Bernard Émond, lauréate

Naissance le 1 septembre 1951 à Montréal, décès le à 

Biographie

Au cours des trois dernières décennies, Bernard Émond a façonné une œuvre cinématographique unique, explorant les thèmes de l’espoir, de la fragilité et de la bonté avec une remarquable cohérence stylistique. Si le grand cinéaste, anthropologue de formation, révèle à travers sa filmographie des préoccupations à l’égard de la perte des repères culturels et de l’effritement des valeurs éthiques dans un Québec en mutation, il le fait toujours avec nuance et intelligence. Rien n’est tout noir ni tout blanc dans l’œuvre de Bernard Émond, dont la démarche artistique s’écarte largement des courants dominants du cinéma contemporain. Chacun de ses films, qu’ils soient documentaires ou de fiction, est porté par une écriture scénaristique précise et une réalisation soignée, lesquelles font la part belle à l’émotion, aux silences et à la sobriété, invitant à la réflexion.

Lorsqu’on lui demande ce que représente pour lui de recevoir un Prix du Québec, le cinéaste répond : « Depuis ma jeunesse, j’ai admiré les grands du cinéma québécois, tels que Michel Brault et Pierre Perrault, qui ont reçu le prix Albert-Tessier. D’un côté, je me sens comme un enfant qu’on admet à la table des adultes, mais en même temps, à 75 ans, je peux dire : “Voilà. J’ai bien travaillé.” »

C’est en 1992 que Bernard Émond amorce sa carrière de cinéaste avec un premier documentaire intitulé Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces, après avoir travaillé quelques années dans le Grand Nord comme formateur à la télévision inuit. Quatre autres suivront, soit L’instant et la patience (1994), tourné dans la résidence de personnes aînées où sa mère est décédée, La terre des autres (1995), L’épreuve du feu (1997) et Le temps et le lieu (2000), sur la disparition de la culture paysanne traditionnelle québécoise.

Avec La femme qui boit (2001), puis 20 h 17, rue Darling (2003), le scénariste et réalisateur inaugure une œuvre de fiction puissante, qui se distinguera comme l’une des plus riches et brillantes du cinéma québécois. Considéré comme le point culminant de la cinématographie de Bernard Émond, le triptyque La neuvaine (2005), Contre toute espérance (2007) et La donation (2009), inspiré des vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité, a connu un succès tant auprès de la critique que du public. Saluée pour sa profondeur, cette trilogie, déployée autour du refus de la résignation, traduit avec finesse le regard acéré que le cinéaste pose sur le monde actuel et l’empathie qu’il éprouve pour les êtres qui y évoluent.

Avec Tout ce que tu possèdes (2012), Le journal d’un vieil homme (2015), Pour vivre ici (2018) et sa plus récente offrande, Une femme respectable (2023), Bernard Émond a continué de créer des films exigeants, portés par une esthétique épurée, où la quête de sens et la dignité occupent une place centrale. « Film après film, j’ai essayé de m’approcher de quelques vérités humaines », mentionne-t-il. « Avec les comédiens et les techniciens, j’ai essayé de trouver la vérité d’une émotion, d’une intonation, d’un geste, d’un décor, d’une lumière, bref, de tout ce qui fait que, devant une scène réussie, on peut se dire : “C’est ça!” »

L’œuvre de Bernard Émond témoigne aussi de son profond attachement aux régions du Québec, qu’il a filmées sur tout le territoire, de l’Abitibi à la Côte-Nord, en passant par Trois-Rivières et Sainte-Anne-de-Beaupré. Elle compte une centaine de sélections dans les festivals et une soixantaine de récompenses et de nominations. En outre, le cinéaste a contribué à faire rayonner le talent de comédiens et de comédiennes d’ici, dont plusieurs ont reçu de prestigieuses distinctions en reconnaissance de la justesse de leur interprétation. Bernard Émond est également l’auteur du scénario de Ce qu’il faut pour vivre (2008), réalisé par Benoît Pilon, ainsi que de plusieurs essais et nouvelles littéraires.

Comment entrevoit-il la suite? « Peut-être me reste-t-il quelques textes à écrire, mais j’ai bel et bien fait mon dernier film », tranche-t-il, avant de nuancer : « Évidemment, si on m’offrait un budget sur un plateau, je pourrais difficilement refuser tant j’ai aimé ce métier… »

Par sa sensibilité et la cohérence de sa démarche artistique, celui qui se définit comme un « socialiste conservateur » sur le plan philosophique s’impose comme une référence majeure du cinéma québécois des dernières décennies. Depuis le début des années 1990, Bernard Émond a enrichi le répertoire cinématographique du Québec d’œuvres marquantes, caractérisées par un rythme contemplatif, un souci méticuleux des détails et une véritable humanité. Son intégrité artistique fait de lui un créateur résolument à part.

Information complémentaire

Membres du jury :

  • M. Marc Bisaillon
  • M. Michel Coulombe
  • Mme Rose-Marie Perreault
  • Mme Myriam Verreault, présidence
Crédit photo :
  • Frédérique Maranda