Lionel Boulet

À Varennes, dans la banlieue sud-est de Montréal, trois immenses
bâtiments sont visibles à une dizaine de kilomètres à
la ronde. Il s’agit des laboratoires de l’Institut de recherche en électricité
du Québec (IREQ) d’Hydro-Québec, dont la taille est à la
mesure de l’envergure de l’institution. Dans le domaine de la recherche sur
l’énergie, l’IREQ jouit d’une renommée internationale. On peut,
sans exagérer, en attribuer l’existence à la vision et à
la ténacité d’un homme : Lionel Boulet. Ce dernier a conçu
l’IREQ dans ses moindres détails et il en a assuré l’essor, à
titre de directeur, pendant quinze ans.

Un scientifique dans l’âme

Né à Québec en 1919, passionné de sciences, Lionel
Boulet renonce aux carrières prestigieuses de l’époque, la médecine
et le droit, pour s’orienter en 1938 vers des études de génie
électrique. « Je croyais à l’importance des sciences appliquées,
explique-t-il, et je trouvais que les Canadiens français n’y étaient
pas assez présents. » Après l’obtention de son diplôme,
il travaille comme ingénieur pour la compagnie RCA Victor, à Montréal,
où il met au point le premier train d’atterrissage automatique. En 1947,
alors que les diplômes supérieurs en sciences appliquées
se comptent sur les doigts de la main au Québec, il termine une maîtrise
en génie électrique à l’Université de l’Illinois,
l’une des plus prestigieuses écoles dans ce domaine en Amérique
du Nord. « Il faut s’ouvrir l’esprit, poursuit Lionel Boulet, voir ce
qui se fait ailleurs pour être capable de s’y mesurer. » Lorsqu’il
termine ses études, l’Université de l’Illinois lui offre un poste
et quatre fois le salaire d’un professeur de l’Université Laval, mais
il « préfère revenir faire quelque chose pour le Québec
 ».

Les projets que Lionel Boulet entreprend dès son retour marquent encore
de nos jours les sciences appliquées au Québec. Il devient « 
assistant-professeur » de génie électrique à l’Université
Laval en 1948. Plus tard, à la tête du Département de génie
électrique de la même université, il en développe
les études supérieures. Aujourd’hui, le Département accueille
annuellement plus de 150 étudiants de deuxième et de troisième
cycle. Puis, au début des années 60, il s’attaque à la
création de l’IREQ.

La naissance de l’IREQ

Avant que son rêve prenne forme, Lionel Boulet doit toutefois travailler
d’arrache-pied pendant une décennie pour le « vendre » aux
gouvernements et aux hautes instances d’Hydro-Québec. Dans un Québec
sans grande tradition de recherche en physique, fonder un tel centre semble
presque utopique. Cependant, la carrière de Lionel Boulet se déroule,
depuis plusieurs années déjà, sous le signe de l’avant-gardisme.
« Dès 1955, j’étais convaincu de l’importance de doter le
Québec d’un centre de recherche sur l’énergie », déclare
Lionel Boulet. Voyant déjà poindre à l’horizon les grands
projets hydroélectriques, il met le doigt sur une lacune : le manque
de chercheurs dans ce qui deviendra au Québec un domaine de premier plan.
« Lionel Boulet voulait que nous soyons parmi les meilleurs au monde en
ce qui concerne notre principale ressource. Pour cela, il fallait que le Québec
ait un centre où l’on puisse à la fois faire de la recherche de
calibre international et démontrer le potentiel du génie québécois.
Il a véritablement ouvert une fenêtre sur le monde », explique
Ashok Vijh, l’un des premiers scientifiques engagés par l’IREQ et lauréat
du prix Marie-Victorin en 1998.

Le projet de l’IREQ est accepté en 1965, l’Institut voit officiellement
le jour en 1967 et loge dans ses locaux actuels depuis 1970. Au total, 18 des
24 chercheurs de la première équipe viennent de l’extérieur
du pays. La plupart d’entre eux sont personnellement recrutés par Lionel
Boulet lors de ses voyages de reconnaissance. Afin de bien les intégrer
à la collectivité québécoise, il organise d’ailleurs
à leur intention des stages d’immersion en langue française. L’ingénieur
fait également sa marque comme responsable du développement des
programmes de recherche de l’IREQ, nageant souvent à contre-courant des
préjugés. Entre autres exemples, il entreprend des recherches
sur le courant continu, peu exploité à l’époque, mais qui
depuis lors s’est avéré très utile au transport de l’électricité
sur les lignes à haute tension. À partir de 1987, le Tokamak (réacteur
à fusion nucléaire) assure au Québec une participation
au réseau mondial de recherche sur cette source d’énergie, dans
lequel chaque équipe occupe un créneau unique.

Un héritage imposant

La fenêtre ouverte par Lionel Boulet n’a depuis lors cessé d’être
source d’un vent nouveau. Les quelque 300 chercheurs de l’IREQ publient dans
les plus prestigieux périodiques internationaux et présentent
leurs travaux dans les colloques et les congrès du monde entier. Leur
savoir-faire a servi à implanter des laboratoires à l’étranger,
notamment au Mexique, au Brésil et en Algérie. L’IREQ s’acquitte
de contrats non seulement pour Hydro-Québec, mais pour bon nombre de
manufacturiers d’ici et d’ailleurs. La recherche fondamentale continue néanmoins
de cohabiter avec la recherche appliquée, à côté
de laboratoires qui peuvent reproduire « concrètement » tous
les domaines tels que la chimie des matériaux et les nouvelles sources
d’énergie comme l’hydrogène ou la fusion nucléaire. Grâce,
notamment, à des ententes de collaboration avec les départements
de génie de plusieurs universités, l’IREQ est devenu une véritable
pépinière de chercheurs québécois.

Après son départ de l’IREQ en 1982, Lionel Boulet occupe divers
postes, dont celui de vice-président à la technologie et aux affaires
internationales, à Hydro-Québec, de conseiller au président
d’Hydro-Québec et de directeur intérimaire de l’Institut Armand-Frappier,
autre institution d’envergure créée par un précurseur.

Premier lauréat du prix Armand-Frappier en 1993, Lionel Boulet a été
décoré, à titre posthume, de l’Ordre national du Québec,
en juin 1996. Son décès, le 1er mai 1996, attriste particulièrement
les scientifiques et les ingénieurs québécois. Ceux-ci
se souviendront du fondateur de l’IREQ comme d’un bâtisseur de la recherche
moderne au Québec, d’un pionnier dans le domaine de l’ingénierie
électrique et d’un créateur d’institutions scientifiques. « 
Non seulement Lionel Boulet nous a taillé une place importante sur la
scène internationale de la recherche, résume Ashok Vijh, mais
il a démontré de façon éclatante qu’il n’y a aucune
contradiction entre la recherche et la rentabilité. L’IREQ ne cesse de
prouver que les applications de demain se trouvent dans la recherche fondamentale
d’aujourd’hui. »

Monique Mercure

Monique Mercure se décrit comme une comédienne autodidacte. Son
engagement au théâtre, à la télévision et
au cinéma est la conséquence d’un tournant qui s’est imposé
dans une vie professionnelle qui s’oriente d’abord vers la musique. Elle devait
être violoncelliste. C’est là que la menaient tout naturellement
des études supérieures en musique ainsi qu’un milieu familial
grandement avide de culture et de connaissances. Mais malgré un talent
évident pour la musique, très jeune, elle se sent attirée
par le théâtre.

D’abord membre du groupe de théâtre amateur du Collège
Saint-Laurent, Monique Mercure poursuit sa formation chez Jacques Lecoq, puis
au Montreal Drama Studio. C’est sur cette base qu’émergera une carrière
qui se continue depuis de façon soutenue, autant en anglais qu’en français.
À partir de cet apprentissage, Monique Mercure s’est fait une opinion
bien personnelle du travail de comédienne. Le théâtre représente
pour elle une sorte de libération. Elle aborde les personnages, d’abord
de façon instinctive, puis plus rationnellement, en les observant, en
apprenant à les connaître.

À travers le jeu, c’est chacune des facettes de la propre personnalité
de l’artiste qui s’exprime, et c’est de cette façon que celle-ci réussit
à faire aimer les personnages qu’elle incarne, si indignes soient-ils
parfois, en faisant comprendre au public leurs faiblesses, leurs contradictions.
Sa poignante Albertine de 70 ans de la pièce Albertine en cinq temps
de Michel Tremblay, qu’elle a incarnée au théâtre et à
la télévision à la fin des années quatre-vingt-dix,
atteint un sommet d’interprétation. Elle avait auparavant marqué
de son jeu intense plusieurs séries télévisées.

Côté cinéma, Monique Mercure est la seule Québécoise
à ce jour à avoir reçu un prix d’interprétation
féminine au Festival de Cannes (1977) pour son rôle dans J.A.
Martin photographe
, film de Jean Beaudin. Plus récemment, elle était
de la distribution du Violon rouge de François Girard. Elle a
tourné, entre autres, avec Claude Jutra, Yves Simoneau, Robert Altman
et Claude Chabrol.

« On ne se fait jamais seul », souligne Monique Mercure. « Sur
notre chemin, il y a aussi des rencontres magiques. » On peut imaginer
que pendant la dernière décennie où elle a été
directrice générale et directrice artistique de l’École
nationale de théâtre, elle a représenté pour un bon
nombre d’étudiants une de ces rencontres magiques qui leur a ouvert tout
grand l’univers du théâtre et de la culture.

Gilles Hénault

Par son engagement social, sa sensibilité et sa rigueur intellectuelle,
Gilles Hénault a enrichi notre littérature d’une recherche
éthique et esthétique qui traduit sa volonté profonde de
renouvellement.

De son parcours littéraire, on a vu naître un nouveau langage,
celui de l’humour, de la raison et de l’imaginaire. Avec Gilles
Hénault, le vocabulaire se métamorphose et de nouveaux rapports
avec la culture, la nature et la société s’établissent.
Signaux pour les voyants (1972), une rétrospective de ses poèmes
de 1941 à 1962, donne la mesure de cette exploration audacieuse du langage
poétique. Ces poèmes et ceux que contiennent les deux recueils
publiés plus tard, À l’inconnue nue (1984) et À
l’écoute de l’Écoumène
(1991), font une
part égale à l’imaginaire et à la réflexion,
au rêve et à la réalité.

L’œuvre de Gilles Hénault porte en elle les préoccupations
de notre temps. Inspirée d’abord par les surréalistes, qui
l’atteignaient par leur volonté de changement et par les nouvelles
images et associations de mots qu’ils proposaient, elle questionne, dénonce
l’exploitation et annonce le changement par la libération de la
parole. Et pour que cette parole justement puisse s’exprimer, Hénault
participe à la fondation de diverses revues : Les Cahiers de la file
indienne
, d’abord, Liberté puis Possibles.

Gilles Hénault fait partie des intellectuels de la première
heure, intimement liés aux artistes de l’avant-garde et aux bouleversements
sociaux des années cinquante. Il aurait pu se limiter à défendre
ses idées par l’écriture, avec prudence, pour éviter
de froisser l’élite politico-cléricale de l’époque.
Il a choisi l’action, demeurant fidèle aux valeurs marxistes qu’il
endossait, un choix qui n’est pas sans lien avec ses origines modestes
où, très tôt, il fut confronté à l’injustice
sociale. C’est à l’intérieur d’organisations
syndicales que son engagement se concrétise. Mais son militantisme dérange
et Hénault doit s’exiler à Sudbury où, entre 1952
et 1956, il se met au service du syndicat des mineurs. À son retour au
Québec, il travaille à La Presse et au Devoir
; il est nommé plus tard directeur du Musée d’art contemporain.

Homme d’une grande discrétion, Gilles Hénault n’en
a pas moins marqué notre société en l’incitant à
explorer de nouvelles avenues par ses mots, ses paroles et ses actions.

Francis Mankiewicz

Homme profondément sensible et intègre, Francis Mankiewicz a
donné de beaux, de très beaux moments au cinéma québécois.
Le thème de l’enfance traverse son œuvre et la recherche d’un idéal
familial en constitue en quelque sorte la trame.

Francis Mankiewicz étudie d’abord la géologie avant de séjourner
deux ans en Angleterre à la London School of Film Technique. C’est là
qu’il apprend à manier la caméra selon les règles de l’art.
À son retour, il réalise son premier film d’auteur, Le Temps
d’une chasse
(1972), grâce à un programme de l’Office national
du film permettant aux jeunes cinéastes de réaliser leur première
œuvre. Couronné par trois prix au Palmarès du film canadien,
primé aussi au Festival de Venise et présenté aux festivals
de Cannes, de Barcelone, d’Atlanta et de Georgie, ce premier film ne passe pas
inaperçu.

Impressionné à la fois par l’œuvre et par son auteur, le
romancier Réjean Ducharme provoque ce qui va devenir une rencontre exceptionnelle
pour lui et le jeune cinéaste. Rencontre exceptionnelle à plus
d’un titre puisqu’elle va donner naissance à l’un des chefs-d’œuvre
du cinéma québécois, Les Bons Débarras (1980).
Huit prix Génie, un prix au Festival mondial de cinéma de Chicago
et différentes mentions viendront confirmer ce succès. La collaboration
entre Ducharme et Mankiewicz se poursuit avec Les Beaux Souvenirs (1981),
peut-être moins apprécié de la critique, mais témoignant
toujours de la grande maîtrise du cinéaste.

Après Les Portes tournantes (1988) qui donne à Mankiewicz
son premier grand succès auprès du public québécois,
le cinéaste ne peut se résoudre aux compromis que dicte le cinéma
commercial et constate qu’il y a de moins en moins de place pour le cinéma
d’auteur au Québec. Alors il s’exile à Toronto où il réalise
deux mini-séries télévisées pour le compte de la
CBC, Love and Hate (1989) et Conspiracy of Silence (1990), tout
en espérant des jours meilleurs pour le cinéma québécois
de qualité.

On ne saura jamais, en raison de sa mort prématurée, jusqu’à
quel sommet Francis Mankiewicz aurait porté son œuvre. Heureusement,
celle-ci reste gravée dans la mémoire des cinéphiles qui
ont découvert, grâce à son intuition, à ses qualités
exceptionnelles de cinéaste et à son grand respect des autres,
de grandes comédiennes comme Marie Tifo, Charlotte Laurier et Monique
Spaziani.

Dan S. Hanganu

Prendre la mesure de l’œuvre de Dan S. Hanganu, c’est entrer dans un monde
où logique, humour et subtilité se côtoient dans un ensemble
cohérent. L’architecte, qui préfère le rationnel et l’éthique
à l’ornementation postiche, a acquis un véritable sens intuitif
des possibilités des matériaux auxquels il donne une symbolique
empreinte de poésie. Hanganu conçoit des bâtiments qui ont
du caractère en raison de leur volumétrie, de leur agencement
et des matériaux qu’il met en valeur. Ce sont des œuvres à
l’image de leur auteur, humaines et qui ne laissent pas indifférent.

Dan S. Hanganu obtient un diplôme d’architecture de l’Université
de Bucarest en 1961 et acquiert sa première expérience professionnelle
dans son pays d’origine. Il arrive au Canada en 1970 et travaille jusqu’en 1979
à titre de chargé de design dans différents bureaux de
Montréal et de Toronto. Puis, il ouvre son propre atelier et commence
sa véritable carrière d’architecte. Ses premiers travaux portent
sur un des défis les plus exigeants de sa discipline, le logement. « La
base de l’architecture, c’est l’habitation. La maison est en quelque sorte le
berceau de l’architecture, sa première raison d’être. »

Ses toutes premières réalisations traduisent une grande sensibilité,
l’espace et la lumière se conjuguant pour créer un cadre de vie
harmonieux. Hanganu redéfinit la maison de banlieue, tant sous l’aspect
intérieur du bâtiment que sous celui du groupement. L’originalité
de son approche se confirme avec les maisons qu’il construit sur la rue de Gaspé
à Montréal et avec les habitations Crémazie.

L’œuvre de Dan S. Hanganu est extrêmement diversifiée, allant
de la façade de la rue de la Montagne, à l’immeuble de Val-de-l’Anse
de l’Île-des-Sœurs, à Pointe-à-Callière, musée
d’archéologie et d’histoire de Montréal, au complexe Chaussegros-de-Léry,
au Théâtre du Nouveau Monde et à l’église abbatiale
de Saint-Benoît-du-Lac.

Architecte et humaniste, Dan S. Hanganu n’a pas choisi la voie la plus facile.
Il a apporté une conception de l’architecture où le créateur
est omniprésent, dans la structure, dans le choix des matériaux,
dans l’insertion de la bâtisse dans son environnement, dans le mobilier
; bref, il est question de design total. Cette pratique ne fait pas l’unanimité
et pour atteindre cet idéal, il faut la maîtrise absolue des techniques
de construction, l’énergie du combattant, l’imagination fertile du créateur
et la force de faire face aux périodes de doute. Les réalisations
de Dan S. Hanganu, qu’elles soient au Canada, en Suisse, au Maroc ou dans l’ex-Union
soviétique, témoignent éloquemment que cet idéal
est à sa portée.

Charles-Philippe Leblond

La carrière de Charles Philippe Leblond n’est pas seulement remarquable,
elle est extraordinaire!

Yves Clermont et Normand Nadler, professeurs, Université McGill.

« En tant que pionnier de la biologie cellulaire, Charles Philippe Leblond
a fait des découvertes qui s’inscrivent dans les connaissances de base
en matière de biologie, dans ce savoir que l’on enseigne dans les écoles
et les collèges partout dans le monde. »
Georges Palade, médecin, prix Nobel de médecine, 1974.

« Mon métier, c’est l’histologie, l’étude au microscope
des cellules, des organes et des tissus », résume simplement Charles
Philippe Leblond. Par ses recherches, cet artisan d’une « révolution
scientifique » arrive à démontrer que certaines cellules
et les composants de toutes cellules, loin d’être stables durant toute
leur vie, comme on l’a longtemps cru, se renouvellent constamment et rapidement.

Des découvertes révolutionnaires

On doit au docteur Leblond la mise au point de techniques, au cours des 50
dernières années, qui seront déterminantes pour l’évolution
des sciences anatomiques. Sa contribution la plus remarquable à la science
est sans doute la radioautographie (aussi nommée autoradiographie), une
technique combinant la photographie, la microscopie et le mariage des tissus
et des cellules par des éléments radioactifs. Instrument d’innombrables
découvertes, la radioautographie révolutionne la biologie cellulaire
en permettant aux chercheurs du monde entier de visualiser et de mesurer rigoureusement
cette dynamique cellulaire que l’histologie traditionnelle n’avait pas soupçonnée.

Partout dans le monde, les pairs du docteur Leblond lui sont reconnaissants
d’ouvrir des horizons imprévus et de susciter un intérêt
renouvelé pour l’anatomie microscopique ainsi que pour l’étude
de la biologie. Ses propres recherches, trop nombreuses pour les citer toutes,
permettent notamment d’élucider comment la glande thyroïde utilise
l’iode pour élaborer son hormone, ou encore comment s’accroissent les
os longs et se forment les dents. D’autres travaux incluent la démonstration
du mouvement des protéines à l’intérieur des nerfs, la
formation des acides nucléiques au cœur de la cellule et le renouvellement
des cellules des parois de l’estomac et de l’intestin. Autant de recherches,
autant de connaissances neuves, autant de premières scientifiques.

Titulaire d’un diplôme en médecine de l’Université de Paris
en 1934, Charles Philippe Leblond signe déjà ses premières
publications sur le rôle et la localisation de la vitamine C. En 1935,
il reçoit une bourse Rockefeller et séjourne deux ans aux États-Unis.
Il rentre ensuite en France où il s’initie aux isotopes radioactifs.
Il les utilise pour démontrer que l’iode est capté par la glande
thyroïde et que l’on peu détruire la glande à l’aide de fortes
doses d’iode radioactif. Le scientifique s’intéresse aussi au marquage
des cellules avec des isotopes radioactifs. Placés en contact avec une
plaque photographique qui réagit à leur action, les traceurs radioactifs
apparaissent sur la photographie comme des granules d’argent noirs. On peut
donc repérer au microscope ces « espions » après leur
pénétration dans certaines cellules. La technique est prometteuse
mais grossière et peu satisfaisante.

La radioautographie

Invité à l’Université McGill en 1941, Charles Philippe
Leblond se joint aux forces françaises libres au début de 1942.
Il est envoyé d’abord au Brésil, puis deux ans plus tard à
Londres, où on l’assigne à la sélection des officiers.
C’est à son retour à l’Université McGill en 1946 qu’il
met au point, avec son collègue Leonard Bélanger, la radioautographie,
une méthode permettant la localisation des radioéléments
au microscope. En appliquant l’émulsion photographique directement sur
une coupe d’organes, les chercheurs obtiennent enfin l’image précise
qui permet de suivre à la trace les cellules marquées radioactivement,
de visualiser les étapes de leur transformation avec le temps et d’en
mesurer la vitesse et la durée. La radioautographie sera bientôt
reconnue comme une technique très prometteuse, et l’on vient de partout
pour s’y initier avec le docteur Leblond. « Mon laboratoire ressemblait
à une ruche. Nous n’avions même pas le temps de publier tous nos
résultats de recherche », dit-il, évoquant les années
50 et 60. Cette période excitante modifiera radicalement les idées
reçues : « Quand j’ai démontré que toutes les cellules
synthétisent des protéines continuellement, le public scientifique
n’y a pas cru. Pourtant, trois ans plus tard, cette dynamique de l’activité
cellulaire était devenue évidente pour tout le monde. »

À 91 ans, le docteur Leblond se passionne toujours pour la biologie
et son influence reste aussi marquante. Depuis son laboratoire de l’Université
McGill et en collaboration avec des chercheurs de l’Hôpital Schriners,
il poursuit ses travaux et continue de publier des résultats. Communicateur
dynamique et passionné, Charles Philippe Leblond signe au fil de sa carrière
430 articles dans les revues internationales les plus prestigieuses. Plusieurs
organismes l’honoreront : membre émérite et lauréat de
la médaille Leo-Pariseau de l’Association canadienne-française
pour l’avancement des sciences (ACFAS), ainsi que de la médaille McLaughlin
de la Société royale du Canada, officier de l’Ordre du Canada
et lauréat du prix de la Fondation Gairdner… Mentionnons aussi ses
quatre doctorats honoris causa octroyés par l’Acadia University en Nouvelle-Écosse
(1972) et les universités McGill (1982), de Montréal (1985) et
de Sherbrooke (1988). Promoteur de l’élaboration d’une politique scientifique
au Québec et au Canada, Charles Philippe Leblond sera pendant plus de
40 ans un enseignant exceptionnel. Ce « maître » attire au
Québec des étudiants de partout au monde, dont plusieurs deviendront
à leur tour des chefs de file dans leur domaine et leur pays respectifs.

Charles Taylor

Un philosophe de la modernité

Le monde de la philosophie contemporaine reconnaît, avec Sir Isaiah Berlin,
que Charles Taylor est « l’un des penseurs politiques les plus importants
de notre temps ». Exégète des traditions allemande, française
et anglo-américaine, familier de leurs poètes autant que de leurs
philosophes, Charles Taylor explore depuis 30 ans les sources culturelles et
philosophiques qui nourrissent le sens et la valeur que nous donnons à
nos vies collectives et individuelles.

Philosophe de la modernité, Charles Taylor propose à ses contemporains
le défi d’un pluralisme éclairé, soucieux d’intégrer,
plutôt que d’opposer, les valeurs contradictoires qui caractérisent
nos sociétés modernes : droits individuels chers au libéralisme
et aspirations collectives au cœur des mouvements communautaires et nationalistes.
Couronné par plusieurs prix, dont celui du meilleur livre en histoire
de la philosophie, publié aux États-Unis en 1989, son ouvrage
Sources of the Self : The Making of Modern Identity est déjà
considéré comme un classique. Préoccupé par la genèse
de l’identité moderne, Charles Taylor se penche, entre autres, sur le
sens de l’intériorité, sur la place de la vie ordinaire dans les
sociétés contemporaines et sur la conception de la nature comme
source morale.

Une des inspirations majeures de la réflexion de Charles Taylor est
de montrer que la philosophie morale contemporaine donne un portrait réducteur
et incomplet de la personnalité morale, qu’elle se soucie peu de prendre
en considération l’importance des déterminations historiques et
des orientations psychologiques.

L’histoire et le sens de la vie

L’œuvre globale de Charles Taylor est enracinée dans son expérience
de la complexité et de l’affrontement des identités canadienne
et québécoise. Né à Montréal en 1931, d’un
père canadien-anglais et d’une mère canadienne-française
et francophile, il constate, dès l’adolescence, à quel point la
langue forme l’esprit, permet de comprendre l’autre… ou alors de ne pas
le comprendre sans même s’en rendre compte! « Les thèmes qui
m’intéressent maintenant, la façon dont je les aborde, résultent
directement de cette prise de conscience », précise Charles Taylor.

Boursier Rhodes après un baccalauréat en histoire à l’Université
McGill, Charles Taylor entreprend à l’Université Oxford des études
de philosophie. Le courant de pensée dominant, « un positivisme
aride », ne le séduit guère. Cependant, l’obligation de produire
une argumentation écrite hebdomadaire, sous la direction d’un tuteur,
lui permet « de ne pas être imbibé, de se donner d’autres
maîtres, de défendre d’autres points de vue ». Dès
lors, jetant des ponts entre l’école anglo-américaine et les traditions
allemande et française dont elle s’est coupée, explorant plusieurs
sphères de la philosophie – langage, psychologie, éthique, politique
–, Charles Taylor développe une interprétation globale, nuancée
et ouverte de la modernité et des défis qu’elle pose.

Sa thèse de doctorat publiée en 1964, The Explanation of Behavior,
attaque de front l’étroitesse des modèles behavioristes et individualistes
qui dominent la pensée anglo-saxonne. Dans Interpretation and the
Sciences of Man
, un classique qui paraît en 1971, puis au fil d’autres
articles réunis en 1985 sous le titre Philosophical Papers, Charles
Taylor poursuit sa réflexion sur les sociétés modernes.
Pour lui, l’être humain ne peut trouver de sens à ses actes et
à sa vie que dans la mesure où il agit dans une communauté
caractérisée par une culture, des institutions et une langue partagées.
Les partisans purs et durs des droits individuels, absolument réfractaires
aux biens collectifs, auraient ainsi perdu de vue une dimension fondamentale
du libéralisme.

L’action et la pensée politiques

Charles Taylor est un philosophe politique pour qui « l’engagement est
fondamental ». Rentré au Canada en 1961, enthousiasmé par
la Révolution tranquille, mais inquiet du désarroi du Canada,
il plonge une dizaine d’années en politique active, dans les rangs du
Nouveau Parti démocratique.

Depuis, Charles Taylor participe à tous les débats constitutionnels,
au gré de réflexions et de publications qui tentent de convaincre
le Canada anglais de la légitimité du nationalisme québécois
et de faire prendre conscience au Québec de l’héritage culturel
qu’il partage avec le Canada.

En 1975, le philosophe publie un ouvrage fondamental sur Hegel, « le premier
qui ait tenté de comprendre son monde à partir d’une genèse
de sa pensée. Qui veut faire ça aujourd’hui doit se situer par
rapport à lui. » Consacrant sa réputation internationale,
l’Université d’Oxford lui offre en 1976 la chaire Chichele en pensée
sociale et politique, la plus prestigieuse du genre au Royaume-Uni, qu’il occupera
jusqu’en 1981.

L’année suivante, Charles Taylor retrouve à l’Université
McGill le programme d’enseignement de la pensée politique, dont il avait
été le fondateur et l’âme dirigeante au cours des années
70. Réputé comme l’un des meilleurs en Amérique du Nord,
le programme attire des étudiants, « parmi les plus brillants »,
de partout au monde. On y vient en raison de la diversité des cours,
mais aussi du magnétisme de ce professeur admiré pour son érudition,
pour son art de la discussion philosophique et, surtout, pour une œuvre
d’une force et d’une indépendance remarquables.

Lauréat de plusieurs prix, sollicité de toutes parts, Charles
Taylor est invité dans les plus prestigieuses universités dont
celles d’Oxford, de Francfort, d’Harvard ou de Princeton.

Jean-Claude Marsan

Architecte, professeur, écrivain, urbaniste, chercheur, consultant,
quel que soit son champ d’intervention, Jean-Claude Marsan consacre, depuis
près de 30 ans, toute son énergie à la défense et
à la promotion du patrimoine urbain et architectural de Montréal.

Un baccalauréat en architecture de l’Université de Montréal
en poche, Jean-Claude Marsan quitte le Québec au milieu des années
soixante pour poursuivre ses études en Europe. À l’époque,
se souvient-il, le modernisme prime et les architectes sont plutôt attirés
vers les universités américaines, comme Harvard, que vers l’Europe
alors perçue comme archaïque.

Il choisit d’aller à l’Université d’Édimbourg qui accueille
une vingtaine d’étudiants, triés sur le volet, provenant de tous
les continents. C’est d’ailleurs la rencontre de Percy Johnson Marshall, professeur
responsable de la maîtrise en Civic Design de cette université,
un passionné des villes, qui éveillera le jeune homme à
la richesse du patrimoine architectural et urbain. « J’ai découvert
avec lui que chaque ville a son propre vocabulaire, son langage, et j’ai développé
une passion pour le décodage des formes urbaines. »

C’est donc avec un bagage nouveau et différent de celui de ses confrères
que Jean-Claude Marsan revient à Montréal après un séjour
de plus de trois ans à l’étranger. Il porte un regard neuf sur
sa ville d’origine et publie en 1974 sa thèse de doctorat, Montréal
en évolution, historique du développement de l’architecture et
de l’environnement montréalais
. Peu à peu, le Québec
prend conscience de l’importance de préserver son patrimoine. À
Montréal, des groupes de pression se forment. C’est ainsi que Jean-Claude
Marsan a été membre fondateur et membre du conseil d’administration
de l’Association Espaces Verts, des Amis de la gare Windsor, de Sauvons Montréal
et de la Fondation Héritage Montréal, dont il a assumé
la présidence de 1984 à 1988.

Outre son engagement passionné dans les mouvements populaires, il a
joué un rôle de premier plan dans le développement de la
faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal,
en étant successivement directeur de l’École d’architecture et
doyen de la faculté. Reprenant les préceptes de Vitruve, Jean-Claude
Marsan croit que l’architecte doit créer d’abord un cadre de vie qui
réponde aux besoins des utilisateurs. « Selon moi, la réussite
d’un architecte se mesure au degré d’appropriation du lieu par les utilisateurs.
L’œuvre architecturale, c’est avant tout un lieu, un abri qui doit être
utile, solide et capable de susciter de l’émotion par ses qualités
esthétiques. »

Vincent Warren

Au cœur de sa vie, une passion : la danse. Vincent Warren, que tant de
spectateurs enthousiastes ont admiré sur scène, n’a pas quitté
la danse quand, en 1979, vint l’heure de ranger ses chaussons. Homme de sensibilité,
de culture et de constance, il s’est ancré encore plus profondément
dans ce monde de force et de beauté qui est le sien. Avec une générosité
qui est la marque des grands, il a souhaité partager son savoir par l’enseignement
« pour donner aux jeunes ce que j’avais eu la chance de recevoir, une formation
d’interprète, mais aussi une formation historique et culturelle complète
 ».

Vincent Warren découvre la danse à onze ans. Dès lors
son destin est déterminé : la danse sera sa vie. Tout ce qui parle
de sa passion l’intéresse ; c’est ainsi qu’il amasse livres, affiches,
documents et objets, constituant ce qui deviendra une imposante et précieuse
collection sur l’histoire de la danse.

Arrivé à New York à 17 ans, il est boursier, danse avec
le Metropolitan Opera Ballet, s’initie à la danse postmoderne, s’ouvre
au monde du théâtre, de la musique et de la peinture, fréquente
les artistes d’avant-garde ; cet éclectisme lui permet d’affirmer : « 
Pour bien parler avec les mouvements, il faut être en mesure de décoder
les œuvres de toutes les disciplines. »

En 1960, à l’occasion d’une tournée des Grands Ballets canadiens,
il rencontre Ludmilla Chiriaeff et accepte l’invitation de danser avec la troupe
montréalaise ; pendant cinq ans, il fera la navette entre les deux villes.
Vincent Warren danse aux États-Unis et en Europe et il est considéré
par les danseuses comme l’un des meilleurs partenaires au monde. À Montréal,
il travaille également avec le Groupe de la Place Royale, avant de consacrer
tout son temps aux Grands Ballets canadiens où il sera premier danseur.

Très engagé dans son milieu – il a été président
de l’Association Danse au Canada et du Regroupement québécois
de la danse –, Vincent Warren a remis toute sa collection à la Bibliothèque
de la danse de l’École supérieure de danse du Québec, dont
il est le conservateur. Grâce à lui, l’établissement est
considéré comme l’une des meilleures bibliothèques spécialisées
sur le sujet au monde et est en voie de devenir une véritable bibliothèque-musée
où sont conservés maquettes scénographiques, dessins de
costumes, gravures, bref tout ce qui peut enrichir et documenter l’histoire
de la danse.

Ainsi se concrétise la démarche de collectionneur de Vincent
Warren entreprise alors qu’il était à peine adolescent. Sa culture
et sa connaissance approfondie de l’histoire de la danse en font un conférencier
recherché. Et c’est ainsi que la formation historique qu’il évoquait
plus haut lui a permis d’aborder avec sérénité et enthousiasme
le deuxième volet de sa carrière.

André Major

André Major compte parmi les écrivains de sa génération
qui ont le plus contribué à l’émergence d’une littérature
qui soit à l’image du peuple québécois. Si la société
constitue le fondement de son œuvre, il préfère la voie du
questionnement et de la recherche à celle de la dénonciation.

Mais André Major n’est pas l’homme d’un seul métier. Réalisateur
aux émissions culturelles à la Société Radio-Canada
pendant plus de 25 ans, il a aussi été journaliste et critique
au Petit Journal, au Devoir et à La Presse. Il s’est
en outre engagé dans le milieu littéraire en participant à
la mise sur pied de l’Union des écrivaines et écrivains du Québec
et à la fondation de la revue Parti pris. Avec le recul, cet engagement
le laisse un peu sceptique. « Au début de ma carrière, j’y
croyais. À l’époque, la société québécoise
commençait à bouger, le conformisme devait sauter. Maintenant,
je vois une contradiction entre l’engagement et l’écriture. L’écrivain
s’institutionnalise trop, cela nuit à la création. »

Pour André Major, l’écriture est une nécessité,
une manière de changer les choses et d’évoluer sur le plan personnel.
À l’école, se souvient l’écrivain, il rédigeait
toujours une version de ses compositions pour le professeur et une autre pour
lui-même, plus représentative de sa vision de la réalité.
Soucieux de perfectionner son outil d’expression, il choisit ses lectures en
fonction des difficultés grammaticales qu’elles renferment pour qu’aucun
style ni aucune expression ne lui soient interdits. Sa maîtrise exceptionnelle
de la langue française lui permettra ainsi de pratiquer presque tous
les styles littéraires.

Après un premier recueil de poèmes, Le Froid se meurt
(1961), il fait paraître en 1964 un premier roman, Le Cabochon.
Déjà se profile l’âme des personnages de l’univers d’André
Major. Ce sont des êtres insatisfaits, minés par le doute et un
grand mal de vivre, chez qui on peut lire les angoisses de notre peuple, à
l’heure des choix, coincé entre le désir de faire table rase et
celui d’accepter son sort.

Dans son œuvre, qui comprend notamment une chronique romanesque en trois
volets intitulée Histoires de déserteurs (1974-1976), André
Major a su être sensible à l’histoire du Québec et développer
une pensée tournée vers l’avenir.

Jean-Claude Labrecque

Jean-Claude Labrecque est un mémorialiste, un témoin privilégié
de son temps. Plus que tout autre cinéaste québécois, il
s’est consacré à saisir l’actualité pour la transformer
en histoire, filmant La Visite du général de Gaulle au Québec
(1967), les Jeux de la XXIe Olympiade (1977) ou créant
avec Jean-Pierre Masse un événement lui permettant de capter en
une vivante anthologie la parole des poètes québécois :
c’est La Nuit de la poésie 27 mars 1970, qui sera suivie de La
Nuit de la poésie 28 mars 1980
et de La Nuit de la poésie
15 mars 1991
.

Mais cette façon qu’a Labrecque de considérer le cinéma
comme un véhicule de l’histoire se manifeste aussi à travers une
série de documentaires sur des moments marquants du passé ou sur
des personnages d’envergure. Ainsi, le cinéaste filme L’Histoire des
trois
(1989) – sur un trio d’étudiants qui, en 1958, assiègent
le bureau de Maurice Duplessis pour obtenir l’instruction gratuite –, 67
bis, boulevard Lannes
(1990) – sur la rencontre déterminante
entre Claude Léveillée et Édith Piaf –, ou encore
André Mathieu, musicien (1993), L’Aventure des Compagnons de
Saint-Laurent
(1995) et Anticosti au temps des Menier (1999).

Cinéaste de fiction, Labrecque reste fidèle à ses préoccupations
historiques. Les Smattes (1972) et L’Affaire Coffin (1979) s’inspirent
de faits divers authentiques, Les Vautours (1975) et Les Années
de rêves
(1984) inscrivent le destin d’un personnage – Louis
Pelletier, sorte d’alter ego du cinéaste – dans le mouvement
de l’histoire récente du Québec.

Mais on ne peut parler de Jean-Claude Labrecque, chef opérateur de tous
ses documentaires, sans insister sur son art de la caméra. Avant d’être
réalisateur, il était déjà l’un des meilleurs caméramen
du jeune cinéma québécois des années soixante. Dans
sa filmographie d’alors, qui compte À tout prendre, Le Chat dans le
sac, The Ernie Game
et La Vie heureuse de Leopold Z., il affirme
déjà un style marqué par l’acuité du regard et la
souplesse de la caméra. Et même s’il réalisera par la suite
une quarantaine de films et trois téléséries, il ne cessera
jamais de faire la direction de photo et d’épauler la caméra,
notamment pour Michel Moreau (Les Trois Montréal de Michel Tremblay
; Une enfance à Natashquan
), Fernand Dansereau (De l’autre côté
de la lune
) et Bernard Émond (Le Temps et le Lieu ; La Femme qui
boit
).

Michel Dallaire

Douze ans après Julien Hébert, le jury du prix Paul-Émile-Borduas
couronne un deuxième designer industriel qui fut d’ailleurs l’élève
du premier à l’Institut des arts appliqués de Montréal,
au début des années soixante. De plus, Michel Dallaire a commencé
sa carrière en travaillant chez Julien Hébert et associés.
Mentionnons que le 15e lauréat du prix, qui se définit lui-même
comme un « architecte des formes utiles », a complété
sa formation en Suède à la réputée Konstfackskolan,
l’École supérieure des arts industriels de Stockholm, puis à
l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) ainsi qu’à
l’Institut de génie des matériaux, à Montréal. C’est
en 1974 qu’il fonde la compagnie Michel Dallaire Design industriel inc.

En présence de la production de Dallaire, forcément diverse,
on pense à cette sorte de beauté, à la fois simple et innovatrice,
qui caractérisait les réalisations du Bauhaus où les arts
« majeurs » et « appliqués »
vivaient en bonne intelligence. Le directeur du Centre de design de l’Université
du Québec à Montréal, Georges Adamczyk, connaît bien
la question : « S’il va de soi que l’objet technique n’est pas un
objet d’art au sens où on attribue à ce dernier un caractère
désintéressé, il reste que les qualités plastiques
et figuratives du premier n’en possèdent pas moins une présence
psychologique et sémantique et qu’elles peuvent nous émouvoir
si leur apparition se fonde sur la pertinence des fonctions et du travail qu’elles
nous dévoilent. »

Comme celle de son maître Julien Hébert, l’activité de
Michel Dallaire s’exerce dans toutes les directions : il aménage des
pavillons à Expo 67 et conçoit le mobilier d’une suite pour Habitat
67 ; en 1976, il crée le flambeau officiel qui donne le coup d’envoi
des Jeux olympiques de Montréal et conçoit le mobilier résidentiel
du Village olympique ; on lui doit aussi le design du métro de Boston
(ligne rouge) construit par Bombardier, les sièges de l’amphithéâtre
IBM des HEC à Montréal et une multitude de produits utilitaires,
industriels et institutionnels.

Michel Dallaire, qui dispense son expérience pratique comme professeur
associé à l’Université de Montréal et à l’Université
de Calgary, a reçu de nombreux prix depuis le début de sa carrière.
En 1999, son détecteur de mouvements et moniteur de sons pour bébé
AngelCare a remporté le Grand Prix du 27e Salon international
des inventions de Genève ainsi que la médaille d’or dans sa catégorie.
En 2000, l’Institut de Design Montréal lui décernait son Grand
Prix pour un moniteur doublé d’une caméra destiné à
l’apprentissage du langage labial, l’Audisee de Audisoft Technologies
Inc.

Bruce G. Trigger

Un érudit d’archéologie

Des rives du Nil au territoire de l’ancienne Huronie, de l’archéologie
à l’histoire moderne, Bruce G. Trigger voyage aisément. Par sa
pensée originale et sa vaste érudition, cette figure marquante
de l’anthropologie contemporaine sait réunir, sous le faisceau d’une
réflexion inclusive, les connaissances qu’apportent les diverses sciences
s’intéressant au passé.

Né en 1937 à Preston, en Ontario, Bruce G. Trigger grandit au
contact d’un milieu de tradition allemande et, tout jeune, il est mis au courant
des atrocités du nazisme. Ces révélations influencent son
regard sur le monde et sur les relations entre les peuples. Par ailleurs, à
l’âge de 9 ans, il reçoit en cadeau un livre d’images sur l’Égypte
ancienne. Voilà le début d’une grande passion pour l’archéologie.
L’ensemble de son œuvre sera ainsi marqué par ces deux influences
: un attrait pour les civilisations anciennes et un désir de comprendre
l’oppression de certains groupes dans un contexte plus contemporain.

Après avoir étudié l’anthropologie à l’Université
de Toronto, Bruce G. Trigger part pour l’Université Yale, où il
obtient son doctorat en 1964. Sa thèse est consacrée aux modes
de peuplement de l’ancienne Nubie, cette région de l’Afrique du Nord-Est
qui s’étend d’Assouan, en Égypte, à Karthoum, au Soudan.
Déjà, il cherche à utiliser les découvertes archéologiques
pour mieux connaître les comportements des individus des hautes civilisations
anciennes. Il commence ensuite à explorer les relations entre l’archéologie
et les autres branches de l’anthropologie, soucieux d’aider les archéologues
à interpréter les changements qu’ils détectent dans ces
sociétés millénaires.

Bruce G. Trigger devient une autorité internationale en archéologie
de la Nubie et dans les langues de cette région. Il voit alors s’ouvrir
devant lui une carrière universitaire fort prometteuse aux États-Unis.

Une nouvelle interprétation de l’histoire

Parallèlement à ses travaux sur l’Afrique, Bruce G. Trigger se
tourne vers le Canada. À la suite d’un premier article sur la destruction
de la Huronie, il se penche assidûment sur les Hurons. Il quitte alors
les États-Unis et se joint, en 1964, au Département d’anthropologie
de l’Université McGill. Son choix est aussi motivé par le fait
qu’il se sent plus en accord avec les valeurs qui ont cours au Canada : un sens
des droits collectifs et un partage des responsabilités sociales qui,
croit-il, assurent un meilleur avenir à notre société que
l’individualisme à l’américaine.

Tout en approfondissant les caractéristiques des sociétés
autochtones, Bruce G. Trigger s’attache à mettre en évidence le
rôle des Premières Nations dans la construction du pays, permettant
de mieux apprécier les mœurs et les coutumes amérindiennes.
Deux de ses ouvrages sur l’ethnohistoire des peuples autochtones du Canada,
devenus de véritables classiques dès leur parution en anglais,
seront traduits en français : Les enfants d’Aataentsic, une histoire
magistrale des Hurons, et Les Indiens, la fourrure et les Blancs : Français
et Amérindiens en Amérique du Nord.

Les travaux du professeur Trigger sur le développement méthodologique
et théorique de l’archéologie en font le maître à
penser de toute une génération de préhistoriens. Cette
démarche critique, présente à travers l’ensemble de son
œuvre, culmine dans sa monographie sur l’histoire de l’archéologie,
parue en 1989 : A History of Archaeological Thought. Il y évalue,
à la fois comme praticien et comme historien des sciences, les différentes
écoles et théories archéologiques, en montrant comment
elles subissent l’influence du contexte social, culturel et politique de leur
époque. Il va même jusqu’à prévoir l’évolution
probable de cette discipline.

Tout au long de sa carrière, la polyvalence de Bruce G. Trigger et l’importance
de sa contribution scientifique sont soulignées à plusieurs reprises.
De plus, il est adopté par les Hurons, qui le nomment, en 1989, membre
honoraire du clan de la Grande Tortue.

Une référence incontournable

Dès son arrivée à l’Université McGill, en 1964,
Bruce G. Trigger déploie une activité remarquable au sein de son
université comme dans plusieurs sociétés scientifiques.
Il dirigera une dizaine de thèses de doctorat et l’équivalent
en ce qui concerne la maîtrise au Département d’anthropologie.
Auteur prolifique, il publie un nombre impressionnant d’articles de fond ainsi
que seize ouvrages, dont plusieurs sont considérés comme des ouvrages
de référence en matière d’archéologie. On peut d’ailleurs
difficilement enseigner cette science aujourd’hui sans faire référence
à ses travaux.

Bruce G. Trigger est libéré en 1991 de sa charge d’enseignement
grâce à une bourse de recherche Killam du Conseil des arts du Canada
pour qu’il puisse consacrer la majeure partie de son temps à une analyse
comparative de sept hautes civilisations préindustrielles d’Afrique,
d’Asie et d’Amérique. Le fruit de ce laborieux travail est presque achevé
et sera publié sous la forme d’un traité monumental intitulé
: Understanding Early Civilizations.

Pour couronner le tout, en 2001, Bruce G. Trigger est nommé à
l’une des premières chaires James McGill de l’Université McGill
en reconnaissance de ses travaux exceptionnels.

Gilles Tremblay

Le parcours de Gilles Tremblay est exemplaire ; ce compositeur et pianiste
n’a jamais cessé de repousser les frontières de sa recherche.
Sa contribution à la musique contemporaine est remarquable parce que
marquée du sceau d’une ouverture d’esprit exceptionnelle et d’une conscience
aiguë de la nature même du son.

Gilles Tremblay a fait ses premières études musicales à
Montréal avec Jocelyne Binet, Edmond Trudel et Gabriel Cusson, puis au
Conservatoire de musique de Montréal où il sera l’élève
de la pianiste Germaine Malépart, tout en travaillant la composition
avec Claude Champagne. En 1954, il participe au premier véritable concert
de musique contemporaine donné à Montréal. Il poursuit
sa formation à Paris auprès d’Olivier Messiaen, d’Yvonne Loriod,
de Maurice Martenot et d’Andrée Vaurabourg-Honegger et obtient un Premier
Prix d’analyse musicale et une Première Médaille d’ondes Martenot
au Conservatoire de Paris. C’est à cette époque qu’il rencontre
Pierre Boulez, Yannis Xenakis et Karlheinz Stockhausen et qu’il s’initie aux
techniques électroacoustiques avec le Groupe de recherche musicale dirigé
par Pierre Schaeffer.

Dès son retour au Québec, Gilles Tremblay entreprend de nombreuses
activités, consacrant son temps à l’enseignement – il est professeur
au Conservatoire de musique du Québec –, donnant des conférences
et animant la série Festivals à la radio de Radio-Canada
où il participe également à une série d’émissions
avec Fernand Ouellette. Toutes ces occupations ne l’empêchent nullement
de poursuivre ses recherches, de composer, de répondre à de nombreuses
commandes et de se consacrer à la sonorisation du Pavillon du Québec
à Expo 67, ce qui lui vaudra le prix Calixa-Lavallée. Il compose
des œuvres majeures, dont Fleuves (1976), Vers le Soleil
(1978) et Compostelle I (1978), à l’occasion du 70e
anniversaire de Messiaen.

L’œuvre de Tremblay, d’une grande richesse sonore et esthétique,
connaît une notoriété internationale ; elle a marqué
l’évolution de la musique et de l’art contemporain au Québec.
Gilles Tremblay, qui a reçu le prix Serge-Garant de la Fondation Émile-Nelligan,
est toujours actif, toujours passionné par la recherche et soucieux de
raffiner sans cesse ses expériences. Parmi ses compositions récentes,
il faut mentionner AVEC – Wampum Symphonique – composée
pour le 350e anniversaire de la fondation de Montréal, L’Espace
du cœur
(1997), sur des textes croisés de Guillaume de Machaut
et de Gaston Miron, À quelle heure commence le temps ? (1999),
monodrame lyrique sur un texte de Bernard Lévy, et Les Pierres crieront,
œuvre pour grand orchestre et violoncelle solo créée à
l’Orchestre national de France.

Nicole Brossard

Dès le début de sa pratique littéraire au milieu des années
soixante, Nicole Brossard a manifesté ses préférences en
poésie tout en explorant la diversité de ses autres champs d’écriture
: poésie d’abord, mais aussi roman (French Kiss, 1974 ; Le
Désert mauve
, 1987 ; Baroque d’aube, 1995) et critique, théâtre
et essais, textes théoriques et radiophoniques, articles d’intervention
dans des revues nationales et internationales. Avec près d’une quarantaine
d’œuvres, dont les temps forts sont réunis dans deux rétrospectives
– Le Centre blanc. Poèmes 1965-1975 et Double Impression.
Poèmes et textes 1967-1984
–, elle a participé très
activement, comme chef de file et comme activiste, à la génération
des années soixante et soixante-dix qui a renouvelé les thèmes
et les formes de la poésie québécoise. À l’écart
de la célébration du pays qui a marqué la génération
des poètes de L’Hexagone, elle a fondé son art poétique
sur une recherche théorique et pratique, sur une remise en question systématique
et radicale des formes acceptées du langage littéraire et du discours
de réflexion, puis, au cours des années soixante-dix surtout,
où son œuvre s’est consacrée plus exclusivement au « 
continent des femmes », sur la mise en œuvre d’une écriture
au féminin dans une dynamique où alternent plans de fiction et
pans de réalité, dynamique qu’elle nommera « fiction théorique
 ».

Dans une rigoureuse et sensible quête du signifiant, l’écriture
singulière de Nicole Brossard interroge la matérialité
du texte et, tout en mettant en scène le sujet féminin, fait valoir
« la pensée de l’émotion et l’émotion de la pensée
 ». Dans une problématique de la transgression et de la rupture,
elle a déployé une œuvre dont les thèmes les plus
percutants disent le corps lesbien, l’urbaine radicale, la lumière et
le silence, ainsi que sa fascination pour les actes de passage que sont ceux
de la traduction, de l’écriture et de la lecture. Cela donne à
son univers poétique et romanesque, et même à ses textes
plus théoriques, une vaste amplitude, ancrée dans la sensibilité
et l’angoisse humaines les plus fondamentales, fondatrices des œuvres littéraires
cardinales.

Lauréate de plusieurs prix littéraires, activiste plurielle,
cofondatrice et codirectrice de La Barre du Jour, cofondatrice de la
revue Les Têtes de Pioche, coauteure d’une Anthologie de la
poésie des femmes au Québec
(1991), Nicole Brossard a vu son
œuvre poétique, ses romans et ses essais largement traduits en anglais,
puis en espagnol, en allemand, en japonais, en roumain, en italien… Œuvre
phare, elle est étudiée et continue son rayonnement auprès
des nouvelles générations.

Frédéric Back

Frédéric Back est un artiste engagé, un écologiste
fervent qui s’est porté à la défense de la nature à
travers toute son œuvre, d’Illusion ? (1974) au Fleuve aux grandes
eaux
(1993). Mais cette conscience sociale intraitable ne laisserait pas
une telle marque si elle n’était portée par une approche esthétique
cohérente et riche, qui renouvelle l’art du dessin animé en l’entraînant
sur la voie d’une sorte d’impressionnisme en mouvement. Il aura tout de même
fallu au cinéaste des années de pratique pour définir cette
esthétique, des années à illustrer des livres, à
réaliser des murales, à décorer des restaurants, des années
passées à mettre son talent au service de diverses émissions
pour la télévision de Radio-Canada. Et à travers cette
montagne de travaux, quelques films personnels à travers lesquels se
définit progressivement un style qui atteint sa plénitude à
partir de Tout rien (1978).

En 1981, avec Crac !, c’est la consécration, un succès
international, un premier Oscar et plus de 20 prix. On croit alors la carrière
de Back à son apogée, mais six ans plus tard, L’Homme qui plantait
des arbres
fait encore mieux avec un nouvel Oscar, le Grand Prix du Festival
d’Annecy et une trentaine d’autres récompenses internationales. Désormais
connu et reconnu au Québec comme à l’étranger, Back ne
change pas et demeure cet homme de convictions, à la fois modeste et
direct. Le statut dont il bénéficie maintenant ne lui sert qu’à
attirer plus d’attention sur les causes qu’il endosse.

Alsacien formé à l’École des beaux-arts de Rennes par
Mathurin Méheut, Back est homme de culture qui n’hésite pas à
citer, à l’intérieur de ses films, les peintres qu’il admire.
C’est d’abord Chagall dans Illusion ?Crac !, ou encore Monet et Brueghel
dans L’Homme qui plantait des arbres. Mais toutes ces références
s’intègrent au tissu des films sans ostentation, avec le naturel et la
simplicité qui marquent l’approche de l’artiste.

Point d’orgue d’une œuvre imposante, Le Fleuve aux grandes eaux
est un film porté par l’urgence, un film habité autant par l’amour
et l’admiration envers la nature que par l’indignation et la colère face
à la conduite irresponsable des hommes dans leur course au profit. Avec
cette réalisation grandiose, couronnée elle aussi par le Grand
Prix d’Annecy et d’Hiroshima, Frédéric Back persiste et signe.
Cet homme pacifique continue d’exprimer ses idées fermement, son œuvre
élève la voix pour lui.

Mircea Steriade

Ce moment agréable où l’on glisse doucement dans le sommeil,
en route vers le monde des rêves, voilà le principal sujet d’étude
de Mircea Steriade. Toutefois, ce qui l’intéresse, ce ne sont pas tant
les lambeaux de conscience que conserve alors l’esprit que la façon dont
le cerveau et, plus précisément, les cellules du thalamus et du
cortex modifient leur activité lors du passage de l’état de veille
au sommeil.

Le docteur Steriade dirige le Laboratoire de neurophysiologie de la Faculté
de médecine de l’Université Laval, qu’il a lui-même fondé
en 1969. Sous sa direction, ce laboratoire va s’imposer comme l’un des meilleurs
centres de recherche au monde sur le comportement des cellules dans le contrôle
cérébral du cycle veille-sommeil.

Une carrière sur deux continents

Mircea Steriade fait des études de médecine, couronnée
par un doctorat en 1952, avant de se diriger vers la recherche en sciences neurobiologiques.
Il obtient en 1955 un second doctorat en sciences de l’Institut de neurologie
de l’Académie des sciences de Bucarest. Il présente alors une
thèse ayant pour sujet l’influence du cervelet sur l’activité
électrique du cortex cérébral. La publication d’une monographie
sur le même sujet lui permet de quitter la Roumanie pour effectuer un
stage postdoctoral à Bruxelles, auprès d’un éminent neurophysiologiste,
le professeur Frédéric Bremer.

De retour à Bucarest en 1958, Mircea Steriade dirige pendant dix années
le Laboratoire de neurophysiologie de l’Institut de neurologie. Il y démontre
pour la première fois que les signaux électriques provoqués
par des stimulations lumineuses dans le thalamus (principal relais entre les
organes des sens et le cortex) sont augmentés lors de l’éveil
par des stimulations lumineuses.

En 1968, la rencontre de Mircea Steriade, en France, avec un chercheur de l’Université
de Montréal, Jean-Pierre Cordeau, marque un tournant décisif dans
sa carrière et dans sa vie. Il quitte la Roumanie et vient poursuivre
ses recherches au Québec, à l’Université Laval. Il y trouve
un terrain neuf et des conditions de travail qui vont permettre à sa
recherche de s’épanouir. Trente-trois années plus tard, les travaux
du docteur Steriade se situent toujours à la fine pointe de la recherche
fondamentale sur les états de sommeil et de veille. Ses recherches sont
constamment soutenues par le Conseil de recherches médicales du Canada
(récemment transformé en Institut de recherche en santé
du Canada), par d’autres organismes fédéraux et provinciaux ainsi
que par le National Institute of Health des États-Unis et un organisme
international prestigieux (Human Frontier Science Program).

Pendant le sommeil

Le docteur Steriade se penche d’abord sur les fluctuations de l’activité
des neurones thalamiques et corticaux aux différents niveaux de vigilance.
Avec son équipe, il met en évidence, par des méthodes physiologiques,
les neurones du thalamus et du cortex cérébral qui entrent en
action pendant l’état de veille et l’état de sommeil. Il montre,
de plus, comment ces états présentent deux types de fonctionnement
différents.

Cependant, l’événement contribuant de plus près au rayonnement
des travaux de Mircea Steriade est sans aucun doute la découverte du
noyau réticulaire entourant le thalamus, comme générateur
de certains signaux électriques caractéristiques de la phase d’endormissement.
Ces signaux se traduisent, sur l’électro-encéphalogramme, par
des oscillations en forme de fuseaux. La découverte de ces signaux permet
aux chercheurs d’établir un lien entre l’activité des cellules
du thalamus et du cortex et l’épilepsie du type « petit-mal ».
En effet, ces crises se produisent surtout pendant les périodes de sommeil
caractérisées par les mêmes signaux en fuseaux.

Au cours des dernières années, l’équipe du professeur
Steriade s’est penchée sur une oscillation nouvelle, plus lente, qui
apparaît pendant les phases tardives du sommeil et disparaît lorsque
le sujet est éveillé. C’est la première fois que ces rythmes
lents d’origine corticale sont étudiés et que leurs mécanismes
cellulaires sont élucidés.

Un auteur prolifique

Deux importantes monographies, parues en 1990 (Thalamic Oscillations and
Signaling et Brainstem Control of Wakefulness and Sleep
), rendent compte
des travaux du docteur Steriade. Ces derniers sont aussi l’objet d’une analyse
laudative dans la revue Science, qui n’hésite pas à parler
d’apogée technique et d’ouvrages destinés à faire époque.
En 1997, Mircea Steriade publie deux volumes sur le thalamus qui seront élogieusement
qualifiés d’œuvre monumentale dans la revue Trends in Neuroscience.
En 2001, il signe The Intact and Sliced Brain, une monographie qui compare
les résultats obtenus in vivo avec ceux des études menées
en tranches isolées du cerveau.

Travailleur inlassable, Mircea Steriade publie de très nombreux articles
(330 à ce jour) dans les meilleures revues de sa spécialité,
notamment dans Science, Nature, le Journal of Neuroscience, le
Journal of Neurophysiology, ainsi que le Journal of Physiology
et Neuroscience. Il écrit également des ouvrages théoriques
concernant l’histoire des connaissances sur le cerveau ou les rapports entre
le cerveau et la conscience. Éditeur en chef d’une nouvelle revue parue
en 2001, Thalamus and Related Systems, Mircea Steriade fait en outre
partie du comité éditorial de quatre autres revues de neuroscience.
Membre d’honneur de la Société de neurologie de Paris, il reçoit,
en 1965, la médaille Claude-Bernard de l’Université de Paris et
devient, en 1989, le premier lauréat du Distinguished Scientist Award
de la prestigieuse Sleep Research Society. Depuis 1994, le docteur Steriade
est membre de la Société royale du Canada (Académie des
sciences).

Ses nombreuses études, les ouvrages qu’il a publiés et les distinctions
qui lui ont été remises démontrent bien que Mircea Steriade
continue de faire preuve d’un flair et d’une productivité qui le situent
au premier plan de la recherche en neurophysiologie. Avec lui, cette recherche
connaît d’ailleurs à l’heure actuelle une évolution à
un rythme accéléré.

Michel Goulet

Le plus jeune lauréat du prix Paul-Émile-Borduas n’a pas une
longue carrière au moment de sa nomination, mais il s’est déjà
imposé comme une figure marquante de la nouvelle sculpture québécoise.

Michel Goulet sera d’abord ce qu’il est convenu d’appeler un « sculpteur
abstrait , le meilleur de sa génération, qui travaille les
entités traditionnelles de la modernité sculpturale : l’horizontalité
et la verticalité, la frontalité, l’équilibre… Avec des
matériaux divers : le plastique, d’abord, puis le métal. En 1980,
le Musée d’art contemporain de Montréal présente une mini-rétrospective
de ses travaux des cinq dernières années, qui révèle
toute la richesse et la justesse de la première manière de Goulet.

Au début des années quatre-vingts – à la suite de
sa participation au Symposium international de sculpture environnementale de
Chicoutimi, où il a l’impression que les gens viennent le voir travailler
sans avoir de véritables contacts avec lui –, le sculpteur fera
un pas en direction du public, sans rien renier de ses propres exigences par
rapport à la discipline de la sculpture. Il continuera à assembler
des formes et des matières – même si celles-ci sont devenues des
tables, des chaises, des lits, des entonnoirs, des valises, des fusils, des
boîtes, des poubelles… Le message demeure le même ; il n’y
a que le lexique qui change. Goulet reste fidèle à sa pratique
d’inventoriateur : « L’art qui découvre renonce à la
priorité de l’invention (images, fantaisies, placements aléatoires).
Il renoue plutôt avec la mémoire privée et collective. Il
tend à l’inventaire des acquis culturels (constructions et comportements)
qui permettent de décrire plutôt que d’illustrer, d’agrémenter,
de séduire, etc. »

Au cours des 20 dernières années, le travail proprement sculptural
de Michel Goulet a été présenté régulièrement
dans les lieux les plus prestigieux au Québec et au Canada, mais aussi
à Paris, à New York et à Venise, notamment, où il
représentait le Canada à la XLIIIe Biennale d’art contemporain.
Par ailleurs, Goulet est l’auteur de plusieurs œuvres d’art public – un
domaine dont il a largement contribué à transformer le langage
–, dont l’une (Les Lieux communs, 1989) a été présentée
sur Doris Freedman Plaza, à New York, à l’invitation du Public
Art Fund. Le sculpteur est enfin scénographe de théâtre,
et ses réalisations dans ce champ lui ont déjà valu de
nombreux prix au Québec, en plus de le conduire, en 1997, au Festival
d’Avignon, dans la Cour d’honneur du Palais des papes.

Leo Yaffe

Professeur émérite de l’Université McGill, Leo
Yaffe mène depuis ses débuts une brillante carrière de
chercheur et de professeur de chimie nucléaire. Pendant près de
50 ans, il saura communiquer son enthousiasme et son goût pour la recherche
scientifique à des dizaines d’étudiants diplômés,
devenus ensuite chefs de file dans leur domaine. Ses publications (au-delà
de 150) et ses conférences à l’échelle mondiale (pas moins
de 400 dans 20 pays différents dont l’Angleterre, le Japon, l’Italie,
l’URSS et la Chine) constituent une contribution éclatante au rayonnement
international du Québec.

L’énergie atomique au service de la paix

Leo Yaffe obtient, au début des années 40, un baccalauréat
en sciences et une maîtrise en chimie physique de l’Université
du Manitoba, qui lui remet quelques années plus tard, un doctorat honoris
causa
en sciences. Cette période d’initiation à la recherche
marque une étape importante de sa formation, car il apprend à
mener une expérience à terme tout en conservant le détachement
indispensable à l’interprétation de résultats scientifiques.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, il déménage à
Montréal où il entreprend des études menant à l’obtention
d’un doctorat à l’Université McGill. Ses travaux portent sur la
mise au point d’un filtre pour la fumée, destiné à des
masques antipoison pour les militaires.

En 1943, le nouveau docteur est recruté par Énergie atomique
du Canada pour travailler en secret à l’Université de Montréal.
« Nous ne travaillions pas sur la fabrication de bombes, précise-t-il,
mais plutôt sur des utilisations pacifiques de l’énergie atomique.
 » Le jeune chercheur se trouve rapidement plongé dans un univers
de recherche à caractère international. Plus de 200 scientifiques
renommés qui ont quitté l’Europe dévastée par la
guerre y formeront un groupe exceptionnel.

À la fin du conflit, l’équipe déménage à
Chalk River, en Ontario, où, pendant sept années, Leo Yaffe dirige
le Groupe de recherche en chimie nucléaire. Ce travail de recherche fondamentale
débouche sur quelques applications pratiques, particulièrement
sur la thérapie au cobalt. En 1952, Leo Yaffe revient à Montréal
pour enseigner à l’Université McGill, tout en poursuivant ses
travaux de recherche. Il contribue au développement de l’enseignement
de la chimie de cet établissement en élaborant deux nouveaux cours
de chimie nucléaire. Parallèlement, il poursuit ses travaux de
recherche fondamentale sur la fission nucléaire, qui débouchent
notamment sur l’utilisation de traceurs radioactifs en médecine. Il agit
aussi à titre de consultant dans divers hôpitaux, où il
préconise sans relâche une utilisation sécuritaire du matériel
de recherche radioactif, comme il le fait d’ailleurs dans les laboratoires de
l’université. Par ailleurs, il devient conseiller de la délégation
canadienne lors des Atoms for Peace Conferences à Genève, en 1955
et en 1958.

En 1963, le professeur Yaffe profite d’un congé sans traitement pour
se rendre à Vienne. Pendant deux années, il y dirige la recherche
et les laboratoires de l’Agence internationale de l’énergie atomique
(AIEA), organisation sous l’égide des Nations Unies, dont le mandat consiste
à diffuser les utilisations pacifiques de l’énergie atomique dans
les pays en voie de développement.

Un pédagogue hors du commun

Le séjour de Leo Yaffe à la direction du Département de
chimie, de 1965 à 1972, est perçu encore aujourd’hui comme l’âge
d’or de la chimie à l’Université McGill. En effet, au cours de
ces années, le personnel du Département double et l’on décerne
près du quart de tous les diplômes des cycles supérieurs
attribués depuis 1910, l’année du premier doctorat! Le Département
prend également la tête dans l’élaboration de méthodes
d’enseignement innovatrices. Leo Yaffe, reconnu pour son discours éloquent
et coloré, attire nombre d’étudiants de toutes les disciplines
dans son cours intitulé : « Introduction to Nuclear Chemistry ».

Le professeur-chercheur s’engage aussi dans des associations de chimistes.
En 1979, l’Institut canadien de chimie, qu’il préside pendant deux années,
lui attribue la Médaille de Montréal. Trois années plus
tard, l’Association américaine de chimie lui décerne l’ACS Award
for Nuclear Chemistry, la plus prestigieuse reconnaissance au monde en matière
de chimie nucléaire.

Malgré l’accumulation de tâches administratives, la recherche
et l’enseignement demeurent une priorité pour Leo Yaffe. Son rôle
de pédagogue en particulier lui procure beaucoup de joie, car, explique-t-il,
« la transmission de connaissances de génération en génération
demeure pour moi la plus noble des professions ». D’ailleurs, à
l’occasion de son 65e anniversaire de naissance, ses étudiants, collègues
et amis profitent d’un colloque sur la chimie nucléaire pour honorer
cette facette de son œuvre en créant le prix Leo-Yaffe, accordé
chaque année à un professeur de la Faculté des sciences,
en reconnaissance de l’excellence de son enseignement.

Au cours des dernières années de sa carrière, Leo Yaffe
se passionne pour un nouveau champ de recherche, l’archéométrie.
En collaboration avec des archéologues et des anthropologues, il scrute
des fragments de poterie. La composition atomique de l’argile qui façonne
ces fragments révèle leur origine géographique.

Au fil de sa carrière, Leo Yaffe défend toujours avec acharnement
l’utilisation pacifique de l’atome. Ses nombreuses participations à des
conférences internationales sur la question en témoignent. Jusqu’à
sa mort, le 14 mai 1997, il reste convaincu que l’utilisation sécuritaire
du nucléaire à des fins énergétiques est non seulement
possible mais essentielle. Son seul regret est de ne pas avoir réussi
à dissocier, dans l’esprit de la population, l’image de la bombe de celle
de l’énergie atomique dont il a tenté, pendant toute une vie,
de percer le secret.

Le souvenir de Leo Yaffe flottera sûrement éternellement entre
les murs de l’Université McGill ainsi que dans la communauté scientifique
canadienne et internationale. « Il a su intégrer l’honnêteté
intellectuelle, l’humanité et la vitalité à tout ce qu’il
a fait », se souviennent collègues et amis.

Fernand Dumont

Une interprétation du monde

Maître à penser de générations d’étudiants
en sciences sociales, Fernand Dumont est considéré comme l’un
des plus grands intellectuels de son temps. Au lendemain de son décès
le 1er mai 1997, Réginald Martel écrit fort justement que «
Fernand Dumont a fait le pont entre l’ancien Québec et le nouveau Québec
». Esprit hors du commun, ce penseur universel interprète le monde
à partir de celui dans lequel il vit. À la fois philosophe, historien,
théologien et poète, le sociologue laisse une œuvre considérable,
inclassable aussi parce que Fernand Dumont est un esprit généraliste
et un grand humaniste.

Son œuvre – 20 livres, 17 ouvrages édités et environ 200
articles – est la preuve de l’originalité de sa pensée, de son
enthousiasme indéfectible pour la recherche et la réflexion critique
comme de son souci constant d’une pensée rigoureuse et d’une langue soignée.
Chaleureux, Fernand Dumont sait exposer les concepts les plus élaborés
avec une simplicité et un naturel qui révèlent son don
exceptionnel de communicateur. Ses étudiants se souviennent de lui comme
d’un enseignant magistral, un homme qui sait éveiller la curiosité,
stimuler l’intelligence.

Un sociologue de la connaissance et de la culture

Né en 1927, à une époque où le travail à
l’usine, dès la fin de la septième année, est monnaie courante,
Fernand Dumont, passionné par les études, convainc ses parents
de la nécessité de le laisser poursuivre sa formation. Après
son cours scientifique, il choisit d’entreprendre des études classiques
qui le conduisent à la nouvelle Faculté des sciences sociales
de l’Université Laval. La liberté d’esprit et la valorisation
de l’initiative personnelle qui y ont cours le séduisent immédiatement.
Alors qu’il achève une maîtrise en sociologie sur la pensée
juridique, les autorités de l’Université lui laissent entendre
que, une fois son doctorat terminé, il pourra enseigner à la Faculté.
Stimulé par cette perspective, Fernand Dumont se rend à Paris
en 1953 faire un doctorat en sociologie. Durant ce séjour en France,
il s’initie aussi à l’étude de la psychologie et de la psychanalyse,
disciplines auxquelles il restera attaché toute sa vie, comme en témoignent
les constantes références qui émaillent son œuvre,
allant même jusqu’à écrire un article, « L’idée
de développement culturel : esquisse pour une psychanalyse », très
remarqué lors de sa publication en 1979.

De retour à Québec, en 1955, Fernand Dumont enseigne et fait
de la recherche à l’Université Laval, où il restera jusqu’à
sa retraite. Ses cours portent alors principalement sur la sociologie de la
connaissance, la théorie de la culture et l’épistémologie
des sciences humaines. Parallèlement à sa carrière de professeur,
il fonde l’Institut supérieur de recherches en sciences humaines à
l’Université Laval et l’Institut québécois de recherche
sur la culture. En 1960, avec Yves Martin et Jean-Charles Falardeau, la revue
Recherches sociographiques, qui demeure la principale revue interdisciplinaire
d’études québécoises, est lancée sous son impulsion.

De 1968 à 1970, Fernand Dumont préside la Commission sur la place
des laïcs dans l’Église au Québec, dont les travaux suscitent
beaucoup d’intérêt, et il fait une incursion dans la haute fonction
publique québécoise afin de participer, avec Guy Rocher, à
la rédaction du projet de loi 101 et de la Charte de la langue française.
Savant et homme de culture, Fernand Dumont est aussi un acteur engagé
dans les débats politiques de son temps, comme le montrent ses nombreuses
conférences publiques et entrevues, dont les principales sont réunies
dans un ouvrage posthume : Fernand Dumont, un témoin de l’homme
(2000).

Un auteur prolifique

Fernand Dumont laisse derrière lui une œuvre savante considérable
répartie selon trois axes principaux : la philosophie des sciences humaines
et la théorie de la culture, la pensée religieuse et philosophique
et, enfin, les études québécoises. De son expérience
vécue entre le monde ouvrier de son enfance et le monde de la culture
savante de sa vie d’adulte, le sociologue de l’Université Laval tire
une conception originale de la culture comme milieu et horizon, présentée
dans Le lieu de l’homme (1968), ouvrage récompensé par
le Grand Prix littéraire de la ville de Montréal et le Prix du
Gouverneur général du Canada. Si la culture est bien un lieu,
« ce n’est pas comme une assise de la conscience, mais comme une distance
qu’elle a pour fonction de créer » , écrit-il dans cet ouvrage
dans lequel il reconnaissait le mieux le sens de ses recherches. Fernand Dumont
publie aussi sa thèse de doctorat, La dialectique de l’objet économique
(1970), traduite en espagnol, ensuite Les idéologies (1974), L’anthropologie
en l’absence de l’homme
(1981), Le sort de la culture (1987) et L’avenir
de la mémoire
(1995).

Ses travaux concernant les études québécoises comptent
des publications importantes, dont L’analyse des structures régionales
(avec Yves Martin), La vigile du Québec (1971) et Raisons communes
(1997). Son ouvrage ayant pour titre : Genèse de la société
québécoise remporte le prix France-Québec en 1993 et est
alors qualifié de « bible de la société québécoise
», allant de Christophe Colomb jusqu’à la seconde moitié
du XIXe siècle. Cet ouvrage, dans lequel il retrace l’émergence
en Amérique du Nord d’une société globale nouvelle, propose
du même coup une conceptualisation originale pour l’étude des sociétés
autour du concept de référence.

Poète et écrivain, Fernand Dumont publie en outre au fil des
années trois recueils de poèmes, réunis dans La part
de l’ombre
en 1996, et une autobiographie, Récit d’une immigration
(1997), rédigée tout juste avant son décès. Il s’intéresse
à la théologie et au renouvellement de la pensée chrétienne
tout au long de sa carrière. Au soir de sa vie, il aura encore le temps
d’écrire un ouvrage personnel, Une foi partagée (1996),
à la fois analyse lucide sur son époque et témoignage de
sa propre foi chrétienne.