Marcel Rioux, récipiendaire

Sociologue

Naissance le 22 janvier 1919 à Amqui, décès le 16 décembre 1992 à Montréal

Prix remis le 4 octobre 1978


Biographie

Tout vise à dissimuler aux individus que l’organisation sociale elle-même
est arbitraire et que ce sont les hommes qui créent leurs institutions
et qui font leur histoire.

Marcel Rioux, Une saison à la Renardière, 1988.

Le regard critique d’un sociologue de la culture

Marcel Rioux, sociologue critique, est l’un des principaux responsables de
la prise de conscience de l’identité québécoise et l’un
de ses grands promoteurs sur la scène internationale. Son discours est
radical : ouvertement agnostique et indépendantiste, il convie les Québécois
à créer de toutes pièces une société égalitaire
et autogérée. En fait, la sociologie de Marcel Rioux s’est démarquée
du lot par sa notion de « pratiques émancipatoires ».

« La transformation du Québec traditionnel a constitué
la toile de fond de la carrière universitaire de celui qui a initié
au marxisme des générations d’étudiants », rappelle
Paul-André Comeau. Marcel Rioux a su toutefois nuancer les théories
marxistes et interpréter la pensée du fondateur du socialisme
scientifique dans une perspective axée sur la culture, véritable
constante de son œuvre. En 1990, il écrit : « Quand l’économie
est désencastrée de la culture, elle fait crouler le mur, et les
autres pans de la société sont en miettes. »

Un parcours et des convictions

Né en 1919, Marcel Rioux étudie au Séminaire de Rimouski
et ensuite à l’Université de Paris en sciences politiques et sociales
où il y découvre Durkheim, Mauss et Leon Blum. À
son retour au Canada, en 1948, il opte pour l’ethnologie et se consacre à
des études très fouillées, dont la Description de la
culture à l’Île-Verte et Belle-Anse
, et vit pendant plusieurs
années en étroit contact avec les paysans de sociétés
traditionnelles. Il décrit ce qu’il voit et élabore une pensée
originale concernant la culture et les idéologies québécoises.

En 1956, âgé de 36 ans, il reçoit la médaille Pariseau
de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences.
Il délaisse alors son œuvre d’anthropologue et décide de
s’engager politiquement en présidant pendant quatre ans l’Institut canadien
des affaires publiques qui, à l’époque, s’oppose au régime
duplessiste. Au cours de ces années, il sympathise avec les signataires
du Refus global, s’associe à la revue Cité libre et affine la
pensée sociologique et indépendantiste qu’il mûrit depuis
près de quinze ans.

À partir des années 60, Marcel Rioux est omniprésent tant
dans les milieux universitaires, où il enseigne au Département
de sociologie de l’Université de Montréal, que dans les milieux
populaires, où il sait frapper les esprits au moyen d’un discours imagé
et savoureux, ainsi que chez les politiciens à l’écoute de son
opinion. Professeur jusqu’au milieu des années 80, cet intellectuel a
inspiré plusieurs générations d’étudiants en proposant,
entre autres, d’associer l’action à la théorie.

Une sociologie de l’émancipation

Véritable précurseur, Marcel Rioux préfigure dans sa leçon
inaugurale, Jeunesse et société contemporaine (1969), le
constat des sociologues actuels en parlant du remplacement de la dichotomie
marxienne des classes sociales par celle des générations. Il y
annonce alors la sous-culture que représente la jeunesse, dénoncée
maintenant par de nombreux chercheurs en sciences humaines.

De 1966 à 1968, il préside la Commission sur l’enseignement des
arts au Québec. Dans son rapport, il invite le gouvernement à
donner à l’enseignement des arts la place que son importance requiert
et, encore aujourd’hui, l’idéal véhiculé dans ce discours
hante toujours le milieu des artistes. Sociologue engagé dans la démocratisation
de la créativité, il vise un nouvel esprit d’indépendance
et de recherche, qu’affiche son ouvrage intitulé : La question du
Québec
, pour lequel il obtint le prix Montcalm en 1970.

Les années 70 marquent un autre tournant pour le sociologue. Son ouvrage
ayant pour titre : Les Québécois (Seuil, 1974) fait découvrir
aux Français l’existence de la « québécité
 ». Tiré à 100 000 exemplaires, cet ouvrage montre un homo
quebecensis
en pleine transformation et propose une interprétation
de l’identité québécoise. Marcel Rioux publie aussi Essai
de sociologie critique
(1978) qui dresse un bilan de ses partis pris théoriques
et de ses engagements politiques. S’y retrouve une théorie et une sociologie
de l’émancipation, de la critique du contemporain et, surtout, la mise
en valeur de ce que le sociologue appelle dorénavant « les possibles
 ». Ces options, axées sur le développement d’une société
autogestionnaire, ont été défendues dans la revue Possibles,
lancée en 1976 avec Roland Giguère, Gérald Godin, Gilles
Hénault, Gaston Miron et Gabriel Gagnon.

À l’âge de la retraite, Marcel Rioux dresse, aux premières
heures de la mondialisation, un portrait sans fard du Québec, de la culture
et de la sociologie critique qui traduit un certain scepticisme. Dans son ouvrage
intitulé : Un peuple dans le siècle (1990), le sociologue
prend encore parti, cette fois contre l’amnésie générale.
Au sujet de cet ouvrage, Paul-André Comeau commente : « Le métier
de sociologue, le regard de l’ethnologue, Marcel Rioux n’a rien oublié…
 »

Résumé de la carrière de Marcel Rioux

1950
Licence en sciences politiques et sociales de l'Université de Paris

1956
Médaille Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1960-1985
Professeur au Département de sociologie de l'Université de Montréal

1966-1968
Président de la Commission sur l'enseignement des arts au Québec

1970
Prix Montcalm du Syndicat des journalistes et écrivains de France

1974
Prix Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste

1975
Président du Tribunal de la culture

1978
Prix Léon-Gérin

1985
Professeur émérite de l'Université de Montréal

Information complémentaire

Date de remise du prix :
4 octobre 1978

Membres du jury :
Jean-Guy Frenette
Nicole Gagnon
André Morel
Stanley Bréhault Ryerson
J. C. Weldon

Crédit photo :
Éditeur officiel du Québec

Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour : Nathalie Dyke