Charles-E. Beaulieu, récipiendaire

Métallurgie physique

Naissance le 5 juillet 1930 à Amqui, décès le à 

Prix remis le 18 novembre 2003

Entrevue

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Biographie

Tout comme Armand Frappier, qu’il a d’ailleurs côtoyé,
Charles E. Beaulieu est avant tout un bâtisseur et un visionnaire.
Lorsqu’on
le sollicite pour mettre sur pied successivement un campus universitaire et deux
instituts de recherche, ce gestionnaire exceptionnel façonne les structures
qui permettront à ces organismes de prendre rapidement de l’envergure.
L’Université du Québec à Rimouski (UQAR), l’Institut
national de la recherche scientifique (INRS) et l’Institut national d’optique
(INO), dont il est à l’origine, comptent aujourd’hui parmi
les fleurons de la recherche québécoise.

Né à Amqui en 1930, Charles E. Beaulieu se destine d’abord à l’enseignement
et à la recherche. Les lettres ne l’intéressent guère,
son père le voit médecin, mais le jeune homme a peur du sang. À l’université,
il s’inscrit donc en métallurgie, parce qu’il aimait jouer
avec le feu, raconte-t-il en riant. Après un doctorat en métallurgie
physique à l’Université Laval, à Québec,
il passe un an à l’École centrale de Paris, où il étudie
la thermodynamique des hautes températures. En 1962, il est nommé professeur
adjoint au Département de mines et métallurgie de l’Université Laval.
Ses premiers travaux portent sur la valorisation des minerais de fer du Nord
québécois. Il met notamment au point un procédé de
concentration du minerai de fer canadien pour lequel il obtient un brevet en
Allemagne, en France, en Angleterre et au Canada.

Charles E. Beaulieu est encore un jeune chercheur lorsqu’il est sollicité pour
des tâches administratives. En 1968, il occupe le poste de directeur
du Département de mines et métallurgie qui, sous sa gouverne,
devient bientôt l’un des plus importants au Canada. Cependant,
le nouveau directeur a besoin de défis. C’est un homme d’action.
Lorsque, l’année suivante, l’Université du Québec
le sollicite pour mettre sur pied un nouveau campus à Rimouski, il fonce.
En quelques mois, il recrute le personnel nécessaire pour mettre en
place les premiers programmes d’enseignement et mise sur l’océanographie,
discipline dans laquelle l’UQAR a acquis depuis une renommée internationale.

En 1970, Charles E. Beaulieu devient le premier directeur général
de l’INRS, dont il établit une programmation scientifique qui
tranche avec celle des universités traditionnelles, soit une programmation
axée sur la solution à des problèmes québécois.
Il reçoit l’appui du docteur Armand Frappier, qui partage cette
vision. Charles E. Beaulieu procède méthodiquement. Il sélectionne,
dans un premier temps, les thèmes de recherche du futur institut en
fonction des besoins socioéconomiques du Québec. L’énergie,
l’eau, la santé, l’éducation, la ville, les télécommunications,
les ressources naturelles et l’océanographie… 30 ans plus tard,
les sujets sont encore d’actualité. Puis, dans un second temps,
il choisit des partenaires industriels, gouvernementaux ou universitaires et
décide de situer les huit centres de recherche de l’INRS en fonction
de ces partenariats. Il établit par ailleurs de nombreuses alliances
avec d’autres organismes. L’entente de coopération qu’il
signe avec la compagnie Bell Northern, par exemple, première de ce type
au Canada, demeure un modèle du genre. Ces orientations et ce mode de
fonctionnement ont permis à l’INRS de devenir l’un des piliers
de la recherche québécoise.

À la même époque, le gouvernement du Québec tente
de se donner un complexe scientifique à la hauteur de ses ambitions.
Toutefois, les premiers pas de ce qui deviendra le Parc technologique du Québec
métropolitain ne se font pas sans heurts. En 1970, les travaux sont
même interrompus. Pour dénouer l’impasse, le gouvernement
fait appel aux talents de coordonnateur de Charles E. Beaulieu, qui, en plus
de ses fonctions à l’INRS, devient président du Bureau
d’aménagement et de gestion du complexe scientifique. L’homme
réagit vite, ne s’égare pas dans les détails. Sous
sa gouverne, le Bureau relance le projet, coordonne l’installation des
laboratoires de six ministères et de trois centres de l’INRS dans
un espace commun. Charles E. Beaulieu contribue aussi à la construction
du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), sur le même
site.

En 1979, l’administrateur devient sous-ministre associé au ministère
de l’Énergie et des Ressources du Québec, puis, en 1982, sous-ministre
au ministère de l’Industrie et du Commerce du Québec. Charles
E. Beaulieu s’assure que les employés de la base sont en mesure
de défendre leurs idées directement face au ministre, sans être
freinés par la hiérarchie. Les projets vont bon train. Il contribue,
entre autres, à la programmation scientifique de l’Institut de
recherche en santé et sécurité au travail et du Centre
québécois de recherche et de développement de l’aluminium.

Lorsqu’en décembre 1987 on lui propose la direction du tout nouvel
INO, Charles E. Beaulieu n’hésite guère. Une fois encore,
il prépare le premier plan quinquennal et définit la programmation
scientifique. Comme dans ses fonctions précédentes, il a à cœur
de créer une structure qui attire les jeunes. À l’INO,
il lance, par exemple, un programme de bourses qui permet à des étudiants
d’être partie prenante des projets de recherche de cet institut
dans le contexte de leur cursus universitaire. L’INO, dont il préside
toujours le conseil d’administration, est aujourd’hui le plus important
centre de recherche en optique et photonique au Canada.

Nommé officier de l’Ordre du Canada en 1996 et chevalier de l’Ordre
national du Québec en 1998, Charles E. Beaulieu a été tout
au long de sa carrière un administrateur recherché. Il a été notamment
membre du conseil d’administration du Conseil national de recherches du Canada
(CNRC) et de la Société générale de financement.

À 73 ans, Charles E. Beaulieu, skieur et golfeur invétéré,
grand amateur de croisières, avoue humblement aspirer à une retraite
méritée tout en siégeant à différents conseils
et comités…

Information complémentaire

Date de remise du prix :
18 novembre 2003

Membres du jury :
Monique Lefebvre (présidente)
Guy Collin
Joseph Hubert
Anne Marrec
Michel Têtu

Crédit photo :
Marc-André Grenier

Texte :
Valérie Borde