Roger A. Blais, récipiendaire

Ingénieur géologue

Naissance le 4 février 1926 à Shawinigan, décès le 25 septembre 2009 à Montréal

Prix remis le 6 décembre 1997

Biographie

Le changement : voilà ce qu’il y a de plus constant chez Roger A. Blais.
Partout où il passe, les choses changent. C’est l’homme des innovations.
Exigeant pour lui-même, il l’est aussi pour ceux qui l’entourent. Son
enthousiasme souvent intempestif effraie et dérange les personnes qui
préfèrent le train-train quotidien. Toutefois, les protestations
s’estompent vite devant la cordialité du personnage, la justesse de ses
prévisions et l’efficacité de ses interventions. Et puis, il y
a ce charme qu’entretiennent un sourire confiant et une voix à l’accent
coloré, il ne sait trop pourquoi, par une tonalité un rien british.

Un homme actif

Innover, trouver, agir… Dès le début de sa carrière
dans les années 50, Roger Blais manifeste une attitude inventive. Il
cherche à systématiser de nouvelles méthodes de prospection
minière, allant des filons aurifères aux gisements de cuivre puis
aux gisements de fer. La théorie géostatistique qu’il élabore
alors conduit à la découverte de gîtes métallifères
enfouis, valant des centaines de millions de dollars. À cette époque,
il met aussi au point une nouvelle méthode de forage d’exploration et
d’échantillonnage de minerais de fer.

Les activités fort nombreuses de Roger Blais le classent parmi les…
inclassables. La seule énumération de ses projets et de ses réalisations
représenterait une cinquantaine de pages. En fait, il exerce au fil des
années moultes professions: géologue, professeur, chercheur, gestionnaire,
éditeur, économiste, conseiller… Cependant, de toutes ces
fonctions, c’est celle de professeur qu’il privilégie: « Le plus
beau métier du monde! », s’exclame-t-il. D’ailleurs, s’il fallait
associer les réalisations de Roger Blais à un lieu particulier,
ce serait sans conteste l’École polytechnique de Montréal. «
Elle ne serait pas devenue la grande École qu’elle est aujourd’hui sans
l’importante contribution de Roger Blais », affirme sans hésitation
André Bazergui, son directeur général des années
90. Le premier mérite de l’ingénieur géologue est d’avoir
su convaincre professeurs, étudiants et administrateurs de travailler
en synergie. De 1970 à 1980, à titre de premier directeur de la
recherche de l’École polytechnique, il met à profit son expérience
d’enseignant, d’ingénieur scientifique et d’administrateur pour implanter
l’infrastructure moderne nécessaire à l’éclosion des activités
scientifiques et à leurs applications industrielles. Pendant cette période,
les crédits consacrés à la recherche décuplent,
les inscriptions d’étudiants aux cycles supérieurs triplent presque
et la plupart des centres de recherche de l’École sont créés.
Par ailleurs, en marge de l’École polytechnique, Roger Blais forme avec
quelques industriels, en 1978, l’Association des directeurs de recherche industrielle
du Québec (ADRIQ), organisme clé de promotion de la recherche
industrielle au Québec. De 1970 à 1980, tout en assumant de lourdes
tâches à l’École polytechnique et en demeurant toujours
près des professeurs et des étudiants, il fonde le Centre de développement
technologique (CDT), siège à de nombreux comités scientifiques,
conseille des ministres au niveau fédéral et provincial, préside
tour à tour les grandes associations géoscientifiques du Canada,
joue un rôle clé au Conseil des gouverneurs du Centre de recherche
pour le développement international (CRDI) (Ottawa), crée et pilote
l’Association géoscientifique internationale pour le développement
du Tiers-Monde, laquelle compte maintenant plus de 1 500 membres dans 100 pays.

Le succès de Roger Blais est attribuable avant tout à son leadership,
à ses talents de visionnaire et à son sens aigu des innovations
technologiques, ainsi qu’aux idées qui les sous-tendent. Ainsi, après
avoir fondé et dirigé le Centre d’innovation industrielle de Montréal
(1980-1984), il regagne l’École polytechnique où il prend, entre
autres, la responsabilité du Service de recherche et de développement
coopératif (1984-1987), met en marche un programme de formation en innovation
et en entrepreneuriat (1981-1993) et crée un programme très populaire
de formation en technologie et concurrence internationale (1990-1994). En 1991,
il publie, avec Jean-Marie Toulouse, Entrepreneurship technologique – 21
cas de PME à succès
, un ouvrage devenu un classique dans le
domaine.

Au service des étudiants

À 75 ans passés, Roger Blais conserve son bureau à l’École
polytechnique et y est plus actif que jamais. Professeur émérite,
il encourage les étudiants de 1er cycle à se dépasser sans
cesse et à faire preuve de leadership, de manière à répondre
au Profil d’excellence De Vinci, programme qu’il a créé et coordonné
dès 1993 et qui leur ouvre les postes les plus intéressants sur
le marché du travail. Dans le même esprit, mais à l’échelle
de toute l’Université de Montréal, il aide les étudiants
à préparer des projets d’innovation, à rédiger leur
plan d’affaires et à créer leur propre entreprise. Parallèlement,
il poursuit des activités de recherche sur les configurations stratégiques
de l’innovation et sur l’entrepreneuriat. Naturellement, il prodigue des conseils
à nombre d’entreprises innovatrices et il mène, en collaboration
avec quelques collègues, une étude nationale sur l’entrepreneuriat
technologique, qu’il publie sous l’égide de l’Académie canadienne
du génie.

Une carrière aussi impressionnante vaut à Roger Blais de nombreux
témoignages de reconnaissance, des prix prestigieux et de hautes distinctions
honorifiques nationales et internationales. Ainsi, lors de la remise du prix
du fonds FCAR en 1999, un collègue dit de lui qu’il a été
et demeure un pionnier de la recherche, de l’innovation et des liens université-industrie
au Québec et au Canada. Roger Blais est le troisième à
recevoir cet honneur, après le chimiste Roger Gaudry et le sociologue
Fernand Dumont.

Résumé de la carrière de Roger A. Blais

1954
Doctorat en géologie économique de l'Université de Toronto

1970-1980
Directeur de recherche à l'École polytechnique de Montréal

1971
Créateur du Centre de développement technologique

1978
Co-fondateur de l'Association des directeurs de recherche industrielle du Québec

1980-1984
Fondateur et directeur du Centre d'innovation industrielle de Montréal

1991
Publication de l'ouvrage Entrepreneurship technologique - 21 cas de PME à succès

1993
Créateur du programme Profil d'excellence De Vinci

1994
Grand prix d'excellence, Ordre des Ingénieurs du Québec

1997
Prix Armand-Frappier

1999
Prix du Fonds FCAR

Information complémentaire

Date de remise du prix :
6 décembre 1997

Membres du jury :
Robert H. Marchessault (président)
Gilles Beaudry
Joël de la Noüe
Nacia Faure
Jean-François Moreau

Crédit photo :
Paul Labelle

Texte :
Bernard Lévy

Mise à jour : Nathalie Kinnard