Armand-Frappier
Création de :
Denys Michaud

Récipiendaire

Beaulieu, Charles-E.

Prix Armand-Frappier 2003
Catégorie : Scientifique

Métallurgie physique

Né le 5 juillet 1930
Amqui

Charles-E. Beaulieu - lauréat
Photo : Marc-André Grenier
Entrevue

Tout comme Armand Frappier, qu’il a d’ailleurs côtoyé, Charles E. Beaulieu est avant tout un bâtisseur et un visionnaire. Lorsqu’on le sollicite pour mettre sur pied successivement un campus universitaire et deux instituts de recherche, ce gestionnaire exceptionnel façonne les structures qui permettront à ces organismes de prendre rapidement de l’envergure. L’Université du Québec à Rimouski (UQAR), l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et l’Institut national d’optique (INO), dont il est à l’origine, comptent aujourd’hui parmi les fleurons de la recherche québécoise.

Né à Amqui en 1930, Charles E. Beaulieu se destine d’abord à l’enseignement et à la recherche. Les lettres ne l’intéressent guère, son père le voit médecin, mais le jeune homme a peur du sang. À l’université, il s’inscrit donc en métallurgie, parce qu’il aimait jouer avec le feu, raconte-t-il en riant. Après un doctorat en métallurgie physique à l’Université Laval, à Québec, il passe un an à l’École centrale de Paris, où il étudie la thermodynamique des hautes températures. En 1962, il est nommé professeur adjoint au Département de mines et métallurgie de l’Université Laval. Ses premiers travaux portent sur la valorisation des minerais de fer du Nord québécois. Il met notamment au point un procédé de concentration du minerai de fer canadien pour lequel il obtient un brevet en Allemagne, en France, en Angleterre et au Canada.

Charles E. Beaulieu est encore un jeune chercheur lorsqu’il est sollicité pour des tâches administratives. En 1968, il occupe le poste de directeur du Département de mines et métallurgie qui, sous sa gouverne, devient bientôt l’un des plus importants au Canada. Cependant, le nouveau directeur a besoin de défis. C’est un homme d’action. Lorsque, l’année suivante, l’Université du Québec le sollicite pour mettre sur pied un nouveau campus à Rimouski, il fonce. En quelques mois, il recrute le personnel nécessaire pour mettre en place les premiers programmes d’enseignement et mise sur l’océanographie, discipline dans laquelle l’UQAR a acquis depuis une renommée internationale.

En 1970, Charles E. Beaulieu devient le premier directeur général de l’INRS, dont il établit une programmation scientifique qui tranche avec celle des universités traditionnelles, soit une programmation axée sur la solution à des problèmes québécois. Il reçoit l’appui du docteur Armand Frappier, qui partage cette vision. Charles E. Beaulieu procède méthodiquement. Il sélectionne, dans un premier temps, les thèmes de recherche du futur institut en fonction des besoins socioéconomiques du Québec. L’énergie, l’eau, la santé, l’éducation, la ville, les télécommunications, les ressources naturelles et l’océanographie... 30 ans plus tard, les sujets sont encore d’actualité. Puis, dans un second temps, il choisit des partenaires industriels, gouvernementaux ou universitaires et décide de situer les huit centres de recherche de l’INRS en fonction de ces partenariats. Il établit par ailleurs de nombreuses alliances avec d’autres organismes. L’entente de coopération qu’il signe avec la compagnie Bell Northern, par exemple, première de ce type au Canada, demeure un modèle du genre. Ces orientations et ce mode de fonctionnement ont permis à l’INRS de devenir l’un des piliers de la recherche québécoise.

À la même époque, le gouvernement du Québec tente de se donner un complexe scientifique à la hauteur de ses ambitions. Toutefois, les premiers pas de ce qui deviendra le Parc technologique du Québec métropolitain ne se font pas sans heurts. En 1970, les travaux sont même interrompus. Pour dénouer l’impasse, le gouvernement fait appel aux talents de coordonnateur de Charles E. Beaulieu, qui, en plus de ses fonctions à l’INRS, devient président du Bureau d’aménagement et de gestion du complexe scientifique. L’homme réagit vite, ne s’égare pas dans les détails. Sous sa gouverne, le Bureau relance le projet, coordonne l’installation des laboratoires de six ministères et de trois centres de l’INRS dans un espace commun. Charles E. Beaulieu contribue aussi à la construction du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), sur le même site.

En 1979, l’administrateur devient sous-ministre associé au ministère de l'Énergie et des Ressources du Québec, puis, en 1982, sous-ministre au ministère de l'Industrie et du Commerce du Québec. Charles E. Beaulieu s’assure que les employés de la base sont en mesure de défendre leurs idées directement face au ministre, sans être freinés par la hiérarchie. Les projets vont bon train. Il contribue, entre autres, à la programmation scientifique de l’Institut de recherche en santé et sécurité au travail et du Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium.

Lorsqu’en décembre 1987 on lui propose la direction du tout nouvel INO, Charles E. Beaulieu n’hésite guère. Une fois encore, il prépare le premier plan quinquennal et définit la programmation scientifique. Comme dans ses fonctions précédentes, il a à cœur de créer une structure qui attire les jeunes. À l’INO, il lance, par exemple, un programme de bourses qui permet à des étudiants d’être partie prenante des projets de recherche de cet institut dans le contexte de leur cursus universitaire. L’INO, dont il préside toujours le conseil d’administration, est aujourd’hui le plus important centre de recherche en optique et photonique au Canada.

Nommé officier de l’Ordre du Canada en 1996 et chevalier de l’Ordre national du Québec en 1998, Charles E. Beaulieu a été tout au long de sa carrière un administrateur recherché. Il a été notamment membre du conseil d'administration du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) et de la Société générale de financement.

À 73 ans, Charles E. Beaulieu, skieur et golfeur invétéré, grand amateur de croisières, avoue humblement aspirer à une retraite méritée tout en siégeant à différents conseils et comités…


Armand Frappier
Qui était Armand Frappier ?
 

Date de remise du prix :
18 novembre 2003

Membres du jury :
Monique Lefebvre (présidente)
Guy Collin
Joseph Hubert
Anne Marrec
Michel Têtu



Texte :
Valérie Borde