Yvon Rivard, lauréate

Naissance le 20 août 1945 à Sainte-Thècle, Mauricie, décès le à 

Biographie

Aimer, enseigner… et écrire. Tout au long de sa carrière et à l’image du titre de l’un de ses plus brillants essais, Yvon Rivard a su tisser des liens entre ses passions, qui constituent autant de piliers d’un parcours marqué par une grande humanité, une volonté continue de transmettre son savoir et de présenter un travail d’écriture d’une qualité irréprochable et dont le style, à la fois raffiné et limpide, demeure inimitable. Figure influente de la littérature des 50 dernières années au Québec, l’essayiste, romancier et professeur se distingue grâce à une œuvre d’une profondeur et d’une richesse exceptionnelles, révélant une sensibilité aiguë à l’expérience humaine et aux enjeux du monde.

Considérant avoir été formé « d’abord par des œuvres étrangères », Yvon Rivard reçoit le prix Athanase-David comme un « retour à la maison, heureux d’être accueilli par tous ces écrivains et ces écrivaines qui ont fait et continuent de faire du Québec une histoire sans fin, un pays où naître et à naître ».

Le talent d’Yvon Rivard retient l’attention aussi bien de la critique que du public dès la parution de ses premiers romans, Mort et naissance de Christophe Ulric, en 1976, et L’ombre et le double, en 1979. Celui qui dit trouver son inspiration « dans les lieux isolés, les gens simples, les séjours à l’étranger, les grandes souffrances et les petites joies » (L’actualité, 2014) est l’auteur d’une œuvre romanesque puissante, façonnée par une écriture toujours à la frontière entre la réalité et la fiction. Les silences du corbeau, premier volet d’une tétralogie mettant en scène son alter ego, poursuivie par Le milieu du jour (1995), Le siècle de Jeanne (2005) et Le dernier chalet (2018), viendront confirmer le statut influent de l’écrivain dans le paysage littéraire québécois. 

Acteur incontournable de la vie intellectuelle au Québec, Yvon Rivard a aussi écrit plusieurs essais remarquables contribuant significativement au rayonnement de ce genre littéraire, plus discret dans l’espace public, dont : Le bout cassé de tous les chemins (1993); Personne n’est une île (2006); Une idée simple (2010); Exercices d’amitié (2015), qui nous rappelle que le premier devoir de l’intellectuel est de porter assistance à autrui; Aimer, enseigner (2012), son grand plaidoyer pour une éducation émancipatrice; et Le chemin de l’école (2019). 

En plus de signer une œuvre marquante et abondamment récompensée, le titulaire d’un doctorat en littérature française de l’Université d’Aix-en-Provence a exercé un rôle de mentor auprès de la relève. À titre de professeur de création littéraire et de littérature à l’Université McGill de 1973 à 2008, Yvon Rivard a exercé une influence déterminante sur le parcours de plusieurs créatrices et créateurs qui occupent aujourd’hui une place importante dans la culture québécoise. Également poète, éditeur, critique et scénariste, il a été notamment membre de la revue Liberté de 1977 à 1995; chroniqueur littéraire à Radio-Canada de 1978 à 1988; a participé à la fondation, en 2002, de la revue Contre-jour, Cahiers littéraires; a collaboré à la revue L’inconvénient; a été conseiller en scénarisation; et a enseigné à l’Institut national de l’image et du son.

En rétrospective de son impressionnant parcours, Yvon Rivard se dit particulièrement « fier d’avoir pu écrire sans négliger l’enseignement et d’avoir pu enseigner sans [s’]éloigner de l’expérience littéraire, qui est toujours une découverte de soi passant par le souci de l’autre ». « Je suis fier de mes livres et de mes élèves, fier de ces livres écrits par quelqu’un à peine sorti du bois, fier de ces élèves qui ont fait beaucoup du peu reçu dans leurs cours », renchérit-il, en faisant allusion à ses racines, ancrées dans la campagne et les forêts en Mauricie.

Aujourd’hui à la retraite, Yvon Rivard est pourtant loin d’avoir dit son dernier mot. À l’aube de ses 80 ans, il vient de publier, en août 2025, un ouvrage intitulé La mort, la vie toujours recommencée : essai sur l’au-delà de la violence, dans lequel il pose un regard lucide sur l’omniprésence de la violence dans les rapports humains, tout en esquissant des solutions pour la résorber. Il mentionne d’ailleurs vouloir « contribuer à repenser l’éducation pour former des êtres moins violents, capables d’aimer, de désirer ce qu’ils ne voient pas, ne comprennent pas, ne sont pas encore ».

Pilier de la vie littéraire au Québec, le romancier et essayiste figure sans aucun doute parmi les grands bâtisseurs de la culture québécoise. Son talent extraordinaire d’écrivain magnifie la profondeur de ses réflexions, faisant de lui un véritable modèle pour ses héritiers et héritières.

Information complémentaire

Membres du jury :

  • Mme Dominique Fortier, présidente
  • M. Mathieu Blais
  • M. Mario Brassard
  • M. Simon Brousseau
  • Mme Perrine Leblanc
Crédit photo :
  • Mélissa Vincelli