François Morel

Compositeur, pianiste, chef d’orchestre et pédagogue recherché,
François Morel est l’un de nos plus éminents représentants
dans le domaine de la musique contemporaine. Jouées chez nous comme dans
les grandes villes d’Europe, ainsi qu’en Russie, au Japon, en Chine et aux États-Unis,
sous la direction des chefs les plus réputés tels Monteux, Ozawa,
Metha et Abbado, ses œuvres portent en elles la vision poétique
de cet alchimiste des couleurs et des textures.

Sa musique, qu’il préfère qualifier de « musique classique
du XXe siècle » ou encore de « musique de concert
de tradition occidentale », s’alimente d’ailleurs fréquemment des
recueils des poètes québécois des années soixante,
par exemple Sauf-Conduits, de Wilfrid Lemoyne, dont le compositeur s’est
inspiré pour définir l’atmosphère de Et le crépuscule…
se trouva libre
. Depuis Antiphonie – dont la création
en 1953 sous la direction de Leopold Stokowski à Carnegie Hall, lors
d’un concert de musique canadienne, marqua le début officiel de sa carrière
de compositeur –, François Morel a écrit une cinquantaine
d’œuvres, musique de chambre, musique d’orchestre, musique pour clavier,
musique pour harmonie, qui ont établi sa réputation.

Compositeur et chef d’orchestre pigiste, il a travaillé pendant plus
de 25 ans pour la Société Radio-Canada ; une collaboration qui
l’a amené à créer la musique de plusieurs séries
d’émissions et plus d’une centaine de musiques de scène pour des
téléthéâtres. « Le travail alimentaire m’a permis
de vivre sans être dépendant des subventions. En plus, il m’a évité
le piège de la tour d’ivoire et permis un contact enrichissant avec les
musiciens et musiciennes à qui je devais constamment penser, tout en
servant à la fois le texte et la vision du réalisateur. »

François Morel, qui se qualifie de fonceur, espère avoir légué
en héritage aux jeunes générations de musiciens et de musiciennes
la passion, le doute et le métier. « Un métier, dit-il, qui
mérite d’être bien fait et qui doit se doubler d’une vision réaliste.
Ce genre de musique a peut-être deux millions d’adeptes dans le monde,
mais c’est pour eux que l’on crée comme Bach créait il y a trois
cents ans pour une poignée de mélomanes, tandis que le grand public
ne le comprenait guère, quand il n’ignorait pas tout simplement son existence.
L’important, c’est de croire en soi et en son œuvre… et de persévérer
! »

Monique Bosco

Forte et singulière, intense et habitée de personnages qui portent
en eux leur poids de vie, l’œuvre de Monique Bosco fait entendre une voix
unique et essentielle venue enrichir les lettres québécoises d’une
authentique quête de la parole à travers une vision universelle
de la condition humaine. Elle exprime la difficulté de vivre en mettant
en scène des personnages dont le destin, si ancré soit-il dans
la réalité québécoise, nous ramène aux grandes
tragédies grecques qu’elle transpose dans des situations contemporaines
(New Medea, 1974 ; Portrait de Zeus peint par Minerve, 1982),
aux origines juives de l’auteure et aux figures de la Bible (La Femme de
Loth
, 1970) « où, dit l’auteure, je puise mes histoires pour
m’éviter de raconter les miennes ».

Dans ce Québec dont elle a fait à 21 ans son pays d’adoption
et d’écriture, Monique Bosco dit avoir trouvé une grande ouverture
d’esprit et des structures beaucoup moins contraignantes qu’en France. «
Quoi qu’on dise sur l’enfermement du Québec des années cinquante,
j’y ai trouvé, moi, des gens curieux, avides de s’ouvrir au monde »,
souligne l’écrivaine. Devenue professeure titulaire à l’Université
de Montréal, elle prend la succession du père Ernest Gagnon, fondateur
du cours de création littéraire.

Pour certains, l’institution doit à cette femme généreuse
et profondément engagée l’essentiel de ce qui s’est réalisé
dans ce domaine par la suite. Comme pionnière de la modernité
dans la littérature québécoise, Monique Bosco a non seulement
soutenu et encouragé les espoirs créateurs de ceux et celles qui
se sont imposés comme des figures dominantes, mais elle a aussi contribué
à l’émergence de la parole des femmes, tant par la trame de son
œuvre que par son enseignement qui porte, entre autres sujets, sur la création
au féminin. « Ici comme ailleurs, constate-t-elle, l’écriture
des femmes n’est pas assujettie aux canons littéraires. Elles osent aller
dans tous les sens, mélanger la fiction et le drame, imposer leur propre
façon de dire et de faire. C’est ce qui constitue leur force mais qui,
en même temps, rend ardue leur reconnaissance littéraire. »

Consciente que les œuvres qui comptent à ses yeux ne sont pas préfabriquées
mais émergent du plus profond de l’inconscient, Monique Bosco s’insurge
contre l’entêtement de certains critiques à parler des romans de
femmes comme autant d’autobiographies, alors qu’il s’agit plutôt, selon
elle, d’autoportraits romancés.

Jacques Giraldeau

Pénétrer dans l’œuvre de Jacques Giraldeau, c’est suivre
notre évolution culturelle à travers le regard lucide et subtil
d’un homme en constante recherche qui consigne sur pellicule les grandes étapes
de l’art moderne au Québec en s’interrogeant sans cesse sur le rapport
qu’entretient le créateur avec le public.

Honoré au prestigieux Festival international du film sur l’art où
l’on couronnait, en 1995, l’ensemble de son œuvre, Jacques Giraldeau a
inscrit à notre répertoire cinématographique plus de 165
courts, moyens et longs métrages nourris par la quête d’un humaniste
à l’affût de signes révélateurs de la société
québécoise. Sa filmographie témoigne des grands moments
de notre histoire, du début de la Révolution tranquille à
la fin du XXe siècle, à travers le prisme de l’art contemporain
sans jamais faire fi du contexte social dans lequel il évolue.

Jacques Giraldeau découvre le cinéma à 13 ans. Son ravissement
est tel que, quelque dix ans plus tard, alors qu’il achève des études
en philosophie et en sociologie à l’Université de Montréal,
il fonde, avec son confrère Jacques Parent, le premier ciné-club
au Québec. Membre fondateur de la Commission étudiante du cinéma,
de l’Association professionnelle des cinéastes et de la Cinémathèque
québécoise, Jacques Giraldeau sera également rédacteur
à la revue Découpages et critique au journal Le Front
ouvrier
.

Parallèlement aux combats qu’il mène alors contre la censure,
pour l’essor du cinéma québécois et la liberté des
cinéastes indépendants, Jacques Giraldeau promène l’œil
de sa caméra partout au Québec. Parce que ses films sont principalement
axés sur les arts visuels, on n’a pas toujours saisi qu’il parlait du
Québec autant qu’Arthur Lamothe, Michel Brault et Pierre Perrault, par
exemple.

En 1964, Jacques Giraldeau – qui s’adonne depuis peu mais passionnément
à la peinture et à la gravure – fixe sur pellicule les images
et les turbulences du premier Symposium de sculpture en Amérique du Nord,
tenu sur le mont Royal. La Forme des choses sera suivi quatre ans plus
tard par Les Fleurs, c’est pour Rosemont et Bozarts, premiers
jalons d’une réflexion cinématographique originale et féconde
qui constitue, au fil de quatre décennies, un témoignage sur la
situation des beaux-arts au Québec où sont mis à contribution
près de 200 de nos artistes.

Jacques Giraldeau, cet « infatigable chercheur d’art », comme le
décrit Marc Favreau, nous donne à voir une œuvre unique et
essentielle pour le Québec en nous racontant une histoire qui laisse
des traces dans la tête.

Charles Gagnon

Peintre et photographe, Charles Gagnon aborde ces deux médiums de façon
très différente et ce n’est que depuis peu qu’il les lie dans
ses créations. Si la photographie répond à son besoin de
comprendre le monde, la peinture lui permet de s’exprimer. « Photographier,
pour moi, c’est percevoir ; peindre, c’est concevoir. » Essentiellement
guidée par une réflexion sur la manière dont nous appréhendons
le monde, sa quête artistique nous a donné une œuvre forte,
d’une vigueur constante, qui comprend un imposant corpus de tableaux et de photographies,
des travaux cinématographiques et des créations sonores.

À 21 ans, Charles Gagnon quitte son emploi pour s’installer à
New York où il séjournera de 1955 à 1960. Pendant ces cinq
ans, il étudie à Parsons, à la New York School of Design,
à la New York University et à la Art Students League. Ce séjour
lui permet de côtoyer l’art des expressionnistes abstraits alors à
son apogée. C’est à ce moment également que lui est révélée
la richesse de l’art égyptien et mésopotamien. Il se découvre
de grandes affinités avec les mystères, les signes et les hiéroglyphes
qui caractérisent les deux cultures. Ces langages codés auront
d’ailleurs une forte incidence sur toute son œuvre picturale, tout comme
la redécouverte de la nature, à la faveur de son retour au pays,
provoque une densification de son vocabulaire pictural. Ses compositions se
dépouillent et les champs de couleurs y prennent plus d’importance.

Les tableaux réalisés à partir de la seconde moitié
des années soixante, notamment des séries intitulées Espace
Écran, Cassation
, jusqu’à États et Conditions
(1990-1992), donnent la mesure véritable du talent et de la virtuosité
de l’artiste. Ses compositions s’articulent dès lors selon des axes autour
desquels gravitent des champs de couleurs formés par la juxtaposition
serrée de riches et larges coups de pinceaux, ponctués d’éclaboussures
et de dégouttements distribués sur la surface entière comme
au hasard. Elles tiennent toutefois, même dans ses monochromes, d’une
minutieuse architecture. Les chiffres, les lettres et les mots qui flottent
sur les champs colorés témoignent eux aussi d’une mise en œuvre
extrêmement orchestrée et tout à fait délibérée.

Deux importantes rétrospectives ont été consacrées
à son œuvre : l’une, intitulée Charles Gagnon, œuvres/works
1956-1978
, présentée à Montréal, Ottawa, Vancouver,
Toronto et Winnipeg par le Musée des beaux-arts de Montréal en
1978-1979 ; l’autre, il y a quelques mois, réalisée par le Musée
d’art contemporain. Ses photographies ont aussi fait l’objet d’une exposition,
Observations, au Musée du Québec en 1998.

Charles R. Scriver

Que ce soit au Québec, aux États-Unis, au Japon ou dans le reste
du monde, Charles R. Scriver inspire admiration et respect pour sa contribution
exceptionnelle à l’avancement de la génétique humaine.
Certaines fonctions qu’il assume au long de sa carrière, comme la présidence
de l’American Society of Human Genetics, sont des plus élevées
dans sa profession. Il fait aussi partie à un moment du conseil d’administration
du Howard Hughes Medical Institute, où son influence sera déterminante
pour la mise sur pied du Human Genome Program.

En 1955, un doctorat couronne les études de médecine de Charles
R. Scriver à l’Université McGill. Après une année
d’internat et de résidence à l’Hôpital Royal Victoria et
un stage en pédiatrie à l’Hôpital de Montréal pour
enfants, il se spécialise en pédiatrie à Boston. Bénéficiaire
de la bourse McLaughlin, il poursuit alors des études postdoctorales
à Londres. C’est à cet endroit qu’il s’initie à la chromatographie
des acides aminés, technique dont ses recherches vont tirer profit dès
son retour à Montréal comme résident-chef (pédiatre)
à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Sus au rachitisme

Les principaux travaux de Charles R. Scriver portent sur les maladies métaboliques
familiales, dites « enzymatiques », sur le rachitisme, la thalassémie
et la maladie de Tay-Sachs. Il découvre, nomme et décrit plus
de dix affections du type mendélien, dont le syndrome de dépendance
à la vitamine D, transmis sur le mode autosomique récessif, et
la tyrosinémie héréditaire du type I. Ses découvertes
donnent lieu à une cinquantaine d’entrées nouvelles dans le célèbre
répertoire McKusick : Mendelian Inheritance in Man. De plus, il
rédige 23 des articles constituant la Birth Defects Encyclopedia (1990).
Charles R. Scriver évoque en termes simples cette époque pendant
laquelle, à la suite de patientes observations et d’analyses cliniques,
il parvient à dépister certaines anomalies rénales associées
au rachitisme symptomatique de l’avitaminose D. En ce domaine, l’un de ses mérites,
et non des moindres, est d’avoir attiré l’attention de la communauté
scientifique sur l’influence commune des gènes et des facteurs environnementaux
dans le maintien de la santé. Il semble presque nostalgique en se rappelant
l’impact de ses premières conclusions, soit une spectaculaire régression
du taux de rachitisme infantile.

On doit également au docteur Scriver l’amélioration des programmes
de dépistage génétique et la généralisation
des études de biologie humaine et de génétique dans les
écoles secondaires. Mentionnons aussi la création, en collaboration
avec Carole Clow, Monique Bégin et Arnold Steinberg, d’une banque canadienne
d’aliments répondant à des besoins précis d’enfants souffrant
de maladies métaboliques héréditaires, ainsi que la mise
sur pied d’organismes reconnus, tel, avec M. Gérard Bouchard, de l’Institut
interuniversitaire de recherche sur les populations (IREP), où la génétique
s’intègre tout naturellement aux programmes d’études historiques
et sociales. De plus, depuis 1969, il existe au Québec un organisme de
consultation, de diagnostic et de traitement des maladies métaboliques
héréditaires, dont Charles R. Scriver est, avec Claude Laberge,
l’un des principaux fondateurs et demeure vice-président. Il s’agit du
Réseau de médecine génétique du Québec, dont
s’inspirent plusieurs pays étrangers et grâce auquel le docteur
Jean Dussault arrivera à assurer le dépistage précoce de
l’hypothyroïdie congénitale, maladie dont le traitement a d’ailleurs
été mis au point au Québec.

Parmi les grands de sa profession

Charles R. Scriver s’est acquis une solide réputation internationale
en abordant tous les secteurs de sa discipline, de la génétique
moléculaire à la génétique des populations, en passant
par la biochimie, l’épidémiologie et la nutrition. Le sérieux,
l’envergure et le rayonnement international de ses travaux l’ont amené
à effectuer de multiples séjours, à titre de conférencier
ou de professeur invité, tant dans les universités canadiennes
et américaines que dans les plus prestigieux établissements de
Pologne, d’Angleterre, de France, d’Irlande, du Japon, de Chine, d’Israël
et d’Australie.

Parmi les nombreuses distinctions de Charles R. Scriver, mentionnons sa nomination,
en 1993, comme Fellow de la Royal Society (London), comme membre honoraire du
Royal College of Physicians of Ireland : il est le quatrième Canadien
à recevoir cet honneur en 350 ans! De plus, en 1994-1995, il devient
le quatrième Canadien à présider l’American Pediatric Society
en 108 ans! Il remporte également comme rédacteur en chef, avec
trois autres rédacteurs et l’éditeur, le prix de l’American Medical
Writer’s Association pour le meilleur livre de médecine publié
en 1994-1995, soit la 7e édition de son ouvrage intitulé
The Metabolic and Molecular Bases of Inherited Disease. Récemment,
Charles R. Scriver a mérité le Querci Prize of the Maria Vilma
and Bianca Querci Foundation of Genoa (Italie), pour la personne ayant le plus
contribué à l’avancement de la recherche concernant la prévention
et le traitement des maladies infantiles.

Ayant quitté depuis peu son poste de directeur du DeBelle Laboratory
for Biochemical Genetics, institut de recherche affilié à l’Université
McGill et à l’Hôpital de Montréal pour enfants, Charles
R. Scriver continue d’enseigner la pédiatrie et la biologie à
l’Université McGill, où il est titulaire de la Chaire Alva en
génétique humaine. Généticien de tête et humaniste,
Charles R. Scriver reçoit en septembre 2001 le Henry Fiesen Award. Cet
honneur récompense un scientifique canadien ayant fait sa marque dans
le développement de la recherche biomédicale, aux niveaux local,
national et international. Le chercheur est également intronisé
en octobre 2001 au Hall of Fame médical canadien, en plus de l’octroi
du Award of Excellence in Human Genetics Education de l’American Society of
Human Genetics.

John J. Jonas

« J’ai vécu 55 années de ma vie autour de la rue University…
sur environ 300 m2 », plaisante le professeur John J. Jonas. Le regard
pétillant, il aime rappeler que, né à l’hôpital Royal
Victoria de Montréal, en 1932, il fait ses études primaires et
secondaires au Montreal High School, puis étudie à l’Université
McGill, où il enseigne depuis 1960. Sa boutade ne fait état ni
de son doctorat en génie mécanique obtenu à Cambridge,
ni de ses six brevets d’invention, ni de sa carrière jalonnée
de récompenses par d’aussi prestigieuses institutions que la Société
française de métallurgie et de matériaux, l’Institut canadien
des mines et de la métallurgie, l’Ordre du Canada et l’Iron and Steel
Institute, du Japon. John J. Jonas est également titulaire de la Chaire
de transformation des métaux à l’Université McGill (depuis
1985) et codirecteur du Centre de transformation des métaux de la même
université (depuis 1990).

C’est naturellement au-delà d’une modestie qui s’habille volontiers
d’humour que s’ouvre l’univers du professeur John J. Jonas, « l’un des
meilleurs scientifiques et ingénieurs du Québec et du Canada »,
selon l’expression du professeur J.E. Gruzleski, doyen de la Faculté
de génie de l’Université McGill.

La recherche et les applications industrielles

John J. Jonas figure parmi les métallurgistes les plus cités
dans le monde. Depuis le début des années 80, ses travaux marquent
profondément la recherche faite dans le domaine de la sidérurgie.
Ils permettent d’expliquer nombre de phénomènes associés
aux traitements thermomécaniques des alliages, tels que la recristallisation
statique, dynamique ou métadynamique, la précipitation des carbonitrures
induite par déformation dans les aciers et la mécanique des essais
de torsion. Spécialiste de la métallurgie physique et mécanique,
John J. Jonas est le pionnier de la simulation en laboratoire des procédés
de mise en forme des matériaux utilisés par l’industrie. Au fil
des ans, l’ingénieur se distingue à maintes reprises sur le double
plan de la recherche fondamentale et de l’application industrielle.

Outre de notables améliorations apportées aux procédés
de laminage chez Ipsco, à Regina, on doit à John J. Jonas plusieurs
innovations techniques, dont la fabrication de tubes d’acier microallié
sans soudure, pour la firme Algoma Steel, et la prévention des effets
néfastes du vieillissement dans les barres d’acier, chez Ivaco Steel
au Québec. Grâce à sa parfaite connaissance des processus
mécaniques de déformation plastique et des transformations microstructurales
des aciers, il arrive à concevoir de nouveaux types d’essais de torsion
ou de compression à chaud et à démontrer l’effet des traitements
thermomécaniques sur l’affinement des microstructures.

Un premier brevet

La première invention de John J. Jonas date de l’époque où
il mène des études de troisième cycle à Cambridge.
L’automatisation se trouve alors au centre des préoccupations du monde
industriel. Au cours de ses recherches, il s’aperçoit que, en raison
des normes de qualité et de fiabilité, les usines de roulements
à billes affectent un plus grand nombre d’employés à l’inspection
qu’à la production. Il conçoit et met au point un dispositif de
contrôle automatique à suspension magnétique des billes
témoins, le Magnetic Rotating Apparatus, qui sera breveté en Angleterre
(1959). D’autres inventions suivront (méthodes, appareils et dispositifs),
apportant chaque fois une réponse concrète aux problèmes
liés à la mise en forme des métaux, au traitement ou à
l’amélioration des alliages, ainsi qu’à la production d’aciers
de haute technologie.

Depuis 1965, le laboratoire de recherche avancée mis sur pied par John
J. Jonas à l’Université McGill travaille de concert avec les entreprises
spécialisées du Québec, du Canada et de l’étranger.
Son importance sur le double plan économique et scientifique justifie
le soutien dont il ne cesse de bénéficier de la part de plusieurs
organismes, dont l’Association pour la recherche dans l’industrie sidérurgique
canadienne (ARISC). Plus de 200 étudiants diplômés et chercheurs
postdoctoraux venus du monde entier y seront formés au cours des années.
Ils occupent aujourd’hui des postes clés au sein d’universités,
d’aciéries et de laboratoires gouvernementaux d’ici et de 25 autres pays.
Par ailleurs, à titre d’expert-conseil, le professeur John J. Jonas collabore
directement avec plus d’une cinquantaine d’entreprises américaines, canadiennes
et québécoises mondialement connues.

Communiquer les découvertes

Au long de sa carrière, John J. Jonas participe aussi à la rédaction
de plusieurs ouvrages spécialisés, notamment Metal Forming
: Interrelation Between Theory and Practice
(1971), Mise en forme de
métaux et alliages
(1976) et The Encyclopedia of Materials Science
and Engineering
(1986). Il coécrit également quatre monographies,
dont Formability and Workability of Metals (1984) et Direct Rolling
and Hot Charging of Strand Cast Billets
(1989). En outre, il signe un nombre
impressionnant d’articles dans plusieurs revues qui font autorité en
ce qui a trait à la recherche scientifique de pointe.

En raison de sa remarquable contribution à l’avancement de sa discipline,
John J. Jonas est appelé à prononcer de nombreuses conférences,
que ce soit au Québec, au Canada, aux États-Unis, en Chine, au
Brésil, en Hongrie ou au Japon. Outre l’anglais et le français,
il parle couramment le hongrois, sa langue maternelle. Il séjourne souvent
à l’étranger comme professeur invité ou en tant qu’organisateur
de congrès internationaux. Ce scientifique siège actuellement
à divers conseils universitaires et professionnels, commissions provinciales,
comités d’édition ou de planification au Québec, en Ontario,
en France et au Japon.

En 1980, la Société française de métallurgie et
de matériaux décerne à John J. Jonas la médaille
Réaumur et, en 1991, elle lui attribue sa plus haute distinction, soit
la grande médaille d’or Le Châtelier. La médaille Hatchett
de la Metals Society (Royaume-Uni, 1982), la Médaille d’or de la Canadian
Metal Physics Association (1983), le prix Michael Tenenbaum de l’Iron and Steel
Society (États-Unis, 1989), le prix Alcan (1990) et le prix Sawamura
(1992 et 1995) comptent parmi les distinctions témoignant du rayonnement
international du professeur Jonas. En 2000, il est lauréat du prix Killam
de génie du Canada et se voit nommer chevalier de l’Ordre national du
Québec. Il sera fait officier du même ordre en 2001. Tant de récompenses
ne peuvent qu’attester l’ampleur et la qualité des travaux de John J.
Jonas, dont les réalisations contribuent largement au fil des années
aux progrès de la sidérurgie moderne, ce qui confirme du même
coup, aux yeux du monde, l’excellence et le prestige des milieux industriels
et scientifiques du Québec et du Canada.

Guy Rocher

À l’origine des sciences sociales
au Québec

Sans contredit, Guy Rocher est le « doyen » actuel de la sociologie
au Québec. Professeur titulaire au Département de sociologie de
l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche en
droit public, cet intellectuel et homme d’action a construit, depuis 50 ans,
une œuvre majeure au point où Philippe Robert, directeur de recherche
au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), estime qu’il « 
a porté dans tout le monde savant la réputation des sciences sociales
québécoises ».

Pluridisciplinaire, le professeur Rocher a insufflé un puissant vent
d’humanisme autant dans ses écrits que dans ses engagements dans la vie
publique. Avec érudition et fidèle à ses convictions, Guy
Rocher s’inscrit de plain-pied dans l’histoire du Québec contemporain
en prenant une part active aux décisions culturelles, sociales et politiques
de la société. Par son vaste savoir, il éclaire les problématiques
les plus fondamentales liées à l’éducation, à la
culture, à la santé et au bien-être. Lui-même confie
sans hésiter : « Ma vision n’est pas neutre… Je le reconnais
: je suis un sociologue engagé. »

Une œuvre d’envergure

Né en 1924, Guy Rocher est diplômé en sociologie de l’Université
Laval (1950) et de l’Université Harvard où il soutient, en 1958,
une thèse sur les rapports entre l’Église et l’État en
Nouvelle-France. Jeune professeur à l’Université Laval, il se
voit confier la direction de l’École de service social et de la revue
Service social (1958-1960).

En 1960, il enseigne à l’Université de Montréal, devient
vice-doyen de la Faculté des sciences sociales de 1962 à 1967
et dirige le Département de sociologie de cet établissement jusqu’en
1965. En 1968-1969, il séjourne comme associé de recherche à
l’Université de Californie à Berkeley. À partir de 1979,
Guy Rocher s’affilie au Centre de recherche en droit public de la Faculté
de droit de l’Université de Montréal afin d’y poursuivre des travaux
sur les différents aspects du droit en tant que composante sociale.

Parmi les seize ouvrages que Guy Rocher a écrits, Introduction à
la sociologie générale
est sans conteste un des livres québécois
de sociologie les plus marquants du XXe siècle. Publié
en trois volumes à Montréal (1968-1969), il est traduit en six
langues et remporte deux fois le prix du meilleur livre, en version anglophone
et francophone, de la Fédération canadienne des sciences sociales.
Guy Rocher fait paraître aussi, en France, Talcott Parsons et la sociologie
américaine
(1972), traduit en italien, en anglais, puis en portugais,
en néerlandais et en japonais. Son oeuvre compte en outre Le Québec
en mutation
(1973) et une autobiographie sous forme d’entretiens avec Georges
Khal : Entre les rêves et l’histoire en mutation (1989).

Guy Rocher signe également plus de 200 articles, ouvrages collectifs,
études et documents de travail, dont École et société
au Québec
, avec Pierre W. Bélanger (1971), Écoles
de demain
(1976), Continuité et rupture. Les sciences sociales
au Québec
(1984), Le Québec en jeu. Comprendre les grands
défis
(1992), Entre droit et technique : enjeux normatifs et sociaux
(1994), Études de sociologie du droit et de l’éthique
(1996) et Si je me souviens bien/As I recall (1999). Outre ses écrits,
il multiplie les entrevues à la radio et à la télévision,
et il prononce de nombreuses conférences à l’étranger.

Un engagement social

Par son engagement social, le professeur Rocher contribue à l’édification
d’un système d’éducation moderne et ouvert au monde. Il est membre
de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement pour la province
de Québec (commission Parent) de 1961 à 1966, président
du Comité d’étude pour la création de l’Université
du Québec à Montréal (1965-1966) et membre du groupe de
travail MacDonald sur la recherche universitaire au Canada (1967-1974).

Au cours de sa carrière, Guy Rocher dirige plusieurs comités
d’étude ou de rédaction, organismes universitaires et associations
professionnelles. Il participe, en Belgique, à la création de
l’Association internationale des sociologues de langue française. À
titre de secrétaire général associé au Conseil exécutif
du gouvernement québécois, il est deux fois sous-ministre, d’abord
au développement culturel (1977-1979), puis au développement social
(1981-1983). Son intérêt pour la culture québécoise
se manifeste encore à titre de directeur de collection dans une importante
maison d’édition et comme administrateur d’une troupe de théâtre.

Chevalier de l’Ordre national du Québec et compagnon de l’Ordre du Canada,
Guy Rocher est membre honoraire de l’American Academy of Arts and Sciences.
De nombreuses récompenses lui ont été décernées,
dont le prix Marcel-Vincent, de l’Association canadienne-française pour
l’avancement des sciences, le prix de la Société canadienne de
sociologie et d’anthropologie ainsi que la médaille Pierre-Chauveau (Société
royale du Canada).

En dépit de ses multiples activités, Guy Rocher continue d’enseigner
et dirige encore de nombreux mémoires de maîtrise et thèses
de doctorat. Quant à sa conception du rôle de l’État en
ce début du XXIe siècle, le professeur, partisan de la social-démocratie,
se porte aujourd’hui à la défense d’un État providence
revigoré : « La liberté du citoyen n’existe que dans la mesure
où il y a un État de droit. L’État a besoin de se faire
critiquer, mais je m’oppose à ce qu’on le liquide. »

Louis Berlinguet

Très peu de scientifiques ont consacré autant d’énergie et de ferveur à la promotion de la science et de la technologie au sein de notre société que le professeur Louis Berlinguet.

Né à Trois-Rivières, Louis Berlinguet fait ses études
à l’Université de Montréal où il obtient un baccalauréat
en chimie en 1947, puis un doctorat en chimie de l’Université Laval en
1950. Après des travaux de recherche à Chicago, Bethesda et Londres,
il enseigne la biochimie à la Faculté de médecine de l’Université
Laval. En 1963, il devient directeur du Département de biochimie de la
même université puis, en 1967, la Faculté de médecine
le nomme vice-doyen à la recherche, charge dévolue, pour la première
fois au Québec, à un non-médecin.

Au cours de ses recherches, Louis Berlinguet s’intéresse principalement
à la synthèse d’acides aminés, à la chimiothérapie
du cancer, à la chimie et biochimie des protéines et des peptides
ainsi qu’au métabolisme des acides aminés et de leurs dérivés.
Il signe plus d’une centaine d’articles scientifiques dans des revues spécialisées
et dirige plusieurs étudiants de troisième cycle. À la
fois visionnaire, organisateur et bâtisseur, Louis Berlinguet quitte l’Université
Laval en 1969 pour participer à la création du réseau de
l’Université du Québec, dont il devient le premier vice-président
à la recherche. Il est ensuite le premier président de l’Institut
national de la recherche scientifique (INRS). S’engageant à fond dans
la mise sur pied des centres INRS-Eau et INRS-Énergie, il joue également
un rôle déterminant dans l’intégration de l’Institut Armand-Frappier
au réseau de l’Université du Québec.

L’homme aux nombreux talents

Depuis le début de sa carrière, Louis Berlinguet cumule plusieurs
fonctions mettant à contribution sa solide formation scientifique et
son sens inné de l’organisation. Par exemple, en 1969, il accepte la
présidence de l’Association canadienne-française pour l’avancement
des sciences (ACFAS). De 1976 à 1980, à Ottawa, il assume les
fonctions de premier vice-président du Centre de recherche pour le développement
international (CRDI). Il devient ensuite conseiller scientifique à l’Ambassade
du Canada à Paris (1980-1983) puis, de 1983 à 1985, sous-ministre
et premier conseiller scientifique du gouvernement canadien à Ottawa.
Parallèlement à ces activités, Louis Berlinguet préside
le Conseil de la politique scientifique du Québec (de 1975 à 1978)
et porte les titres de conseiller auprès des Nations Unies et de vice-président
du Comité consultatif des Nations Unies pour l’application des sciences
et de la technologie (1978-1980). Convaincu du rôle de la science et de
la technologie pour le développement du tiers-monde (il est un des créateurs
du CRDI), il participe aux travaux des comités de l’Agence de coopération
culturelle et technique (Paris), il préside le Commonwealth Science Council
(Londres) et il siège aux conseils de l’International Foundation for
Science (Stockholm), du Bostid (Washington) et du Conseil international des
unions scientifiques (Paris).

En 1985, Louis Berlinguet accepte le poste de directeur général
à l’Institut de recherche en santé et en sécurité
du travail (IRSST) jusqu’en 1990, alors qu’il devient président du Conseil
de la science et de la technologie du Québec (de 1990 à 1998).
Plus récemment, il est conseiller spécial du ministre Rochon pour
la rédaction de la politique scientifique du Québec (1999-2001).
Il préside actuellement le conseil d’administration du Centre de recherche
en calcul appliqué (CERCA) et il siège à plusieurs comités
pour le développement et la promotion de la science et de la technologie.

Outre les hautes charges officielles qui lui sont confiées au Québec,
au Canada et à l’étranger, Louis Berlinguet contribue personnellement
à l’élaboration des politiques scientifiques du Québec
et du Canada. Dans ces fonctions, il prépare l’entente de collaboration
scientifique entre la Grande-Bretagne et le Canada et travaille à la
coordination des dossiers de l’espace TEL-SAT, Canada-NASA, sans oublier l’accord
conclu au début des années 80 entre le Québec et le Canada
concernant les dossiers scientifiques et technologiques. À titre de sous-ministre
à Ottawa, il joue un rôle important dans l’établissement
à Québec de l’Institut national d’optique (INO). Il est aussi
membre de deux sous-commissions à la recherche scientifique et technologique
: France-Québec (1970-1976) et Belgique-Canada (1971).

On récolte ce que l’on sème

Depuis le premier prix David qu’il remporte conjointement avec les docteurs
Roger Gaudry (son directeur de thèse) et Guy Nadeau, en 1951, le professeur
Louis Berlinguet sera plusieurs fois honoré par des institutions d’ici
et d’ailleurs : officier de l’Ordre du Canada, officier et ancien président
de l’Ordre national du Québec, officier des Palmes académiques
(France), membre de la Société royale du Canada et membre émérite
de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences
(ACFAS). Il reçoit également trois doctorats honoris causaoctroyés
par l’Université du Québec (INRS, 1979), l’Université de
Sherbrooke (1984) et l’Université de Montréal (École polytechnique,
1996). En 1981, il devient le premier titulaire du prix Jacques-Rousseau de
l’ACFAS, pour l’interdisciplinarité. En 1992, l’Ordre des chimistes du
Québec le fait compagnon de Lavoisier. Enfin, l’Association des directeurs
de la recherche industrielle du Québec (ADRIQ) lui décerne le
prix Carrière, alors que l’Association canadienne de la gestion de la
recherche (aujourd’hui dénommée l’Association canadienne de la
gestion de l’innovation (ACGI) ) lui remet son prix annuel et l’Association
des professeurs de science du Québec le nomme membre honoraire.

La carrière de Louis Berlinguet, ce « bâtisseur par excellence
 », se distingue sans contredit par une suite ininterrompue de réalisations
concrètes qui font la fierté de ses concitoyens et rehaussent
aux yeux du monde le prestige du Québec en matière de science
et de technologie.

Maurice Lemire

Maurice Lemire se définit comme un historien de la littérature
et il s’intéresse plus particulièrement au contexte et aux influences
sociales qui font naître les œuvres littéraires. Pour lui,
une œuvre littéraire est l’expression d’un milieu social déterminé.

Après des études au Collège Jean-de-Brébeuf de
Montréal, Maurice Lemire obtient, en 1949, un baccalauréat ès
arts. Licencié en théologie de l’Université de Montréal
en 1953, il étudie à la Sorbonne de 1954 à 1959 pour l’obtention
d’une licence ès lettres.

Ce séjour à Paris est déterminant. « C’est à
Paris, dit-il, que je me suis aperçu de la non-existence de notre pays.
Nous n’avions pas d’identité, car l’identité s’acquiert par l’affirmation
de soi dans le discours et notre discours n’avait alors aucune reconnaissance.
» Il faut dire qu’à l’époque, la littérature québécoise
n’était pas nommée. On parlait alors de littérature canadienne,
une littérature en périphérie de la grande littérature
française.

Au cours de sa carrière d’enseignant qu’il amorce à son retour
au Québec, Maurice Lemire constate le manque flagrant de reconnaissance
et de connaissance de la littérature québécoise. «
Il fallait, dit-il, qu’un vaste inventaire soit fait pour définir le
corpus de cette littérature. » Afin de combler ce vide, il forme,
en 1971, une équipe de chercheurs pour réaliser le projet qui
portera le nom de Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec.
Il est alors professeur agrégé au Département des études
canadiennes de l’Université Laval.

La parution du Dictionnaire marque une étape importante dans
la constitution de la littérature québécoise. Elle en fixe
non seulement le corpus, mais elle atteste son autonomie par rapport aux littératures
française et canadienne. Après cette première phase de
recherche, il convenait ensuite de faire l’interprétation de notre littérature.
Aussi, en 1987, Maurice Lemire entame un autre projet d’envergure qui deviendra
L’Histoire de la vie littéraire du Québec. Réalisée
par une équipe interuniversitaire, cette histoire couvre la vie littéraire
et culturelle qui débute avec la première imprimerie en 1764 et
se termine en 1933.

Historien de la littérature, professeur et chercheur, Maurice Lemire
a fait œuvre de pionnier en traçant les contours du discours et
de l’imaginaire québécois. Il a littéralement mis en forme
l’histoire littéraire du Québec en plus de lui donner une instrumentation
qui appartient désormais à notre patrimoine scientifique et culturel.

Walter Joachim

Walter Joachim n’avait que cinq ans et, déjà, il consacrait plusieurs
heures par jour à la musique. Il s’adonne d’abord au violon avant de
faire vibrer les cordes du violoncelle. Il faut dire que, dans la famille Joachim,
la musique occupe une place importante ; en fait, elle occupe toute la place.
Son frère joue du violon, son père chante et il veille de très
près à la rigueur de l’enseignement donné à ses
fils.

Étant juif, Walter Joachim est forcé de s’exiler à l’aube
de la Deuxième Guerre mondiale. En 1934, il vit à Prague, puis
il s’installe à Vienne, qu’il quitte pour la Malaisie, en 1938, afin
d’y rejoindre son frère. De là, il poursuit sa route et se rend
à Shanghaï où il séjourne de 1940 à 1951. Là-bas,
l’Orchestre national de Shanghaï lui confie le poste de premier violoncelle
et le Conservatoire, sa classe de violoncelle où il formera un nombre
impressionnant de musiciens exceptionnels. La Chine lui rendra d’ailleurs un
vibrant hommage à l’occasion du soixantième anniversaire du Conservatoire
de Shanghaï en 1987.

À la fin de 1951, Walter Joachim vient rejoindre son frère Otto,
déjà installé à Montréal. Wilfrid Pelletier,
qui a déjà eu vent de son grand talent, l’invite à enseigner
au Conservatoire. Walter Joachim applique la seule méthode valable à
ses yeux, la discipline. « Les jeunes qui ont du talent ont l’obligation
de travailler très fort. Le Québec comptait plusieurs jeunes talentueux
lorsque je suis arrivé, seulement, ils n’avaient aucune discipline. Un
bon interprète, c’est celui qui transmet ce qui est écrit : quand
il y a quatre temps dans la mesure, il n’est pas question de jouer trois temps
et trois quarts ni quatre temps et quart. Je crois que la seule chose que j’ai
inventée, c’est la discipline. » Il aura ainsi contribué,
par son enseignement au Conservatoire mais aussi à la faculté
de musique de l’Université McGill et dans les camps musicaux du Mont
Orford et du Domaine Forget, à élever la qualité des interprètes
québécois, qui peuvent dorénavant se comparer avantageusement
à ceux de tous les pays.

Comme interprète, après une carrière de soliste et de
chambriste qui l’a mené partout en Europe, Walter Joachim a été
violoncelle solo avec l’Orchestre symphonique de Montréal pendant 28
ans et avec l’Orchestre de chambre McGill pendant 30 ans. Comme chambriste au
sein du Quatuor de Montréal, il a fait connaître et apprécier,
au pays et à l’étranger, un répertoire musical du plus
haut niveau.

Jacques Poulin

Discret, voire secret, Jacques Poulin se consacre, depuis l’âge de 27
ans, à l’écriture. Il se définit lui-même comme un
écrivain privé, par choix.

Son style minimaliste est surtout affaire de retrait du superflu. Adjectifs,
adverbes, inversions inutiles, sentiments trop extravertis sont éliminés
au profit de l’émotion sobre qui occupe l’espace et enveloppe autant
les personnages que les lecteurs qui vont à leur rencontre. Pareil dépouillement
permet de nommer ces choses qu’on exprime d’habitude avec difficulté
parce qu’elles obligent à laisser tomber l’accessoire pour ne garder
que l’essentiel.

Dès Jimmy (1969), son deuxième roman où l’enfance
occupe toute la place, l’écrivain esquisse les contours d’une œuvre
dont la progression s’articule autour des mêmes thèmes et des mêmes
personnages. C’est un peu comme si ses romans étaient des traductions
de plus en plus approfondies d’un même univers habité par les livres,
l’écriture, la tendresse, l’amour et la douleur de vivre.

Mais si les thèmes demeurent les mêmes d’un livre à l’autre,
le contexte, lui, se modifie au rythme des passions et des découvertes
de l’auteur. Ce sera un voyage aux États-Unis pour retracer l’histoire
des immigrants (Volkswagen Blues, 1984), ou encore le Fleuve,
toujours plus ou moins présent (Les Grandes Marées, 1978
; Le Vieux Chagrin, 1989). Quel que soit le contexte dans lequel ils
évoluent, ses personnages, habités par une immense tendresse,
partagent la même difficulté à communiquer entre eux. Ils
frôlent et effleurent le bonheur, mais n’osent jamais trop s’en approcher
de peur qu’il s’évanouisse. « Quand les personnages se rejoignent
dans une histoire, quand l’amour se vit véritablement, il n’y a plus
rien à dire. Pour l’écrivain, le malheur est un sujet plus riche.
Il faut être malheureux pour écrire », explique-t-il.

Avec cette capacité exceptionnelle de jouer avec le quotidien, Jacques
Poulin campe des personnages touchants et nous les présente comme autant
de nos semblables qui souffrent, rient, pleurent et cherchent tous cette chose
impalpable qu’on nomme le bonheur. S’il fallait une étiquette pour cette
école littéraire, ce serait assurément celle de la tendresse.

Jean Pierre Lefebvre

Jean Pierre Lefebvre, c’est l’entêtement tranquille de celui qui refuse
de sacrifier sa vision des choses aux normes imposées et c’est l’enseignant
passionné qui aime et qui recherche le contact avec les jeunes. Le plaisir
et l’urgence sont, au dire du cinéaste, deux incontournables, deux pivots
essentiels à sa démarche de création. Et les urgences sont
de toutes sortes. Elles peuvent être sociales, comme dans Avoir seize
ans
(1979), ou amoureuses, comme dans Les Dernières Fiançailles
(1973).

Ardent défenseur du cinéma indépendant, ce guerrier tendre,
qui s’est toujours battu pour conserver son intégrité, a choisi
de dépeindre avec lucidité et affection les traits intimes des
êtres humains, et ce, en se forgeant une esthétique minimaliste
imposée, mais acceptée, par le peu de ressources dont il disposait
pour tourner. En fondant ses propres compagnies de production, le cinéaste
a réalisé les films qu’il voulait, des films qui comptent parmi
les meilleurs de la cinématographie québécoise.

Sa filmographie comprend une trentaine de longs métrages, de vidéos,
de documents didactiques et d’écrits sur le cinéma. De L’Homoman
(1964) jusqu’à Aujourd’hui ou jamais (1998), en passant par
Il ne faut pas mourir pour ça (1967), L’Amour blessé
(1973), On n’engraisse pas les cochons à l’eau claire (1973) et
Jusqu’au cœur (1968), l’œuvre de Lefebvre parle de l’être
humain, de ses bonheurs, de ses difficultés et des moyens qu’il utilise
pour se débrouiller dans une société en changement.

Créateur, Jean Pierre Lefebvre est aussi un penseur qui pose un regard
critique sur sa propre création, sur celle des autres et, plus globalement,
sur l’industrie du cinéma. Pour lui, critique rime avec éthique.
« J’ai une morale bien simple : je n’ai fait aucune image que je ne pouvais
montrer à mes enfants, et cela, même quand j’ai fait des films
pour faire mal. »

Malgré la lucidité de ses propos et les thèmes qu’il aborde,
Lefebvre se refuse à parler de son cinéma comme d’un cinéma
engagé. « Je ne fais pas de cinéma engagé parce que
mon cinéma n’a aucun parti pris politique. Je pense que le créateur
n’est ni pour ni contre la société, il est avec elle », explique-t-il.

Le cinéma de Lefebvre a récolté sa part de lauriers sur
la scène internationale : Prix de la critique internationale au Festival
de Cannes et Plaque d’argent au Festival de Figueira da Foz, au Portugal, pour
Les Fleurs sauvages (1982), Prix spécial du jury au Festival du
film de l’ensemble francophone à Dinard, Prix de l’Organisation catholique
internationale du cinéma, prix Enzo Fiore pour Les Dernières
Fiançailles
.

Henry Saxe

Les « machines », les avions, les moteurs et toutes les
autres inventions mécaniques fascinent au plus haut point Henry Saxe
pendant son enfance. Tout naturellement, l’architecture semble répondre
à ses aspirations. Seulement, comme il ne possède pas les préalables
scolaires qu’exige cette discipline, il se dirige vers les beaux-arts, passant
d’abord par l’Université Sir George William avant d’entrer à l’École
des beaux-arts de Montréal où il étudie de 1956 à
1961. Puis, avec Albert Dumouchel, il étudie la gravure, une discipline
qu’il abandonne par la suite en raison de la complexité des procédés
qui nuit à sa créativité, lui qui privilégie la
spontanéité dans la plupart de ses créations.

Dès 1965, il se consacre exclusivement à la sculpture. Rapidement,
Henry Saxe s’identifie au mouvement des automatistes. Depuis les formes géométriques
découpées qui constituaient ses premières œuvres sculpturales,
son travail évolue rapidement vers le relief qui prend appui sur le sol.
Sa recherche se poursuit et se peaufine, elle l’amène à composer
des modules juxtaposés. Puis, grâce à des charnières,
le mouvement apparaît. Les modules rendus mobiles peuvent occuper un espace
variable, au gré des manipulations qu’on leur fait subir.

Vers 1970, le module devient tuyau recouvert de vinyle. Les œuvres de
cette période sont constituées de ces tiges, pliées aux
extrémités et assemblées entre elles pour former des ensembles
soit très structurés, soit très chaotiques. Puis l’artiste
choisit des matériaux plus simples, souvent manufacturés, comme
un escabeau, un trépied, un niveau, avec lesquels il explore les notions
de tension et d’équilibre.

En 1973, Henry Saxe s’établit à Tamworth, en Ontario, où
il se bâtit un atelier qui lui permet d’expérimenter de nouveaux
équipements après avoir travaillé avec des plaques d’acier
de 12 mm d’épaisseur pendant plus de 10 ans. Il construit alors des sphères
en aluminium réunissant dans une seule forme les éléments
plastiques auparavant éclatés. Dans ces structures complexes,
l’idée du mouvement potentiel est omniprésente, sans pour autant
que tout soit dit. « Je ne veux jamais trop mettre en évidence
la mécanisation dans mes œuvres. Je veux créer des images
mentales sans aucune référence à une quelconque époque
de l’industrialisation. »

Henry Saxe a participé à plusieurs expositions majeures au Canada
et à l’étranger dont la Biennale de Paris, en 1963 et en 1968,
la Biennale de Venise en 1978, les « Cent jours d’art contemporain »
en 1985, et il a fait l’objet d’une rétrospective au Musée d’art
contemporain en 1994. Il poursuit en solitaire avec beaucoup de cohérence
une carrière artistique empreinte d’une recherche peu commune à
l’égard des formes et des volumes qu’il met en relation.

Yves Lamarre

Sans jamais négliger la recherche fondamentale, les travaux d’Yves Lamarre
en débordent depuis longtemps le cadre pour s’inscrire dans une démarche
scientifique d’envergure. À partir d’un certain nombre d’observations
sur le tremblement pathologique (du type parkinsonien, par exemple), les recherches
du docteur Lamarre évoluent vers l’étude de problèmes complexes
associés au système nerveux central et au contrôle de la
motricité chez l’humain et les primates. Leurs conclusions déterminantes
sont venues éclairer, notamment, un long débat relatif aux réflexes
transcorticaux et au rôle des données sensitives dans le contrôle
du mouvement.

Faire sa place

Diplômé de l’Université de Montréal en neurophysiologie
(1964), Yves Lamarre poursuit sa formation postdoctorale à l’Institut
Marey, en France, avec la professeure Denise Albe-Fessard (1964-1965), grâce
à une bourse du Conseil de recherches médicales du Canada. Il
travaille ensuite à l’Institut de neurophysiologie du Karolinska Institutet
de Stockholm (1965-1966) sous la direction du professeur R. Granit (Prix Nobel
de médecine), puis au Département de physiologie de l’Université
Johns Hopkins, à Baltimore, avec le professeur Vernon B. Mountcastle
et le docteur Gian F. Poggio (1966-1967). Depuis 1971, il est membre du Département
de médecine de l’Hôtel-Dieu de Montréal.

D’abord chargé d’enseignement, puis professeur adjoint à l’Université
de Montréal, Yves Lamarre y obtient l’agrégation en 1970 et y
est professeur titulaire depuis 1974. De 1990 à 1996, il dirige le Groupe
de recherche sur le système nerveux central de cet établissement,
après avoir assumé des fonctions identiques auprès du Centre
de recherche en sciences neurologiques de la même université (1977-1992).

Une contribution scientifique exceptionnelle

Yves Lamarre a recours à l’expérimentation électrophysiologique,
neuroanatomique et pharmacologique pour déterminer le rôle critique
des structures corticales et cérébelleuses dans la programmation,
la mise en action et l’exécution de réponses volontaires à
des stimuli sensoriels. Ces expériences constituent sa plus remarquable
contribution à la science neurologique. Il réussit à prouver
en effet, hors de tout doute, la genèse centrale du tremblement, contrairement
aux théories postulant l’intervention essentielle du système périphérique.

Le docteur Lamarre sera le premier à démontrer le site d’action
de l’harmaline, drogue d’origine végétale qui provoque chez l’animal
des tremblements comparables à ceux que l’on observe chez l’humain. Rigoureux
dans ses démarches, original par ses méthodes et souvent inattendu
dans ses conclusions, il fait également valoir que le système
nerveux constitue le siège d’une activité propre, rythmique et
bien organisée, absolument étrangère aux stimuli extérieurs.

Peu étonné d’avoir parfois surpris les autres, Yves Lamarre explique
avec naturel et bonhomie que le cerveau, dans les années 50 et 60, est
surtout considéré comme un centre d’acquisition et de traitement
de l’information d’où part, en retour, la réponse appropriée
aux stimuli. L’idée, depuis, a évolué. « La chose
est très bien acceptée maintenant, dit-il, notamment pour une
région directement reliée au cervelet. Il s’agit d’une structure
surtout motrice dont pourraient dépendre la synchronisation et la mesure
du temps… »

Par ailleurs, certaines expériences que le docteur Lamarre mène
à l’aide d’enregistrements de cellules corticales, avant et après
lésion du noyau dentelé du cervelet, lui permettent d’étudier
la transformation du signal sensoriel en signal moteur. Il caractérise
ainsi les décharges neuronales de structures centrales liées au
cortex moteur et, de là, conclut que cette transformation n’a pas lieu
dans le cortex moteur lui-même. Pour une autre série d’expériences,
plus poussées, il a recours aux techniques d’enregistrement unitaire
de cellules du noyau dentelé, ce qui lui permet d’analyser les temps
de réaction aux stimuli téléceptifs (perceptions non tactiles)
et d’établir le rôle du cervelet dans l’intégration sensorimotrice.

Faire sa marque au-delà de la recherche

En 1986, Yves Lamarre préside le congrès annuel de l’Association
des médecins de langue française du Canada, tenu sur le thème
suivant : « L’homme-cerveau ». Conférencier Sarrazin de la
Société canadienne de physiologie (1992) et membre de différents
organismes provinciaux, nationaux et internationaux, il agit également
comme représentant canadien auprès de l’International Brain Research
Organization (IBRO). Le IIIe congrès annuel de ce prestigieux organisme,
auquel prennent part 4 000 scientifiques, a lieu à Montréal en
1991 grâce à lui. Enfin, il dirige la Société canadienne
pour les neurosciences et différents comités relevant de la Society
for Neuroscience aux États-Unis.

D’autre part, avec le docteur Albert J. Aguayo, de l’Université McGill,
Yves Lamarre met sur pied et dirige le Réseau canadien des centres d’excellence
pour l’étude de la régénération neurale et la récupération
fonctionnelle du système nerveux. De 1990 à 1998, ce réseau,
l’un des rares du genre créés par le gouvernement canadien au
Québec, met à contribution 25 des principaux chercheurs d’une
douzaine d’universités et d’instituts répartis dans tout le Canada.
Il constitue un atout de première importance pour l’avenir de la recherche
neurologique au Québec et au Canada.

Le retentissement que connaissent sur le plan international ses recherches
et ses découvertes amènent Yves Lamarre à faire de fréquents
voyages à l’étranger. Outre les nombreuses conférences
qu’il prononce dans les universités du Québec et du Canada, colloques
et séminaires le transportent un peu partout dans le monde. Ses articles,
également nombreux, sont publiés dans d’aussi prestigieuses revues
que Journal of Neurophysiology, Science, Experimental Brain Research
et Acta Psychologica.

Chercheur à l’esprit ouvert et imaginatif, Yves Lamarre sait, grâce
aux techniques les plus avancées, apporter une remarquable contribution
à la recherche universitaire et médicale d’ici et d’ailleurs,
confirmant la vocation internationale du Québec dans le domaine des sciences
neurologiques. Ses brillantes réalisations illustrent de manière
éclatante sa puissance de conceptualisation, d’analyse et de généralisation.
Pour les autres chercheurs, elles constituent à la fois un exemple et
une source continuelle d’inspiration.

Albert J. Aguayo

Le principal domaine d’intérêt scientifique d’Albert J. Aguayo
concerne l’étude des lésions du système nerveux central
(SNC) et la capacité du cerveau et de la moelle épinière
à se rétablir. La maladie et les traumatismes neurologiques sont
en grande partie responsables des handicaps chroniques de la société
actuelle. Les accidents vasculaires et maladies dégénératives,
comme les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, entraînent en général
la perte de cellules nerveuses et l’interruption des fibres nerveuses qui relient
les neurones. Jusqu’à tout récemment, l’affirmation que le système
nerveux central chez les mammifères adultes n’avait pas la capacité
de régénérer et de rétablir les connexions perdues
était un dogme dans l’enseignement de la neurologie. Conséquemment,
la recherche de la régénération neurale semblait avoir
peu de chances de succès.

Démystifier les neurones

Or, ce climat de pessimisme s’estompe depuis les expériences du docteur
Aguayo et de ses collègues qui remontent au début des années
80 et qui démontrent que les neurones du SNC sont capables de se régénérer
en présence de composantes appartenant au système nerveux périphérique.
Comme les fibres nerveuses dans ce système se régénèrent
généralement à la suite d’une lésion, les chercheurs
en concluent que les interactions entre les cellules nerveuses endommagées
et les composantes particulières de leur environnement peuvent jouer
un rôle clé dans le succès ou l’échec de la régénération
neuronale. En utilisant des techniques neuroanatomiques et électrophysiologiques,
le docteur Aguayo et ses associés établiront fermement que les
neurones du SNC chez les mammifères adultes possèdent une capacité
de croissance axonale régénératrice qui devrait permettre
le rétablissement des connexions perdues. Des expériences ultérieures
montreront que les neurones sont vraiment aptes à former de nouvelles
liaisons terminales (synapses) fonctionnelles.

Motivés par les résultats des premières expériences
du docteur Aguayo et de ses collègues, plusieurs laboratoires, incluant
le sien, sont à la recherche des déterminants moléculaires
pour la survie et la croissance des cellules nerveuses. Lorsque ces mécanismes
seront mieux connus, il sera sans doute possible d’envisager des applications
pour régénérer les cellules nerveuses endommagées
du cerveau ou de la moelle épinière chez l’humain.

Actif un peu partout

Albert J. Aguayo dirige depuis 1980 le Centre de la recherche en neurosciences
à l’Université McGill, situé à l’Institut de recherche
de l’Hôpital général de Montréal. De 1990 à
2000, il est également directeur scientifique du Réseau en neurosciences
du Programme canadien des réseaux des centres d’excellence. Professeur
à l’Université McGill, il enseigne aussi dans plusieurs autres établissements,
dont l’Université Harvard, le Cold Spring Harbour et le Marine Biology
Institute à Woods Hole, au Massachusetts. Rédacteur d’un périodique
scientifique et membre de plusieurs comités de rédaction, Albert
J. Aguayo compte plus de 100 articles scientifiques à son actif. Ces réalisations
sont couronnées de plusieurs prix, dont les prix Gairdner (Canada), Wakeman
(États-Unis), Helmerich (États-Unis), Ameritec (États-Unis),
Ipsen (France) et Christopher Reeve Paralysis Foundation (USA).

Membre de la Société royale du Canada, de l’Institute of Medicine
of the National Academy of Sciences (États-Unis) et du Collège
royal des médecins et chirurgiens du Canada, Albert J. Aguayo trouve
le temps de donner plusieurs conférences au sein d’universités
canadiennes, américaines et étrangères. Ses responsabilités
administratives dans diverses sociétés incluent notamment la présidence
de la North American Society for Neuroscience, la plus importante dans le domaine
de la neuroscience. Il est d’ailleurs le premier Canadien à occuper ce
poste. Albert J. Aguayo est aussi membre de plusieurs conseils scientifiques,
dont le Conseil canadien de recherches médicales, le Howard Hughes Medical
Institute (États-Unis), le Pew Charitable Fund (États-Unis), l’American
Paraplegic Association (États-Unis), le Rick Hansen Man in Motion Legacy
Fund (Canada), la Fondation Ipsen (France) et l’International Human Frontier
Science Program Organization (France), ainsi que d’établissements scientifiques,
dont le Max-Planck Institute, à Munich (Allemagne), le Friedrich-Miescher
Institute à Bâle (Suisse) et le Riken Institute’s Frontiers Program
(Japon).

Les découvertes spectaculaires du docteur Aguayo sur le pouvoir de régénération
des neurones centraux lui valent une renommée internationale. «
Il est l’un des deux ou trois spécialistes mondiaux dans ce domaine »,
affirme le docteur David H. Hubel, professeur à la Harvard Medical School
et lauréat du prix Nobel de médecine en 1981. Depuis janvier 2000,
Albert Aguayo est le secrétaire général de l’Organisation
internationale de la recherche sur le cerveau (International Brain Research
Organization ou IBRO) à Paris, la plus grande société de
neuroscientifiques au monde. Preuve que l’impact de ses travaux ne connaît
pas de frontières.

Ronald Melzack

Chercheur inspiré et théoricien d’avant-garde, Ronald Melzack
réussit à modifier profondément certaines croyances bien
établies en ce qui concerne la douleur. Il infléchit également
le cours des recherches modernes sur la question. Loin d’admettre la souffrance
comme un mal toujours nécessaire, ce psychologue de renom estime qu’elle
constitue souvent une entité clinique en soi, qu’il importe de reconnaître
comme telle et de traiter. Des années d’observation, de recherche et
d’expérimentation étayent cette certitude. L’ampleur de ses travaux,
l’originalité de ses méthodes et la pertinence de ses conclusions
lui vaudront la consécration mondiale. D’après le Science Citation
Index
, Ronald Melzack figure en tête de liste des psychologues canadiens
les plus cités.

De nombreux organismes d’ici et d’ailleurs, tels que l’American Psychopathological
Association (1963), la Société des anesthésistes canadiens
(1974) et l’American Academy of Oral Medicine (1986), soulignent l’excellence
du travail de Ronald Melzack depuis le début de sa carrière. Par
ailleurs, il préside l’International Association for the Study of Pain
de 1984 à 1987 et agit à titre de président honoraire pour
l’Association canadienne de psychologie en 1988.

Une collaboration réussie

« La douleur est bien plus qu’une sensation et davantage qu’un simple
réflexe », explique Ronald Melzack, sur un ton d’extrême
cordialité. « Elle implique directement le cerveau, l’obligeant
de ce fait à prendre des décisions… »

Après des études de psychologie, couronnées par un doctorat
de l’Université McGill en 1954, Ronald Melzack s’intéresse à
la physiologie et poursuit des recherches dans ce domaine pendant cinq années,
tant aux États-Unis (University of Oregon Medical School) qu’en Angleterre
(University College) et en Italie (Université de Pise). De 1959 à
1963, il occupe le poste d’assistant, puis celui de professeur adjoint au Massachusetts
Institute of Technology.

De cette époque date sa longue et fructueuse collaboration avec le physiologiste
britannique Patrick Wall. Ils formulent de concert, en 1965, une thèse
tout à fait révolutionnaire sur le « passage contrôlé
de la douleur » (gate control theory of pain). Leurs conclusions
établissent l’existence d’une forme de modulation dans le mode de traitement
de la douleur par les centres nerveux. Ils reconnaissent du même coup
une importance primordiale aux contrôles inhibiteurs descendants et, surtout,
aux interactions entre afférences opposées (inhibitrices et facilitatrices).
L’impact de cette théorie est énorme sur tout un secteur des sciences
neurologiques. Le cerveau ne constitue plus, dès lors, un récepteur
passif de messages sensitifs d’origine somatique ou viscérale, mais un
véritable centre d’interprétation et de correction.

De retour à Montréal en 1963, Ronald Melzack sera d’abord engagé
à titre de professeur adjoint à l’Université McGill. Il
y est, depuis 1986, titulaire de la chaire E. P. Taylor du Département
de psychologie. Au fil des années, il collabore à des revues prestigieuses,
dont Brain, Scientific American, Science et Pain. Il signe également
plus de 200 articles publiés au Canada, aux États-Unis et en Europe.
S’y ajouteront deux ouvrages, soit The Puzzle of Pain (1972) et The
Challenge of Pain
avec Patrick Wall (première édition : 1983;
seconde édition : 1996), qui seront respectivement traduits en sept et
cinq langues. Encore avec Patrick Wall, il publie Textbook of Pain (1984),
dont la quatrième édition date de 1999. Puis, en 1993, il signe
avec Dennis Turk Handbook of Pain Assessment, considéré
à juste titre comme un ouvrage de référence essentiel sur
la question.

Les études de Ronald Melzack sur l’hyperalgésie et l’hyperesthésie
dues aux lésions de la zone grise du mésencéphale aboutissent
à des conclusions qui, confirmées par d’autres scientifiques,
réorienteront le cours des recherches sur la douleur et conduiront à
la découverte des enképhalines et des endorphines, analgésiques
endogènes sécrétés en réponse aux afférences
nociceptives. Outre le « test du formol », conçu avec ses
étudiants pour l’étude de la douleur prolongée, Ronald
Melzack s’intéresse également à certaines données
subjectives permettant d’évaluer la souffrance et de mieux comprendre
ceux qui souffrent. Aussi met-il au point le Questionnaire McGill-Melzack
sur la douleur (1975), traduit en douze langues et maintenant utilisé
dans le monde entier. Son travail jette en outre quelque lumière sur
le phénomène encore mal connu des douleurs qui subsistent après
l’amputation d’un membre (douleurs fantômes).

Nombre de ses anciens étudiants, tels les docteurs Manon Choinière,
du Centre des grands brûlés de Montréal, Kenneth L. Casey,
spécialiste des mécanismes cérébraux associés
à la douleur, et John O’Keefe, récemment élu membre de
la Royal Society de Londres, sont aujourd’hui des chercheurs d’envergure internationale.

Des cliniques de la douleur

En 1972, avec le docteur Phillip Bromage, il crée une clinique de la
douleur au sein du Département d’anesthésiologie de l’Hôpital
Royal Victoria. Trois années plus tard, en collaboration avec les docteurs
J. Stratford et M. E. Jeans, il fonde la Clinique de la douleur de l’Hôpital
général juif de Montréal, service dont il dirige les recherches
pendant une année, tout en travaillant comme spécialiste-conseil
auprès du Département de neurochirurgie de cet hôpital.

Avec les années, les découvertes du professeur Ronald Melzack
amènent progressivement les chercheurs à réexaminer certaines
idées reçues quant aux mécanismes cérébraux
mis en branle sous l’effet de la douleur et au mode de transmission des messages
douloureux au cerveau. Elles permettent notamment de repérer de multiples
systèmes cérébraux fonctionnant en parallèle. On
peut maintenant, grâce à elles, établir des profils de réaction
différents selon la nature du traitement pharmacologique administré
aux patients. On peut également découvrir l’effet analgésique
de stimuli électriques intenses (hyperstimulation TENS), comparable
aux résultats obtenus par l’acupuncture. L’ampleur de ses travaux, le
nombre impressionnant de ses communications scientifiques et l’impulsion qu’il
saura donner à toute une génération de brillants chercheurs
légitiment le respect et l’admiration dont Ronald Melzack fait l’objet
dans les milieux scientifiques du Québec, du Canada et de l’étranger.

Jean-Jacques Nattiez

L’œuvre d’un sémiologue de la musique

Le regard vif, Jean-Jacques Nattiez entretient ses interlocuteurs d’une passion,
la sémiologie musicale, qui les fait pénétrer de plain-pied
dans l’univers multiforme de la musicologie où l’art et la science s’interpellent
et se coudoient.

Né à Amiens, Jean-Jacques Nattiez commence très tôt
des études de piano et de solfège. L’environnement familial contribue
à éveiller sa sensibilité, à cultiver en lui l’amour
des lettres et de la musique : sa mère enseigne le latin et le grec,
son père est professeur de littérature française et critique
musical. Il écoute tout jeune les retransmissions radiophoniques du Festival
de Bayreuth. L’admiration qu’il voue à Proust et à Wagner lui
inspirera trois de ses ouvrages : Tétralogies (Wagner, Boulez,
Chéreau) (1983), Proust musicien (1984) et Wagner androgyne
(1990).

À la fin des années 60, Jean-Jacques Nattiez entreprend ses études
universitaires en lettres et en linguistique. « La sémiologie était
dans l’air… », rappelle-t-il. Il opte pour cette discipline et entreprend
une maîtrise sous la direction de Georges Mounin (1967-1968). Son mémoire,
devenu un doctorat dirigé par Nicolas Ruwet (1973), aboutit aux Fondements
d’une sémiologie de la musique
(1975), « première tentative
d’utilisation systématique, pour l’analyse musicale, de concepts et de
méthodes élaborés par la linguistique structurale ».
Il en propose une version complètement renouvelée, Musicologie
générale et sémiologie
, en 1989. S’inspirant de la
pensée de Jean Molino, il fonde son approche sur la distinction entre
stratégies de production et stratégies de réception, qu’il
relie aux structures proprement musicales. Il réoriente ainsi, de manière
radicale, la réflexion sur le phénomène musical, dotant
la musicologie d’outils rigoureux et originaux d’analyse et d’interprétation.

Des cultures et des musiques

Son œuvre se poursuit par l’expérimentation, sur la musique des
Inuits, des Aïnous (Japon) et des Bagandas (Ouganda), du modèle
théorique qu’il élabore. Il consacre à ces cultures musicales
des articles et plusieurs disques, internationalement connus et appréciés.
Il conçoit aussi un type de disque compact organisé thématiquement
(Jeux vocaux des Inuits, 1990), qui implique l’intervention de l’auditeur
du disque. Pour cette raison, cette production sera saluée comme une
innovation marquante dans le domaine de l’ethnomusicologie. L’originalité
et l’envergure de sa démarche n’ont pas manqué d’attirer l’attention
de la communauté scientifique internationale.

Il est également considéré comme un spécialiste
de l’œuvre et de la pensée du compositeur et chef d’orchestre Pierre
Boulez dont il a édité plusieurs volumes d’écrits. Depuis
le début de sa carrière, Jean-Jacques Nattiez a publié
10 ouvrages et près de 150 articles, sans oublier les traductions en
anglais, en italien et en japonais de la plupart de ses livres. Son roman Opera
(1997) lui a également valu deux distinctions en 1998 : le prix Québec-Paris
et le prix Louis-Hémon de l’Académie de Languedoc. Au fil des
années, il a prononcé des conférences lors de nombreux
congrès et colloques dans une vingtaine de pays. Plusieurs établissements
l’ont accueilli à titre de professeur invité, dont l’Université
d’Edmonton et la City University de Londres, le Saint Catherine College d’Oxford,
l’École normale supérieure de Paris et le Collège de France.

Un profond engagement dans le milieu musical

Professeur de musicologie à l’Université de Montréal depuis
1972, Jean-Jacques Nattiez est responsable du Groupe de recherche en sémiologie
musicale de 1974 à 1980. Rédacteur en chef de la Revue de musique
des universités canadiennes
(secteur francophone), puis de Circuit,
il dirige les collections « Sémiologie et analyse musicales »
aux Presses de l’Université de Montréal et, avec Pierre Boulez,
« Musique/passé/présent » chez l’éditeur Christian
Bourgois. En 2000, il devient membre du comité consultatif d’un nouveau
site Internet musical : Andante et dirige une Andante Academy ainsi qu’un
site consacré à Pierre Boulez. Depuis 1997, une encyclopédie
musicale en cinq volumes est également en préparation, dont le
premier tome est paru en mars 2001 chez l’éditeur italien Einaudi. Enfin,
soucieux de s’engager dans son milieu, il accepte d’être le concepteur
et le directeur artistique des célébrations du cinquantenaire
de la Faculté de musique de l’Université de Montréal en
2000-2001.

Esprit rigoureux et artiste curieux, Jean-Jacques Nattiez demeure fidèle
à cette image qu’il évoque en conclusion des Fondements d’une
sémiologie de la musique
: « Le chercheur construit un monde
de concepts et d’énoncés comme le compositeur d’avant-garde s’aventure
dans le domaine encore inouï des sons : jamais en repos, toujours soucieux
de plus de clarté, perpétuellement questionné par les énigmes
de la science et les mystères de la musique, je n’attends qu’un prochain
thème pour reprendre l’exploration. »

Maurice L’Abbé

Le nom de Maurice L’Abbé reste intimement lié à l’histoire
scientifique du Québec. En effet, sa contribution exceptionnelle au développement
des sciences en général, et des mathématiques en particulier,
justifie les nombreuses récompenses qui lui ont été décernées.

La bosse des mathématiques

La carrière de Maurice L’Abbé est d’abord consacrée à
l’enseignement et à la recherche. Ses travaux, amorcés à
l’Université de Princeton, haut lieu mondial des mathématiques,
se poursuivent activement à son retour au pays en 1948 et lui valent
une bourse postdoctorale de la Société royale du Canada (1952-1953),
ainsi que le prix du Concours scientifique de la province de Québec (1954).

Très tôt, Maurice L’Abbé reconnaît l’importance de
créer des organismes voués au développement des mathématiques
au Québec. Nommé directeur du Département de mathématiques
de l’Université de Montréal en 1957, il transforme ce qui est
alors un département de services en un véritable organisme de
recherche et de formation de chercheurs et d’enseignants. En 1962, il fonde
le Séminaire de mathématiques supérieures, séminaire
dont la tenue constitue chaque année un événement important
au sein de la communauté internationale. En 1968, il joue un rôle
primordial dans la création du Centre de recherches mathématiques
de l’Université de Montréal. Ces deux organismes, le Séminaire
et le Centre, ont eu un effet extraordinaire sur le développement des
mathématiques au Québec en incitant les meilleurs mathématiciens
du monde à participer à la vie scientifique montréalaise.

L’influence de Maurice L’Abbé sur la vie mathématique du Québec
est unique. Il sait non seulement créer de toutes pièces les organismes
qui contribueront à la réputation actuelle du Québec en
recherche et en formation supérieure, mais son action s’étend
aussi largement à la formation préuniversitaire (enseignement
secondaire et collégial), par sa participation à la création
de l’Association mathématique du Québec, du Concours mathématique
du Québec et du Camp mathématique d’été. Ces organismes
stimulent toujours aujourd’hui l’intérêt des jeunes pour cette
discipline indispensable.

Destiné à diriger

À partir de 1968, Maurice L’Abbé exerce diverses fonctions qui
font appel à son leadership, d’abord dans le champ plus vaste de la recherche
universitaire en général et, ensuite, de la politique scientifique
et technologique du Canada, plus spécialement du Québec. Ainsi,
le mathématicien est nommé vice-recteur à la recherche
de l’Université de Montréal en 1968. Durant les dix années
de son mandat, il insuffle à l’établissement un enthousiasme et
un dynamisme qui lui permettent de faire un bond avant décisif et de
se définir véritablement comme une université de recherche
et de formation supérieure. Premier titulaire du poste de vice-recteur
à la recherche au Québec, Maurice L’Abbé met en place les
mécanismes de la politique, de la gestion et du financement de la recherche
à l’Université de Montréal. Par ailleurs, il s’emploie
à la création et au développement d’au moins une dizaine
de centres de recherche, parmi lesquels on compte le Centre de recherche sur
les transports, l’Institut d’histoire et de sociopolitique des sciences et l’Observatoire
de Mont-Mégantic.

En 1980, Maurice L’Abbé quitte l’Université de Montréal
pour prendre le poste de directeur général du Conseil des sciences
du Canada, qu’il occupe durant quatre ans. Quand le gouvernement du Québec
crée, en août 1983, le Conseil de la science et de la technologie,
Maurice L’Abbé est appelé à en devenir le premier président.
Il est singulièrement bien préparé pour ce nouveau défi
grâce à son expérience à l’Université de Montréal,
à sa collaboration avec l’Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE) (1978-1979) durant un congé sabbatique à
Paris et, surtout, grâce à son travail à Ottawa à
la direction du Conseil des sciences du Canada. Aussi, il n’est pas étonnant
que, sous sa présidence, le Conseil de la science et de la technologie
joue un rôle de premier plan dans l’élaboration des politiques
scientifiques, technologiques et industrielles au Québec. Les nombreuses
études publiées sous sa direction par le Conseil portent sur des
sujets d’intérêt national, constituant des outils fiables pour
l’ensemble des acteurs dans le domaine des sciences et de la technologie.

En 1991, Maurice L’Abbé devient le premier président de la Commission
de vérification de l’évaluation des programmes créée
par la Conférence des recteurs et des principaux des universités
du Québec (CREPUQ). En 1995, il accepte la présidence du comité
d’évaluation du Centre de recherche en calcul appliqué (CERCA)
et, en 1998, il préside le comité d’évaluation scientifique
de la même organisation. Enfin, en 2000, il ajoute à ses nombreux
titres celui de président du comité d’évaluation scientifique
du Centre francophone de l’informatisation des organisations (CEFRIO).

Premier récipiendaire du prix Walter-Hitschfeld (1990), décerné
par l’Association canadienne d’administrateurs de recherche universitaire (ACARU),
officier de l’Ordre national du Québec (1993), membre de l’Académie
des grands Montréalais (1995)… Un honneur n’attend pas l’autre au
cours des dernières années pour souligner les réalisations
de Maurice L’Abbé. Ses nombreuses conférences, ses judicieuses
interventions et sa participation aux divers programmes de réforme qui
jalonnent l’histoire scientifique du Québec, voilà qui témoigne
d’un engagement de tous les instants et atteste, à plus d’un titre, l’incontestable
prestige dont jouit le mathématicien auprès de ses pairs, au pays
comme à l’étranger.

Phyllis Lambert

Au fil des ans, une idée a mûri dans l’esprit de Phyllis Lambert,
un concept nourri par ses expériences professionnelles, un concept qui
englobe à peu près tous ses champs d’intérêt : l’architecture,
l’histoire, la recherche et la sensibilisation du public. C’est ainsi qu’à
partir de 1979, le Centre Canadien d’Architecture, dont elle est la fondatrice,
a pris forme. Ce n’est pas l’œuvre d’une vie, selon elle, mais plutôt
la suite logique de son itinéraire et l’aboutissement de l’ensemble de
ses réalisations antérieures.

Par son intégration à l’environnement et par la mise en valeur
d’une maison historique, la Maison Shaughnessy, le Centre est en soi une application
exemplaire de ce mariage possible entre le passé et l’avenir. Mais il
représente aussi beaucoup plus qu’une réussite architecturale.
Il est à la fois un musée et un centre d’étude dont les
activités s’appuient sur une collection unique divisée en grands
secteurs : bibliothèque, photographies, dessins, estampes et fonds d’archives.
Sa fondatrice lui donne la vocation de servir de foyer de réflexion et
de discussion sur l’aménagement de notre environnement bâti.

Phyllis Lambert est diplômée du Vassar College de Poughkeepsie
dans l’État de New York. Elle est aussi titulaire d’une maîtrise
en architecture de l’Illinois Institute of Technology de Chicago. Elle s’est
d’abord distinguée avec la Maison Seagram à New York, un édifice
reconnu mondialement comme étant l’un des plus marquants du XXe siècle.
Responsable du choix de l’architecte Mies van der Rohe, Phyllis Lambert a été
le maître-d’œuvre de ce projet de 1954 à 1958.

Au cours des années soixante-dix, ses recherches sont orientées
vers les édifices en pierres grises de la métropole. Déjà,
elle fait preuve d’une rigueur exceptionnelle en matière de traitement
des sources historiques et sa volonté d’intégrer l’histoire de
l’architecture à la trame économique et sociale du passé
se confirme. Ce projet a servi de base à une autre recherche d’envergure
dont les résultats ont débouché, en 1992, sur la présentation
de l’exposition « Montréal, ville fortifiée au XVIIIe siècle
 ».

Femme d’action, Phyllis Lambert est aussi femme de mobilisation. Présidente
et fondatrice d’Héritage Montréal, elle a participé, en
1979, à la fondation de la Société de patrimoine urbain
de Montréal. L’approche de consultation qu’elle préconisait dans
ses interventions lors des projets de l’avenue McGill-College, du Vieux-Port
et de l’Hôtel-Dieu de Montréal est aujourd’hui celle que l’on privilégie
pour l’élaboration de projets d’aménagement.

Martine Époque

Martine Époque n’a pas choisi la danse, c’est la danse qui l’a choisie.
Elle n’a pas choisi le Québec, c’est le Québec qui l’a choisie.
En 1965, lorsque l’Université de Montréal lui offre en échange
d’un contrat d’enseignement de deux ans une bourse pour terminer ses études
spécialisées à l’Institut Jaques-Dalcroze de Genève,
on est loin d’estimer l’influence qu’elle aura sur l’évolution de la
danse moderne au Québec.

À l’Université de Montréal, elle a pour tâche de
créer des cours de danse et de rythmique pour le baccalauréat
en éducation physique. C’est là que, dès 1968, elle fonde
avec Rose-Marie Lèbe le Groupe Nouvelle Aire, compagnie de danse contemporaine
pour laquelle elle met aussi au point une technique pour la formation des interprètes.
Au fil des ans, Nouvelle Aire fait des petits. Pensons aux chorégraphes
et aux interprètes professionnels qui en sont issus, dont Édouard
Lock, Louise Lecavalier, Ginette Laurin, Paul-André Fortier, Daniel Léveillé
et Louise Bédard ; à l’École Nouvelle Aire qui a grandement
contribué à ouvrir le domaine de la danse moderne aux enfants,
aux adolescents et aux adultes ; aux Choréchanges qui ont donné
au public des outils pour « lire la danse » et l’ont mis en contact
avec des compagnies et des danseurs canadiens et étrangers.

En 1980, Martine Époque entre comme professeur à l’Université
du Québec à Montréal (UQAM) où elle va amorcer et
contribuer à mener à terme de grands projets : création
du Département de danse en 1985 ; développement du programme de
maîtrise en danse implanté en 1993 ; création de l’Agora
de la danse, cet espace montréalais de production et de diffusion en
danse contemporaine qui, depuis 1991, s’est rapidement imposé sur la
scène nationale et internationale ; création en 1998 de la Passerelle
840, un laboratoire-galerie de recherche et de création chorégraphiques
destiné aux étudiants des trois cycles d’études en danse.

Chorégraphe prolifique dont les œuvres connaissent une diffusion
internationale, lauréate du prix Clifford E. Lee 1983, Martine Époque
se transforme en écrivain l’espace d’un livre, Les Coulisses de la
nouvelle danse au Québec : le Groupe Nouvelle Aire en mémoires
(1968-1982
), publié en 1999. Cette même année, elle
fonde le Laboratoire d’applications et de recherches en technochorégraphie
(LARTech), un regroupement pluridisciplinaire de chercheurs et de créateurs
dans lequel elle poursuit ses recherches en danse et technologies, notamment
avec la mise au point d’un premier logiciel de traitement de geste pour
la danse.