Yvette Mollen, récipiendaire

Naissance le 15 avril 1965 à Ekuanitshit, décès le à 

Prix remis le 10 novembre 2021

Entrevue

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Biographie

Selon l’UNESCO, pas moins de la moitié des 6000 langues connues sur la planète auront disparu d’ici la fin du siècle et, avec elles, des trésors du savoir humain. Pour Yvette Mollen, il n’est pas question de baisser les bras devant ces prévisions peu encourageantes. Déterminée à renverser le déclin de sa langue maternelle, l’innu-aimun, elle se consacre depuis plus de 25 ans à la préserver, à la transmettre et à la revitaliser.

L’obtention du prix Gérard-Morisset 2021 représente pour Yvette Mollen « une marque de reconnaissance de tout le travail accompli / nishtuapatakanu an kassinu ne atusseun ka ishpish tutaman, eukuan tshipa itenitakuan. Je crois en la sauvegarde de la langue innue et je travaille continuellement à cela. Je souhaite que tous les Innus soient de plus en plus conscients du danger qui guette leur langue ».

Yvette Mollen est née dans la communauté innue d’Ekuanitshit (Mingan), sur la Côte-Nord. D’abord comme enseignante au primaire, puis à titre de directrice du département Langue et culture de l’Institut Tshakapesh, de même que grâce à sa participation à la création de divers outils pédagogiques, elle présente un parcours professionnel exemplaire et cohérent. Sa plus grande ambition : assurer la survie de l’innu-aimun en favorisant le développement d’un intérêt, tant chez les jeunes Autochtones que chez les non-Autochtones, pour cette langue descriptive au vocabulaire riche et complexe.

Les contributions et les réalisations d’Yvette Mollen dans les domaines de l’enseignement et de la recherche universitaire sur les langues autochtones sont nombreuses. Au début des années 2010, la linguiste collabore notamment à la création du Dictionnaire pan-innu (innu-anglais, innu-français et vice-versa), puis à l’élaboration de la grammaire innue, lesquels viennent en appui à l’émergence d’une littérature autochtone. Elle participe de plus à la conception de jeux interactifs et de manuels d’enseignement, ainsi qu’à la composition d’un corpus important et inédit de livres jeunesse. « Je suis très fière d’avoir su amener les locuteurs à s’intéresser à leur belle langue maternelle », mentionne-t-elle.

Pierres angulaires du savoir innu et de la pérennité de la langue, ses travaux et les outils qu’elle a développés sont une source d’inspiration et de véritables modèles pour les communautés linguistiques de partout dans le monde menacées de disparition. Ils ont permis à Yvette Mollen de prononcer des conférences à l’étranger et d’y acquérir une reconnaissance. En 2020, cette pionnière recevait d’ailleurs le premier Prix de la valorisation des langues autochtones de l’Université de Montréal pour s’être démarquée dans ses efforts de protection de celles-ci.

Sa connaissance approfondie de la langue et de la culture innues a par ailleurs amené Yvette Mollen à traduire du français vers l’innu et de l’innu vers le français des documents administratifs ou relatifs aux négociations territoriales autochtones, à la santé, à la politique, etc. Celle qui partage avec passion la richesse de sa culture est la traductrice en innu-aimun de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones présentée à l’ONU, en 2010. Forte de son expertise et de sa notoriété, elle a de plus participé aux consultations du ministère du Patrimoine canadien sur la mise en œuvre de la Loi canadienne sur les langues autochtones.

Nommée professeure invitée au Département de littératures et de langues du monde et du Centre de langues de l’Université de Montréal en 2021, Yvette Mollen y enseigne l’innu depuis 2017. Cette nomination, qui s’inscrit dans la foulée du lancement du plan d’action Place aux Premiers Peuples de l’établissement universitaire, lui accorde notamment le mandat d’agir à titre d’experte-conseil pour la conception d’activités de formation ou de recherche en vue d’une meilleure intégration des savoirs et des pratiques autochtones.

Pour la suite de sa carrière, Yvette Mollen caresse de nombreux projets, dont celui d’enseigner l’innu à ses petits-enfants. « Tshika ui ashu-minakanuat innu-aimunnu anitshenat aianishkat tshe petuteht / La transmission de la langue doit se faire de génération en génération », affirme-t-elle.

Par son importante contribution, celle qui a consacré sa carrière à la survie de sa langue maternelle aura en outre permis de bâtir des passerelles entre allochtones et autochtones, favorisant la réconciliation. À la lumière de ses vastes réalisations, Yvette Mollen incarne rien de moins que l’excellence pour la protection et la valorisation d’un héritage unique au monde.

Information complémentaire

Membres du jury :

Julie Bibaud
Louis Brillant
Pierre Chartrand
Diane Joly
Sophie Limoges

Crédit photo :
Éric Labonté

Crédit vidéo :

Réalisation, production et postproduction : Luis Dion-Dussault
Images supplémentaires : Productions Cina
Prise de son : Thomas Kieller
Musique originale : Steve Adams
Entrevues : Caroline Godin