Pour Sylvain Émard, « la danse, c’est la vie », affirme-t-il en ouverture de Penseur du mouvement de Kevin McIntyre (Office national du film, 2026), un court-métrage soulignant sa réception, plus tôt cette année, du Prix du gouverneur général pour son excellence dans les arts du spectacle. Figure majeure de la danse contemporaine au Québec, l’artiste aurait pu tout aussi bien préciser que c’est sa vie, se disant incapable de « [s’]imaginer une autre vie qu’une vie de danseur et de chorégraphe ». Cet attachement indéfectible et continu à son art transparaît dans toutes les réalisations du créateur et pédagogue, qui se démarque grâce à son riche vocabulaire chorégraphique s’appuyant sur la musicalité des corps. En 45 ans de carrière, Sylvain Émard a travaillé avec passion et talent à l’évolution et au rayonnement de la discipline. Son Grand Continental constitue assurément l’exemple phare de ce qui fait de lui un réel ambassadeur de l’audace et de l’excellence québécoises en danse.
Celui qui se considère comme « un artiste comblé » dit recevoir le prix Denise-Filiatrault « avec une profonde joie, mais aussi avec humilité ». « J’y vois une reconnaissance qui embrasse le parcours de mes réalisations, et cela me touche profondément. Mais je l’accueille également comme une invitation à poursuivre, avec la même curiosité et la même ferveur, mon exploration du mouvement. »
Formé auprès de grands maîtres à Paris, à Tokyo et à Montréal, Sylvain Émard amorce son parcours artistique dans les années 1980. En 1987, il cofonde Circuit-Est centre chorégraphique, lequel modèle s’est révélé novateur dans le domaine de la gestion des arts et de la mise en commun des ressources. Il crée ensuite sa propre compagnie, Sylvain Émard Danse, en 1990.
D’Ozone, ozone (1987), son premier solo, jusqu’aux Champs Magnétiques (2025), en passant par Terrains Vagues (1993), Scènes d’intérieur (2001) et Le chant des sirènes (2017), Sylvain Émard explore la nature humaine au moyen d’une gestuelle précise et raffinée. Aujourd’hui, son répertoire compte plus de 30 pièces originales, qui trouvent un écho au-delà du Québec. L’artiste prolifique a également signé la chorégraphie de l’opéra 1984, mis en scène par Robert Lepage et présenté notamment à Londres et à Milan.
Son œuvre la plus connue demeure Le Grand Continental, présentée pour la première fois en 2009 au Festival TransAmériques, à Montréal. Reproduite sous différentes formes depuis, la chorégraphie de groupe a fait danser plus de 3000 personnes de tous les âges et de toutes les origines dans des lieux publics au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en Europe, jusqu’aussi loin que la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande. Cette proposition inédite, festive et rassembleuse a attiré quelque 125 000 spectateurs et spectatrices au fil des représentations et a été saluée par plusieurs prix et honneurs. Avec cette œuvre monumentale, le chorégraphe de renommée internationale a contribué à démocratiser la danse contemporaine en lui donnant une visibilité exceptionnelle. « Des formes les plus intimistes à celles réunissant de grands ensembles, chaque création a été pour moi une occasion de partager ma passion », mentionne-t-il.
Dans les dernières années, Sylvain Émard a continué de repousser les limites de sa créativité, notamment comme cocréateur de l’installation immersive Chœur (2024), inspirée de son œuvre Prélude #1 : le cercle, ou encore comme instigateur du court-métrage Chorale (2025), immortalisant Rhapsodie. Ses diverses réalisations constituent ainsi autant de façons de réinventer la danse et de faire vivre des expériences artistiques mémorables au plus large public possible.
En plus d’avoir offert une œuvre imposante et variée, qui a voyagé dans plus de 60 villes sur 4 continents, Sylvain Émard a démontré un engagement professionnel remarquable, notamment à titre de coprésident du Regroupement québécois de la danse et cofondateur, en 2011, des Prix de la danse de Montréal. Son action sociale est tout aussi admirable, portée par des réalisations menées avec des personnes vivant avec la maladie de Parkinson, par exemple, ou encore des élèves d’écoles publiques. Doté d’une force mobilisatrice, ce grand créateur, mentor et bâtisseur a contribué à faire reconnaître le Québec comme un pôle majeur de création chorégraphique. Son brillant parcours artistique atteste que la danse n’est pas seulement son art, mais véritablement toute sa vie.
« S’il me restait un rêve à réaliser avant de clore ce parcours, ce serait d’entreprendre une ultime tournée de spectacles à travers tout le territoire du Québec », souhaite Sylvain Émard. « J’aimerais aller à la rencontre du public pour lui dire merci, car c’est lui qui, en soutenant nos institutions culturelles et en assistant à nos spectacles, rend notre travail d’artiste possible. »