Avocat de formation, puis successivement conseiller, haut fonctionnaire et juge, Robert Auclair a consacré sa carrière à l’amélioration de la qualité de la langue française au Québec. Si l’homme presque centenaire a mené ses batailles linguistiques dans une relative discrétion, il n’en a pas moins laissé une empreinte forte, tangible et durable sur la société québécoise. En témoigne son impressionnante liste de victoires, fruits d’une rigueur et d’une persévérance exceptionnelles. C’est grâce à lui si, par exemple, les Québécoises et les Québécois achètent leur vin à la Société des alcools et non plus à la « Commission des liqueurs » et s’ils produisent leurs déclarations de revenus, plutôt que leurs « rapports d’impôt ». Celui qui a promu avec vigueur l’emploi d’équivalents français en remplacement des anglicismes et autres calques de l’anglais, notamment dans le monde du travail, laisse un héritage inspirant aux plus jeunes générations, à qui il appartient de poursuivre sa noble mission.
« Je ne surprendrai personne en disant qu’obtenir un Prix du Québec culturel à l’âge de 99 ans, ça vient… boucler la boucle », répond le principal intéressé lorsqu’on lui demande ce que représente pour lui le fait de recevoir le prix Georges-Émile-Lapalme. « C’est une marque de reconnaissance qui me va droit au cœur. Ce prix vient me confirmer que mes interventions ont pu être pertinentes et que mes efforts ont pu donner quelques bons résultats. J’accepte cette distinction honorifique avec joie, bien humblement », poursuit-il.
Après avoir grandement contribué à l’implantation de termes français dans les entreprises de pâtes et papiers alors qu’il était conseiller à la Fédération des travailleurs des pâtes et des papiers de 1962 à 1964, Robert Auclair s’est affairé à corriger le vocabulaire juridique et administratif de l’État comme conseiller au ministère du Travail dans les années 1960 et 1970, en participant notamment à la modernisation des lois relatives au travail. Puis, de 1979 à 1996, à titre de juge au Tribunal administratif du travail, il a continué de promouvoir un bon usage du français dans la rédaction des jugements et des actes de procédure. Également conférencier et chargé de cours à l’Université Laval pendant plusieurs années, l’homme de loi, aujourd’hui à la retraite, a en outre collaboré à la production de plusieurs ouvrages, dont Vocabulaire des conventions collectives (1982), Dictionnaire canadien des relations du travail (1986) et Rédaction d’une convention collective (2005).
C’est en 1986 que le travail de l’ombre de Robert Auclair reçoit davantage de lumière avec la mise sur pied de l’Association des usagers de la langue française, devenue l’Association pour l’usage et le soutien de la langue française, mieux connue sous le nom de l’ASULF. Pendant les 22 années qu’il a présidé l’organisme, l’ardent défenseur du mot juste a contribué à faire changer de nombreuses formulations dans le français courant, luttant sans relâche contre l’emploi d’anglicismes. Toujours lié étroitement à l’Association, il en a été désigné président honoraire au terme de son dernier mandat, en 2008.
Sa contribution à la fondation de l’ASULF demeure une des plus grandes fiertés de Robert Auclair. « Je suis heureux de constater que l’Association est toujours bien vivante et active, bientôt 40 ans après des débuts enthousiastes, mais modestes. Nous avons réuni des gens qui, au moyen de suggestions constructives et d’interventions respectueuses, ont pu faire changer des choses pour améliorer la qualité de notre langue », se réjouit-il.
De « place de la justice » à « palais de justice », de « mail » à « courriel » ou de « Black Friday » à « Vendredi fou », le succès des contributions de Robert Auclair est plus vaste qu’il n’y paraît tant ses nombreuses propositions de francisation de termes ont fini par s’implanter tout aussi subtilement que solidement dans l’usage quotidien des Québécois et des Québécoises francophones. En agissant sur plusieurs fronts, notamment auprès des gouvernements, des associations, des entreprises et des médias, l’infatigable ambassadeur d’un français précis a contribué à enrichir la langue parlée et écrite au Québec de manière plus que significative.
Robert Auclair a consacré pas moins de sept décennies à sensibiliser la société québécoise à l’importance d’un bon usage du français. Son apport, en ce sens, demeure sans égal. Comment entrevoit-il l’avenir de langue française au Québec? « L’importance de la langue pour affirmer notre identité québécoise est évidente. La nécessité de la défendre et de la promouvoir dans le contexte nord-américain me paraît tout aussi évidente. Il faudra donc toujours se tenir debout et continuer le combat. Mais, je crois qu’il y a lieu d’être optimiste », soutient-il.