Lionel-Boulet
Création de :
Denys Michaud

Récipiendaire

Trottier, Lorne

Prix Lionel-Boulet 2003
Catégorie : Scientifique

Ingénieur

Né le 15 juin 1948
Montréal

Lorne Trottier - lauréat
Photo : Marc-André Grenier
Entrevue

Lorne Trottier est la preuve vivante qu’une passion d’enfant peut mener loin. Celui qui, à 11 ans, bricole des gadgets électroniques pour la maison de ses parents est aujourd’hui à la tête d’une multinationale québécoise de plus de 900 employés. Matrox, que Lorne Trottier et son associé Branko Matic fondent en 1976, vend pour plus de 300 millions de dollars par année de composants électroniques, dont 99 p. 100 à l’étranger. Les produits de Matrox ont souvent constitué des innovations clés pour la conception de nouveaux équipements, tels que le premier ordinateur PC multimédia, inventé en 1988. Ce succès est en bonne partie attribuable au président de Graphiques Matrox, l’ingénieur Trottier, qui ne cesse de faire travailler son imagination et sa créativité dans le but d’offrir aux consommateurs de nouveaux outils de création graphique et de production vidéo.

Né à Montréal en 1948, d’une mère juive québécoise et d’un père franco-ontarien, Lorne Trottier se découvre très tôt une véritable passion pour les sciences. Ce qui l’intéresse avant tout, c’est de comprendre la façon dont les choses fonctionnent, qu’il s’agisse des mécanismes d’un téléviseur ou des éléments de l’Univers. Adolescent, il fabrique déjà de petits équipements électroniques. La maison familiale devient un laboratoire pour un génie en herbe. Il y conçoit, entre autres, un télégraphe, une radio, une chaîne stéréo. Pourtant, lorsque vient le temps de choisir un domaine d’études, Lorne Trottier hésite. Toutes les sciences l’intéressent ! Il s’inscrit finalement en génie électrique à l’Université McGill, où il obtient sa maîtrise en 1973. Les premières années de sa carrière, chez Marconi, sont un peu frustrantes. Il est difficile pour un homme seul de faire la part des choses dans une entreprise aussi gigantesque. La créativité du jeune ingénieur étouffe et son imagination a besoin d’une structure plus légère pour pouvoir s’exprimer. Lorne Trottier et son collègue Branko Matic décident alors de mettre sur pied leur propre entreprise pour vendre les composants électroniques qu’ils imaginent et conçoivent.

Le groupe Matrox est officiellement fondé en 1976, pour commercialiser des circuits accélérateurs vidéo. À cette époque, l’informatique passe encore par les cartes perforées. Le premier PC vient de voir le jour et les technologies graphiques en sont à leurs balbutiements. L’affichage des images est d’une lenteur désespérante. Les circuits accélérateurs de Matrox viennent bouleverser la donne. En quelques années, l’entreprise fournit les plus grands fabricants d’ordinateurs, comme Hewlett Packard, IBM, Digital Equipment ou NEC. Les écrans des bourses de New York et de Chicago, les numériseurs de GE Medical Systems et les studios de montage de plusieurs grandes chaînes de télévision contiennent tous des produits Matrox. En 1986, l’armée américaine choisit la firme québécoise pour créer un système de formation multimédia. Au fil des ans, les innovations se succèdent, les ententes commerciales aussi. En 1992, Matrox commence à vendre au détail ses cartes graphiques Mystique et Millénium, qui font le bonheur des amateurs de jeux vidéo. Peu de sous-traitants ont connu un tel succès dans la vente au détail : au cours de ses années les plus productives, l’entreprise s’est approprié presque 20 p. 100 du marché mondial des cartes graphiques. Plus de 40 millions de personnes dans le monde utilisent actuellement ses produits.

En 27 ans, les différents périodiques et organismes scientifiques ou techniques décernent plus de 1 000 prix commerciaux à Matrox. La compagnie possède aujourd’hui des bureaux en Europe, aux États-Unis et même en Chine. Titulaire de plusieurs brevets, tandis que d’autres sont en attente, Lorne Trottier continue de s’engager largement dans l’innovation technologique, une activité qui le passionne beaucoup plus que la gestion d’une entreprise. Pour les 350 ingénieurs que la société emploie à son siège social de Dorval, il demeure une source d’inspiration très forte, orientant la recherche vers la conception de produits non seulement novateurs, mais aussi susceptibles de se tailler une place sur les marchés mondiaux.

La réussite de Matrox reste cependant discrète. Ses deux fondateurs n’ont jamais eu besoin de la Bourse pour consolider leurs assises financières. Peu bavards avec les médias, ils ont toujours résisté aux feux de la rampe, bien que, en 2000, Lorne Trottier se soit rendu en personne à New York pour recevoir un prestigieux Emmy Award pour la technologie Matrox de montage vidéo numérique. Travaillant souvent dans l’ombre, Lorne Trottier a toujours eu à cœur de rendre à la société une partie de ce qu’elle lui a accordé. Attaché à sa ville natale, l’ingénieur a été l’un des administrateurs de Montréal TechnoVision. Cette entreprise avait pour mission de trouver des solutions à la pénurie de main-d’œuvre qui touchait le développement des technologies de l’information au Québec. Lorne Trottier n’a par ailleurs jamais cessé d’encourager son alma mater, l’Université McGill. Il a récemment contribué financièrement à la construction d’un nouveau pavillon pour l’enseignement des technologies de l’information. Déjà, en 1999, il lui avait offert tous les appareils nécessaires pour mettre sur pied un laboratoire de technologies graphiques, sans compter les services d’un ingénieur de la société pour l’animer pendant deux ans !

Lorne Trottier a toujours veillé à faire de Matrox une entreprise engagée socialement, aussi bien dans les campagnes de Centraide que dans l’organisation de camps d’été scientifiques. En cherchant à faire profiter les plus jeunes de sa réussite, l’ingénieur espère stimuler leur curiosité, « la qualité essentielle pour découvrir le monde merveilleux des sciences et de la technologie ». Lorne Trottier est un passionné des sciences. Son insatiable curiosité lui vaut de se tenir au courant des dernières découvertes, non seulement en astronomie, mais aussi en microbiologie, la discipline que l’aînée de ses deux filles étudie à l’université.


Lionel Boulet
Qui était Lionel Boulet ?
 

Date de remise du prix :
18 novembre 2003

Membres du jury
Claire Boulé, (présidente)
Pierre-Claude Aïtcin
Ian S. Butler
Jacques Rolland



Texte :
Valérie Borde