qui trouvent un écho au-delà du Québec. L’artiste prolifique a également signé la chorégraphie de l’opéra 1984, mis en scène par Robert Lepage et présenté notamment à Londres et à Milan.

Son œuvre la plus connue demeure Le Grand Continental, présentée pour la première fois en 2009 au Festival TransAmériques, à Montréal. Reproduite sous différentes formes depuis, la chorégraphie de groupe a fait danser plus de 3000 personnes de tous les âges et de toutes les origines dans des lieux publics au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en Europe, jusqu’aussi loin que la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande. Cette proposition inédite, festive et rassembleuse a attiré quelque 125 000 spectateurs et spectatrices au fil des représentations et a été saluée par plusieurs prix et honneurs. Avec cette œuvre monumentale, le chorégraphe de renommée internationale a contribué à démocratiser la danse contemporaine en lui donnant une visibilité exceptionnelle. « Des formes les plus intimistes à celles réunissant de grands ensembles, chaque création a été pour moi une occasion de partager ma passion », mentionne-t-il.

Dans les dernières années, Sylvain Émard a continué de repousser les limites de sa créativité, notamment comme cocréateur de l’installation immersive Chœur (2024), inspirée de son œuvre Prélude #1 : le cercle, ou encore comme instigateur du court-métrage Chorale (2025), immortalisant Rhapsodie. Ses diverses réalisations constituent ainsi autant de façons de réinventer la danse et de faire vivre des expériences artistiques mémorables au plus large public possible.

En plus d’avoir offert une œuvre imposante et variée, qui a voyagé dans plus de 60 villes sur 4 continents, Sylvain Émard a démontré un engagement professionnel remarquable, notamment à titre de coprésident du Regroupement québécois de la danse et cofondateur, en 2011, des Prix de la danse de Montréal. Son action sociale est tout aussi admirable, portée par des réalisations menées avec des personnes vivant avec la maladie de Parkinson, par exemple, ou encore des élèves d’écoles publiques. Doté d’une force mobilisatrice, ce grand créateur, mentor et bâtisseur a contribué à faire reconnaître le Québec comme un pôle majeur de création chorégraphique. Son brillant parcours artistique atteste que la danse n’est pas seulement son art, mais véritablement toute sa vie.

« S’il me restait un rêve à réaliser avant de clore ce parcours, ce serait d’entreprendre une ultime tournée de spectacles à travers tout le territoire du Québec », souhaite Sylvain Émard. « J’aimerais aller à la rencontre du public pour lui dire merci, car c’est lui qui, en soutenant nos institutions culturelles et en assistant à nos spectacles, rend notre travail d’artiste possible. »

Isabelle Clerc

Isabelle Clerc a consacré sa carrière à rendre plus intelligibles les communications écrites en français et destinées au grand public. Professeure à l’Université Laval depuis 1991, où elle a créé des programmes de rédaction professionnelle, elle a contribué à poser les bases de la rédactologie, discipline dont l’objet est l’étude des pratiques de rédaction professionnelle. Elle a fondé le Groupe Rédiger, groupe de recherche dont la mission est de cerner les problèmes qui nuisent à la compréhension communicationnelle à l’écrit pour améliorer son efficacité. Elle a également collaboré à plusieurs ouvrages importants sur la rédaction et la langue, contribuant ainsi à la vitalité du français parlé et écrit au Québec.

La lauréate affirme recevoir le prix Geoges-Émile-Lapalme comme un « immense honneur ». « C’est une grande joie de voir mon travail récompensé. Je suis surtout contente que cela rejaillisse sur toutes les personnes qui y ont participé. Je souhaite que cela contribue à inspirer les prochaines générations », espère-t-elle.

Que ce soit comme professeure, chercheuse, directrice ou vice-doyenne (poste qu’elle a occupé à deux reprises) à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Laval, Isabelle Clerc a toujours placé l’efficacité des communications au cœur de sa pratique. Elle a accompagné plusieurs acteurs publics dans l’amélioration de leurs communications avec la population (l’ex-ministère des Relations avec le citoyen et de l’lmmigration, Retraite Québec, la Société de l’assurance automobile du Québec, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, etc.).

Avec la création du Groupe Rédiger en 1997, elle a participé à une transformation majeure des pratiques de communication de l’État québécois. Elle a amené l’Administration à changer de paradigme : dorénavant, l’État cherche à rédiger les messages qu’il adresse aux citoyennes et aux citoyens de leur point de vue plutôt que du sien. Ce changement constitue une avancée significative dans la relation des ministères et organismes avec le public.

Ce travail a ouvert des voies de collaboration qui ont contribué à faire briller, à l’échelle de la francophonie, l’expertise québécoise en simplification des communications. À travers le groupe de recherche qu’elle dirige, Isabelle Clerc exerce une influence indéniable, avec son équipe, tant sur le terrain que dans des colloques scientifiques internationaux. La chercheuse a ainsi prononcé des conférences à Singapour, en Italie, en Belgique, en Suisse, en France et plus récemment, au Maroc, où elle s’est engagée auprès de l’Agence universitaire francophone et de l’Académie internationale de la francophonie scientifique.

En matière de publication, Isabelle Clerc a contribué à des ouvrages clés dans le domaine de la rédaction, tels que La démarche de rédaction (2000), publication fondatrice en rédactologie; Le français apprivoisé (2004), qui en était à sa 5e édition en 2020 avec plus de 50 000 exemplaires vendus; et De la lettre à la page Web : savoir communiquer avec le grand public (2006), qui constitue encore aujourd’hui une référence pour la fonction publique. Plus récemment, en 2020, elle a dirigé le volet francophone de Discourse and Writing/Rédactologie; mis sur pied, en 2023, Facteurs humains, une revue savante multidisciplinaire en français; puis, en 2025, la Revue québécoise de rédactologie. Ces revues en ligne sont toutes libres d’accès, ce qui correspond au désir d’Isabelle Clerc de rendre la science compréhensible par toutes et tous. Pour soutenir le développement des connaissances et la réussite étudiante aux cycles supérieurs, elle a créé le Centre d’appui à la réussite en lettres et sciences humaines de l’Université Laval.

Depuis plus de trois décennies, la professeure défend avec passion et exemplarité l’importance du français en tant que langue de recherche, de création, de formation et de diffusion du savoir. Lorsqu’on lui demande de quelle réalisation elle est le plus fière, Isabelle Clerc répond : « C’est d’avoir contribué à rendre les communications de l’État plus intelligibles à l’ensemble de la société, ce qui permet à chacun, chacune, quel que soit son bagage, de prendre sa place et de participer à la vie démocratique. » Elle ajoute : « Être compris des personnes à qui on s’adresse exige un effort de clarification, sans quoi la fracture entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas s’aggrave, contribuant ainsi à marginaliser des franges de la population. »

Assurément, les contributions d’Isabelle Clerc ont servi à améliorer la qualité du français de milliers de personnes. Soucieuse que son héritage se prolonge au-delà de son propre parcours, la professeure et chercheuse n’a pas lésiné à soutenir celles et ceux qui sont appelés à poursuivre le travail et à ouvrir de nouvelles voies.

Louise Bessette

Virtuosité, intensité, ferveur : les termes élogieux ne manquent pas pour décrire le talent exceptionnel de la pianiste Louise Bessette. En 45 ans de carrière, cette formidable ambassadrice du répertoire musical contemporain a conjugué avec brio la créativité et l’excellence, qualités qui lui ont permis de devenir l’une des personnalités les plus influentes de la musique de concert, tant au Québec qu’à l’international. Que ce soit en récital solo, avec orchestre de chambre ou comme soliste avec orchestre, la musicienne accomplie interprète chaque œuvre avec cette sensibilité, cette énergie et ce raffinement qui la distinguent, révélant toute sa richesse et sa profondeur. Son impressionnante discographie, tout autant que les captations de ses performances sur scène, témoigne de la diversité et de l’ampleur de son héritage artistique.

Recevoir le prix Denise-Pelletier représente pour Louise Bessette « un très grand honneur et une magnifique reconnaissance », exprime-t-elle. « J’ai le cœur rempli de gratitude envers tous ceux et celles qui m’ont aidée à tracer ma route et à m’épanouir grâce à la musique, de mes tout débuts jusqu’à aujourd’hui. »

Cette route, Louise Bessette la suit depuis l’âge de 5 ans, lorsqu’elle commence l’apprentissage du piano, avant de faire son entrée au Conservatoire de musique de Montréal, en 1971, où ses études seront couronnées de 5 premiers prix. Puis, après 2 années de perfectionnement à New York, la jeune pianiste s’établit à Paris pour poursuivre sa formation. Elle y réside de 1982 à 1996, année où elle revient à Montréal.

Déterminée, Louise Bessette n’a jamais craint les défis que posent les œuvres les plus exigeantes. Fascinée dès l’âge de 17 ans par l’univers du compositeur Olivier Messiaen, elle a trouvé dans cette rencontre artistique l’impulsion qui l’a conduite vers la musique contemporaine. La musicienne s’impose aujourd’hui comme une référence incontournable dans sa discipline grâce à sa maîtrise technique exceptionnelle et à l’attention minutieuse qu’elle porte aux rythmes et aux nuances, suscitant l’admiration du public et de la critique partout où elle se produit. De l’Amérique à l’Asie en passant par l’Europe, Louise Bessette a joué sous la direction de maestros de renom et été acclamée dans les festivals les plus prestigieux. Elle a créé plus d’une soixantaine d’œuvres, dont plusieurs ont été écrites expressément pour elle, et son talent incomparable peut être apprécié sur près de 40 enregistrements. Louise Bessette se dit d’ailleurs particulièrement fière de ses plus récents albums, dont ceux de sa série « Un piano autour du monde », Hommage à François Dompierre (2023), ainsi que Messiaen : quatuor pour la fin du Temps et Grafeneck 10654, tous les 2 parus en 2026, dans le cadre de son initiative Humanité, paix et espoir.

Parmi les moments forts de sa carrière, notons son interprétation de l’œuvre Chute/Parachute, du compositeur québécois Michel Gonneville, qui a connu un retentissement international à la suite de sa présentation à Paris, en 1992. En 2008, la pianiste marquait également les esprits avec son interprétation de l’intégrale des Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus, à l’occasion de l’Automne Messiaen, un événement qu’elle avait organisé pour souligner le centenaire de naissance de son compositeur fétiche. Son interprétation des Planètes du compositeur québécois Walter Boudreau, en 2012, constitue également un jalon important de son parcours. Cette œuvre a été reprise en 2018 à la Société des arts technologiques dans une version enrichie d’éléments visuels, offrant au public une expérience immersive novatrice.

Guidée par sa curiosité et son ouverture, comme en témoigne cette dernière réalisation, Louise Bessette n’a jamais hésité à s’aventurer dans l’exploration de nouvelles formes de diffusion et de médiation musicales, qu’il s’agisse de concerts-tango, de concerts-yoga ou encore de musique de film (Mères et filles, 2009), pour ne donner que ces exemples.

Figure majeure de la musique de concert québécoise et internationale, la pianiste a reçu plusieurs distinctions au cours de sa carrière, dont l’Ordre national du Québec, en 2005, à titre d’Officière. Elle a également contribué à la transmission de son art comme enseignante au Conservatoire de musique de Montréal de 1996 à 2026, donné des classes de maître et participé à de nombreux jurys de concours nationaux et internationaux. Interprète inspirée et inspirante, celle qui démontre une passion insatiable pour la recherche artistique entend continuer avec le même enthousiasme à faire rayonner la musique contemporaine et les talents d’ici dans ses réalisations à venir.

« Mes idées de projets sont foisonnantes! », mentionne Louise Bessette. « J’aimerais, par exemple, revisiter les grands succès de mon répertoire et créer de nouvelles œuvres de compositrices et de compositeurs vivants. J’envisage aussi d’organiser une grande fête musicale en 2031 pour célébrer mes 50 ans de carrière artistique! »

Dany Laferrière

Voix incontournable de la littérature contemporaine, Dany Laferrière est devenu, au fil des 40 dernières années, un véritable pilier de la culture québécoise. Son œuvre, abondamment récompensée, a été traduite, jusqu’à aujourd’hui, en 20 langues. Premier Québécois à avoir été intronisé à l’Académie française, l’écrivain, peintre et cinéaste s’impose de plus en plus comme un esprit universel. En témoignent l’inscription de son nom dans les dictionnaires Larousse, Le Petit Robert, Britannica Universalis, et ses doctorats honoris causa de nombreuses universités dans le monde.

L’écrivain se dit « heureux de recevoir un prix qui se base sur le temps dans un monde où on se précipite sur le dernier venu ». « Je reçois ce prix 40 ans après la sortie de mon premier livre qu’on vient tout juste de rééditer, et cela, malgré son titre. C’est ça, l’esprit Athanase-David : redonner au temps et à l’art de bien faire sa pleine valeur », affirme-t-il.

Dany Laferrière arrive à Montréal en 1976, à l’âge de 23 ans, après avoir été journaliste à Port-au-Prince. Après de nombreux emplois à l’usine, il publie son premier roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, qui connaît un succès foudroyant en novembre 1985. C’est le début d’une carrière littéraire qui ne cessera de briller pour l’auteur prolifique.

L’œuvre de Dany Laferrière, qui compte à ce jour 40 titres, est parcourue de romans à saveur autobiographique, de livres jeunesse et d’essais, dont L’énigme du retour, couronné par le prix Médicis en 2009. D’autres œuvres sont tout aussi marquantes, telles que Tout bouge autour de moi (2010), un récit sobre et bouleversant sur le séisme du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince, et Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo (2015), un roman que l’auteur décrit comme une « longue lettre d’amour de 300 pages au Québec ».

Dans L’art presque perdu de ne rien faire (2011), Dany Laferrière mélange humour, contemplation et réflexions, tandis que son Journal d’un écrivain en pyjama (2013) est conçu comme une main tendue à qui rêve de lire ou d’écrire ou simplement de se laisser bercer par l’aventure. En 2018, il publie un premier roman dessiné, Autoportrait de Paris avec Chat, explorant ainsi de nouvelles façons de donner forme à son inspiration, qui sera suivi de plusieurs autres, dont L’obsession du rouge (2025).

Les thèmes au cœur de l’œuvre de Dany Laferrière sont l’amour, l’enfance, la mort et le caractère intemporel de la littérature. À l’instar du grand écrivain argentin Jorge Luis Borges, avec qui il « converse » depuis plus de 50 ans, celui-ci se définit comme « un lecteur qui écrit » et en fait son art de vivre. De livre en livre, il explore les liens entre la lecture et l’écriture, entrelaçant les fils de la fiction et de sa propre histoire, dans un style qui révèle sa sensibilité, son humour et son érudition, et dans une forme affranchie des cadres des genres littéraires.

Lorsqu’on lui demande de quel aspect de son parcours il est le plus fier, l’auteur répond : « De n’avoir jamais laissé en chemin les images brûlantes de mon enfance, ni Vava dont j’ai fait une métaphore de l’amour, ni Da et sa tasse de café, ni mon chien Marquis, ni ma mère qui traverse Port-au-Prince chaque matin tout en remuant ciel et terre pour que je puisse continuer d’aller à l’école, ni mes tantes », souligne-t-il dans L’odeur du café (1991).

Peu d’auteurs ont autant d’influence que Dany Laferrière sur la littérature québécoise et sa réception à l’international. L’« Immortel » siège à l’Académie française depuis 2015, après son élection en 2013, une première pour un Québécois et un honneur des plus prestigieux qui confirme sa place dans le monde des lettres. Aussi, on ne compte plus les distinctions, reconnaissances et autres prix obtenus tant son œuvre est remarquable, estimée du public comme de la critique. Sa vie et ses écrits ont d’ailleurs inspiré l’exposition Cœur nomade, présentée notamment à New York et à Paris. À Montréal, le nom de la future bibliothèque Cœur-Nomade fait également référence à son œuvre.

Depuis le début de sa carrière, Dany Laferrière brille par son éloquence, sa pertinence et sa générosité. L’écrivain, étudié partout dans le monde, a enrichi la littérature québécoise d’une œuvre exceptionnelle, s’inscrivant dans la lignée de nos plus grands auteurs et intellectuels.

Et comment envisage-t-il la suite? « Avec le temps, mon sang s’est changé en encre. De plus en plus, je m’enfonce dans ce tunnel obscur et, au lieu de chercher la petite lueur qui pourrait m’offrir la sortie, je m’avance vers cette obscurité encore plus compacte. »

Lyne Lapointe

Figure importante des arts visuels au Québec, Lyne Lapointe crée, depuis 45 ans, des œuvres toutes plus originales les unes que les autres, dans un style résolument inclassable. Qu’il relève de l’installation, du dessin, du collage ou de la peinture, son art reflète une audace sans limites, portée par une extraordinaire inventivité et un savoir-faire remarquable. Les thèmes de prédilection de l’artiste? Le corps humain, l’exclusion, l’histoire, la nature et l’environnement, pour ne nommer que ceux-là. Sans contredit, celle que ses pairs qualifient de rebelle a bâti une œuvre singulière et inspirante, expression de son engagement féministe et de son indéfectible détermination.

Pour Lyne Lapointe, obtenir le prix Paul-Émile-Borduas lui « donne une grande force et un regain d’énergie après les nombreuses années de travail et de recherche artistiques ». Elle ajoute : « Sentir le soutien de mes pairs à travers cette reconnaissance a une valeur inestimable! Je les en remercie! »

Lyne Lapointe s’impose comme une artiste parmi les plus prometteuses de sa génération dès le début des années 1980. Titulaire d’un baccalauréat en beaux-arts de l’Université d’Ottawa, elle fait officiellement son entrée dans le milieu des arts visuels québécois avec l’exposition, en 1981, d’une première installation sculpturale (Sans titre, première et deuxième parties) à la galerie France Morin, à Montréal, avant d’amorcer, l’année suivante, une longue collaboration avec sa partenaire, la critique et artiste Martha Fleming, qui se poursuivra jusqu’au milieu des années 1990. Pendant cette période, les deux complices réalisent ensemble des projets colossaux, repoussant les limites de l’art public. Elles ont notamment déployé des installations dans une caserne de pompiers désaffectée, un ancien bureau de poste et un théâtre de vaudeville fermé à Montréal, ainsi que dans un terminus de traversier à New York et un jardin abandonné d’une demeure historique à São Paulo. Leur travail collaboratif est reconnu comme un chapitre marquant dans l’histoire de l’art alternatif, de la pensée féministe et de l’activisme urbain.

Au terme de cette collaboration qui aura duré près de 15 ans, Lyne Lapointe renoue avec la pratique individuelle de ses débuts. En 1996, le parcours singulier de l’artiste prend toutefois un tournant à la suite d’un grave accident. Installée depuis dans la campagne estrienne, où elle vit et crée toujours, celle qui considère l’art aussi comme une science crée un univers riche d’œuvres picturales et de techniques mixtes, alliant son intérêt pour les sources populaires et historiques à sa fascination pour l’imagerie animale et les figures humaines, lesquels témoignent de la résilience admirable d’une femme dont le corps est resté fragilisé en raison de cet accident et, plus tard, de la maladie.

Du cycle La tache aveugle (1995-2002) à ses plus récents tableaux de l’exposition Becoming Animal, présentée à la Jack Shainman Gallery de New York (2025), en passant par l’installation La Clef (2006), les séries Magasin (2013-présent) ou encore Extinctions (2017-2018), Lyne Lapointe a poursuivi son travail de réflexion sur les injustices et les multiples facettes de l’exclusion, tout en approfondissant son exploration des matériaux, faisant d’eux de puissants vecteurs de sens pour donner forme à sa vision du monde.

Tout au long de sa carrière, l’artiste a porté, à travers ses œuvres, un regard original sur l’art et son influence sur la société, grâce auquel elle a reçu plusieurs distinctions. Par son rôle de pionnière de la pratique collaborative in situ dans des édifices abandonnés, ainsi que l’ampleur et l’importance de son œuvre, Lyne Lapointe représente aujourd’hui un pilier des arts visuels au Québec. Ses réalisations font partie de nombreuses collections publiques et plusieurs d’entre elles ont été exposées non seulement au Québec et au Canada, mais également aux États-Unis, au Brésil et en Europe. Un documentaire sur sa vie et son art, intitulé Lyne Lapointe : l’art et la matière (2024), a été présenté au Québec et en France, puis à New York.

Lorsqu’on demande à l’artiste de quel aspect de son parcours elle est le plus fière, elle répond avec humilité : « Ma plus grande satisfaction est d’avoir persévéré, avec l’amour et l’encouragement de mes proches, ainsi que de mes collaborateurs et collaboratrices. » Nourrie par un désir inépuisable de création, Lyne Lapointe entend continuer son exploration artistique le plus longtemps possible. « Plus je vieillis, plus j’ai des idées. Mon œuvre ne se complétera jamais tant que je serai vivante, car il y a trop à dire et à faire! Ma vie, c’est mon art! », s’enthousiasme-t-elle.

Bernard Émond

Au cours des trois dernières décennies, Bernard Émond a façonné une œuvre cinématographique unique, explorant les thèmes de l’espoir, de la fragilité et de la bonté avec une remarquable cohérence stylistique. Si le grand cinéaste, anthropologue de formation, révèle à travers sa filmographie des préoccupations à l’égard de la perte des repères culturels et de l’effritement des valeurs éthiques dans un Québec en mutation, il le fait toujours avec nuance et intelligence. Rien n’est tout noir ni tout blanc dans l’œuvre de Bernard Émond, dont la démarche artistique s’écarte largement des courants dominants du cinéma contemporain. Chacun de ses films, qu’ils soient documentaires ou de fiction, est porté par une écriture scénaristique précise et une réalisation soignée, lesquelles font la part belle à l’émotion, aux silences et à la sobriété, invitant à la réflexion.

Lorsqu’on lui demande ce que représente pour lui de recevoir un Prix du Québec, le cinéaste répond : « Depuis ma jeunesse, j’ai admiré les grands du cinéma québécois, tels que Michel Brault et Pierre Perrault, qui ont reçu le prix Albert-Tessier. D’un côté, je me sens comme un enfant qu’on admet à la table des adultes, mais en même temps, à 75 ans, je peux dire : “Voilà. J’ai bien travaillé.” »

C’est en 1992 que Bernard Émond amorce sa carrière de cinéaste avec un premier documentaire intitulé Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces, après avoir travaillé quelques années dans le Grand Nord comme formateur à la télévision inuit. Quatre autres suivront, soit L’instant et la patience (1994), tourné dans la résidence de personnes aînées où sa mère est décédée, La terre des autres (1995), L’épreuve du feu (1997) et Le temps et le lieu (2000), sur la disparition de la culture paysanne traditionnelle québécoise.

Avec La femme qui boit (2001), puis 20 h 17, rue Darling (2003), le scénariste et réalisateur inaugure une œuvre de fiction puissante, qui se distinguera comme l’une des plus riches et brillantes du cinéma québécois. Considéré comme le point culminant de la cinématographie de Bernard Émond, le triptyque La neuvaine (2005), Contre toute espérance (2007) et La donation (2009), inspiré des vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité, a connu un succès tant auprès de la critique que du public. Saluée pour sa profondeur, cette trilogie, déployée autour du refus de la résignation, traduit avec finesse le regard acéré que le cinéaste pose sur le monde actuel et l’empathie qu’il éprouve pour les êtres qui y évoluent.

Avec Tout ce que tu possèdes (2012), Le journal d’un vieil homme (2015), Pour vivre ici (2018) et sa plus récente offrande, Une femme respectable (2023), Bernard Émond a continué de créer des films exigeants, portés par une esthétique épurée, où la quête de sens et la dignité occupent une place centrale. « Film après film, j’ai essayé de m’approcher de quelques vérités humaines », mentionne-t-il. « Avec les comédiens et les techniciens, j’ai essayé de trouver la vérité d’une émotion, d’une intonation, d’un geste, d’un décor, d’une lumière, bref, de tout ce qui fait que, devant une scène réussie, on peut se dire : “C’est ça!” »

L’œuvre de Bernard Émond témoigne aussi de son profond attachement aux régions du Québec, qu’il a filmées sur tout le territoire, de l’Abitibi à la Côte-Nord, en passant par Trois-Rivières et Sainte-Anne-de-Beaupré. Elle compte une centaine de sélections dans les festivals et une soixantaine de récompenses et de nominations. En outre, le cinéaste a contribué à faire rayonner le talent de comédiens et de comédiennes d’ici, dont plusieurs ont reçu de prestigieuses distinctions en reconnaissance de la justesse de leur interprétation. Bernard Émond est également l’auteur du scénario de Ce qu’il faut pour vivre (2008), réalisé par Benoît Pilon, ainsi que de plusieurs essais et nouvelles littéraires.

Comment entrevoit-il la suite? « Peut-être me reste-t-il quelques textes à écrire, mais j’ai bel et bien fait mon dernier film », tranche-t-il, avant de nuancer : « Évidemment, si on m’offrait un budget sur un plateau, je pourrais difficilement refuser tant j’ai aimé ce métier… »

Par sa sensibilité et la cohérence de sa démarche artistique, celui qui se définit comme un « socialiste conservateur » sur le plan philosophique s’impose comme une référence majeure du cinéma québécois des dernières décennies. Depuis le début des années 1990, Bernard Émond a enrichi le répertoire cinématographique du Québec d’œuvres marquantes, caractérisées par un rythme contemplatif, un souci méticuleux des détails et une véritable humanité. Son intégrité artistique fait de lui un créateur résolument à part.

Nadia Myre

Depuis trois décennies, Nadia Myre enrichit le domaine des arts visuels au Québec grâce à ses œuvres à la fois brillantes et touchantes, qui révèlent un attachement fort à ses racines autochtones et une grande sensibilité aux questions liées à l’identité, au langage, aux rapports de pouvoir, ainsi qu’aux blessures humaines et à leur cicatrisation. Suivant une démarche artistique qui se distingue par son caractère collaboratif et ses formes d’expression novatrices et variées, cette artiste multidisciplinaire de la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg a contribué significativement à faire évoluer les perceptions de l’art autochtone contemporain.

Recevoir le prix Paul-Émile-Borduas à ce moment-ci de sa carrière « est un grand honneur », mentionne Nadia Myre. « Cela reconnaît non seulement le parcours de ma pratique, mais aussi les racines qui l’ont nourrie. Je pense en particulier à mon père, Robert Myre, dont la profonde conviction à l’endroit de la culture et l’engagement politique ont contribué à façonner la personne et l’artiste que je suis devenue. Je sais qu’il serait fier de voir cette reconnaissance, qui honore le travail que j’ai accompli – et que je poursuis – pour maintenir une pratique qui rassemble mes héritages algonquin et québécois. »

Dès ses premières œuvres au début des années 2000, Nadia Myre développe un langage visuel et conceptuel très personnel, mêlant habilement l’intime et le politique. À travers sa production artistique, elle suscite le dialogue et la réflexion sur l’identité autochtone et la transmission culturelle, comme dans History in Two Parts (2000) et la vidéo Portrait in Motion (2002), où l’artiste fait du canot un symbole de sa double identité algonquine et québécoise. En parallèle, elle propose, avec son projet Indian Act (2000-2003), rien de moins qu’une réinterprétation des 5 premiers chapitres de cette loi canadienne datant de 1876 au moyen de la technique du perlage. Cette œuvre colossale et percutante, réalisée grâce à la contribution de quelque 250 personnes, est considérée comme une référence incontournable en arts visuels au Québec comme à l’international.

Après cette période d’exploration de sa culture traditionnelle, Nadia Myre s’engage dans une réflexion sur la mémoire et la guérison collectives, notamment dans sa série The Scar Project (2005-2013), pour laquelle elle sollicite de nouveau la collaboration de participantes et de participants. Ce projet de longue haleine a mené à la couture de près de 1400 cicatrices, comme autant de témoignages de douleurs individuelles, déployées dans une perspective universelle. L’installation est exposée en permanence au Musée national des beaux-arts du Québec.

Dans les années 2010, l’artiste montréalaise montre un intérêt grandissant pour l’engagement communautaire, notamment dans A Casual Reconstruction (2015), une œuvre à cheval entre le théâtre et l’art vidéo, et Code Switching and Other Work (2018), qui consiste en un assemblage de fragments de pipes trouvés dans la Tamise. Elle intégrera par la suite la photographie et le numérique dans sa pratique, comme dans [In]tangible Tangles (2021), constituée d’images retravaillées de mocassins rappelant la triste découverte de 215 dépouilles d’enfants à l’emplacement d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique.

C’est d’ailleurs dans la suite de cette nouvelle approche que s’inscrit l’exposition Tout geste est/et politique. Nadia Myre, Robert Myre & Molinari (2024), dans laquelle l’artiste met en relation l’engagement de son père, la pratique artistique de Guido Molinari et sa propre démarche à travers une juxtaposition d’archives familiales et d’œuvres contemporaines. 

La volonté de Nadia Myre de promouvoir le patrimoine autochtone s’étend aussi à l’art public. Parmi ses œuvres les plus en vue, Dans l’attente… While Waiting (2019), inspirée d’une reproduction du traité de la Grande Paix de Montréal de 1701, s’impose comme un point de repère à l’entrée de la métropole depuis l’autoroute Bonaventure. 

Récompensée par de nombreux prix, celle pour qui la création a d’abord servi à se réapproprier sa culture traditionnelle est devenue un véritable modèle de la valorisation des cultures autochtones à travers l’art. Son œuvre occupe aujourd’hui une place majeure dans les collections des plus importantes institutions culturelles du Québec et du pays. Le Musée des beaux-arts du Canada a d’ailleurs présenté, en 2025, une rétrospective de son riche parcours artistique, de même que de nouvelles œuvres créées en France, dans l’exposition Nadia Myre. Vagues du désir.

Nadia Myre se dit particulièrement fière de cette exposition. « Ce projet a été significatif puisqu’il a permis de voir l’évolution de mon parcours dans son ensemble, de tisser des liens entre mes premières œuvres et mes projets plus récents, et de mettre en lumière les thèmes de la mémoire, de la résilience et du dialogue culturel qui continuent d’orienter mon travail », explique-t-elle, en souhaitant que sa pratique « continue d’ouvrir des possibilités de réflexion, de connexion et de transformation, bien au-delà de chaque projet individuel ».

Francine Bernier

Francine Bernier compte parmi les personnalités les plus influentes du milieu culturel québécois. À la tête de l’Agora de la danse depuis 33 ans à titre de directrice générale et artistique, cette passionnée des arts vivants a su transformer ce lieu en un pôle incontournable de création, d’innovation et de diffusion en danse contemporaine. Très nombreuses sont d’ailleurs les personnes à saluer sa vision ambitieuse et audacieuse, de même que son apport précieux comme bâtisseuse. Et pour cause : grande rassembleuse, animée d’une détermination sans faille, elle a joué un rôle majeur dans le développement et le rayonnement de la danse tant à Montréal et au Québec qu’à l’international, et elle continue d’y œuvrer avec une constante vivacité.

Francine Bernier dit recevoir le prix Denise-Filiatrault comme une reconnaissance de l’importance du métier de gestionnaire en culture. « Ce prix reconnaît la valeur du travail que nous faisons pour soutenir la création québécoise, s’exprime-t-elle. Il honore aussi, à travers moi, tous ceux et celles qui s’affairent quotidiennement à ce que la création artistique puisse s’épanouir dans les meilleures conditions possibles. »

Dès le début de sa carrière dans les années 1980, Francine Bernier se consacre au développement des arts de la scène, d’abord comme travailleuse en théâtre jeunesse, notamment à la Nouvelle Compagnie théâtrale (l’ancêtre du Théâtre Denise-Pelletier), au Théâtre de l’Œil et au Festival québécois de théâtre pour enfants. Elle se spécialise par la suite dans le théâtre pour adultes, alors qu’elle occupe un poste de gestionnaire au Centre des auteurs dramatiques, puis de conseillère en théâtre au Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal, avant de mettre son expertise au service des institutions reconnues que sont le Théâtre d’Aujourd’hui, ESPACE GO et Espace Libre, où elle agit à titre de coordonnatrice.

Lorsque Francine Bernier prend la barre de l’Agora de la danse en 1992, elle hérite d’un lieu où tout est à bâtir pour assurer sa pérennité et son développement, un défi qu’elle relèvera avec brio grâce à son remarquable leadership et à sa forte capacité à innover dans la recherche de solutions. Endossant simultanément les fonctions de directrice générale et de directrice artistique, elle démontrera une habileté prodigieuse à conjuguer rigueur administrative et vision artistique, s’employant à créer un lieu plus dynamique et accueillant, d’abord et avant tout au service des artistes et de leur inventivité. Elle se dit d’ailleurs particulièrement fière d’œuvrer à « soutenir le développement du travail d’artistes québécois, que ce soit en théâtre ou en danse ».

Pour concrétiser ses visées, celle qui ne manque pas d’ambition ni de ténacité opérera, de 2013  à  2017, le déménagement de l’Agora de la danse de la rue Cherrier vers l’édifice Wilder, au cœur du Quartier des spectacles, faisant de l’organisme culturel montréalais l’institution phare de création et d’innovation en danse que l’on connaît aujourd’hui. Cette importante réalisation témoigne sans contredit de l’aptitude exceptionnelle à convaincre et à mobiliser de cette pionnière visionnaire. 

Si l’Agora s’est imposée comme un pilier de la danse contemporaine sous la gouverne de Francine Bernier, accueillant quelque 370  productions, dont une majorité d’œuvres du Québec, elle doit aussi son essor à l’engagement de sa directrice à développer des partenariats artistiques durables avec des institutions, des compagnies ou encore des festivals d’un peu partout dans le monde, notamment de France, de Catalogne, de Belgique, d’Italie et du Japon. En favorisant ainsi l’établissement de ponts entre les cultures, Francine Bernier contribue, depuis le début de son mandat, à renforcer significativement le rayonnement international de la danse contemporaine québécoise.

« La visibilité du travail des créateurs et des créatrices en danse est un défi », reconnaît-elle. Ce qu’elle souhaite par-dessus tout est « que leurs spectacles soient accessibles sur l’ensemble du territoire québécois et que plus de gens puissent découvrir la richesse de la danse québécoise, notamment dans les régions éloignées des grands centres urbains ».

Travailleuse de l’ombre dotée à la fois d’un franc-parler et d’une admirable capacité d’écoute, Francine Bernier incarne un modèle remarquable de gestionnaire culturelle. Grâce à ses initiatives novatrices, à son esprit de collaboration et à sa profonde compréhension des enjeux artistiques et politiques, elle a contribué concrètement à revitaliser l’écosystème de la danse contemporaine québécoise et, encore aujourd’hui, participe à le faire briller plus que jamais. 

René Provost

René Provost est une figure incontournable du droit international, reconnu pour ses travaux novateurs sur la protection des droits de la personne en temps de guerre. Professeur à la Faculté de droit de l’Université McGill et titulaire de la Chaire James McGill sur la justice au-delà de l’État, il a redéfini la compréhension des normes juridiques dans les conflits armés. Membre élu de la Société royale du Canada et avocat émérite du Barreau du Québec, il a influencé considérablement par ses recherches la jurisprudence internationale et les pratiques des organisations non gouvernementales.

« Il m’est arrivé d’avoir des doutes quant à l’utilité de consacrer tant d’années à tenter de changer, par l’entremise du droit, la réalité apparemment irrépressible de la guerre dans la vie humaine, de penser que j’aurais mieux fait de travailler sur des questions juridiques plus immédiates ou encore de me joindre à une organisation humanitaire qui agit sur le terrain. Recevoir le prix Léon-Gérin, c’est la validation qu’une recherche peut contribuer à combattre l’arbitraire de la violence de la guerre », confie-t-il avec humilité.

Le parcours de René Provost est jalonné de contributions qui ont transformé le droit international. Après avoir obtenu un doctorat de l’Université d’Oxford, il a été le premier juriste à analyser systématiquement l’interaction entre le droit international humanitaire et le droit international relatif aux droits de la personne en période de guerre. Son ouvrage phare, International Human Rights and Humanitarian Law (2002), est devenu une référence incontournable : plus de 600 livres et articles s’y réfèrent, et il a directement influencé la jurisprudence du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

Faisant preuve d’une audace intellectuelle remarquable, il a ensuite exploré l’interaction entre les normes culturelles locales et le droit pénal international. Ses recherches ont culminé avec la publication de Rebel Courts: The Administration of Justice by Armed Insurgents (2021). Cet ouvrage, qui a reçu le prestigieux Certificate of Merit de l’American Society of International Law, est la première étude approfondie des systèmes judiciaires mis en place par des groupes armés non étatiques. Ses travaux soutiennent activement des ONG, comme l’Appel de Genève, dans leurs efforts pour encourager ces groupes à respecter le droit international.

Ce dont il se dit le plus fier, c’est d’avoir « mené des recherches qui vont au-delà de l’évidente horreur de la guerre pour mettre à jour des dynamiques de violence et de résilience sur lesquelles peuvent agir les normes du droit international. Rien de plus facile que de tomber dans le cynisme et le fatalisme face à la guerre; à défaut de découvrir un moyen de l’éradiquer, il faut continuer à œuvrer pour changer par le droit les pratiques et les discours pour amenuiser progressivement l’injustice de la guerre. » René Provost poursuit son engagement pour une justice plus inclusive. Ses recherches actuelles, menées en collaboration avec des partenaires autochtones, visent à établir les bases constitutionnelles d’une administration de la justice par des tribunaux autochtones appliquant les traditions juridiques autochtones.

Fondateur du Centre sur les droits de la personne et le pluralisme juridique de McGill, il a supervisé plus de 80 étudiantes et étudiants à la maîtrise et au doctorat, créé un programme de stages internationaux en droits de la personne conférant une expérience de terrain auprès d’ONG et de tribunaux dans toutes les régions du monde, et fondé la Clinique de justice internationale de McGill, qui permet à des étudiantes et étudiants de contribuer concrètement aux travaux de tribunaux internationaux. Par ailleurs, son engagement pour soutenir les travaux de chercheuses et chercheurs francophones en droit international est tout aussi notable. L’Annuaire canadien de droit international est devenu sous sa direction la publication en français la plus influente de son domaine.

« J’ai fait mes premiers pas dans le droit des conflits armés en travaillant comme avocat bénévole pour Human Rights Watch au début des années 1990, sur un projet autour de la famine comme arme de guerre. Trente-cinq ans plus tard, la question reste tristement autant d’actualité. C’est un exemple parmi tant d’autres dont on pourrait déduire que tout reste à faire, que l’effort est vain. Ma conviction, au contraire, est que les règles inscrites dans les Conventions de Genève et même les idéaux de la Déclaration universelle des droits de l’homme ont un impact sur certains acteurs dans certains contextes. Cela se traduit par des choix qui font la différence entre la vie et la mort pour des milliers d’individus. »

En formant une nouvelle génération de juristes critiques et engagés, et en continuant à explorer des terrains juridiques complexes, René Provost laisse un héritage durable, marqué par la rigueur, l’innovation et un profond sens de la responsabilité sociale.

Richard Boudreault

Scientifique et entrepreneur visionnaire, Richard Boudreault est un pionnier de l’innovation technologique au Québec. Son parcours exceptionnel, qui s’étend des nanotechnologies à la robotique spatiale, illustre sa capacité unique à transformer des avancées scientifiques en entreprises prospères et en solutions concrètes aux grands défis sociétaux. Professeur associé à Polytechnique Montréal et à l’Université de Waterloo, il est également Fellow de la Société royale du Canada, de l’Académie canadienne du génie et de l’Académie mondiale des arts et des sciences.

Physicien professionnel avec une formation en génie de l’Université Cornell, Richard Boudreault possède un MBA ainsi qu’une maîtrise et un doctorat de l’Université de Sherbrooke en environnement et durabilité Il a bâti sa carrière à l’intersection de la science, de l’entrepreneuriat et de l’engagement social. Détenteur de plus de 120 brevets internationaux et auteur de 136 publications scientifiques, il illustre avec éclat ce qu’il qualifie lui-même de trajectoire guidée par la conviction que « la science et la technologie doivent servir le bien commun. Ce prix Lise-Watier souligne l’importance de bâtir des ponts entre disciplines, entre savoirs autochtones et scientifiques, entre le monde académique et l’action sur le terrain. »

Sa carrière est une illustration remarquable du lien entre la science et l’entrepreneuriat. Il a fondé ou dirigé une vingtaine d’entreprises technologiques, créant des milliers d’emplois. Parmi ses premières réussites, HumanWare a développé des aides technologiques améliorant l’autonomie de milliers de personnes malvoyantes. Il a ensuite fondé Mechtronix, une entreprise de simulateurs de vol qui a créé 450 emplois avant d’être acquise par Textron puis CAE, démontrant sa capacité à bâtir des fleurons industriels.

Son esprit entrepreneurial l’a conduit à explorer des domaines variés avec un succès constant. Avec Orbite Aluminae, il a introduit des procédés de chimie verte pour le traitement durable de l’alumine. Plus récemment, sa société Awn Nanotech a mis au point une technologie capable d’extraire de l’eau potable de l’atmosphère, déjà en phase de commercialisation avec des partenaires comme Soprema et Amazon. Il a également développé des nanomatériaux conducteurs pour la sécurité aérienne et participé au développement du robot spatial Dextre, utilisé par la Station spatiale internationale. Il confie : « Ce qui me rend le plus fier, c’est d’avoir créé des entreprises et des centres de recherche qui traduisent des découvertes scientifiques en solutions concrètes pour le public, l’environnement et le climat. De la captation de GES à la production d’eau potable dans les communautés isolées, en passant par l’utilisation de technologies spatiales pour surveiller le pergélisol ou la déforestation, j’ai toujours cherché à relier science, impact économique et justice environnementale. »

Richard Boudreault ne se contente pas de créer des entreprises, il bâtit des écosystèmes d’innovation. Premier chef de la direction du Centre de technologies aérospatiales, il y a formé des générations de scientifiques en aérospatiale. Pendant 25 ans à l’Institut national d’optique, il a contribué à la création d’entreprises dérivées, comme EXFO et TeraXion, et a dirigé la création ou le codéveloppement de 10 centres de recherche internationaux.

Acteur influent, il a conseillé le gouvernement sur la stratégie spatiale canadienne et siège à la gouvernance de multiples institutions. Il préside le comité d’audit de l’INRS, où il a contribué à l’implantation de l’usine de vaccins Moderna à Laval, et il s’engage auprès des communautés autochtones et nordiques grâce à son rôle de président du conseil d’administration de l’Université des Premières Nations du Canada et de vice-président du Collège Aurora. Il préside également les conseils consultatifs de l’Institut de recherche Aurora et du centre BIOS², consacrés à la recherche en écologie arctique.

Aujourd’hui, il est président et chef de la direction d’Awn Nanotech, directeur des technologies chez Auxico pour la purification de terres rares, et scientifique en chef chez CSMC pour les technologies spatiales et l’énergie nucléaire. Son engagement à l’égard du développement durable se manifeste notamment à travers son projet d’afforestation au Bas-Arctique. Il raconte : « Mon rêve initial était de devenir astronaute. Finaliste en 1983, j’ai dû renoncer au vol habité pour des raisons de santé. Mais j’ai réalisé un rêve plus vaste : mon vaisseau spatial est devenu la planète elle-même. Mon idéal demeure : restaurer les équilibres fondamentaux de notre monde. »

Lauréat du prix Lionel-Boulet en 2023, du prix George E. Pake de l’American Physical Society en 2018, détenteur de la médaille d’or de la Société géographique royale du Canada et chevalier de l’Ordre des Palmes académiques en France en 2019, Richard Boudreault incarne un modèle d’innovation durable dont les retombées économiques, scientifiques et humaines rayonnent au Québec et dans le monde.