Pierre-Claude Aïtcin, récipiendaire

Ingénieur

Naissance le 9 décembre 1938 à Combo-les-Bains, France, décès le à 

Prix remis le 5 novembre 2002

Biographie

Au fil de sa carrière, le professeur Pierre-Claude Aïtcin
participe à certains des plus grands projets de génie civil au
Canada, comme la construction du pont de la Confédération qui
relie l’île du Prince-Édouard au Nouveau-Brunswick ou celle de
la plate-forme pétrolière Hibernia. Il prend aussi part à
d’innombrables projets de moins grande envergure, mais particulièrement
originaux, tels que l’installation de béton à haute performance
dans des mégaporcheries pour limiter les risques d’épidémie,
le design de statues en béton, de lavabos en granit artificiel, de poids
et haltères d’un nouveau genre… Cependant, sa plus grande fierté
est d’avoir participé à la construction de la passerelle cyclo-pédestre
qui enjambe la rivière Magog au centre-ville de Sherbrooke, en collaboration
avec la compagnie française Bouygues. Inaugurée en 1997,
cette passerelle, une première mondiale à plusieurs titres, est
faite d’un nouveau type de béton appelé « béton
de poudre réactive ». Véritable prouesse technologique,
elle compte seulement 3 cm d’épaisseur et mesure 60 m de long !

Pierre-Claude Aïtcin est un bâtisseur. Enfant, sur
les plages du Pays basque où il est né, il construit déjà
châteaux de sable et villages. Ses parents, instituteurs, l’élèvent
« dans la religion des devoirs ». Pierre-Claude Aïtcin
poursuit un parcours scolaire sans faille qui le mènera jusqu’à
l’École nationale supérieure d’hydraulique, d’électronique
et d’informatique de Toulouse, où il obtient son diplôme d’ingénieur
en 1962. Lors de son doctorat, obtenu à Toulouse en 1965, il
se penche pour la première fois sur ce qui deviendra la passion d’une
vie : le béton. Car, aux yeux du scientifique, ce matériau
d’apparence banale, fait d’un simple mélange de ciment, de granulats
et d’eau, s’avère d’une incroyable complexité. En outre, le béton
constitue l’un des produits les plus consommés, après l’eau, même
si des pratiques architecturales dépassées et de mauvaises utilisations
ont largement terni sa réputation. Dès lors, Pierre-Claude Aïtcin
n’aura de cesse de percer le secret de cet étrange matériau dans
le but d’en améliorer les propriétés et de les mettre à
profit dans une multitude d’applications des plus innovatrices… et à
des lustres des habitations à loyer modique (HLM) de jadis.

Après son doctorat et son service militaire, le chercheur,
ainsi que son épouse, décide de s’expatrier, « pour
voir du pays ». C’est une petite annonce qui amène Pierre-Claude
Aïtcin à Sherbrooke, où il est engagé comme professeur
d’hydraulique au Département de génie civil de l’Université,
en 1967. L’ambiance de la ville, comme celle de l’Université, lui
plaît, et la famille Aïtcin s’y installe définitivement. Au
début de sa carrière, le jeune professeur cherche à exploiter
des déchets industriels pour fabriquer des bétons spéciaux
et s’intéresse au développement durable, à une époque
où l’expression n’existe pas encore. Très tôt, il se rend
compte de l’importance de travailler en collaboration étroite avec les
entreprises, dans un domaine pratiquement dépourvu de tradition de recherche
industrielle ou universitaire. Il multiplie les contacts, créant notamment,
en 1989, le Centre de recherche interuniversitaire sur le béton
avec l’Université Laval (CRIB), auquel se sont joints depuis des professeurs
de l’École polytechnique de Montréal et de l’Université
McGill. La Chaire industrielle du Conseil de recherches en sciences naturelles
et en génie du Canada (CSRNG) sur le béton, que Pierre-Claude
Aïtcin dirige de 1989 à 1998, regroupe diverses petites et moyennes
entreprises (PME), plusieurs bureaux d’ingénieurs-conseils, des multinationales
du ciment, la Ville de Montréal et le ministère des Transports
du Québec. Le chercheur devient aussi directeur scientifique de Béton
Canada, un réseau de centres d’excellence pancanadien sur les bétons
à haute performance. Il est nommé professeur émérite
en juin 2002, après avoir supervisé près de 70 étudiants
et chercheurs postdoctoraux.

Tout au long de la carrière de Pierre-Claude Aïtcin,
les réalisations se succèdent à grands pas : développement
de bétons à haute performance, mise au point de ciment à
base de fumée de silice, fabrication de moules de béton pour l’industrie
du plastique, conception de divers ouvrages de génie civil… En quelques
années, le professeur Aïtcin fait de Sherbrooke l’un des plus gros
centres de recherche sur le béton au monde, comptant au-delà de
100 chercheurs et étudiants. Il contribue à doter le Québec
d’une industrie du béton parmi les plus avancées, comme en témoigne
le succès de la compagnie Les produits Handy, de Candiac. Jusqu’en 1984,
cette PME fabrique des produits d’entretien pour les usines papetières.
À la suite d’une collaboration étroite avec l’équipe du
professeur Aïtcin, elle deviendra le leader mondial de la fabrication de
superplastifiants, des additifs essentiels pour produire des bétons à
haute performance.

Bouillonnant d’idées originales, Pierre-Claude Aïtcin
travaille sans relâche. En témoignent ses 21 brevets pour 8 inventions.
Auteur de dix-huit monographies, dont un manuel de 591 pages sur les bétons
à haute performance, traduit en plusieurs langues, et de plus de 150
publications scientifiques, Pierre-Claude Aïtcin a déjà reçu
23 prix et distinctions pour ses multiples formes de contribution à une
meilleure connaissance et à de nouvelles utilisations du béton,
tels que l’Arthur R. Anderson Award de l’American Concrete Institute en 1995
et le prix J.-A.-Bombardier de l’Association canadienne-française pour
l’avancement des sciences (ACFAS) en 1993. Il vient également d’être
nommé fellow de la très sélecte Académie canadienne
du génie. La réputation de Pierre-Claude Aïtcin dépasse
largement les frontières du Québec : en 1999 seulement, il prononce
des conférences dans douze pays, à l’invitation du groupe suisse
Holderbank.

Depuis janvier dernier, le professeur est officiellement à
la retraite, mais plus actif que jamais. Entre les conférences à
donner et des articles scientifiques à rédiger, Pierre-Claude
Aïtcin travaille aux plans d’un nouveau bâtiment pour abriter les
laboratoires du Département de génie civil de l’Université
de Sherbrooke. Un peu de vélo chaque matin, deux heures par jour de travail
de bûcheron à sa ferme, son autre grande passion. Et puis, quelques
semaines par an, le retour aux sources : Pierre-Claude Aïtcin s’est attaqué
à la généalogie de sa famille, avec la rigueur et la ténacité
d’un homme rompu à la méthode scientifique. En trois ans, il a
déjà recensé les prénoms de ses ancêtres basques
jusqu’en 1570 ! Il se passionne aussi pour l’histoire de ce peuple, projette
de réapprendre la langue qu’il a pratiquée jusqu’à l’âge
de 6 ans, d’écrire les histoires de son grand-père, d’apprendre
à jouer au golf, et ce, en gardant du temps pour ses enfants, tous deux
ingénieurs, et ses jeunes petits-enfants !

Résumé de la carrière de Pierre-Claude Aïtcin

1965
Doctorat en minéralogie de l'Université de Toulouse

1976-
Professeur titulaire au Département de génie civil de l'Université de Sherbrooke

1988
Fellow de l'American Concrete Institute

1989-1990
Directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur le béton (CRIB) (Université Sherbrooke et Université Laval)

1989-1998
Directeur de la Chaire industrielle sur le béton du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG)

1990-1998
Directeur scientifique du Réseau de centres d'excellence pancanadien sur les bétons à haute performance

1990
Fellow de la Société canadienne de génie civil

1993
Prix Joseph-Armand-Bombardier de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS)

1996
Prix d'excellence en partenariats innovateurs, synergie, universités-industries du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et du Conference Board du Canada

1999
Médaille du prix de l'Association française de génie civil

2000
Prix de l'American Concrete Institute/Centre canadien de la technologie des minéraux et de l'énergie (ACI/CANMET) pour la contribution dans le domaine des superplastifiants

2002
Membre de l'Académie canadienne du génie

2002-
Professeur émérite de l'Université de Sherbrooke

Information complémentaire

Date de remise du prix :
5 novembre 2002

Membres du jury :
Bernard Coupal (président)
Guy Bogdadi
Claire Boulé
Patrick Champagne
Claire Deschênes

Crédit photo :
Alain Désilets

Texte :
Valérie Borde