William-Henry Gauvin, récipiendaire

Chimiste

Naissance le 30 mars 1913 à Paris, décès le 6 juin 1994 à Beaconsfield

Prix remis le 23 octobre 1984

Biographie

On le qualifie de « grand promoteur de la science appliquée »,
quand on ne l’associe pas tout simplement à l’inventeur, au professeur,
à l’ingénieur ou au chercheur. En fait, William-Henry Gauvin exerce
tous les métiers de la recherche scientifique. C’est d’ailleurs probablement
la polyvalence dont il fait preuve qui transporte l’ingénieur chimiste
à l’avant-scène de la recherche de pointe, et ce, bien avant que
le Québec amorce son virage technologique.

Au Québec, le développement de la chimie des 40 dernières
années aurait été tout autre sans ce chef de file, qui
se distingue par la conception d’importantes innovations en matière de
technologie de pointe mais, d’abord et avant tout, par son rôle d’intermédiaire
entre la recherche fondamentale et la recherche industrielle. L’un des premiers
scientifiques à tendre les ponts entre l’université et l’industrie
ainsi que l’un des premiers francophones à la tête d’importants
centres de recherche, William-Henry Gauvin prépare un terrain propice
à l’éclosion de nouvelles technologies. Selon l’ingénieur
Roger A. Blais, ce scientifique est vraiment le meilleur ambassadeur de l’industrie
que le milieu universitaire ait connu. En fait, il contribue à institutionnaliser
et à mondialiser la recherche au Québec, en faisant partie de
la toute première moisson d’éminents chercheurs à doter
le pays de centres de recherche de calibre international.

La science au service de l’industrie

À la suite de l’obtention d’un doctorat en génie chimique de
l’Université McGill en 1945, William-Henry Gauvin met en pratique les
préceptes qui deviendront la philosophie de toute sa carrière
professionnelle : mener des travaux de recherche fondamentale en fonction de
visées industrielles très pratiques. Ingénieur en chef
d’une entreprise pharmaceutique, il met alors au point et fait breveter un procédé
de séchage par pulvérisation, révolutionnaire pour l’époque.

Poursuivant son ascension vers les hautes sphères de la recherche de
pointe, le scientifique assume pendant six années la direction du Département
de génie chimique de l’Institut canadien de recherches sur les pâtes
et papiers. Son autorité se manifeste de façon plus évidente
en 1961 quand le chercheur jette les bases du Centre de recherche de la compagnie
Mines Noranda, un laboratoire de toute première importance pour la recherche
industrielle au pays, qui demeure le témoin privilégié
de son action novatrice. Les responsabilités de William-Henry Gauvin
débordent alors largement de ce cadre, pour le conduire à la tête
de la Section de la recherche et du développement de la même compagnie.

Sous la direction de William-Henry Gauvin, le Centre ne tarde pas à
jouir d’une réputation internationale. Parmi les productions concourant
à ce succès, citons la mise au point de procédés
uniques de transformation. Basés sur les techniques de plasmas à
très hautes températures, ils sont appliqués à la
métallurgie d’extraction et à la production d’alliages métalliques.
D’abord utilisés au Québec, ces nouveaux procédés
connaissent d’importantes percées industrielles et commerciales et sont
maintenant exploités sur une vaste échelle au Canada, aux États-Unis
et en Angleterre.

Le rapprochement de l’université et de l’industrie

Les activités remarquables de William Henry Gauvin dans le secteur industriel
ne l’empêchent pas de demeurer fidèle à son alma mater,
l’Université McGill, où il cumule 35 années de service.
Il représente aux yeux de plusieurs l’une des forces vives ayant contribué
au développement du Département de génie chimique. Pendant
de nombreuses années, il travaille également pour le conseil d’administration
de la même université.

Cette carrière à deux volets, partagée entre le secteur
industriel et le milieu universitaire, constitue la plus grande richesse du
professeur-chercheur, autant préoccupé par le développement
économique que par l’avancement de la recherche fondamentale. Cet amalgame
est d’une grande originalité au cours des années 60. Fort de son
expérience dans le secteur privé, il donne un sens pratique à
son enseignement. Il sait en outre orienter ses étudiants vers les sujets
de recherche susceptibles d’appuyer le développement technologique, de
même qu’il sensibilise l’industrie à l’apport de la recherche universitaire.

Un témoin de l’évolution scientifique du Québec

William Henry Gauvin préconise un effort intégré de concertation.
L’établissement de relations entre l’industrie et la recherche universitaire
témoigne du succès obtenu. Là ne s’arrête cependant
pas sa contribution. Dans un esprit de continuité, il s’engage concrètement
auprès de l’État, qui joue le rôle d’un catalyseur important
du développement technologique. Ainsi, il contribue à façonner
les politiques industrielles et scientifiques du Québec et du Canada
lorsqu’il s’associe aux pères fondateurs du Conseil de la politique scientifique
du Québec, créé en 1972. De plus, il siège au Conseil
des sciences du Canada et au Conseil national de recherches du Canada.

Tout au long de sa carrière, William-Henry Gauvin participe également
de façon très active au développement de nombreuses associations
professionnelles, tant au Canada qu’à l’étranger. Il sera président,
notamment, de l’Institut de chimie du Canada, de la Société canadienne
de génie chimique, de l’Interamerican Confederation of Chemical Engineering,
de l’Association de la recherche industrielle, de l’Association canadienne en
gestion de recherche et de l’Association des directeurs de recherche industrielle
du Québec.

Jusqu’à son décès en 1994, ce scientifique accompli, grand
passionné et travailleur infatigable, continuera de guider ses étudiants
et de donner des consultations à l’Institut de génie des matériaux
et à l’Institut de recherche en électricité du Québec
(IREQ) d’Hydro-Québec. Celui-là même qui favorise tout au
long de sa carrière l’évolution scientifique du Québec
vers un plus grand équilibre entre la recherche fondamentale et la recherche
industrielle, définit ainsi la finalité de son œuvre : « 
Appliquer les principes de la science à la mise en valeur de nouveaux
procédés et de nouveaux produits, pour le mieux-être de
la collectivité. »

Résumé de la carrière de William-Henry Gauvin

1945
Doctorat en chimie physique de l'Université McGill

1957-1961
Directeur de la Division de génie chimique de l'Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers

1961
Chercheur émérite du Département de génie chimique de l'Université McGill

1961-1970
Directeur du Centre de recherche Noranda

1964
Médaille Senior-Moulton de l'Institute of Chemical Engineers of Great Britain

1970-1983
Directeur de la recherche et du développement aux Mines Noranda

1975
Compagnon de l'Ordre du Canada

1979
Médaille d'or de la Société d'encouragement pour la recherche et l'invention de la France

1984
Prix Marie-Victorin

1986
Membre fondateur de l'Académie canadienne du génie

1986
Médaille Julian C. Smith de l'Institut de la science et technologie du Canada

1988
Prix Izaak-Walton-Killam du Conseil des arts du Canada

Information complémentaire

Date de remise du prix :
23 octobre 1984

Membres du jury :
Pierre Bélanger
Esteban Chornet
Jacques Desnoyers
Thérèse Gouin Décarie
Lucien Huot

Crédit photo :
Daniel Lessard

Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour : Nathalie Kinnard