René Pomerleau, récipiendaire

Biologiste

Naissance le 27 avril 1904 à Saint-Ferdinand, décès le 11 octobre 1993 à Québec

Prix remis le 19 octobre 1981

Biographie

Figurant parmi les quatre ou cinq plus grands mycologues de la planète,
René Pomerleau fut chez nous l’un des premiers vulgarisateurs scientifiques.
Créateur des cercles de mycologues, il a donné aux Québécois
le goût de la connaissance de la nature.

André Fortin, ex-directeur, Institut de recherche en biologie végétale,
Université Laval.

Jusqu’en 1945, les Québécois ne connaissent pas les noms ni les
caractéristiques des champignons qui abondent dans leurs sous-bois et
clairières; pis encore, ils les croient vénéneux. René
Pomerleau, un des premiers phytopathologistes, formera et entraînera derrière
lui des dizaines de scientifiques, faisant ainsi fleurir la mycologie. Son travail
de recherche constitue un apport d’une grande richesse à la connaissance
et à la taxinomie universelles des champignons. Le mouvement naturaliste
québécois lui est par ailleurs redevable, depuis plus d’un demi-siècle,
de son travail d’éducateur. Ces réalisations lui vaudront d’ailleurs
de devenir le premier Canadien français à être élu
à la Société royale du Canada, en 1948.

Soigner les arbres malades

La mycologie marque le point de départ et l’aboutissement de la préoccupation
scientifique de René Pomerleau. Entre ces deux points, la phytopathologie
se trouve au cœur de son travail pendant près de 40 ans.

À son retour de l’École nationale des eaux et forêts de
Nancy, en France, le jeune botaniste entre de plain-pied dans le domaine de
la phytopathologie forestière. En 1930, les connaissances sur le sujet
sont élémentaires au Canada et encore inexplorées au Québec.
René Pomerleau commence dès lors la collecte des matériaux
et des données afin d’inventorier les différentes maladies des
arbres. Il donne ainsi le coup d’envoi à une œuvre gigantesque qui
servira de base à la phytopathologie au Québec et à laquelle
se sont joints des dizaines de chercheurs.

La fonte des semis de conifères constitue un problème important
à cette époque. La maladie affecte les jeunes pousses et frappe
durement la rentabilité des pépinières forestières
du Québec. Le chercheur repère les micro-organismes responsables
de la maladie et les facteurs déterminant l’intensité du mal,
puis il propose des façons culturales se rapprochant des méthodes
préconisées aujourd’hui dans le domaine de l’agriculture biologique
: réduction de la matière organique dans le sol, acidification
des sols et semis plus hâtifs. Les remèdes agissent rapidement.
Cependant, les problèmes de santé des arbres ne manquent pas,
et un peu plus tard la biologie, l’écologie et la cytologie d’une maladie
des feuilles de l’orme motivent une autre recherche. Cette étude sur
la tache gnomonienne des feuilles de l’orme devient sa thèse de doctorat
et lui vaut le prix Athanase-David, en 1937.

De nouveaux diagnostics et remèdes

Au début des années 30, tout est à faire au Québec
en matière de pathologie forestière. Très tôt, René
Pomerleau entreprend d’étendre les notions sur les caries des conifères.
Il accumule des données sur l’étendue des pertes causées
par les mycètes, responsables de ces détériorations de
la matière ligneuse. En 1944, il est le premier au Canada à reconnaître
la maladie hollandaise de l’orme. Miraculeusement, le pays semble jusque-là
épargné par ce parasite virulent qui, en 25 années, se
propagera de l’Asie à l’Europe, puis aux États-Unis. Dans la lutte
contre cette maladie, le chercheur met en évidence, entre autres éléments,
l’inutilité des arrosages au DDT et les dommages qu’ils causent.

Pendant ce temps, les essences feuillues sont également éprouvées
et l’est du Canada voit dépérir un nombre incalculable de bouleaux.
René Pomerleau estime à plus de 1 400 000 m3 le volume
de bois de bouleaux jaunes et de bouleaux à papier qui succomberont à
cette attaque de 1942 et de 1956. Contre l’avis de tous, il formule l’hypothèse
d’une cause climatique pour expliquer ce désastre. La faible épaisseur
de neige au cours de certains hivers précédents et l’alternance
de temps doux et de gelées intenses peuvent, selon lui, entraîner
la détérioration du système radiculaire de ces arbres.
« L’histoire semble aujourd’hui donner raison à René Pomerleau,
affirme André Fortin. En 1990, alors que les pluies acides sont au banc
des accusés en ce qui a trait au dépérissement des érables
et des autres feuillus, son hypothèse me semble de plus en plus pertinente.
 » L’ancien directeur de l’Institut de recherche en biologie végétale
reprend de nos jours les arguments de son professeur et met en cause les conditions
climatiques dans l’explication de ces ravages : « L’hiver 1981, en particulier,
fut tout à fait comme ceux qui ont été décrits par
René Pomerleau au cours des années 30 et 40 ».

La mycologie du Québec et d’ailleurs

En dépit de ces travaux impressionnants, le botaniste est surtout connu
pour son apport à la mycologie. Depuis les explorations de son enfance
jusqu’à sa volumineuse Flore des champignons du Québec,
publiée en 1980, René Pomerleau pave le chemin de cette science
au Québec. Sa contribution à l’avancement des connaissances déborde
considérablement les frontières pour être mondialement reconnue.
Les mycologues lui doivent notamment d’avoir éclairci le statut ambigu
de l’amanite des césars québécoise, plus élancée
et moins trapue que celle qui est connue en Europe. Grâce à René
Pomerleau, cette espèce est désormais connue sous le nom de Amanita
Jacksonii
. Lui et son collègue américain Smith découvrent
et nomment en outre un nouveau genre de bolet repéré dans la région
de Charlevoix, le Fuscoboletinus sinus panlianus.

Il reste que c’est auprès des mycologues amateurs que René Pomerleau
éprouve le plus de satisfaction. À partir de 1945, il donne des
cours publics de mycologie au jardin botanique de Montréal et organise
des excursions de découverte des champignons. Cinq ans plus tard naissent
les premiers cercles de mycologues, aujourd’hui implantés dans les principales
villes du Québec.

« Si vous parlez trop fort, les champignons se cachent », énonce
Georges Duhamel dans Fables de mon jardin. Il faut croire que René
Pomerleau sait s’y prendre, car jusqu’à son décès, survenu
le 11 octobre 1993, il arrivera à repérer plusieurs milliers d’espèces
différentes au Québec seulement… pour notre plus grand bonheur!

Résumé de la carrière de René Pomerleau

1930
Doctorat en mycologie de La Sorbonne et de l'École nationale des eaux et forêts à Nancy

1937
Doctorat en sciences de l'Université de Montréal

1948
Membre de la Société royale du Canada

1952-1970
Directeur de recherches du Laboratoire de recherches forestières au ministère de l'Agriculture du Canada et au ministère des Forêts du Canada

1954
Médaille de la Société botanique de France

1955
Médaille Léo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1969
Médaille du centenaire de la Société de géographie de Québec

1970
Officier de l'Ordre du Canada

1971
Prix de la North American Mycological Society

1981
Prix Marie-Victorin

1988
Chevalier de l'Ordre du Québec

1991
Chercheur émérite du Centre de recherche en biologie forestière

Information complémentaire

Date de remise du prix :
19 octobre 1981

Membres du jury :
Lise Frappier-Davignon
Anatole Joffe
Jaap Kalff
Pierre Perron
Rolland Tremblay

Crédit photo :
Daniel Lessard

Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour : Nathalie Kinnard